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Source : www.bahai-biblio.org
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BAHÁ'U'LLÁH ET L'ÈRE NOUVELLE
Une introduction à la foi bahá'íe
J.E. Esslemont

Maison d'Éditions Bahá'íes, 205, rue du Trône, 1050 Bruxelles

D/1547/1990/7 - ISBN 2-87203-022-0
6e édition, révisée - Imprimé en Belgique
Table des matières :
PRÉFACE DE L'AUTEUR
INTRODUCTION À L'ÉDITION FRANÇAISE
1. LA BONNE NOUVELLE
1.1. La transformation du monde
1.2. Le Soleil de Justice
1.3. La mission de Bahá'u'lláh
1.4. L'accomplissement des prophéties
1.5. Preuves du don de prophétie
1.6. Difficultés d'investigation
1.7. But de cet ouvrage
2. LE BÁB: PRÉCURSEUR DE LA FOI
2.1. Le berceau de la nouvelle révélation
2.2. Les Premières années
2.3. La déclaration du Báb
2.4. Diffusion du mouvement Bábí
2.5. Les revendications du Báb
2.6. La persécution s'accentue
2.7. Le martyre du Báb
2.8. Le tombeau sur le mont Carmel
2.9. Les Écrits du Báb
2.10. Celui que Dieu doit manifester
2.11. Résurrection, paradis et enfer
2.12. Enseignements sociaux et moraux
2.13. Passion et triomphe du Báb
3. BAHÁ'U'LLÁH: LA GLOIRE DE DIEU
3.1. Naissance et Premières années
3.2. Emprisonné comme Bábí
3.3. Exil à Baghdád
3.4. Deux années dans la solitude
3.5. Opposition des mullás
3.6. Déclaration du Ridván près de Baghdád
3.7. Constantinople et Andrinople
3.8. Lettres aux rois
3.9. Emprisonnement à 'Akká
3.10. Les sévérités se relâchent
3.11. Les portes de la prison s'ouvrent
3.12. La vie à Bahjí
3.13. Ascension
3.14. Le don de prophétie de Bahá'u'lláh
3.15. Sa mission
3.16. Ses Écrits
3.17. L'esprit bahá'í
4. 'ABDU'L-BAHÁ: LE SERVITEUR DE DIEU
4.1. Naissance et enfance
4.2. Jeunesse
4.3. Mariage
4.4. Le Centre de l'alliance
4.5. L'emprisonnement strict reprend
4.6. Les commissions d'enquête turques
4.7. Voyages en Occident
4.8. Retour en Terre sainte
4.9. Les années de guerre à Haïfa

4.10. Sir 'Abdu'l-Bahá 'Abbás, chevalier de l'ordre de l'Empire britannique

4.11. Les dernières années
4.12. La mort de 'Abdu'l-Bahá
4.13. Ses Ecrits et ses discours
4.14. Le rang de 'Abdu'l-Bahá
4.15. Un modèle de vie bahá'íe
5. QU'EST-CE QU'UN BAHÁ'Í?
5.1. La vraie vie
5.2. Dévotion à Dieu
5.3. Recherche de la vérité
5.4. Amour de Dieu
5.5. Détachement
5.6. Obéissance
5.7. Service
5.8. Enseignement
5.9 Courtoisie et respect
5.10. L'œil aveugle au péché
5.11. Humilité
5.12. Sincérité et probité
5.13. La connaissance de soi
6. LA PRIÈRE
6.1. Conversation avec Dieu
6.2. Recueillement et prière
6.3. Nécessité d'un médiateur
6.4. Obligation et nécessité de la prière
6.5. La prière en commun
6.6. La prière, langage de l'amour
6.7. Délivrance des calamités
6.8. Prière et loi naturelle
6.9. Prières bahá'íes
7. SANTÉ ET GUÉRISON
7.1. Le corps et l'âme
7.2. Unité de toute vie
7.3. Vie simple
7.4. Alcool et drogues
7.5. Plaisirs
7.6. Hygiène

7.7. Effets de l'obéissance aux commandements du Prophète

7.8. Le prophète médecin
7.9. Guérison par des moyens matériels
7.10. Guérison par des moyens non matériels
7.11. Le pouvoir du Saint-Esprit
7.12. Attitude du malade
7.13. Le guérisseur
7.14. Comment chacun de nous peut aider
7.15. L'âge d'or
7.16. Le bon usage de la santé
8. UNITÉ RELIGIEUSE
8.1. Le sectarisme au dix-neuvième siècle
8.2. Le message de Bahá'u'lláh
8.3. La nature humaine peut-elle changer?
8.4. Premiers pas vers l'unité
8.5. Le problème de l'autorité
8.6. La révélation progressive
8.7. Infaillibilité des prophètes
8.8. La suprême Manifestation
8.9. Position unique de Bahá'u'lláh
8.10. Plénitude de la révélation bahá'íe
8.11. L'alliance bahá'íe
8.12. Suppression du sacerdoce
9. LA VRAIE CIVILISATION
9.1. La religion, base de la civilisation
9.2. Justice
9.3. Gouvernement
9.4. La liberté politique
9.5. Dirigeants et sujets
9.6. Nomination et promotion
9.7. Les problèmes économiques
9.8. Finances publiques
9.9. Partages volontaires
9.10. Le travail pour tous
9.11. L'éthique de la richesse
9.12. Suppression du servage industriel
9.13. Legs et héritages
9.14. Égalité de l'homme et de la femme
9.15. Les femmes et l'âge nouveau
9.16. Abolition des méthodes de violence
9.17. Éducation
9.18. Différences innées entre les humains
9.19. Développement du caractère
9.20. Arts, sciences, métiers
9.21. Le traitement des criminels
9.22. Influence de la presse
10. LE CHEMIN DE LA PAIX
10.1. Discorde ou harmonie
10.2. La paix suprême
10.3. Préjugés religieux
10.4. Préjugés nationaux et préjugés de race
10.5. Ambitions territoriales
10.6. Langue auxiliaire universelle
10.7. Société des Nations
10.8. L'arbitrage international
10.9. La limitation des armements
10.10. La non-résistance
10.11. La guerre défensive
10.12. Unité de l'Orient et de l'Occident
11. PLUSIERS ORDONNANCES ET ENSEIGNEMENTS
11.1. La vie monacale
11.2. Le mariage
11.3. Le divorce
11.4. Le calendrier bahá'í
11.5. Les assemblées spirituelles

11.6. Fêtes bahá'íes, anniversaires et période de jeûne

11.7. Fêtes bahá'íes
11.8. Le jeûne
11.9. Les réunions
11.10. La Fête des dix-neuf jours
11.11. Le Mashriqu'l-Adhkár
11.12. La vie après la mort
11.13. Ciel et enfer
11.14. L'unité des deux mondes
11.15. La non-existence du mal
12. LA RELIGION ET LA SCIENCE
12.1. Cause des malentendus
12.2. Persécution des prophètes
12.3. L'aube de la réconciliation
12.4. La recherche de la vérité
12.5. Le véritable agnosticisme
12.6. La connaissance de Dieu
12.7. Les manifestations divines
12.8. La création
12.9. L'évolution de l'homme
12.10. Le corps et l'âme
12.11. L'unité de l'humanité
12.12. L'ère de l'unité

13. PROPHÉTIES ACCOMPLIES PAR LA RÉVÉLATION BAHÁ'ÍE

13.1. L'interprétation des prophéties
13.2. La venue du Seigneur
13.3. Prophéties au sujet du Christ
13.4. Prophéties concernant le Báb et Bahá'u'lláh
13.5. La Gloire de Dieu
13.6. La Branche
13.7. Le jour de Dieu
13.8. Le jour du Jugement
13.9. La grande résurrection
13.10. Le retour du Christ
13.11. Le temps de la fin
13.12. Les signes dans les cieux et sur la terre
13.13. Comment viendra le Promis
14. PROPHÉTIES DE BAHÁ'U'LLÁH ET DE 'ABDU'L-BAHÁ
14.1. Puissance créatrice de la parole de Dieu
14.2. Napoléon III
14.3. L'Allemagne
14.4. La Perse
14.5. La Turquie
14.6. L'Amérique
14.7. La Grande Guerre
14.8. Les troubles sociaux d'après-guerre
14.9. La venue du royaume de Dieu
14.10. 'Akká et Haïfa
15. REGARD SUR LE PASSÉ ET L'AVENIR
15.1. Progrès de la cause

15.2. Le don de prophétie du Báb et de Bahá'u'lláh

15.3. Une magnifique vision d'avenir
15.4. Renouveau de la religion
15.5. Le besoin d'une nouvelle révélation
15.6. La vérité pour tous
15.7. Le testament de 'Abdu'l-Bahá
15.8. Le Gardien de la cause de Dieu
15.9. Les Mains de la cause de Dieu
15.10. L'ordre administratif
15.11. L'ordre mondial de Bahá'u'lláh
16. ÉPILOGUE
BIBLIOGRAPHIE
PRÉFACE DE L'AUTEUR

C'est en décembre 1914, après une conversation avec des amis qui avaient rencontré 'Abdu'l-Bahá et me prêtèrent quelques brochures, que je pris connaissance des enseignements bahá'ís. Je fus dès l'abord frappé par leur portée, leur puissance et leur beauté. J'eus l'impression qu'ils répondaient aux besoins essentiels du monde moderne, d'une façon plus complète et plus satisfaisante qu'aucune autre forme de religion à ma connaissance; et l'étude que j'en entrepris par la suite ne fit qu'accroître et confirmer cette impression.

Cherchant à approfondir l'enseignement bahá'í, j'éprouvai des difficultés considérables à me procurer la documentation nécessaire, et j'eus bientôt l'idée de réunir en un volume l'essentiel de ce que j'avais appris, afin de le rendre plus aisément accessible aux autres. Lorsque les communications avec la Palestine furent rétablies, après la guerre de 1914 -1918, j'écrivis à 'Abdu'l-Bahá et lui fis parvenir une copie des neuf premiers chapitres de ce livre, dont le brouillon était à peu près terminé. Je reçus une réponse très aimable et encourageante ainsi qu'une invitation cordiale à lui rendre visite à Haïfa, muni de mon manuscrit complet. J'acceptai avec joie et j'eus le très grand privilège d'être l'hôte de 'Abdu'l-Bahá pendant deux mois et demi de l'hiver 1919 -1920. Au cours de ce séjour, j'eus avec 'Abdu'l-Bahá plusieurs entretiens relatifs à mon livre. Il me donna de précieuses suggestions pour l'améliorer et offrit d'en faire une traduction en persan--dès que je l'aurais révisé--afin qu'il puisse le lire et y apporter éventuellement les corrections nécessaires. La révision et la traduction furent exécutées comme prévu et 'Abdu'l-Bahá, en dépit de ses nombreuses occupations, trouva le temps de corriger environ trois chapitres et demi avant son ascension (chapitres I, II, V et III en partie).

Je regrette profondément que 'Abdu'l-Bahá n'ait pu achever la correction du manuscrit, la valeur de ce livre en eut été grandement rehaussée. Cependant, un comité de l'Assemblée Nationale Bahá'íe d'Angleterre a soigneusement revu l'ouvrage entier, et sa publication a été approuvée par ladite assemblée.

Je suis très reconnaissant envers Miss E.J. Rosenberg, Mrs. Claudia S. Coles, Mírzá Lutfu'lláh Hakím, Messieurs Roy Wilhelm et Mountfort Mills et de nombreux autres amis pour l'aide précieuse qu'ils m'ont apportée dans la préparation de cet ouvrage.

En ce qui concerne la transcription des noms arabes et persans, le système adopté ici est celui récemment recommandé par Shoghi Effendi et employé dans tout le monde bahá'í.

J.E. ESSLEMONT.
Fairford, Cults, by Aberdeen.
INTRODUCTION À L'ÉDITION FRANÇAISE

Dans cette traduction, on s'est efforcé de respecte-- autant que possible--le texte anglais, particulièrement en ce qui concerne les citations traduites de l'arabe et du persan, provenant des Écrits sacrés bahá'ís. La traduction exacte de ces textes, chargés d'un sens spirituel profond et dont les métaphores sont des symboles caractéristiques, revêtait une importance primordiale pour les croyants comme pour les profanes. Aussi avons-nous consulté plusieurs personnes familiarisées avec les enseignements bahá'ís, ou Shoghi Effendi lui-même, dont les conseils autorisés nous ont été extrêmement précieux.

La transcription moderne des noms arabes ou persans que nous avons employée est celle recommandée par Shoghi Effendi; c'est celle qui déforme le moins les mots. L'adaptation de cette transcription à la prononciation française demande l'établissement préalable de quelques conventions faciles. Par exemple: un trait sous une lettre ou un groupe de lettres indique qu'il s'agit d'un son ou d'une syllabe spéciale; "u" se prononce "ou"; "sh" se prononce "che"; "d" se prononce "z". Un des grands avantages de la transcription littérale standardisée est celui d'éviter que des noms dont il importe de conserver la forme exacte ne subissent diverses déformations arbitraires par les traductions.

Nous espérons qu'en raison de cet avantage le lecteur francophone fera volontiers l'effort de s'accoutumer à l'aspect nouveau de certains termes connus généralement sous une autre orthographe: notamment Muhammad pour Mahomet, Qur'án pour Coran, Vazír pour Vizir, Mihdí pour Mahdi, Shí'ah pour Shiite, Haïfa pour Haïffa, 'Akká pour Saint-Jean-d'Acre, Tihrán pour Téhéran, Búshihr pour Bouchir, etc.

Que tous les amis qui nous ont apporté l'aide de leur expérience et de leur érudition et dont les conseils, les suggestions et les corrections ont contribué à rendre cette traduction moins imparfaite, trouvent ici l'expression de notre gratitude.

JULIETTE RAO.
Genève, Suisse,
9 septembre 1931.
BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGES CONSULTÉS
'Abdu'l-Bahá in London
A Heavenly Visit
A Traveller's Narrative (Episode of the Báb)
Bábís of Persia, par E.G.BROWNE
Bahá'í Scriptures
Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris
Compilation on War and Peace
Deutéronome
Divine Philosophy of 'Abdu'l-Bahá

Économie mondiale de Bahá'u'lláh, par HORACE HOLLEY

Épître au fils du Loup, par BAHÁ'U'LLÁH
Évangile selon saint Luc
Évangile selon saint Matthieu
Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh
Foi mondiale bahá'íe
Fortnightly Review
Frédéric le Grand, par CARLYLE
Glimpses of 'Abdu'l-Bahá, par M.J.M.
Isaïe

La Dispensation de Bahá'u'lláh, par SHOGHI EFFENDI

Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, par 'ABDU'L-BAHÁ
Le Livre de la certitude, par BAHÁ'U'LLÁH
La Proclamation de Bahá'u'lláh
Le Testament de 'Abdu'l-Bahá

Livre de prières de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá

L'Œuvre de Bahá'u'lláh, tome I
L'Œuvre de Bahá'u'lláh, tome II
L'Ordre administratif de Bahá'u'lláh
Le Qur'án, traduction de D. MASSON, vol. I et II
Star of the West
Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I
Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. II
Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III

The Secret of Divine Civilization, par 'ABDU'L-BAHÁ

The World Order of Bahá'u'lláh, par SHOGHI EFFENDI

Unité de conscience, par 'ABDU'L-BAHÁ (extrait d'une lettre de 'Abdu'l-Bahá à l'Organisation centrale pour une paix durable à La Haye, 17-12-1919).

Vers l'apogée de la race humaine, par SHOGHI EFFENDI

1. LA BONNE NOUVELLE

"Celui dont la venue a été promise à tous les peuples du monde est apparu. Tous les peuples et toutes les communautés étaient dans l'attente d'une révélation et lui, Bahá'u'lláh, le maître et l'éducateur suprême de toute l'humanité, est venu."

'Abdu'l-Bahá.
1.1. Le plus grand événement de l'histoire

Si l'on étudie l'historique de l'évolution de l'homme telle qu'elle est relatée dans les pages de l'histoire, il apparaît clairement que le facteur primordial du progrès humain est la survenue, d'époque en époque, d'hommes qui dépassent les idées admises en leur temps, et qui dévoilent et révèlent des vérités jusque-là ignorées de l'humanité. C'est de l'inventeur, du pionnier, de l'homme génial, du prophète que l'évolution du monde dépend essentiellement.

À ce propos, Carlyle écrit:

"Nous croyons que la vérité, toute la vérité est que... un homme qui possède la plus haute sagesse et qui est le dépositaire d'une vérité spirituelle restée jusqu'alors inconnue, est plus fort, non pas que dix hommes, non pas que dix mille hommes, mais que tous les hommes qui ne la possèdent pas; parmi eux, il se dresse, investi d'un pouvoir immatériel, angélique, comme s'il portait une épée divinement forgée à laquelle nul bouclier, nulle tour d'airain ne peut finalement résister."

(CARLYLE, Signe des temps.)

Dans l'histoire des sciences, des arts, de la musique, nous trouvons d'abondantes illustrations de cette vérité mais, dans aucun domaine, la supériorité des grands hommes et du message qu'ils ont apporté n'apparaît avec autant d'évidence que dans celui de la religion. Au cours des âges, toutes les fois que la vie spirituelle des hommes est tombée en décadence et que leur morale s'est corrompue, le plus mystérieux et le plus merveilleux d'entre les hommes, le prophète, est apparu.

Seul contre le monde entier où nul homme n'est capable de l'instruire, de le guider, de le comprendre complètement ni de partager ses responsabilités, lui, comme un voyant parmi les aveugles, se lève pour proclamer son évangile de justice et de vérité.

Parmi les prophètes, quelques-uns brillent d'un éclat particulier. D'âge en âge, un grand révélateur de Dieu--un Krishna, un Zoroastre, un Moïse, un Jésus, un Muhammad--apparaît en Orient, comme un soleil spirituel, pour illuminer les esprits enténébrés des hommes et éveiller leur âme endormie. Quelle que soit notre opinion sur la valeur comparée de ces fondateurs de religion, il nous faut admettre qu'ils ont été les plus puissants facteurs de l'éducation de l'humanité. Tous, ils proclament que leurs paroles ne viennent pas d'eux-mêmes, mais qu'elles expriment une révélation transmise par leur intermédiaire, un message divin dont ils sont les interprètes. Leurs écrits abondent aussi en allusions et en promesses relatives à un grand instructeur du monde qui viendra quand les temps seront révolus pour continuer leur œuvre et lui faire porter des fruits, établir le règne de la justice et de la paix sur la terre, réunir en une même famille toutes les races, religions, nations et tribus, afin qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur et que tous, du plus humble au plus grand, connaissent et aiment Dieu.

Certes, la venue, aux derniers jours, de cet éducateur de l'humanité doit être le plus grand événement de l'histoire. Or, les bahá'ís proclament au monde l'heureuse nouvelle que cet éducateur est en fait apparu, que sa déclaration a été rendue publique et a été consignée, et que les chercheurs sérieux peuvent l'étudier. Le jour du Seigneur est déjà arrivé et le Soleil de Justice s'est levé.

Jusqu'à présent, peu nombreux sont ceux qui, du haut de la montagne, ont pu discerner l'orbe glorieux, mais déjà ses rayons illuminent le ciel et la terre entière; bientôt, il s'élèvera au-dessus des montagnes et brillera de tout son éclat sur les plaines et les vallées, donnant vie et assistance à tous.

1.2. La transformation du monde

Il est évident que, au cours du dix-neuvième siècle [Écrit peu de temps après la Première Guerre mondiale] et dans la première partie du vingtième, le monde a subi les affres de l'agonie d'une ère à son déclin et les douleurs de l'enfantement d'un cycle nouveau. Les vieux principes de matérialisme et d'égoïsme, les anciens préjugés sectaires, chauvins et xénophobes sont en train de périr, discrédités, sur les ruines qu'ils ont causées; et partout émergent les signes d'un nouvel esprit de foi, de fraternité, d'universalisme, brisant les chaînes et les barrières de jadis. Des changements révolutionnaires d'une importance sans précédent ont eu lieu dans tous les domaines de la vie humaine. L'ère qui s'achève n'est pas encore révolue, mais elle est engagée dans une lutte sans merci avec l'ère nouvelle. Les maux sont toujours nombreux, gigantesques et redoutables, mais ils sont démasqués, attaqués et pourchassés avec une ardeur pleine d'espoir. Les nuages sont denses, énormes et menaçants, mais déjà la lumière les transperce, illuminant le sentier du progrès, révélant les obstacles et les pièges qui obstruent la marche en avant.

Il n'en était pas ainsi au dix-huitième siècle. L'obscurité morale et spirituelle qui enveloppait le monde à cette époque était à peine traversée de quelques rayons de lumière. Ainsi qu'à l'heure ténébreuse précédant l'aube, les quelques rares lampes et torches restées allumées rendaient la nuit à peine moins obscure. Carlyle, dans son Frédéric le Grand, parle ainsi du dix-huitième siècle:

"Un siècle qui n'a pas d'histoire et ne pouvait guère en avoir. Le siècle le plus riche en mensonges... qui ait jamais existé! Qui n'avait plus conscience de ses erreurs, tant il en était imprégné; qui s'était ancré si fort dans l'aberration et s'en était tellement inspiré qu'en vérité la mesure était comble: la Révolution française devait la faire déborder... Une fin appropriée à un tel siècle... Il fallait, une fois de plus, aux paresseux, aux frivoles enfants des hommes, une révélation divine pour les empêcher de sombrer complètement dans un état bestial."

(Frédéric le Grand, t. I, chap. I.)

Comparé au dix-huitième siècle le temps présent est l'aurore après la nuit, le printemps après l'hiver. Le monde tressaille d'une vie nouvelle, animé d'un idéal et d'espoirs nouveaux. Maintes idées qui, il y a seulement quelques années, semblaient utopiques, sont maintenant des faits tangibles. D'autres, qui semblaient ne devoir se réaliser qu'après des siècles, sont déjà du domaine de la politique pratique. Nous volons dans les airs et explorons le fond des océans. Nous envoyons des messages autour du globe à la vitesse de l'éclair. En peu d'années, nous avons vu la chute des grandes autocraties militaires, l'admission des femmes dans maintes professions qui leur étaient autrefois inaccessibles, la formation de la Société des Nations qui permet d'espérer l'abolition de la guerre et tant d'autres miracles trop nombreux pour être énumérés.

1.3. Le Soleil de Justice

Quelle est la cause de cet éveil soudain dans le monde entier? Les bahá'ís l'attribuent à une grande effusion de l'Esprit saint transmise par le prophète Bahá'u'lláh, né en Perse en 1817, et dont l'ascension eut lieu en Terre sainte en 1892.

Bahá'u'lláh enseigna que le prophète ou manifestation de Dieu, semblable au soleil qui répand la lumière sur le monde matériel, est le dispensateur de lumière pour le monde de l'esprit. Tout comme l'astre solaire brille sur la terre et conditionne la croissance et le développement des organismes physiques, le Soleil de Vérité, par la manifestation divine, brille dans le domaine de l'âme et du cœur, développe la pensée, la moralité et le caractère des hommes. Et comme les rayons du soleil matériel, dont l'action pénètre jusqu'aux recoins les plus sombres et les plus cachés du monde, donnent chaleur et vie même à des créatures qui n'ont pas conscience du soleil, de même, l'effusion de l'Esprit saint, à travers la manifestation de Dieu, exerce son influence sur la vie de tous, inspirant les esprits réceptifs, là même où le nom du prophète est resté inconnu. L'avènement de la Manifestation est comme la venue du printemps. C'est un jour de résurrection où ceux qui étaient morts spirituellement sont rappelés à la vie, où la réalité fondamentale des religions divines est renouvelée et rétablie, où surgissent de "nouveaux cieux et une terre nouvelle".

Dans la nature, le printemps provoque non seulement l'éveil et la croissance nécessaires à une vie nouvelle, mais il change ou détruit tout ce qui est épuisé et stérile. Ce même soleil, qui fait s'épanouir les fleurs et éclater les bourgeons, désagrège aussi tout ce qui est flétri et inutile; il rompt la glace et fond la neige de l'hiver, entraînant l'inondation et la tempête qui nettoient et purifient la terre. Il en est de même dans le monde spirituel. La lumière divine cause des commotions et des transformations analogues. Aussi, le jour de la résurrection est-il également le jour du Jugement; les altérations de la vérité et les corruptions, les idées et les coutumes désuètes sont rejetées et détruites, les glaces et les neiges des préjugés et des superstitions--accumulées pendant l'hiver--sont fondues et transmuées; les énergies longtemps bloquées et prisonnières sont alors libérées en un flot qui inonde et purifie le monde.

1.4. La mission de Bahá'u'lláh

Bahá'u'lláh a déclaré clairement et à maintes reprises qu'il était l'éducateur, l'instructeur longuement attendu par tous les peuples, le canal d'une grâce merveilleuse qui dépasserait toutes les dispensations précédentes et dans lequel toutes les formes antérieures de religion se fondraient comme les rivières se fondent dans l'océan. Il a posé les fondations qui offrent une base solide à l'unité mondiale et qui inaugurent l'âge glorieux de la paix sur la terre et la bonne volonté parmi les hommes, âge promis par les prophètes et chanté par les poètes de tous les temps.

La recherche de la vérité, l'unité de l'humanité, des religions, des races, des nations, de l'Orient et de l'Occident, la réconciliation de la religion et de la science, l'abolition des préjugés et des superstitions, la proclamation de l'égalité des droits pour tous, hommes et femmes, l'établissement de la justice et de l'équité, la fondation d'un tribunal international suprême, l'adoption d'une langue auxiliaire universelle, l'instruction obligatoire, tout ceci et bien d'autres enseignements du même ordre furent révélés par la plume de Bahá'u'lláh dans la seconde moitié du XIXe siècle, en de nombreux volumes et épîtres. Plusieurs de ces dernières furent adressées aux souverains et aux dirigeants du monde.

Son message, unique par sa richesse, sa portée et son but, est en parfaite concordance avec les signes et les nécessités de l'époque actuelle.

Jamais les problèmes nouveaux qui s'imposent aux hommes ne furent aussi importants et aussi complexes qu'aujourd'hui. Jamais les solutions offertes ne furent aussi nombreuses et aussi contradictoires.

Jamais le besoin d'un instructeur du monde ne fut aussi urgent et aussi universellement ressenti.

Jamais peut-être l'attente d'un tel maître ne fut aussi confiante et générale.

1.5. L'accomplissement des prophéties
'Abdu'l-Bahá écrit:

Quand le Christ parut, il y a deux mille ans, bien que les juifs eussent attendu sa venue et, en larmes, prié chaque jour, disant: "Ô Dieu, hâte l'apparition du Messie", lorsque parut le Soleil de Vérité, ils le vilipendèrent avec la plus grande véhémence et le renièrent, allant même jusqu'à crucifier cet Esprit divin, ce Verbe de Dieu, le traitant de démon, l'appelant Belzébuth, ainsi que le rapporte l'Évangile. La raison de leur attitude? Ils disaient: "La révélation du Christ, selon le texte explicite de la Thora, sera confirmée par certains signes et, tant que ces signes ne se seront pas produits, quiconque prétendra être le Messie est un imposteur." D'après l'un de ces signes, le Seigneur doit venir d'un lieu inconnu; or (disaient les juifs) nous connaissons la maison de cet homme à Nazareth, et cette région a-t-elle jamais produit quelque chose de bon? Un second signe est qu'il doit régner avec des verges de fer, c'est-à-dire (pensaient les juifs) une épée, alors que ce Messie n'avait même pas un bâton.

D'après une autre condition, il doit s'asseoir sur le trône de David et établir le règne de David. Mais loin de siéger sur un trône, ils voyaient que cet homme n'avait même pas une natte pour s'asseoir. Une autre des conditions requises est la promulgation de toutes les lois de la Thora; or, Jésus a abrogé ces lois, il a même rompu le sabbat, bien qu'un des paragraphes irréfutables du texte dise: "Celui qui prétend être prophète, fait des miracles et rompt le sabbat, sera mis à mort." Une autre encore des conditions précise qu'en son règne la justice sera si parfaite que l'équité et la droiture s'étendront du monde humain au monde animal, que le serpent et la souris partageront le même trou, la perdrix et l'aigle le même nid, que le lion et la gazelle iront en pâture dans le même pré, que le loup et l'agneau s'abreuveront à la même fontaine. Mais l'injustice et la tyrannie s'étaient tellement accrues à cette époque qu'on le crucifia. Une autre encore des conditions exige qu'aux jours du Messie, les juifs prospèrent et triomphent de tous les peuples de la terre; or, ils vivaient toujours dans la pire déchéance, esclaves de l'Empire romain. "Alors, disaient-ils, en quoi ce Messie peut-il être celui promis par la Thora?"

Ainsi, les juifs repoussèrent le Soleil de Vérité, bien que cet Esprit de Dieu était vraiment celui annoncé dans la Thora. Mais comme ils n'avaient pas compris la signification des signes donnés, ils crucifièrent le Verbe de Dieu. À l'heure actuelle, les bahá'ís affirment que les conditions requises furent remplies en la manifestation du Christ, mais non dans le sens où les juifs l'entendaient; La description de la Thora est purement allégorique. Par exemple, on y trouve le signe de la souveraineté. Les bahá'ís disent que la souveraineté du Christ est céleste, divine, éternelle; que ce n'est nullement une souveraineté éphémère comme celle de Napoléon. La souveraineté du Christ s'établit il y a près de deux mille ans, elle persiste toujours et cet Être saint sera glorifié à jamais sur un trône éternel. De même, toutes les autres conditions se sont réalisées, mais les juifs ne les ont pas discernées. Bien que vingt siècles se soient écoulés depuis l'apparition du Christ dans toute sa splendeur divine, les juifs, cependant, attendent toujours la venue du Messie; ils se considèrent comme seuls justes et voient dans le Christ un imposteur.

(Écrit par 'Abdu'l-Bahá pour ce chapitre.)

Si les juifs s'étaient adressés au Christ, celui-ci leur aurait expliqué le sens véritable des prophéties relatives à sa personne. Tirons donc une leçon de leur erreur et, avant de décider si les prophéties se rapportant à la Manifestation récente, à l'instructeur du dernier jour, n'ont pas été remplies, référons-nous aux précisions fournies par Bahá'u'lláh lui-même, car il est certain que nombre de prophéties sont reconnues comme étant scellées; seul, le véritable éducateur peut en briser le sceau et, de l'écrin des mots, en extraire le sens véritable.

En de nombreux Écrits, Bahá'u'lláh a expliqué la signification des anciennes prophéties, mais ce n'est pas sur cela qu'il s'appuie pour fournir les preuves de sa mission de prophète. À tous les êtres doués de perception, le soleil prouve lui-même son existence; dès qu'il se lève, nul besoin de recourir à d'anciennes prédictions pour nous assurer qu'il brille. Ainsi en est-il de la manifestation de Dieu lorsqu'elle apparaît. Même si les anciennes prophéties étaient tombées dans l'oubli, la Manifestation serait encore par elle-même la preuve suffisante pour tous ceux dont le sens spirituel est en éveil.

1.6. Preuves du don de prophétie

Bahá'u'lláh ne demande à personne d'accepter aveuglément ses lois et ses enseignements. Au contraire, en tête de ses enseignements mêmes, on trouve une mise en garde énergique contre l'acceptation aveugle de l'autorité, et il enjoint à chacun d'ouvrir les yeux et les oreilles et d'exercer, courageusement et en toute liberté, son propre jugement afin de saisir la vérité. Il prescrit la plus complète investigation et, loin de s'y dérober, il offre ses paroles, ses œuvres et leur pouvoir effectif de transformer la vie et le caractère des hommes comme preuves suprêmes de sa mission prophétique. La mise à l'épreuve qu'il propose est la même que celle conseillée par ses grands prédécesseurs.

Moïse a dit:

"Quand ce qu'annoncera le prophète au nom du Seigneur ne se réalisera point, ce sera une chose que l'Éternel n'aura point prononcée; le prophète aura parlé par présomption: n'aie pas peur de lui."

(Deutéronome XVIII, 22.)

Le Christ apporta son témoignage tout aussi clairement et s'en servit pour revendiquer ses propres droits. Il dit:

"Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis mais qui, au-dedans, sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines ou des figues sur des chardons? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais l'arbre mauvais porte de mauvais fruits... C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez."

(MATTH. VII, 15-20.)

Dans les chapitres qui suivent, nous nous efforcerons de rechercher si la prétention de Bahá'u'lláh au titre de prophète résiste ou s'écroule à l'examen de ces tests; si les choses qu'il a dites se sont ou non réalisées et si ses fruits sont bons ou mauvais; en d'autres termes, si ses prédictions se sont effectivement accomplies, ses ordonnances établies et si son œuvre a contribué ou non à l'éducation et à l'amélioration du genre humain, de même qu'au relèvement de la moralité.

1.7. Difficultés d'investigation

Il y a certes des difficultés sur la route du chercheur qui désire se convaincre de l'authenticité de la foi bahá'íe. Comme toutes les grandes réformes morales et spirituelles, celle-ci a été grossièrement calomniée. En ce qui concerne les persécutions et les souffrances terribles qu'endurèrent Bahá'u'lláh et ses disciples, tous, ennemis comme amis, sont unanimes à les reconnaître. Mais sur la valeur du mouvement et les caractéristiques de ses fondateurs, l'opinion des croyants et celle des contradicteurs sont totalement différentes. Les choses se passent exactement comme au temps du Christ. Les historiens chrétiens et juifs relatent de même la crucifixion de Jésus, les persécutions contre ses disciples et leur martyre mais, tandis que les croyants affirment que le Christ a effectivement accompli et développé les enseignements de Moïse et des prophètes, l'opposition prétend qu'il a transgressé les lois et les ordonnances et qu'en conséquence il a mérité la mort.

Tout comme la science, la religion ne révèle ses mystères qu'au chercheur humble et persévérant, prêt à se départir de tout préjugé et de toute superstition, déterminé à renoncer aux convictions qu'il possède pour acquérir une perle de grand prix. La signification de la révélation bahá'íe ne sera pleinement comprise qu'après une investigation complète, effectuée dans un esprit de dévotion sincère et désintéressée pour la vérité, en persévérant toujours dans le sentier de la recherche, confiant en l'aide de Dieu.

C'est dans les Écrits des fondateurs mêmes de la foi bahá'íe que nous trouverons l'ultime confirmation de sa valeur et la clef des mystères de ce grand éveil spirituel.

Malheureusement, maints obstacles obstruent encore la route de l'étudiant qui ignore l'arabe et le persan, langues dans lesquelles fut écrit l'enseignement. Les textes traduits en anglais sont peu nombreux et les traductions laissent généralement à désirer, tant au point de vue de la précision que du style. Mais en dépit des imperfections et des inexactitudes des récits historiques et des traductions, les grandes vérités essentielles qui constituent les fondations solides de cette révélation émergent comme des cimes montagneuses des brumes de l'incertitude.

[note: les textes traduits en anglais. Il existe à l'heure actuelle de remarquables traductions en anglais des écrits de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá, effectuées par Shoghi Effendi. Ces traductions, jointes aux nombreux ouvrages personnels du Gardien sur l'histoire de la foi bahá'íe, sur les affirmations et les conséquences de ses vérités fondamentales ainsi que sur le déploiement de son ordre administratif, rendent infiniment plus aisée la tâche du chercheur actuel.]

1.8. But de cet ouvrage

On a tenté, dans les chapitres qui suivent, de faire ressortir--autant que possible loyalement et sans préjugé--les traits saillants de l'histoire et principalement des enseignements de la cause bahá'íe, afin que le lecteur puisse évaluer judicieusement leur importance et être tenté d'en poursuivre une étude indépendante plus approfondie.

Cependant, la recherche de la vérité, si importante soit-elle, n'est pas le seul but ou la fin de l'existence... La vérité n'est pas une chose morte, à placer dans un musée sitôt découverte, à étiqueter, classer, cataloguer, à exhiber puis à abandonner à la dessiccation et à la stérilité. La vérité est quelque chose de vivant que l'être humain doit implanter dans son cœur pour la faire fructifier durant son existence, bien avant d'en récolter les fruits qui le récompenseront pleinement de sa persévérance.

Par conséquent, le but réel en diffusant un message prophétique est--pour tous ceux que cette vérité a convaincus--d'en appliquer les principes, de vivre la vie, de répandre la bonne nouvelle et de hâter ainsi l'avènement du jour béni où la volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au ciel.

2. LE BÁB: PRÉCURSEUR DE LA FOI

"En vérité, l'oppresseur a tué le Bien-Aimé des mondes, afin de pouvoir éteindre ensuite la lumière de Dieu parmi ses créatures et de détourner l'humanité du courant de vie céleste en ces jours réservés au Seigneur, le Clément, le Généreux."

BAHÁ'U'LLÁH.
2.1. Le berceau de la nouvelle révélation

La Perse, berceau de la révélation bahá'íe, a occupé une place unique dans l'histoire du monde. Dans ses premiers jours de grandeur, elle fut une véritable reine parmi les nations, sans rivale du point de vue de la civilisation, de la puissance et de la splendeur. Elle a donné au monde de grands rois et de grands hommes d'État, des prophètes, des poètes, des philosophes et des artistes. Zoroastre, Cyrus et Darius, Háfiz et Firdawsí, Sa'dí et 'Omar Khayyám ne sont que quelques-uns de ses célèbres fils. Elle eut des artisans inégalables; ses lames d'acier, ses poteries, ses tapis sont restés fameux et inimitables dans le monde entier. Dans le Proche et le Moyen-Orient, elle a laissé partout des traces de sa grandeur passée.

Mais au dix-huitième et au dix-neuvième siècles, la Perse tomba dans la plus déplorable décadence. Sa gloire ancienne semblait irrémédiablement perdue. Le gouvernement y était corrompu et en proie à des difficultés financières insurmontables; certains des dirigeants étaient des êtres faibles, d'autres, des monstres de cruauté. Les prêtres y étaient bigots et intolérants, le peuple, ignorant et superstitieux. La majorité appartenait à la secte musulmane des shí'ihs, [note: Une des deux grandes sectes - shí'ihs et sunnís - entre lesquelles l'islám se divisa peu après la mort de Muhammad. Les shí'ihs prétendent que 'Alí, beau-fils de Muhammad, fut le premier successeur légitime du prophète et que, seuls, ses descendants sont les califes légitimes] mais il y avait aussi un grand nombre de zoroastriens, de juifs et de chrétiens et diverses sectes antagonistes. Tous se targuaient de suivre les maîtres sublimes qui les avaient exhortés à adorer le Dieu unique et à vivre dans l'amour et l'unité, et cependant ils se fuyaient, se détestaient et se méprisaient les uns les autres, chaque secte considérant les autres comme impures, chacun traitant les autres de chiens ou de païens.

La malédiction et l'exécration régnaient partout. Il était dangereux pour un juif ou un zoroastrien de sortir par temps de pluie car, si ses vêtements mouillés frôlaient seulement un musulman, celui-ci se prétendait souillé et pouvait lui prendre la vie pour cette offense. Si un musulman recevait de l'argent d'un juif, d'un zoroastrien ou d'un chrétien, il devait le laver avant de le mettre en poche. Si un juif surprenait son fils donnant un verre d'eau à un pauvre mendiant musulman, il arrachait le verre des mains de l'enfant, car les malédictions plutôt que la bonté devaient être le lot des infidèles! Les musulmans eux-mêmes étaient divisés en sectes innombrables qui luttaient âprement et férocement les unes contre les autres. Les zoroastriens ne joignaient guère leur voix à ces récriminations mutuelles, mais ils vivaient en communautés séparées, refusant de s'associer à leurs compatriotes d'autres confessions.

Les affaires sociales, tout comme les affaires religieuses, se trouvaient dans un état de décadence désespérante. L'éducation était négligée. On considérait la science et l'art d'Occident comme impurs et contraires à la religion. La justice était corrompue. Pillages et vols étaient courants. Les routes étaient mauvaises et peu sûres. L'hygiène était négligée d'une façon révoltante.

Néanmoins, malgré tout cela, la lumière de la vie spirituelle n'était pas éteinte en Perse. Ici et là, au milieu de la frivolité et de la superstition, quelques âmes saintes et plus d'un cœur se languissaient de Dieu, comme les cœurs d'Anna et de Siméon avant la venue du Christ. Beaucoup attendaient ardemment la venue du messager promis par Dieu et croyaient que le temps de son avènement était imminent. Telle apparaissait la situation en Perse quand le Báb, le héraut de l'ère nouvelle, bouleversa tout le pays par son message.

2.2. Les Premières années

Mírzá 'Alí Muhammad, qui prit par la suite le titre de Báb (la Porte), naquit à Shíráz dans le sud de la Perse le 20 octobre 1819 [1er jour de muharram, 1235 après l'Hégire].

Il était siyyid, c'est-à-dire descendant du prophète Muhammad. Son père, marchand notable, mourut peu après sa naissance et l'enfant fut confié à la garde d'un oncle maternel, commerçant de Shíráz, qui l'éleva. Dans son enfance, il apprit à lire et reçut l'éducation élémentaire traditionnelle dans son milieu.

[note: À ce sujet, un historien remarque: En Orient, certaines personnes, et spécialement les adeptes du Báb, savaient que le Báb n'avait pas reçu d'éducation, mais que les mullás, afin de l'abaisser aux yeux du peuple, déclarèrent que la science et la sagesse qu'il possédait résultaient de l'éducation qu'il avait reçue. Après des recherches approfondies pour découvrir la vérité à cet égard, nous avons pu nous convaincre et démontrer que, dans son enfance et pendant quelque temps, il alla chez le shaykh Muhammad (connu aussi sous le nom de 'Ábid) où il apprit à lire et à écrire le persan. C'est à cela que le Báb fait allusion quand il écrit dans le livre du Bayán: "Ô Muhammad, ô mon maître..." Ce qui est remarquable, c'est que le shaykh qui avait été son maître devint le disciple dévoué de son propre élève, et que l'oncle du Báb, nommé Hájí siyyid 'Alí, qui fut un père pour lui, devint aussi un pieux croyant et fut martyrisé comme Bábí. La compréhension de ces mystères est accordée à ceux qui cherchent la vérité, mais nous sommes certains de ceci: que l'éducation reçue par le Báb fut élémentaire et que tous les signes de grandeur et de science peu communes qui parurent en lui étaient innés et venaient de Dieu.].

À l'âge de quinze ans, il entra dans le commerce, d'abord auprès de son tuteur, puis auprès d'un autre oncle qui vivait à Bùshihr, port du golfe Persique.

Dans son adolescence, il était renommé pour sa grande beauté, le charme de ses manières, sa piété exceptionnelle et sa grande noblesse de caractère. Il observait rigoureusement les prières, le jeûne et les autres commandements de la religion musulmane; il n'obéissait pas seulement à la lettre mais à l'esprit des enseignements du Prophète. Il se maria vers l'âge de vingt-deux ans. De ce mariage naquit un fils qui mourut très jeune, dans la première année du ministère du Báb.

2.3. La déclaration du Báb

Quand il atteignit sa vingt-cinquième année, répondant à un ordre divin, il déclara qu'il était choisi par Dieu, le Très-Haut, et élevé au rang de Báb.

Nous lisons dans A Traveller's Narrative [note: écrit pour illustrer "The Episode of the Báb" (ouvrage non traduit en français), avec une introduction par E.G.Browne, auquel il sera référé plus loin sous l'appellation "A Traveller's Narrative, Episode of the Báb".]:

"Il voulait exprimer par ce terme Báb qu'il était la Porte, la voie d'accès de la grâce menant à un grand être encore caché derrière le voile de gloire, possesseur de perfections innombrables et sans limites, auquel des liens d'amour le rattachaient et dont la volonté l'animait".

En ce temps-là, la croyance en l'apparition imminente d'un messager divin était surtout répandue dans la secte des shaykhís et ce fut à un maître distingué de cette secte, Mullá Husayn Bushrú'í que le Báb annonça en premier lieu sa mission. La date exacte de cette déclaration est donnée dans le Bayán, un des Écrits du Báb: deux heures quinze minutes après le coucher du soleil du cinquième jour du mois de jamádíyu'l-avval, en l'an 1260 de l'hégire (23 mai 1844). 'Abdu'l-Bahá naquit au cours de cette même nuit, mais on ne sait exactement à quelle heure. Après quelques jours d'étude et d'anxieuses recherches, Mullá Husayn fut fermement convaincu que le messager longtemps attendu par les shí'ihs était vraiment apparu. L'ardent enthousiasme que cette découverte souleva en lui fut bientôt partagé par plusieurs de ses amis. Peu de temps après, la majeure partie des shaykhís acceptèrent le Báb. Ils prirent le nom de Bábís. Aussitôt, la renommée du jeune prophète grandit et se répandit comme un éclair à travers tout le pays.

2.4. Diffusion du mouvement Bábí

Les dix-huit premiers disciples du Báb--lui-même étant la dix-neuvième personne du groupe--furent connus sous le nom de Lettres du Vivant. Le Báb envoya ses disciples dans les différentes régions de la Perse et du Turkistán pour répandre la nouvelle de son avènement. En même temps, il entreprit lui-même le pèlerinage à La Mecque où il arriva en décembre 1844. Il y déclara publiquement sa mission devant un grand nombre de pèlerins; l'annonce de son rang de Báb causa partout une grande effervescence lors de son retour à Búshihr.

Son éloquence convaincante, son écriture merveilleusement rapide et inspirée, son savoir et sa sagesse extraordinaires, son courage et son zèle de réformateur soulevèrent le plus grand enthousiasme parmi ses disciples, mais provoquèrent une haine et un effroi tout aussi intenses parmi les musulmans orthodoxes. Les docteurs de la secte des shí'ihs l'accusèrent avec véhémence et persuadèrent le gouverneur de Fárs, Husayn Khán--chef tyrannique et fanatique--d'entreprendre la répression de la nouvelle hérésie. Alors commença pour le Báb une longue série d'emprisonnements, de déportations, d'interrogatoires devant les tribunaux, de châtiments et d'insultes que son martyre, seul, arrêta en 1850.

2.5. Les revendications du Báb

L'hostilité soulevée par la proclamation de son titre de Báb redoubla quand le jeune réformateur déclara être le Mihdí (Mahdí) dont la venue avait été prédite par Muhammad. Les shí'ihs identifiaient ce Mihdí avec le douzième Imám disparu mystérieusement de la vue des hommes mille années auparavant [note: Les shí'ihs nomment Imám le successeur de droit divin du Prophète, auquel tous les fidèles doivent obéir. Douze personnes occupèrent successivement la place d'Imám, la première étant 'Alí, cousin et gendre du Prophète. Le douzième Imám est appelé par les shí'ihs Imám Mihdí. Ceux-ci prétendent qu'il ne mourut point mais disparut dans un souterrain en 329 A.H. et que, lorsque les temps seront révolus, il reviendra, exterminera les infidèles et inaugurera l'ère de bénédiction.]. Ils croyaient qu'il était encore vivant et qu'il réapparaîtrait dans le même corps, interprétant littéralement les prophéties sur sa domination, sa gloire, ses conquêtes et les signes de son avènement, tout comme les juifs au temps du Christ interprétaient des prophéties du même genre au sujet du Messie. Ils s'attendaient à le voir réapparaître muni d'un pouvoir terrestre et d'une armée innombrable pour proclamer sa révélation. Ils croyaient notamment qu'il ferait sortir les morts de leur tombe et leur rendrait la vie, etc. Ces signes n'étant pas apparus, les shí'ihs repoussèrent le Báb avec le même mépris féroce que les juifs eurent à l'égard du Christ.

Les Bábís au contraire donnaient un sens symbolique à la plupart des prophéties. Ils considéraient la souveraineté de celui qui était le Promis--de même que celle du Galiléen, l'Homme des Douleurs--comme une souveraineté mystique, sa gloire comme spirituelle et non terrestre, ses conquêtes comme des victoires sur les citadelles des cœurs humains, et ils trouvaient des preuves abondantes de la mission du Báb dans sa vie et dans ses enseignements merveilleux, dans sa foi inébranlable, dans sa fermeté invincible, dans son pouvoir de ressusciter la vie spirituelle ceux qui reposaient dans le tombeau de l'erreur et de l'ignorance.

Le Báb, non seulement revendiqua le titre de Mihdí, mais encore adopta le titre sacré de Nuqtiy-i-Úlá ou Premier Point, donné à Muhammad lui-même par ses disciples. Les Imáms, bien que très considérés, avaient une importance moindre que le Point duquel dérivaient leur inspiration et leur autorité. En s'arrogeant ce titre, le Báb revendiquait, comme Muhammad, un rang dans la série des grands fondateurs de religion. De ce fait, il fut considéré par les shí'ihs comme un imposteur, tout comme Moïse et Jésus avant lui. Il inaugura même un calendrier nouveau, rétablissant l'année solaire, fixant le commencement de l'ère nouvelle à la date de sa propre déclaration.

2.6. La persécution s'accentue

À la suite des déclarations du Báb et de l'inquiétante rapidité avec laquelle les gens de toutes classes, riches et pauvres, érudits et ignorants, répondaient ardemment à ses enseignements, les tentatives d'extermination devinrent de plus en plus implacables. On pilla et détruisit les maisons, on emmena les femmes. À Tihrán, à Fárs, à Mázindarán et ailleurs, d'innombrables croyants furent mis à mort. Beaucoup furent décapités, pendus, projetés par la gueule d'un canon, brûlés ou coupés en morceaux.

Cependant, en dépit de toute répression, le mouvement progressait. Bien plus, par cette oppression, la foi des croyants se raffermissait et, en conséquence, maintes prophéties se rapportant à la venue du Mihdí furent littéralement accomplies. Notamment une tradition, rapportée par Jábir et que les shí'ihs considèrent comme authentique, dit que:

"En lui se manifesteront les perfections de Moïse, l'inestimable valeur de Jésus et la patience de Job; les êtres saints de son temps seront humiliés et leurs têtes seront échangées comme des présents, ainsi que le furent celles des Turcs et des Daylamites qui connurent le même sort; ils seront tués et brûlés, ils seront dans l'épouvante, la terreur, la consternation; la terre sera rougie de leur sang et leurs femmes entreront en lamentations; ceux-là sont mes élus en vérité."

(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, p. 117.)
2.7. Le martyre du Báb

Le 9 juillet 1850 [note:Vendredi 28 sha'bán. 1266 A.H.], le Báb, alors dans sa trente et unième année, fut lui-même victime de la fureur fanatique de ses persécuteurs. Accompagné d'un jeune disciple dévoué nommé Áqá Muhammad-'Alí, qui avait supplié ardemment qu'on lui permît de partager le martyre de son maître, il fut emmené au lieu du supplice dans la vieille cour des casernes de Tabríz. Environ deux heures avant midi, tous deux furent suspendus par des cordes passées sous les bras, de telle sorte que la tête de Muhammad-'Alí reposât sur la poitrine de son maître bien-aimé.

Un régiment de soldats arméniens fut mis en ligne et reçut l'ordre de tirer. Mais aussitôt après la salve, lorsque la fumée se dissipa, on retrouva le Báb et son compagnon toujours en vie. [note:Pendant qu'on les entraînait, le Báb avait affirmé que "nulle puissance humaine ne pourrait l'empêcher de terminer sa mission".] Les balles n'avaient fait que couper les cordes par lesquelles ils étaient suspendus, de sorte qu'ils étaient tombés sans se blesser. Le Báb se rendit dans une salle proche de là. On l'y retrouva en conversation avec un de ses amis. Vers midi, ils furent suspendus pour la deuxième fois. Les Arméniens, ayant constaté le résultat miraculeux, malgré leur décharge, refusèrent de tirer de nouveau, de sorte qu'on dut amener un autre régiment sur les lieux; il fit feu dès qu'il en reçut l'ordre. Cette fois, la salve fit son œuvre. Les deux victimes furent criblées de balles et horriblement mutilées; cependant, les visages étaient restés presque intacts.

Cet acte odieux fit de la cour des casernes de Tabríz un second calvaire. Les ennemis du Báb se réjouirent de leur coupable triomphe, croyant que l'arbre de la foi bábíe, qu'ils haïssaient tant, avait été ébranlé à sa base et que le déraciner complètement serait aisé. Mais leur triomphe fut de courte durée. Ils n'avaient pas compris que l'Arbre de la Vérité ne peut être abattu par une hache matérielle. Moins ignorants, ils eussent prévu que la cause puiserait une plus grande force dans leur crime même. Le martyre du Báb avait réalisé son vœu le plus cher et inspirait à ses disciples un zèle plus grand encore. Le feu de leur enthousiasme spirituel était tel que les tempêtes de la persécution ne faisaient que l'attiser. Plus on s'efforçait de l'éteindre, plus haut s'élevaient ses flammes.

2.8. Le tombeau sur le mont Carmel

Après le martyre du Báb, ses restes, ainsi que ceux de son dévoué compagnon, furent jetés sur le bord d'un fossé, hors des murs de la cité. La seconde nuit, à minuit, ils furent emportés par quelques Bábís et, après avoir été cachés pendant des années en Irán, dans des caveaux secrets, ils furent finalement--à grand peine et à grands risques--transférés en Terre sainte. Ils sont maintenant ensevelis dans un tombeau magnifiquement situé sur le versant du mont Carmel, non loin de la caverne d'Élie et à quelques lieues seulement de l'endroit où Bahá'u'lláh passa ses dernières années et où sa dépouille mortelle repose également aujourd'hui. Parmi les milliers de pèlerins qui convergent de toutes les parties du monde pour rendre hommage au tombeau sacré de Bahá'u'lláh, pas un n'oublie de prier aussi au sanctuaire de son précurseur et adorateur dévoué, le Báb [note: 'Abdu'l-Bahá y repose également].

2.9. Les Écrits du Báb

Les Écrits du Báb sont nombreux et la rapidité avec laquelle - sans étude et sans réflexion préalable - il composait des commentaires subtils, des exposés pleins de profondeur ainsi que d'émouvantes prières, fut considérée comme l'une des meilleures preuves de son inspiration divine.

L'essentiel de ses différents Écrits a été résumé comme suit:

Certains d'entre ses Écrits sont des commentaires et des interprétations des versets du Qur'án; d'autres sont des prières, des homélies et des allusions au sens véritable de certains passages; d'autres des exhortations, des admonitions, des dissertations sur différents points de la doctrine de l'unité divine... des encouragements à s'améliorer soi-même, à se détacher des choses de ce monde, à se confier aux inspirations de Dieu. Mais l'essence et le but de ses compositions sont des louanges et des descriptions de cette Réalité qui devait bientôt apparaître et qui faisait l'objet et le but de ses pensées, de sa tendresse et de son désir. Car il considérait sa propre apparition comme celle d'un annonciateur de la bonne nouvelle, et sa nature réelle comme un moyen de manifester les suprêmes perfections de cet être unique.

Et en vérité il ne cessa jamais un seul instant de le célébrer, la nuit comme le jour, et il avait coutume de dire à ses disciples qu'ils devaient attendre son avènement. C'est ainsi qu'il déclare dans ses Écrits: Je suis une "lettre de ce Livre tout-puissant, une goutte de cet océan sans limites; et quand il paraîtra, ma vraie nature, mes paraboles, mes allusions et mes mystères deviendront évidents, et l'embryon de cette religion se développera en traversant les degrés de son existence et les phases de son ascension pour atteindre l'état de la suprême beauté de forme et s'orner de la robe de: béni soit Dieu le meilleur des créateurs...." et il était si embrasé par la flamme de cet être que l'évoquer lui tenait lieu de brillants flambeaux durant les sombres nuits de la forteresse de Máh-Kú, et que son souvenir était son meilleur compagnon dans les fers de la prison de Chihríq. Ainsi il obtenait la liberté spirituelle, de ce vin il s'enivrait et, en pensant à lui, il se réjouissait.

(Episode of the Báb dans A Traveller's Narrative.)

2.10. Celui que Dieu doit manifester

On a comparé le Báb à saint Jean-Baptiste, mais le rang du Báb n'est pas seulement limité à celui de héraut ou de précurseur. Le Báb fut lui-même une manifestation de Dieu, le fondateur d'une religion indépendante, bien que la durée de celle-ci ait été limitée à quelques années.

Les bahá'ís sont convaincus que le Báb et Bahá'u'lláh furent des cofondateurs de leur foi; les paroles suivantes de Bahá'u'lláh témoignent de cette vérité:

"Le très court laps de temps qui, seul, sépare cette suprême et merveilleuse révélation de ma propre révélation antérieure est un secret qu'aucun homme ne peut éclaircir et un mystère tel qu'aucune intelligence ne peut le pénétrer. Sa durée avait été prescrite à l'avance et personne ne pourra en découvrir la raison si ce n'est par la connaissance de mon livre caché".

Cependant, dans ses références à Bahá'u'lláh, le Báb révèle le degré d'effacement qui est le sien, déclarant que, au jour de "celui que Dieu rendra manifeste" :

"Si quelqu'un entendait un seul verset de lui et le récitait, ce serait préférable que de réciter le Bayán un millier de fois".

[note: "Traveller's Narrative, Episode of the Báb", p. 349. Le Bayán est le livre de la révélation du Báb].

Il accepta avec joie d'endurer toutes les afflictions si, ce faisant, il pouvait aplanir, si peu que ce fût, le chemin de "celui que Dieu allait rendre manifeste au monde"et qui était, déclarait-il, la source unique de son inspiration et le seul objet de son amour.

2.11. Résurrection, paradis et enfer

Une partie importante des enseignements du Báb concerne l'éclaircissement qu'il apporte sur les termes "résurrection, jour du Jugement, paradis et enfer". La résurrection, dit-il, signifie l'apparition d'une nouvelle manifestation du Soleil de Vérité. La résurrection des morts signifie l'éveil spirituel de ceux qui sont assoupis dans les tombeaux de l'ignorance, de la négligence et de la concupiscence. Le jour du Jugement est le jour de la Manifestation nouvelle où, par l'acceptation ou le rejet de sa révélation, les brebis seront séparées des boucs, car les brebis connaissent la voix du Bon Pasteur et le suivent. Le paradis, c'est la joie de connaître et d'aimer Dieu, ainsi que sa manifestation le révèle; par cette voie, l'homme atteint à la plus haute perfection dont il soit capable et, après sa mort, il obtient l'accès au royaume de Dieu et à la vie éternelle. L'enfer n'est que la privation de la connaissance de Dieu, avec pour conséquence l'impossibilité d'atteindre la perfection divine et la perte de la faveur éternelle. Il déclare d'une façon absolue que ces termes n'ont aucun sens réel en dehors de celui-ci et que les idées générales relatives à la résurrection du corps physique, à l'enfer et au paradis matériels et autres ne sont que fictions. Il enseigne qu'après la mort la vie de l'homme continue et que, dans l'au-delà, le progrès vers la perfection est sans limites.

2.12. Enseignements sociaux et moraux

Dans ses Écrits, le Báb dit à ses disciples qu'ils doivent se distinguer par la courtoisie et l'amour fraternel, cultiver les arts et les métiers utiles et que l'instruction élémentaire doit être généralisée. Dans la nouvelle et merveilleuse dispensation qui commence maintenant, les femmes doivent acquérir une plus grande liberté, les pauvres doivent être secourus sur le fonds commun, mais la mendicité est strictement interdite; l'usage des boissons alcoolisées est également interdit.

L'idéal du vrai Bábí doit être l'amour pur, sans aucun espoir de récompense ni aucune crainte de châtiment.

Ainsi il est écrit dans le Bayán:

"Adorez Dieu de telle sorte que si la récompense en devait être le bûcher, rien ne serait changé dans votre adoration. Si vous adoriez Dieu par peur, cet amour serait indigne du seuil de la sainteté de Dieu... De même en est-il lorsque vos yeux se fixent sur le paradis et si vous adorez dans le seul espoir d'y accéder, car alors vous mettez la création en compétition avec Dieu."

(E.G.BROWNE, Bábís of Persia, vol. XXI, p. 931.)
2.13. Passion et triomphe du Báb

Cette dernière citation révèle l'esprit qui anima la vie entière du Báb. Connaître et aimer Dieu, refléter ses attributs et préparer la voie pour sa prochaine Manifestation étaient sa seule raison d'être et son seul but. Pour lui, la vie ne comportait aucune terreur et la mort aucun aiguillon; l'amour avait chassé la peur et le martyre même n'était que ravissement, car c'était se précipiter tout entier aux pieds du Bien-Aimé.

Quelle chose étrange! Cette âme pure et belle, ce maître inspiré par la divine vérité, cet amoureux dévoué de Dieu et de son prochain a été haï et mis à mort par ses contemporains qui se prétendaient religieux!

Le manque de réflexion, les préjugés opiniâtres seuls pouvaient aveugler les hommes à un tel point devant l'évidence de sa qualité de prophète, de saint messager de Dieu. Il n'eut point de grandeur ni de gloire terrestres; mais comment démontrer et prouver la puissance et l'autorité spirituelles, si ce n'est par la faculté de se passer de toute assistance humaine et de triompher de l'opposition terrestre, même la plus puissante et la plus virulente? Comment l'amour divin peut-il se démontrer à un monde incrédule si ce n'est par la capacité infinie d'endurer les maux, les calamités, les dards acérés de la douleur, la haine des ennemis et la trahison des faux amis et de s'élever avec sérénité au-dessus de tout cela, sans découragement, sans amertume, en pardonnant et en bénissant?

Le Báb a tout subi et le Báb a triomphé. Des milliers d'hommes ont témoigné de la sincérité de leur amour pour lui en sacrifiant tout, même leur vie, pour le servir. Un tel pouvoir sur le cœur et l'existence des hommes ferait envie aux rois. De plus, "celui que le Seigneur rendra manifeste" est apparu. Il a confirmé les revendications et accepté la généreuse dévotion de son précurseur et il l'a associé à sa gloire.

3. BAHÁ'U'LLÁH: LA GLOIRE DE DIEU

"Ô toi qui attends, ne t'attarde plus, car il est venu. Vois son tabernacle où réside sa gloire. C'est la gloire ancienne dans une nouvelle manifestation."

BAHÁ'U'LLÁH.
3.1. Naissance et Premières années

Mírzá Husayn-'Alí, qui adopta plus tard le nom de Bahá'u'lláh [note: Mettre l'accent sur les deuxième et quatrième syllabes, la première syllabe étant presque muette et les deux l prononcés distinctement.] (c'est-à-dire "la Gloire de Dieu"), était le fils aîné d'un vizir ou ministre d'État, Mírzá 'Abbás, originaire de Núr. Sa famille était riche et distinguée, plusieurs de ses membres ayant occupé, en Perse, des postes importants dans le gouvernement, l'armée et l'administration. Il naquit à Tihrán, capitale de l'Irán, entre l'aube et le lever du soleil, le 12 novembre 1817 [2 muharram, 1233 A.H.]. Il ne fréquenta jamais ni école ni collège et le peu d'instruction qu'il reçut lui fut donné chez lui. Cependant, tout enfant déjà, il fit preuve d'une sagesse et d'un savoir extraordinaires. Il était encore tout jeune quand son père mourut, le laissant chef de famille, chargé de ses jeunes frères et sœurs et du soin des grands domaines familiaux.

'Abdu'l-Bahá, le fils aîné de Bahá'u'lláh, raconta à l'auteur de ce livre quelques traits de l'enfance de son père:

Enfant, il était déjà extrêmement bon et généreux. Il aimait la vie en plein air et passait la plus grande partie de son temps dans les jardins et les champs. Il avait un extraordinaire pouvoir d'attraction que tous ressentaient. Les gens se pressaient toujours nombreux autour de lui. Les ministres et les personnalités de la cour l'entouraient et même les enfants lui étaient dévoués. Dès qu'il eut atteint l'âge de treize ou quatorze ans, il devint renommé pour son savoir. Il savait converser sur n'importe quel sujet et résoudre tous les problèmes qui lui étaient soumis. Dans les grandes assemblées, il discutait avec les 'ulamá [Note: docteurs de la loi, théologiens chez les musulmans] et pouvait élucider des points religieux compliqués. Tous l'écoutaient avec le plus grand intérêt.

Bahá'u'lláh était âgé de vingt-deux ans quand son père mourut, et le gouvernement souhaitait le voir succéder à son père dans les fonctions de ministre, ainsi que le voulait la coutume iranienne, mais Bahá'u'lláh déclina cette offre. Alors le Premier ministre dit: "Qu'il garde sa liberté. Cette position est indigne de lui. Il a en vue quelque but plus élevé. Je ne puis le comprendre, mais je suis convaincu qu'il est destiné à quelque haute mission. Ses pensées sont différentes des nôtres. Laissons-le."

3.2. Emprisonné comme Bábí

En 1844, quand le Báb déclara sa mission, Bahá'u'lláh, alors dans sa vingt-septième année, épousa hardiment la foi nouvelle et fut bientôt considéré comme l'un de ses promoteurs les plus puissants et les plus intrépides.

Il avait déjà subi deux emprisonnements pour la cause et avait enduré la bastonnade quand, en août 1852, eut lieu un événement lourd des plus terribles conséquences pour les Bábís. Un des disciples du Báb, un jeune homme nommé Sádiq, avait été si affecté par les souffrances infligées à son maître vénéré--souffrances dont il avait été le témoin--qu'il perdit la raison. Voulant venger son maître, il tira un coup de pistolet sur le sháh de Perse. Cependant, son arme n'était chargée que de petits plombs et, bien que quelques grains atteignirent leur but, le mal causé fut sans gravité. Le jeune homme désarçonna le sháh mais il fut aussitôt saisi par les gardes du souverain et mis à mort sur-le-champ.

Toute la communauté bábíe en fut injustement tenue pour responsable et, pour ce seul acte, des massacres terribles furent perpétrés. À Tihrán, quatre-vingts bábís furent mis à mort après avoir été honteusement torturés. D'autres furent arrêtés et jetés en prison; parmi eux se trouvait Bahá'u'lláh. Il écrivit par la suite:

Par la justice de Dieu! Nous n'étions pas mêlé en quoi que ce soit à cet acte odieux, et notre innocence fut indiscutablement prouvée par les tribunaux. Néanmoins, nous fûmes appréhendé. De Níyávarán, qui était alors la résidence de Sa Majesté, nous fûmes conduit en prison à Tihrán. Un brutal cavalier, qui nous accompagnait, arracha notre kuláh. [Note: Sorte de bonnet ou de calotte] tandis qu'une bande de fonctionnaires et de bourreaux nous entraînaient précipitamment et avec rudesse. Pendant quatre mois, nous fûmes enfermé dans un lieu immonde, hors de toute comparaison. Quant au cachot où étaient confinés cet opprimé ainsi que d'autres, opprimés eux aussi, une cellule étroite et sombre eut été préférable. À notre arrivée, on nous fit d'abord traverser un couloir très sombre d'où nous descendîmes trois séries de marches jusqu'au lieu de réclusion qui nous était assigné. L'obscurité la plus complète régnait dans ce cachot, et nos compagnons de captivité, près de cent cinquante hommes, se composaient de voleurs, d'assassins et de bandits de grand chemin. Bien que bondé, ce lieu n'avait pas d'autre issue que le couloir par lequel nous étions entré. La plume est impuissante à décrire cet endroit et aucune parole n'en peut définir la répugnante odeur. La plupart de ces hommes n'avaient ni vêtements ni literie pour s'étendre. Dieu seul sait ce qui nous est arrivé dans ce lieu, le plus nauséabond et le plus lugubre qui soit.

Jour et nuit, dans ce cachot, nous songions aux exploits, à la situation et au comportement des bábís: comment, avec leur grandeur d'âme, leur noblesse et leur intelligence, avaient-ils pu accomplir un tel acte de violence et de témérité sur la personne de Sa Majesté? Alors, cet opprimé décida qu'à sa sortie de prison, il se consacrerait, de toutes ses forces, à régénérer ces âmes.

Une nuit, en rêve, ces paroles exaltantes se firent entendre de tous côtés: "En vérité, Nous te rendrons victorieux par toi-même et par ta plume. Ne t'afflige pas de ce qui t'est arrivé et ne sois pas effrayé, car tu es en sécurité. Avant longtemps, Dieu fera paraître les trésors de la terre--des hommes qui t'aideront par toi-même et par ton nom, par lesquels Dieu a ranimé le cœur de ceux qui L'ont reconnu."

(BAHÁ'U'LLÁH, Épistle to the Sun of the Wolf, pp. 20 à 22.)

3.3. Exil à Baghdád

Ce terrible emprisonnement dura quatre mois, mais Bahá'u'lláh et ses compagnons demeurèrent pleins de zèle, d'enthousiasme et de sérénité. Presque chaque jour, un ou plusieurs d'entre eux étaient torturés ou mis à mort et on rappelait aux autres que leur tour pouvait être proche. Lorsque les bourreaux venaient chercher un des leurs, celui qui était désigné dansait littéralement de joie, baisait les mains

de Bahá'u'lláh, embrassait ses coreligionnaires puis, avec une joyeuse ardeur, se hâtait vers le lieu de son martyre.

Il s'avéra--preuves à l'appui--que Bahá'u'lláh n'était en rien mêlé au complot contre le sháh, et le ministre de Russie attesta la pureté de son caractère. En outre, il était si malade qu'on craignit une issue fatale. Si bien qu'au lieu de le condamner à mort, le sháh ordonna son exil dans l'Iráq arabe [note: La province de Baghdád.], en Mésopotamie; aussi, quinze jours plus tard fit-on partir Bahá'u'lláh, accompagné de sa famille et d'un certain nombre d'autres croyants. Tous souffrirent terriblement du froid durant ce long voyage hivernal et ils arrivèrent à Baghdád dans un état de dénuement presque complet.

Dès que sa santé le lui permit, Bahá'u'lláh entreprit d'instruire ceux qui venaient à lui et d'encourager les croyants. Bientôt, la paix et le bonheur régnèrent parmi les bábís. [note: Ces faits se passaient au début de l'année 1853, c'est-à-dire neuf ans après la déclaration du Báb, accomplissant certaines prophéties du Báb concernant l'année 9.] Toutefois, cette période fut de courte durée. Le demi-frère de Bahá'u'lláh, Mírzá Yahyá, connu aussi sous le nom de Subh-i-Azal, arriva à Baghdád et, peu après, des dissensions, secrètement fomentées par lui, commencèrent à s'élever comme jadis entre les disciples du Christ. Ces dissensions qui, plus tard, à Andrinople, devinrent ouvertes et violentes, furent extrêmement pénibles pour Bahá'u'lláh dont le seul but dans la vie était l'avènement de l'unité entre les peuples du monde.

3.4. Deux années dans la solitude

Un an environ après son arrivée à Baghdád, il se retira seul dans le désert de Sulaymáníyyih, n'emportant qu'un vêtement de rechange. À propos de cette période, il écrit dans le Kitáb-i-Íqán [Le Livre de la certitude] ce qui suit:

"Dès les premiers jours de notre arrivée ici, nous avions discerné les signes des événements futurs et, avant qu'ils ne se produisent, nous décidâmes de nous retirer dans la solitude. Je demeurai ainsi, seul et abandonné, pendant deux ans dans le désert. Des larmes d'angoisse coulaient de mes yeux, un océan d'afflictions et de peines gonflait mon cœur sanglant; combien de jours ai-je passés sans nourriture pour me soutenir, et combien de nuits où mon corps ne trouva point de repos! Malgré toutes ces calamités et ces afflictions continuelles, par celui qui tient mon âme entre ses mains, je n'ai jamais été plus heureux; j'ai connu le vrai bonheur et la joie parfaite car, dans ma solitude, je n'avais pas le spectacle des malheurs, des soucis, des maladies de chacun. Dans l'isolement, je me recueillais en esprit, oublieux du monde et de tout ce qu'il renferme.

Mais j'ignorais que les mailles de la destinée divine sont plus serrées que nous ne pensons et que les flèches de ses décrets l'emportent sur les desseins humains les plus hardis. Nul ne peut s'affranchir de la volonté de Dieu, et sa seule ressource est de s'y soumettre. Par la justice de Dieu! Lors de mon départ, je n'envisageais pas de revenir. C'était une séparation sans espoir de retour. Je ne désirais qu'une seule chose: ne pas être un objet de discorde pour les croyants, un motif de révolte pour mes compagnons ni une cause de souffrance ou de tristesse pour les âmes et les cœurs. Tel était mon unique désir et je n'avais pas d'autre but. Malgré cela, chacun faisait ses propres plans et poursuivait ses vaines chimères, jusqu'au moment où, de la source mystique, me parvint l'ordre de revenir et, soumis, je revins ici. Ma plume est impuissante à dire ce que je vis alors! Durant deux ans, mes ennemis avaient conjugué tous leurs efforts pour essayer de me faire périr, ainsi que chacun le sait."

(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, p. 120.)
3.5. Opposition des mullás

Après son retour, sa renommée grandit plus que jamais et les gens affluèrent vers Baghdád pour le voir et entendre ses enseignements. Juifs, chrétiens et zoroastriens aussi bien que musulmans furent attirés par le nouveau message. Cependant, les mullás (théologiens musulmans) adoptèrent une attitude hostile et complotèrent obstinément sa ruine. Un jour, ils envoyèrent un des leurs pour lui poser certaines questions. L'envoyé trouva les réponses de Bahá'u'lláh si convaincantes, et sa sagesse si surprenante--bien que, de toute évidence, non acquise par l'étude--qu'il fut obligé d'avouer que le savoir et l'intelligence de Bahá'u'lláh étaient incomparables. Toutefois, afin de convaincre les mullás qui l'avaient envoyé de la réalité du don de prophétie de Bahá'u'lláh, il lui demanda de produire quelque miracle a titre de preuve.

Bahá'u'lláh se montra disposé à accepter sous certaines conditions. Il déclara qu'il fournirait la preuve désirée; que, sinon, il s'avouerait coupable d'imposture; mais il exigeait que les mullás soient d'accord sur le genre de miracle à produire et qu'ils signent et scellent un document stipulant que, sitôt le miracle accompli, ils reconnaîtraient l'authenticité de sa mission et cesseraient toute opposition. Si le but réel des mullás avait été de rechercher la vérité, certes ils auraient saisi cette occasion. Mais leur intention était tout autre; ils redoutaient d'apprendre la vérité; aussi se dérobèrent-ils à cet audacieux défi.

Leur défaite, toutefois, ne fit que les inciter à fomenter de nouveaux complots pour saper le mouvement à la base. Le consul général de Perse à Baghdád les y aida; il envoya plusieurs messages simultanés au sháh afin de dénoncer Bahá'u'lláh comme nuisant plus que jamais à la religion musulmane et l'accusa encore d'exercer une influence néfaste sur l'Irán; il insista pour qu'il fût exilé plus loin.

Alors que les mullás musulmans, les persans et le gouvernement turc coalisaient leurs efforts pour déraciner le mouvement, Bahá'u'lláh, d'une façon qui le caractérise bien, ne se départit jamais, durant cette épreuve, de son attitude calme et sereine, encourageant et inspirant ses disciples, écrivant d'impérissables paroles de consolation et de guidance. 'Abdu'l-Bahá raconte dans quelles conditions "Les Paroles cachées" furent écrites en cette période. Bahá'u'lláh se promenait souvent le long des rives du Tigre. Il en revenait rayonnant de bonheur et écrivait alors ces joyaux poétiques, ces sages préceptes qui ont apporté aide et guérison à des milliers de cœurs souffrants et troublés. Des années durant, seules existèrent quelques rares copies manuscrites des Paroles cachées, et on les dissimulait avec soin de crainte de les voir tomber entre les mains des ennemis qui veillaient. Mais maintenant, de toutes les œuvres de Bahá'u'lláh, ce petit volume est probablement le plus connu; il est lu dans toutes les parties du monde. Le Kitáb-i-Íqán est une autre des œuvres les plus répandues de Bahá'u'lláh, écrite à peu près à la même époque, vers la fin de son séjour à Baghdád. (A.D.1862-1863.)

3.6. Déclaration du Ridván près de Baghdád
[Note : Ridván se prononce "Rezvan" en persan]

Après maintes négociations, un ordre du gouvernement turc enjoignit à Bahá'u'lláh de se rendre à Constantinople, à la requête du gouvernement iranien. En apprenant cette nouvelle, les disciples furent plongés dans la consternation. Ils se rendirent en masse à la maison de leur chef vénéré, à tel point que, pendant douze jours, la famille alla camper hors de la ville, dans le jardin de Najíb Páshá, tandis qu'on préparait la caravane pour le long voyage.

Ce fut exactement dix-neuf ans après la déclaration du Báb, le premier de ces douze jours (21 avril au 2 mai 1863) que Bahá'u'lláh confia la bonne nouvelle à plusieurs de ses disciples: il leur annonça qu'il était celui dont la venue avait été prédite par le Báb, le Promis de tous les prophètes, l'élu de Dieu. Le jardin où eut lieu cette mémorable déclaration est bien connu des bahá'ís sous le nom de jardin du Ridván. Les douze jours que Bahá'u'lláh y passa sont commémorés chaque année par la fête du Ridván qui a lieu à la date anniversaire. Pendant ce séjour, Bahá'u'lláh, loin d'être triste et déprimé, montrait la plus grande joie, la plus grande majesté et la plus grande puissance. Ses disciples étaient heureux et enthousiastes et de grandes foules accouraient pour lui témoigner leur vénération. Tous les notables de Baghdád et même le gouverneur vinrent rendre hommage au prisonnier qui s'en allait.

3.7. Constantinople et Andrinople

Le voyage pour Constantinople dura trois à quatre mois, pendant lesquels Bahá'u'lláh, les membres de sa famille et ses vingt-six disciples eurent énormément à souffrir des intempéries. Arrivés à destination, ils furent emprisonnés dans une petite maison où ils se trouvèrent terriblement entassés. Plus tard, on leur accorda un logement moins exigu, mais au bout de quatre mois, ils furent de nouveau déplacés, cette fois vers Andrinople. Ce voyage, bien qu'il ne durât que quelques jours, fut le plus terrible qu'ils eussent jamais entrepris. La neige tombait en abondance presque constamment et, comme ils manquaient de vêtements chauds et de nourriture, leurs souffrances furent extrêmes.

Pendant tout ce premier hiver à Andrinople, Bahá'u'lláh et les douze personnes de sa famille vécurent dans une petite maison de trois pièces, dépourvue de confort et infestée de vermine. Au printemps, on leur donna un abri moins précaire. Ils demeurèrent à Andrinople plus de quatre ans et demi. Dans cette ville, Bahá'u'lláh se remit à enseigner, groupant autour de lui un vaste auditoire. Il y annonça publiquement sa mission et fut reconnu avec enthousiasme par la majorité des bábís qui furent, dès lors, désignés sous le nom de bahá'ís.

Toutefois, sous la conduite du demi-frère de Bahá'u'lláh, Mírzá Yahyá une minorité se retourna violemment contre lui et se joignit à ses anciens ennemis, les shí'ihs, pour comploter sa chute. De grands troubles s'ensuivirent et, à la fin, le gouvernement turc bannit d'Andrinople bábís et bahá'ís, exilant Bahá'u'lláh et ses disciples à 'Akká, en Palestine, où ils parvinrent--d'après Nabíl [note: Auteur d'une histoire sur les débuts de la foi, "The Dawn Breakers", Nabíl participa à quelques scènes décrites dans cet ouvrage, et il fut en relation étroite avec bon nombre des premiers croyants] - le 31 août 1868, tandis que Mirzá Yahyá et sa suite étaient expédiés à Chypre.

3.8. Lettres aux rois

C'est à cette époque que Bahá'u'lláh écrivit ses fameuses lettres au sultán de Turquie, aux principaux souverains d'Europe, au pape et au sháh d'Irán. Plus tard, dans son Kitáb-i-Aqdas [note: L'Aqdas, Kitáb-i-Aqdas, le plus saint Livre, le Livre de l'Aqdas, font tous référence au même livre], il s'adressa à d'autres souverains, aux chefs d'État et au président des États-Unis d'Amérique, aux chefs religieux en général et à l'humanité tout entière, leur annonçant sa mission et les adjurant de déployer tous leurs efforts en vue de l'établissement de la vraie religion, d'un gouvernement équitable et de la paix internationale. Dans sa lettre au sháh, il plaidait éloquemment la cause des bábís opprimés et demandait à être confronté avec les instigateurs de la persécution. Inutile de dire que cette requête fut vaine. Badí, le jeune et dévoué bahá'í qui porta la lettre de Bahá'u'lláh, fut arrêté et martyrisé cruellement au moyen de briques brûlantes appliquées sur la chair.

Cette même lettre de Bahá'u'lláh fournit un très émouvant compte-rendu de ses souffrances et de ses aspirations:

Ô Souverain! J'ai vu, dans le chemin de Dieu, ce que nul œil n'a vu, ce que nulle oreille n'a entendu. Les amis m'ont désavoué. Pour moi, les chemins sont fermés; le puits de la sécurité est desséché; la plaine du repos est jaunie. Que de souffrances se sont abattues sur moi et, bientôt, m'atteindront encore! J'avance vers le Puissant, le Généreux tandis que, derrière moi, rampe le serpent. J'ai tant versé de larmes que mes pleurs ont transpercé mon lit. Mais ce n'est pas sur moi que je m'attriste. Par Dieu! Ma tête désire ardemment la lance pour l'amour de son Dieu. Je ne suis jamais passé près d'un arbre sans que mon cœur ne lui dise: "Oh, puisses-tu être abattu en mon nom pour que mon corps soit crucifié sur toi dans le chemin de mon Seigneur!" Oui, car je vois l'humanité égarée dans son ivresse et elle ne le sait pas! Les hommes ont exalté leurs passions et repoussé leur Dieu, comme s'ils prenaient son commandement pour une dérision, un jeu, un divertissement! Et ils croient bien agir et se réfugient dans une citadelle imprenable! Grande est leur erreur: demain ils verront ce qu'ils nient aujourd'hui!

Nous sommes sur le point de quitter ce lointain lieu de bannissement (Andrinople) pour la prison de 'Akká. On dit que c'est certainement la ville du monde la plus désolée, celle qui offre l'aspect le plus désagréable, le climat le plus détestable et l'eau la plus malsaine qui soient. Il semble que ce soit la capitale des hiboux, car on n'y perçoit que leurs hululements. Et c'est là qu'ils veulent emprisonner ce serviteur, fermer sur notre visage les portes de la douceur, nous privant, pendant les jours qu'il nous reste à vivre, des bonnes choses de la vie!

Par Dieu! Dussent la fatigue m'abattre, la faim m'épuiser, la roche nue me servir de lit et les bêtes des champs me tenir lieu de compagnons, je ne me plaindrai pas; je le supporterai patiemment, comme d'autres, par le pouvoir de Dieu, l'éternel Souverain, le Créateur des nations, l'ont supporté et, en toutes circonstances, je rendrai grâce à Dieu. Et j'espère que, par sa faveur, qu'Il soit exalté! cette détention servira à libérer les hommes des chaînes et des fers et leur permettra de se tourner avec sincérité vers le visage de celui qui est le Puissant, le Généreux. En vérité, Il répond à celui qui l'invoque et Il est près de celui qui l'appelle. Et je Lui demande de faire de cette noire calamité un bouclier protégeant ses fidèles contre les épées acérées et les lances coupantes. Au travers des afflictions, éternellement, sa lumière a brillé et sa louange fut glorieuse. Telle fut sa méthode dans les temps anciens et les cycles passés.

(La Proclamation de Bahá'u'lláh, pp. 55 et 56.)
3.9. Emprisonnement à 'Akká

À cette époque, 'Akká était une forteresse où l'on enfermait les pires criminels envoyés de toutes les parties de l'Empire turc. En y arrivant, après un pénible voyage par mer, Bahá'u'lláh et ses disciples, environ quatre-vingts personnes, hommes, femmes et enfants, furent emprisonnés dans des casernes. L'endroit était malpropre et lugubre à l'extrême. Ni lits, ni commodités d'aucune sorte. La nourriture y était mauvaise et insuffisante si bien que, au bout de quelque temps, les prisonniers implorèrent la permission d'acheter eux-mêmes leur nourriture. Les premiers jours, les enfants pleuraient sans discontinuer, rendant tout sommeil impossible. La malaria, la dysenterie et d'autres maladies se déclarèrent; tous furent contaminés, sauf deux personnes. Trois malades succombèrent et les souffrances des survivants furent indescriptibles [note: Afin qu'on pût enterrer deux des morts, Bahá'u'lláh donna à vendre sa propre couverture pour payer les funérailles, mais au lieu d'employer l'argent à cet effet, les soldats se l'approprièrent et jetèrent les corps dans une fosse. D'après 'Abdu'l-Husayn Avárih Taftí.].

Cet emprisonnement rigoureux dura deux années pendant lesquelles aucun bahá'í ne put franchir les portes de la prison, sauf les quatre hommes sévèrement escortés qui allaient chaque jour acheter la nourriture.

De plus, les visiteurs étaient rigoureusement exclus. Plusieurs bahá'ís d'Irán firent toute la route à pied pour voir leur chef vénéré, mais ils se virent refuser l'entrée de l'enceinte de la ville. Ils allaient alors à un endroit de la plaine, au-delà du troisième fossé, d'où ils pouvaient voir les fenêtres de Bahá'u'lláh. Par l'une d'elles, il apparaissait; après l'avoir contemplé de loin, versant bien des larmes, les fidèles s'en retournaient à leur foyer, enflammés d'un nouveau zèle, prêts à se sacrifier pour sa cause et pour la servir.

3.10. Les sévérités se relâchent

Enfin l'emprisonnement fut adouci. Les troupes turques ayant été mobilisées, il fallut rendre les casernes aux soldats. Bahá'u'lláh et sa famille furent transférés dans une maison et ses disciples s'installèrent dans un caravansérail de la ville. Bahá'u'lláh resta encore sept années confiné en cette demeure. Dans une petite pièce près de celle où il était emprisonné, treize membres de sa famille, féminins et masculins, devaient s'accommoder comme ils le pouvaient.

Au début de leur séjour, ils souffrirent énormément de l'insuffisance de nourriture, du manque d'espace, de l'absence des commodités les plus élémentaires. Toutefois, par la suite, on leur accorda quelques chambres supplémentaires; ils purent alors goûter un bien-être relatif. Dès le jour où Bahá'u'lláh et ses compagnons quittèrent les casernes, ils eurent la possibilité de recevoir des visiteurs et, graduellement, les sévères restrictions imposées par les fonctionnaires du gouvernement impérial turc se relâchèrent, sans cesser toutefois d'être appliquées rigoureusement de temps à autre.

3.11. Les portes de la prison s'ouvrent

Même dans les moments les plus sombres de leur captivité, les bahá'ís ne perdirent jamais courage; leur confiance sereine ne fut jamais ébranlée. Pendant qu'il était dans les casernes de 'Akká, Bahá'u'lláh écrivait à des amis: Ne craignez point. Ces portes s'ouvriront. Ma tente sera plantée un jour sur le mont Carmel et nous connaîtrons la plus grande joie. Cette déclaration fut une source de consolation pour ses disciples et elle se réalisa littéralement en son temps. 'Abdu'l-Bahá a raconté comment les portes de la prison s'ouvrirent. Nous ne saurions mieux faire que de citer son admirable récit, traduit du persan [En anglais] par son petit-fils, Shoghi Effendi:

Bahá'u'lláh aimait la beauté et la verdure des campagnes. Un jour, il fit cette remarque: "Je n'ai vu aucune verdure depuis neuf ans. La campagne est le monde de l'âme, la ville est le monde des corps." Quand ce propos me fut rapporté, je compris à quel point il avait la nostalgie de la nature et je fus convaincu de réussir par mes efforts à satisfaire son désir. Il y avait alors à 'Akká un homme appelé Muhammad Páshá Safwat qui nous était extrêmement hostile. Il possédait un palais appelé "Mazra'ih", situé à environ sept kilomètres au nord de la ville, dans un site ravissant tout entouré de jardins où coulait un ruisseau. J'allai trouver le propriétaire chez lui. Je lui dis: "Páshá, votre palais est vide et vous vivez à 'Akká." Il répondit: "Je suis infirme et ne puis quitter la ville. Si je vais là-bas, en ce lieu solitaire, je me sens loin de mes amis." Je dis: "Puisque vous ne vivez pas là-bas et que la maison est vide, laissez-nous y aller." Il fut stupéfait de la proposition mais ne tarda pas à l'accepter. J'eus la maison pour un loyer très minime, environ cinq livres par an; je lui payai cinq années et fis un bail. J'envoyai des ouvriers réparer la maison, mettre le jardin en état et j'y fis installer des bains. Je fis aussi préparer une voiture pour la Beauté bénie [Jamál-i-Mubárak (la Beauté bénie) était un titre souvent donné à Bahá'u'lláh par ses disciples et ses amis]. Un jour, je résolus d'aller visiter l'endroit moi-même.

En dépit des firmans [Édits, décrets] répétés nous interdisant de passer la limite des murs de la ville, je sortis de la cité. Des gendarmes veillaient, mais ils n'élevèrent aucune objection et je me dirigeai directement vers le palais. Le jour suivant, je m'y rendis de nouveau, accompagné de quelques amis et personnalités de la ville et je ne fus ni arrêté ni molesté, bien que des gardes et des sentinelles veillassent de chaque côté des portes. Une autre fois, je préparai un banquet, fis mettre la table sous les pins de Bahjí et je réunis les notables et les fonctionnaires de la ville. Le soir, nous retournâmes tous ensemble à 'Akká.

Un jour, je me rendis en la sainte présence de la Beauté bénie et je lui dis: "La villa de Mazra'ih est prête pour vous recevoir et une voiture attend pour vous y conduire." (En ce temps-là, il n'y avait de voiture ni à 'Akká ni à Haïfa.) Il refusa, disant: "Je suis prisonnier." Quelque temps après, je renouvelai ma requête, mais sans plus de succès. Je m'enhardis jusqu'à en parler une troisième fois, mais la réponse fut encore "non" et je n'osai pas insister davantage. Cependant, il y avait à 'Akká un certain shaykh musulman, homme bien connu et très influent qui vénérait Bahá'u'lláh et avait su gagner sa confiance. J'appelai ce shaykh et lui expliquai la situation. Je lui dis: "Vous êtes hardi; allez ce soir en la sainte présence, mettez-vous à genoux devant elle, prenez- lui les mains et n'abandonnez pas avant d'avoir obtenu sa promesse de quitter la ville." Il était arabe [C'est-à-dire persévérant, tenace, courageux. (Note du comité de traduction.)]!... Il se rendit à l'instant auprès de Bahá'u'lláh, s'assit tout près de lui, s'empara des mains de la Beauté bénie, les baisa et demanda: "Pourquoi ne quittez-vous pas la ville?" Bahá'u'lláh dit: "Je suis prisonnier." Le shaykh répliqua: "Dieu vous en garde! Qui a le pouvoir de faire de vous un prisonnier? Vous vous emprisonnez vous-même. C'est par votre volonté seule que vous avez été emprisonné et maintenant je vous supplie de partir d'ici pour vous rendre à ce manoir. Il est agréable et entouré de verdure. Les arbres y sont splendides et les oranges y ressemblent à des boules de feu." Aussi longtemps que la Beauté bénie répéta: "Je suis un prisonnier, cela est impossible", le shaykh prit ses mains et les embrassa. Il plaida une heure durant. À la fin, Bahá'u'lláh dit: "Khaylí Khub!" (très bien) et la patience et la persévérance du shaykh se trouvèrent récompensées. Il vint me trouver tout joyeux et m'annonça la bonne nouvelle du consentement de Sa Sainteté.

En dépit du sévère firman de 'Abdu'l-'Azíz qui m'interdisait toute rencontre et communication avec la Perfection bénie, je pris la voiture le lendemain et conduisis Bahá'u'lláh au manoir. Personne n'y fit objection. Je l'y laissai et revins à la ville.

Il demeura deux années en ce lieu charmant. Ensuite, nous décidâmes de partir pour Bahjí. Une épidémie s'étant déclarée à Bahjí, le propriétaire d'une certaine maison, sur le point de s'enfuir avec sa famille, avait décidé de confier sa maison gratuitement à qui en ferait la demande. Nous la louâmes pour un loyer très minime et là, les portes de la majesté et de la vraie souveraineté s'ouvrirent toutes grandes.

Bahá'u'lláh était théoriquement prisonnier (car les implacables firmans du sultán 'Abdu'l-'Azíz ne furent jamais abrogés) mais en réalité il déployait tant de noblesse et de dignité dans sa vie et son comportement qu'il était vénéré par tous, et ceux qui régnaient sur la Palestine enviaient son influence et sa puissance. Les gouverneurs et les mutasarrifs, fonctionnaires généraux et locaux, sollicitaient humblement l'honneur d'être admis en sa présence, requête qui leur était rarement accordée.

À une certaine occasion, le gouverneur de la ville implora cette faveur, s'appuyant sur le fait que les autorités suprêmes lui avaient commandé d'aller, en compagnie d'un général, rendre visite à la Perfection bénie. La demande ayant été acceptée, le général, un Européen, homme de forte corpulence, fut tellement impressionné par la majestueuse présence de Bahá'u'lláh qu'il resta agenouillé sur le sol, près de la porte. La déférence des deux visiteurs était telle qu'il fallut des invitations réitérées de Bahá'u'lláh pour les décider à fumer le narguilé qui leur était offert. Même alors, ils ne firent que l'effleurer de leurs lèvres et, le posant à côté d'eux, ils se croisèrent les bras et se tinrent dans une attitude de respect et d'humilité telle que tous ceux qui étaient présents en furent étonnés.

L'affectueuse vénération des amis, la considération et la déférence témoignées par les hauts fonctionnaires et les notables à son égard, le flot de pèlerins et de chercheurs de vérité, l'esprit de dévotion et de service qui se manifestait dans son entourage, le comportement majestueux et royal de la Perfection bénie, l'efficacité de ses préceptes, le nombre de ses disciples dévoués, tout cela portait témoignage du fait que Bahá'u'lláh était, non un prisonnier, mais en réalité le roi des rois. Quoique confiné dans les prisons qui appartenaient à deux souverains despotiques, puissants autocrates ligués contre sa personne, il s'adressait à eux en termes sévères, comme un roi s'adresserait à ses sujets. Par la suite, en dépit des rigoureux firmans, il vécut à Bahjí comme un prince. Il disait souvent: "En vérité, la plus misérable prison a été changée en paradis terrestre."

Certes, rien de pareil n'a pu être observé depuis la création du monde.

3.12. La vie à Bahjí

Ayant, dans ses précédentes années de malheur, montré comment on peut glorifier Dieu dans la pauvreté et l'ignominie, Bahá'u'lláh, dans ses dernières années à Bahjí, montra comment on peut glorifier Dieu au sein des honneurs et de l'abondance.

Les offrandes de centaines de milliers de disciples dévoués mirent à sa disposition des sommes importantes qu'il fut appelé à administrer. Bien que sa vie à Bahjí ait été décrite comme vraiment royale, au sens le plus élevé du terme, toutefois il ne faut pas s'imaginer qu'elle l'était par la splendeur matérielle et l'extravagance. La Perfection bénie et sa famille vivaient d'une façon très simple, très modeste, et toutes les dépenses destinées à satisfaire un luxe égoïste étaient exclues de la maison. Près de son habitation, les croyants aménagèrent un très beau jardin, appelé Ridván (paradis), dans lequel il passait souvent plusieurs journées consécutives et même des semaines, dormant la nuit dans un modeste pavillon construit dans le jardin. Quelquefois, il s'aventurait dans la campagne.

Il visita plusieurs fois 'Akká et Haïfa et, à plusieurs reprises, sa tente fut plantée sur le mont Carmel, comme il l'avait prédit pendant son emprisonnement à 'Akká. Bahá'u'lláh passait la plus grande partie de son temps à prier et à méditer, à écrire ses livres sacrés et ses tablettes inspirées, à faire l'éducation spirituelle de ses disciples. Afin qu'il eût tout loisir de se consacrer à cette œuvre, 'Abdu'l-Bahá se chargea des autres occupations, recevant même les mullás, les poètes, les membres du gouvernement. Tous étaient enchantés de ces entretiens et parfaitement satisfaits de ses explications et, sans voir Bahá'u'lláh en personne, ils devenaient ses amis, car 'Abdu'l-Bahá savait, par son attitude et ses paroles, leur faire comprendre le rang de son père.

Un orientaliste distingué, le professeur Edouard G. Browne de l'université de Cambridge, alla voir Bahá'u'lláh à Bahjí en 1890, et il nota ses impressions comme suit:

Mon guide s'arrêta un moment pendant que j'enlevais mes chaussures. Puis, d'un mouvement rapide de la main, il tira la tenture et la referma aussitôt derrière moi. Je me trouvai alors dans une vaste salle au fond de laquelle il y avait un divan bas, tandis qu'en face de la porte étaient placées deux ou trois chaises. Bien que sachant vaguement où j'allais et qui j'allais voir--aucune précision ne m'avait été fournie--il me fallut une ou deux secondes avant que, le cœur battant de surprise et de crainte respectueuse, je réalise que la chambre n'était pas vide. Dans le coin où le divan touchait le mur se tenait un merveilleux et vénérable personnage, couronné d'une coiffure de feutre que les derviches appellent taj (d'une hauteur et d'une forme particulières), à la base de laquelle s'enroulait un mince turban blanc. Le visage de celui que je contemplai, je ne saurais l'oublier et pourtant je ne puis le décrire. Ses yeux perçants semblaient pénétrer jusqu'au tréfonds de l'âme; de larges sourcils soulignaient la puissance et l'autorité, tandis que les rides profondes du front et du visage semblaient indiquer un âge que la chevelure noire comme le jais et la barbe, d'une luxuriance étonnante atteignant presque la taille, semblaient démentir. Il eut été superflu de demander en la présence de qui je me trouvais; je me prosternai devant celui qui fait l'objet d'une vénération et d'un amour que les rois lui envieraient et auxquels les empereurs aspireraient en vain!

Une voix douce, pleine de courtoisie et de dignité, me pria de m'asseoir et continua: "Loué soit Dieu de ce que tu sois parvenu au but. Tu es venu voir un prisonnier et un exilé... Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations; cependant, on nous suspecte d'être un élément de désordre et de sédition, digne de la captivité et du bannissement... Que toutes les nations deviennent une dans la foi et que tous les hommes soient des frères; que les liens d'affection et d'unité entre les enfants des hommes soient fortifiés; que la diversité des religions cesse et que les différences de races soient annulées, quel mal y a-t-il en cela? Cela sera, malgré tout; ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront et la "paix suprême" viendra... N'avez-vous pas besoin de cela en Europe aussi? N'est-ce pas cela que le Christ a prédit?... Cependant, nous voyons les souverains et les chefs d'État gaspiller plus volontiers leurs trésors en moyens de destruction de la race humaine qu'en ce qui conduirait l'humanité au bonheur... Ces luttes, ces massacres, ces discordes doivent cesser et tous les hommes doivent former une seule famille... Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays, mais plutôt d'aimer le genre humain."

Telles sont, pour autant que je m'en souvienne, quelques-unes des paroles que j'entendis prononcer par Bahá'u'lláh. Que ceux qui les lisent se demandent sincèrement si un être qui professe de telles doctrines mérite la mort et les chaînes, si le monde doit gagner ou perdre à leur diffusion.

(Episode of the Báb, dans Introduction to A Traveller's Narrative p. XXXIX-XL.)

3.13. Ascension

Bahá'u'lláh passa ainsi, simplement et paisiblement, le soir de sa vie terrestre jusqu'à ce que, après une attaque de fièvre, il s'éteignît, le 29 mai 1892, à l'âge de soixante-quinze ans. Parmi les dernières Tablettes révélées se trouvait son testament écrit de sa propre main. Neuf jours après sa mort, son fils en brisa les sceaux en présence des membres de la famille et de quelques amis, et le contenu de ce bref mais remarquable document fut divulgué. Ce testament désignait 'Abdu'l-Bahá comme le représentant et l'interprète des enseignements de son père et enjoignait à la famille et à la parenté de Bahá'u'lláh, ainsi qu'à tous les croyants, de se tourner vers lui et de lui obéir. Cette décision obviait à tout sectarisme éventuel, à toute division et assurait l'unité de la cause.

3.14. Le don de prophétie de Bahá'u'lláh

Il est important d'avoir une idée claire du caractère de la mission prophétique de Bahá'u'lláh. Ses paroles, comme celles des autres manifestations divines, peuvent se classer en deux catégories: parfois, il parle ou écrit simplement comme un homme chargé par Dieu d'un message pour ses semblables; parfois, ses paroles semblent être proférées directement par Dieu Lui-même.

Bahá'u'lláh écrit dans l'Íqán:

Dans les pages précédentes, nous avons vu qu'il existe deux états différents pour chacun des soleils qui surgissent des divins horizons: l'un de ces états est celui de l'unité essentielle qui a déjà été expliquée. "Nous n'avons de préférence pour aucun d'entre eux." (Qur'án, II: 136.)

L'autre a trait, au contraire, à leur particularité. Dans ce second cas, ce qui distingue les prophètes est relatif au monde de la création et aux limitations qui s'y rattachent. Chaque Manifestation possède une individualité propre, une mission spéciale, une révélation prédestinée et des limites spécifiquement définies. Chacune porte un nom différent, se caractérise par un attribut spécial, accomplit une mission déterminée; une révélation particulière lui est confiée.

Comme il a été dit: "Nous avons élevé certains prophètes au-dessus des autres. Il en est à qui Dieu a parlé, et Dieu a élevé plusieurs d'entre eux à des degrés supérieurs. Nous avons donné à Jésus, fils de Marie, des preuves évidentes. Nous l'avons fortifié par l'Esprit de sainteté." (Qur'án, II: 253.)

Ainsi envisagés, à partir du point de vue de leur unité et de leur sublime détachement, les attributs de Dieu - divinité et unité suprême - ont toujours été et sont toujours applicables à toutes ces essences de vie puisqu'elles siègent sur le trône de la révélation divine et que toutes se tiennent sur les hauteurs du divin mystère. C'est-à-dire que la révélation de Dieu se manifeste dans leur personne, que sa beauté se révèle dans leur comportement. Et c'est ainsi qu'on entend le langage de Dieu Lui-même, à travers les paroles des manifestations de l'être divin.

Envisagées au point de vue de leur particularité, de ce qui les distingue, de leurs limitations temporelles, de leurs caractéristiques et de leur état, les manifestations font preuve d'un dévouement, d'une abnégation, d'un renoncement sans pareils. Ainsi que le dit Muhammad: "Je ne suis qu'un mortel semblable à vous..." (Qur'án, XVIII: 110)

Si l'une des manifestations universelles dit: "Je suis Dieu", c'est vrai; car il a été démontré plusieurs fois que par leur révélation, leurs noms et leurs attributs, la révélation de Dieu, ses noms et ses attributs deviennent manifestes sur terre... Ainsi il est dit: "Tu ne lançais pas toi-même les traits quand tu les lançais, mais Dieu les lançait pour éprouver les croyants au moyen d'une belle épreuve venue de Lui." (Qur'án, VIII: 17.)

Et aussi: "Ceux qui prêtent un serment d'allégeance ne font que prêter serment à Dieu. La main de Dieu est posée sur leurs mains." (Qur'án, XLVIII: 10.)

Et si la Manifestation dit: "Je suis le messager de Dieu", c'est également juste et hors de doute. De même, si elle dit: "Muhammad n'est le père d'aucun homme parmi vous, mais il est le prophète de Dieu." (Qu'rán, XXXIII: 40.) Et toutes ces manifestations viennent de la présence du Roi de Réalité et de l'Identité éternelle.

Quand bien même chacune dirait: "Je suis le sceau des prophètes", cela est également incontestable, car elles n'ont toutes qu'une identité, une âme, un esprit, une existence, une révélation, et elles sont toutes l'apparition de l'Origine et de la Fin, de l'Alpha et de l'Oméga, du Visible et de l'Invisible, de l'Esprit de tous les esprits et de l'Essence des essences éternelles. Si elles disaient: "Nous sommes serviteurs de Dieu", cela aussi est manifeste et indiscutable, car leur mission s'est accomplie dans un état d'effacement complet, une servitude telle qu'aucun être humain ne peut l'atteindre.

Ainsi, au moment où ces essences de vie étaient profondément immergées dans l'océan de l'ancienne et immortelle sainteté, ou encore lorsqu'elles planaient dans les sphères les plus hautes des mystères divins, elles proclamaient que leurs paroles étaient la voix de la Divinité, l'appel de Dieu Lui-même.

Si l'œil de notre discernement est grand ouvert, il nous apparaît que, dans cette situation, elles se considèrent elles-mêmes comme entièrement effacées et non existantes devant celui qui règne par-dessus tout, l'Incorruptible. Il me semble que, en cette céleste cour, elles se considèrent comme tout à fait insignifiantes et estimeraient comme un blasphème le fait de se mentionner elles-mêmes. Car la moindre mention de soi-même en ce lieu céleste serait une affirmation de son existence indépendante. Et pour ceux qui ont atteint cette céleste cour, rien que cette idée est un péché grave. De quelle gravité serait alors la condition d'un autre placé dans ce cas? Quelle serait la situation des hommes dont les discours, le cœur, l'âme, l'esprit s'attachent à n'importe qui sauf au Bien-Aimé, ceux dont les yeux voient d'autres beautés que la sienne, dont les oreilles se tendent vers d'autres chants que la mélodie de sa voix, dont les pieds se posent partout sauf dans son chemin?

En ce jour soufflent les brises de Dieu et son Esprit pénètre toutes choses. Et le flot de sa grâce est si abondant que la plume s'arrête et que la langue se tait.

Étant donné le rang qu'ils occupent, les prophètes affirment qu'ils sont la voix de Dieu et, en vertu de leur condition de messager, ils se déclarent les envoyés de Dieu. Dans chaque cas, ils ont prononcé des paroles appropriées aux besoins du moment, et ils se sont attribué toutes ces déclarations descendues du monde de la révélation divine à celui de la création, du royaume divin à celui de l'existence terrestre. De sorte que, quoi qu'ils disent, que cela appartienne au royaume divin, aux domaines de l'autorité, de la prophétie, de l'annonciation, du Gardiennat, de l'apostolat ou de la servitude, tout est vrai sans l'ombre d'un doute.

Par conséquent, examinez attentivement l'exposé que nous avons fait pour corroborer notre raisonnement, afin que disparaissent le trouble de votre âme et la perplexité de votre esprit au sujet des différents termes employés par les manifestations de l'Invisible et de la Source de sainteté.

(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, pp. 85 à 87.)

Quand Bahá'u'lláh parle en tant qu'homme, ce qu'il revendique pour lui-même est un état de totale humilité, d'annihilation complète en Dieu. Ce qui distingue la Manifestation des autres hommes dans sa personnalité humaine, c'est son abnégation absolue ainsi que la perfection de ses pouvoirs. En toutes circonstances, la Manifestation peut dire, comme Jésus le disait au jardin de Gethsemani: Toutefois, que ta volonté soit faite et non la mienne. C'est ainsi que, dans son épître au sháh, Bahá'u'lláh dit:

"Ô Souverain! Je n'étais qu'un homme comme tant d'autres, endormi sur mon lit, lorsque le souffle du Très-Glorieux passa sur moi et m'enseigna la science de ce qui fut. Cela ne vient pas de moi mais de celui qui est tout-puissant et omniscient. Il m'ordonna d'élever la voix entre la terre et les cieux et, pour cela, il m'est advenu ce qui a fait couler les larmes de tout homme de discernement. Je n'ai pas étudié les sciences couramment répandues ici-bas et n'ai fréquenté aucune école... Je ne suis qu'une feuille que remuent les brises de la volonté de ton Seigneur, le Tout-Puissant, le Très-Glorifié. Peut-elle rester immobile lorsque souffle la tempête déchaînée? Non, par le Seigneur des noms et attributs! Le vent la déplace à son gré. L'éphémère n'est rien en face de celui qui est l'Éternel! Son commandement irrésistible me parvint, m'ordonnant de Le célébrer parmi les peuples. En vérité, j'étais comme mort quand cet ordre me fut donné. La main de la volonté de ton Seigneur, le Compatissant, le Miséricordieux, me transforma. Quelqu'un pourrait-il, de lui-même, dire ce que les hommes de toutes conditions contesteront? Certes non, par celui qui dévoila les mystères éternels à la plume divine, sinon celui qui est fortifié par la grâce de Dieu, le Tout-Puissant, l'Omnipotent."

(Tablette au roi de Perse, dans La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 53.)

De même que Jésus lavait les pieds de ses disciples, Bahá'u'lláh préparait les repas de ses adeptes et leur rendait d'humbles services. Il se faisait une gloire de servir. Il était plus humble que ses serviteurs, satisfait de dormir, au besoin, sur le sol, de se nourrir de pain et d'eau, ou même parfois de ce qu'il appelait la divine nourriture qui est la faim ! On reconnaissait sa parfaite humilité dans son profond respect de la nature, de l'être humain et surtout des saints, des prophètes et des martyrs. Pour lui, toutes choses, les plus humbles comme les plus élevées, parlaient de Dieu.

Sa personnalité humaine avait été élue par Dieu pour devenir le porte-parole divin de la plume divine. Ce n'est pas de son propre chef qu'il assuma cette position hérissée de difficultés et de tribulations sans précédent.

De même que Jésus a dit: "Mon père, s'il se peut, éloignez de moi ce calice", Bahá'u'lláh dit: "Nous n'aurions pas fait de notre personne un objet de critiques, de railleries et de calomnies de la part du peuple si un autre interprète ou porte-parole eut existé."

(Les Splendeurs.)

Mais l'appel divin était clair et impérieux et Bahá'u'lláh obéit. La volonté de Dieu devint sa volonté, le plaisir de Dieu son plaisir; et dans un "radieux acquiescement", il déclara:

"En vérité, je le dis: l'âme chérit et le cœur désire tout ce qui arrive dans le chemin de Dieu. Tout poison mortel est un miel savoureux et toute tribulation est une eau cristalline à boire."

(Épistle to the Sun of the Wolf, pp. 17 et 18.)

À d'autres moments, ainsi que nous l'avons dit, Bahá'u'lláh s'exprime comme la divinité. Lorsqu'il parle dans cet état, sa personnalité humaine s'efface si complètement qu'elle semble ne plus exister. À travers lui, c'est alors Dieu qui s'adresse à ses créatures, proclamant son amour pour elles, leur dévoilant ses attributs, faisant connaître sa volonté, énonçant ses lois pour les guider, sollicitant leur amour, leur loyauté et leurs services.

Dans les Écrits de Bahá'u'lláh, la parole passe souvent d'une de ces formes à l'autre. Parfois, c'est, de toute évidence, l'homme qui s'exprime, puis, sans transition, l'écriture continue à la première personne, comme si Dieu parlait Lui-même. Même lorsqu'il s'exprime en tant qu'homme, Bahá'u'lláh parle comme un messager de Dieu, comme un vivant exemple de la soumission totale à la volonté de Dieu. Sa vie entière trouve son inspiration dans le Saint-Esprit. Aussi ne peut-on faire de délimitation formelle entre les aspects divins et humains de sa vie et de ses enseignements. Dieu lui ordonne:

"Dis: On ne voit dans mon temple que le temple de Dieu, dans ma beauté que sa beauté, dans mon être que son Être et en moi-même que Lui-même, dans mon action que son action, dans mon acquiescement que son consentement et dans ma plume rien que sa plume, la puissante, la célébrée.

Dis: Il n'y a jamais eu dans mon âme que la vérité et, en moi-même, rien n'apparaît si ce n'est Dieu."

(Súriy-i-Haykal.)
3.15. Sa mission

La mission de Bahá'u'lláh dans ce monde est d'apporter l'unité: unité de toute l'humanité, en Dieu et par Dieu. Il dit:

De l'arbre de la connaissance, le fruit très glorieux est cette parole exaltée: "Vous êtes tous les fruits d'un seul arbre et les feuilles d'une même branche." "Que l'homme ne se glorifie pas d'aimer son pays mais plutôt d'aimer l'humanité!"

Les prophètes d'autrefois ont annoncé un âge de paix sur la terre, de bonne volonté parmi les hommes et ils ont donné leur vie pour en hâter l'avènement; mais tous, indistinctement, ont clairement affirmé que cette époque bénie ne serait atteinte qu'après la venue du Seigneur, aux derniers jours, alors que les méchants seraient jugés et les bons récompensés.

Zoroastre prédit trois mille ans de conflits avant l'avènement de sháh Bahrám, le sauveur du monde qui vaincrait Ahríman, l'esprit du mal, et qui établirait le règne de la justice et de la paix.

Moïse prédit une longue période d'exil, de persécutions, d'oppression pour les enfants d'Israël, avant que le Seigneur des armées n'apparaisse pour les rassembler parmi toutes les nations, détruisant les oppresseurs et établissant le royaume de Dieu sur terre.

Le Christ dit: "Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis point venu pour la paix mais pour l'épée" (MATTH. X, 34), et il prédit une période de guerres et de bruits de guerre, de tribulations et d'afflictions qui continuerait jusqu'à la venue du Fils de l'homme dans la gloire du Père.

Muhammad déclara que, à cause de leurs mauvaises actions, Alláh sema l'inimitié et la haine parmi les juifs et les chrétiens et que cela durerait jusqu'au jour de la résurrection, lorsqu'il apparaîtra pour les juger tous [Voir citations du Qur'án, p. 238].

D'autre part, Bahá'u'lláh annonce qu'il est le Promis de tous les prophètes, la manifestation divine d'une ère au cours de laquelle le règne de la paix sera véritablement établi. Cette déclaration est unique et sans précédent; toutefois, elle s'accorde merveilleusement avec les signes des temps et avec les prophéties de tous les autres grands prophètes. Bahá'u'lláh a révélé avec une clarté incomparable les moyens d'instaurer la paix et l'unité parmi les hommes.

Il est vrai que, depuis l'avènement de Bahá'u'lláh jusqu'à présent, la guerre a été plus dévastatrice que jamais, mais ceci n'est que l'accomplissement de ce que tous les prophètes ont annoncé comme devant advenir à l'aube du grand et terrible jour du Seigneur.

Par conséquent, les événements actuels confirment l'idée que la "venue du Seigneur" n'est pas seulement proche, mais qu'elle est déjà un fait accompli. Selon la parabole du Christ, le Seigneur du vignoble doit faire périr misérablement les mauvais intendants, avant de confier le vignoble à d'autres qui lui remettront les fruits en temps voulu. Cela ne signifie-t-il pas que, lors de la venue du Seigneur, ces gouvernements autoritaires, ces prêtres et ces mullás intolérants et cupides, ces tyrans despotiques seront voués à la destruction complète, eux qui pendant des siècles ont, comme les mauvais intendants, mal administré la terre dont ils s'appropriaient les fruits?

Il peut encore survenir des événements terribles, des calamités sans précédent sur la terre, mais Bahá'u'lláh nous affirme que "avant longtemps, ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront et que la paix suprême viendra". La guerre a acquis une si atroce puissance de destruction que l'humanité doit maintenant s'en délivrer ou périr. "Les temps sont accomplis et le Libérateur promis est arrivé!"

3.16. Ses Écrits

Les Écrits de Bahá'u'lláh forment un vaste ensemble très clair, traitant de tous les aspects de la vie humaine--individuelle et collective--des problèmes matériels et spirituels, de l'interprétation des Écritures anciennes et modernes et des anticipations prophétiques sur l'avenir le plus proche comme le plus lointain.

L'étendue et la précision de son savoir sont étonnantes. Il savait citer et expliquer les Écritures des diverses religions familières à ses correspondants et à ses interlocuteurs d'une manière convaincante et pleine d'autorité, bien qu'il semble n'avoir jamais eu l'occasion de compulser les livres auxquels il se réfère. Il déclare dans "l'Épître au fils du Loup" qu'il n'a jamais lu le Bayán bien que, dans ses propres Écrits, il fasse preuve de la connaissance et de la compréhension les plus parfaites de la révélation du Báb--le Báb, nous l'avons vu, déclara que sa révélation, le Bayán, était inspirée par "celui que Dieu doit manifester" et qu'elle émanait de lui. En dehors de la visite du professeur Browne avec qui, en l'année 1890, il eut quatre entretiens d'une durée de vingt à trente minutes chacun, jamais l'occasion de communiquer avec des penseurs occidentaux éclairés ne s'offrit à lui.

Cependant, ses Écrits révèlent une exacte compréhension des problèmes sociaux, politiques et religieux du monde occidental, et ses ennemis eux-mêmes durent admettre que sa sagesse et sa science étaient incomparables. Étant donné les circonstances bien connues de son long emprisonnement ['Abdu'l-Bahá, à qui l'on demandait si Bahá'u'lláh avait fait une étude spéciale des livres du monde occidental et avait fondé sur eux son enseignement, répondit que les livres de Bahá'u'lláh, écrits et imprimés dans les années 1870, contenaient les idéaux communs au monde occidental, alors qu'à cette époque ils n'avaient pas encore été conçus ni même envisagés en Occident], il est hors de doute que la plupart des connaissances exposées dans ses Écrits émanèrent d'une source spirituelle absolument indépendante où les moyens ordinaires d'étude ou d'instruction, livres et maîtres, n'eurent aucune part.

Parfois il écrivait en persan moderne, la langue usuelle de ses compatriotes, fréquemment mêlé d'arabe. En d'autres occasions, lorsqu'il s'adressait à des zoroastriens lettrés, il s'exprimait dans le plus pur persan classique. Il écrivait tout aussi couramment l'arabe, parfois dans un style très simple, parfois dans un style classique ressemblant à celui du Qur'án. Sa parfaite maîtrise de ces langues et de ces styles divers fut remarquable étant donné son manque complet d'études littéraires.

Dans certains de ses Écrits, la voie de la sainteté est indiquée en termes simples tels que: Ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s'égarer. (ISAÏE XXXV, 8.) D'autres Écrits contiennent un tel trésor d'images poétiques, de profonde philosophie, d'allusions aux Écritures islamiques, zoroastriennes et autres, ou à la littérature et aux légendes persanes et arabes que seul un poète, un penseur, un savant peut les apprécier à leur juste valeur. D'autres encore traitent d'un stade avancé de la vie spirituelle et peuvent être compris uniquement par ceux qui sont déjà passés par les stades précédents. Les œuvres de Bahá'u'lláh sont comme une table abondante pourvue de nourriture et de mets délicats, capables de satisfaire aux besoins et aux goûts de tous les véritables chercheurs de vérité.

C'est pour cela que sa cause trouva un écho parmi des gens lettrés et cultivés, des poètes spiritualistes et des écrivains connus. Quelques chefs soufis ou d'autres sectes ainsi que des hommes politiques, des écrivains renommés ont été attirés par ses paroles d'une beauté et d'une profondeur spirituelles tellement supérieures.

3.17. L'esprit bahá'í

De sa prison, dans le lointain 'Akká, Bahá'u'lláh secoua profondément son pays natal, la Perse, et non seulement la Perse, mais le monde entier. L'esprit qui les animait, lui et ses disciples, était inépuisablement doux, courtois, patient quoique d'une vitalité étonnante et d'un pouvoir transcendant. Il accomplissait ce qui semblait impossible. Il changeait littéralement la nature humaine. Les hommes qui se soumirent à son influence devinrent des êtres nouveaux. Ils étaient imprégnés d'un amour, d'une foi et d'un enthousiasme tels que les joies et les douleurs terrestres pesaient autant qu'un grain de poussière. Ils étaient prêts à faire face à une vie de souffrances ou à la mort violente avec une sérénité absolue, que dis-je! avec une joie radieuse, mus par la force d'une inébranlable confiance en Dieu.

Plus merveilleux encore, leur cœur débordait d'une telle joie dans cette vie nouvelle que toute pensée d'amertume ou de vengeance contre leurs oppresseurs était bannie. Même dans des cas de légitime défense, ils renoncèrent complètement à toute violence et, loin de se lamenter sur leur sort, ils se considérèrent comme les plus fortunés de tous les hommes, détenant le privilège de recueillir cette nouvelle et glorieuse révélation et de lui sacrifier leur vie ou de répandre leur sang pour témoigner de sa vérité. On comprend que leurs cœurs se soient élevés en des hymnes de joie, car ils savaient que le Dieu suprême, l'Éternel, le Bien-Aimé, leur avait parlé par des lèvres humaines, les avait appelés pour être ses serviteurs et ses amis, qu'Il était venu pour établir son royaume sur la terre et pour apporter le don inestimable de la paix à un monde épuisé par les luttes et les guerres.

Telle était la foi qu'inspirait Bahá'u'lláh. Il annonçait sa propre mission comme l'avait prédit le Báb et, grâce au labeur dévoué de son grand précurseur, une multitude d'êtres se trouvait prête à acclamer son avènement--des milliers d'hommes avaient secoué le joug des superstitions et des préjugés et, le cœur pur et l'esprit ouvert, attendaient la manifestation de gloire promise par Dieu. La pauvreté, les chaînes, les conditions sordides et l'apparente ignominie de sa vie ne parvinrent pas à leur dissimuler la gloire spirituelle de leur Seigneur; au contraire, ce sombre cadre terrestre ne fit que mieux ressortir l'éclat de sa véritable splendeur.

4. 'ABDU'L-BAHÁ: LE SERVITEUR DE DIEU

"Quand l'océan de ma présence aura reflué et que le livre de ma révélation sera achevé, tournez vos visages vers celui que Dieu a désigné et qui est issu de l'Antique Racine."

BAHÁ'U'LLÁH.
4.1. Naissance et enfance

'Abbás Effendi qui, par la suite, reçut le titre de 'Abdu'l-Bahá (c'est-à-dire le serviteur de Bahá) était l'aîné des fils de Bahá'u'lláh. Il naquit à Tihrán le 23 mai 1844, peu avant minuit, le soir même où le Báb déclarait sa mission. [Jeudi, 5 jumádí I, 1260 A.H.].

Il avait neuf ans lorsque son père, auquel il était déjà tout dévoué, fut jeté dans la forteresse de Tihrán. La foule mit leur maison à sac, la famille fut dépouillée de tous ses biens et abandonnée dans le dénuement. 'Abdu'l-Bahá raconte qu'un jour il obtint la permission d'entrer dans la cour de la prison pour voir son père bien-aimé, alors que celui-ci faisait sa promenade quotidienne. Bahá'u'lláh avait terriblement changé. Il pouvait à peine marcher tant il était affaibli; les cheveux et la barbe en désordre, le cou tuméfié et enflé par la pression d'un lourd collier d'acier, le corps ployé sous le poids des chaînes. Cette affreuse vision imprima dans l'esprit de cet enfant sensible un souvenir pénible et inoubliable.

Pendant la première année de leur séjour à Baghdád, dix ans avant que Bahá'u'lláh ne déclarât publiquement sa mission, 'Abdu'l-Bahá--qui n'avait que neuf ans--fut amené, par sa fine intuition, à la conviction que son père était réellement le Promis dont tous les disciples du Báb attendaient l'apparition. Environ soixante années plus tard, il décrit ainsi l'instant où cette certitude envahit soudainement tout son être:

"Je suis le serviteur de la Perfection bénie. À Baghdád, j'étais encore tout jeune. C'est là qu'il m'annonça alors qu'il était le Verbe et que je crus en lui. Aussitôt qu'il me fit cette proclamation, je me jetai à ses pieds sacrés, l'implorant et le suppliant d'accepter mon sang en guise de sacrifice dans son chemin. Sacrifice! Quelle douceur j'éprouve à prononcer ce mot! Il n'est pas de plus grande grâce pour moi que celle-là! Quelle gloire plus grande puis-je concevoir que celle de voir ce cou enchaîné en son nom, ces pieds mis aux fers pour l'amour de lui, ce corps mutilé ou jeté dans les profondeurs de la mer en offrande pour sa cause? Si nous sommes vraiment ses amis sincères, si réellement je suis son fidèle serviteur, je dois sacrifier ma vie et tout mon être à son seuil béni." (Journal de Mírzá Ahmad Sohrab, janvier 1914.)

Vers cette époque, les amis de 'Abdu'l-Bahá commencèrent à l'appeler le "Mystère de Dieu" titre donné par Bahá'u'lláh et sous lequel il fut généralement connu pendant le séjour à Baghdád.

Lorsque son père se retira dans le désert pendant deux ans, 'Abbás en eut le cœur brisé. Sa meilleure consolation consistait à copier et à apprendre par cœur les Tablettes du Báb et il passait la plus grande partie de son temps en méditation solitaire. Quand enfin son père revint, l'enfant fut transporté de joie.

4.2. Jeunesse

Désormais, il fut le compagnon le plus intime de son père, sinon son protecteur. Encore adolescent, il montrait déjà une perspicacité et une sagesse étonnantes, et c'est lui qui était chargé de recevoir les visiteurs qui venaient voir son père. S'il voyait en eux de véritables chercheurs de vérité, il les présentait à son père; sinon, il ne leur permettait pas de l'importuner. En maintes occasions, il l'aida à répondre aux questions et à résoudre les problèmes posés par ces visiteurs. Par exemple, un des chefs soufis, nommé 'Alí Shawkat Páshá, demanda une explication de la phrase: "J'étais un mystère caché" qui figure dans un texte musulman bien connu [Ce texte est cité dans une Tablette de Bahá'u'lláh. Voyez chap. 5 de ce livre]. Bahá'u'lláh se tourna alors vers le Mystère de Dieu, 'Abbás, et lui demanda d'écrire l'explication. Le jeune homme, qui n'avait alors que quinze ou seize ans, composa sur-le-champ une importante épître fournissant une explication si lumineuse que Shawkat Páshá en fut stupéfait. Cette épître est aujourd'hui largement répandue parmi les bahá'ís et bien connue, même en dehors de la foi bahá'íe.

À cette époque, 'Abbás visitait souvent les mosquées où il discutait de théologie avec les docteurs et les érudits. Il ne fréquenta jamais ni école ni collège et son seul maître fut son père. Sa récréation favorite était l'équitation, sport auquel il prenait un vif plaisir.

Après la déclaration de Bahá'u'lláh, qui eut lieu dans le jardin de Baghdád, la dévotion de 'Abdu'l-Bahá pour son père ne fit que croître. Durant leur long voyage jusqu'à Constantinople, il s'attacha à protéger Bahá'u'lláh jour et nuit, chevauchant à côté du chariot ou montant la garde près de sa tente. Autant qu'il lui fut possible, il soulagea son père de tous les problèmes et de toutes les responsabilités domestiques et il devint le soutien et le réconfort de toute la famille.

Pendant les années du séjour à Andrinople, 'Abdu'l-Bahá se fit aimer de tout le monde. Il enseigna beaucoup et fut alors appelé le Maître. À 'Akká, alors que presque toute la colonie était en proie à la fièvre typhoïde, la malaria et la dysenterie, il s'occupa des malades, les lava, les soigna, les nourrit, les veilla, ne prenant aucun repos jusqu'à ce que, épuisé, il fût terrassé lui-même par la dysenterie et restât en danger de mort pendant un mois.

À 'Akká comme à Andrinople, tous, du gouverneur au plus humble des mendiants, apprirent à l'aimer et à le respecter.

4.3. Mariage

Les détails suivants se rapportent au mariage de 'Abdu'l-Bahá. Ils ont été fournis par un historien iranien de la foi bahá'íe.

Pendant l'adolescence de 'Abdu'l-Bahá, la question d'un mariage convenable pour lui constituait naturellement un problème d'un grand intérêt pour les croyants, et nombreux étaient ceux qui souhaitaient cette couronne d'honneur pour leur famille. Toutefois, 'Abdu'l-Bahá ne montra pendant longtemps aucune inclination pour le mariage et personne n'en comprenait la raison. On sut par la suite qu'une jeune fille, dont la naissance était due à la bénédiction accordée par le Báb à ses parents à Isfahán, était destinée à devenir la femme de 'Abdu'l-Bahá. Le père de cette jeune fille n'était autre que Mírzá Muhammad 'Alí, oncle du "Bien-Aimé des martyrs" et du "Roi des martyrs"; elle appartenait à l'une des plus nobles familles d'Isfahán. Alors que le Báb se trouvait dans cette ville, Mírzá Muhammad 'Alí se plaignit de n'avoir pu assurer sa postérité, bien que sa femme désirât vivement avoir un enfant. Apprenant cela, le Báb lui offrit une pomme, lui recommandant de la partager avec sa femme. Peu après l'avoir mangée, il se confirma que l'espoir longtemps déçu des parents serait réalisé; une fille leur naquit et elle fut appelée Munírih Khánum [Il est intéressant de comparer cette histoire avec celle de la naissance de saint Jean-Baptiste, LUC, chap.I.]. Plus tard, ils eurent un fils qu'ils nommèrent Siyyid Yahyá et, par la suite, plusieurs autres enfants. Peu après, le père de Munírih mourut, ses cousins furent martyrisés par Zillu's-Sultán et les mullás; la famille connut alors l'adversité et les pires persécutions parce que tous étaient bahá'ís. Bahá'u'lláh permit à Munírih et à son frère Siyyid Yahyá de venir chercher protection à 'Akká. Bahá'u'lláh et son épouse, Navváb, mère de 'Abdu'l-Bahá, montrèrent tant de bonté et d'attention envers Munírih que tous comprirent leur désir qu'elle devînt la femme de 'Abdu'l-Bahá. Le vœu des parents devint aussi celui de 'Abdu'l-Bahá. Il éprouvait une profonde affection, un amour sincère pour Munírih, sentiment entièrement partagé et, peu après, ils furent unis par le mariage.

Cette union fut extrêmement heureuse et harmonieuse. Des enfants qui leur naquirent, quatre filles survécurent aux rigueurs de leur long emprisonnement et, par leur vie magnifique de dévouement, elles surent conquérir l'affection de tous ceux qui eurent le privilège de les approcher.

4.4. Le Centre de l'alliance

Bahá'u'lláh fit savoir, de bien des manières, que 'Abdu'l-Bahá devait prendre sa succession après sa propre ascension. Longtemps avant sa mort, il y fit certaines allusions dans son Kitáb-i-Aqdas.

Se référant à 'Abdu'l-Bahá, il l'appela "le Centre de mon alliance, la plus Grande Branche, le Rameau issu de l'Antique Racine". Habituellement, il l'appelait le Maître et insistait pour que toute la famille le traite avec une déférence toute particulière; de plus, dans son testament, il laissa des instructions explicites afin que tous se tournent vers lui avec obéissance.

Après l'ascension de la Beauté bénie (nom que la famille et les croyants donnaient généralement à Bahá'u'lláh), 'Abdu'l-Bahá assuma les fonctions qui lui furent explicitement assignées par son père, de chef de la cause et d'interprète autorisé des enseignements bahá'ís. Ceci irrita certaines personnes de sa famille et de son entourage qui lui devinrent férocement hostiles comme le fut Subh-i-Azal à l'égard de Bahá'u'lláh. Elles tentèrent d'instaurer la discorde parmi les croyants et, comprenant leur échec, elles adressèrent au gouvernement turc d'injustes accusations contre 'Abdu'l-Bahá.

Suivant les instructions de son père, 'Abdu'l-Bahá faisait ériger une construction sur le versant du mont Carmel dominant Haïfa. Ce bâtiment était destiné à devenir le lieu de repos définitif de la dépouille du Báb; on y prévoyait aussi un certain nombre de locaux réservés aux réunions et aux prières. Ses adversaires portèrent plainte auprès des autorités, affirmant que cette construction était érigée dans le but d'en faire une forteresse où 'Abdu'l-Bahá et ses disciples projetaient de se retrancher afin de défier le gouvernement et de conquérir toute la région avoisinant la Syrie.

4.5. L'emprisonnement strict reprend

À la suite de cette accusation ainsi que d'autres tout aussi peu fondées, en 1901, 'Abdu'l-Bahá et sa famille--qui depuis plus de vingt ans avaient pu circuler librement dans un rayon de quelques lieues autour de 'Akká--furent de nouveau strictement confinés à l'intérieur de la ville fortifiée pendant plus de sept années. Toutefois, cela n'empêcha nullement 'Abdu'l-Bahá de répandre avec efficacité le message bahá'í à travers l'Asie, l'Europe et l'Amérique. Horace Holley écrit à propos de cette période:

"Des hommes et des femmes de toutes races, de toutes religions et de toutes nationalités vinrent vers 'Abdu'l-Bahá comme vers un maître et un ami, l'interrogeant sur les questions sociales, spirituelles ou morales qui leur tenaient le plus à cœur, prenant place à sa table comme des hôtes aimés; et après un séjour variant de quelques heures à plusieurs mois, tous rentraient chez eux, inspirés, réconfortés, éclairés. Nulle maison au monde ne fut aussi hospitalière que celle de 'Abdu'l-Bahá.

C'est dans ces murs que les castes rigides de l'Inde s'évanouirent et que les préjugés de race, aussi bien juifs que chrétiens ou musulmans, devinrent moins qu'un souvenir; tout conformisme, hormis les lois essentielles qui régissent les cœurs ardents et les esprits bien inspirés, fut écarté, banni et aboli par la sympathie conciliatrice du maître de maison. On aurait dit le roi Arthur à sa Table ronde... mais un roi Arthur qui ennoblissait femmes et hommes et les renvoyait de par le monde, munis, non de l'épée, mais de la Parole."

(H. HOLLEY, The Modern Social Religion, p.171.)

Pendant ces années, 'Abdu'l-Bahá entretint une énorme correspondance avec les croyants et les chercheurs de toutes les parties du monde. Il était aidé dans cette tâche par ses filles et aussi par plusieurs interprètes et secrétaires. Il passait une grande partie de son temps à visiter les malades et les malheureux dans leur logis et, dans les quartiers les plus pauvres de 'Akká, nul visiteur n'était mieux accueilli que le Maître.

Un pèlerin en visite à 'Akká vers cette même époque écrit:

"Tous les vendredis matins, 'Abdu'l-Bahá a l'habitude de distribuer des aumônes aux pauvres. À chacun des nécessiteux qui viennent demander assistance, il offre une part prélevée sur ses propres ressources déjà si restreintes. Ce matin, une centaine d'entre eux étaient rangés en file dans la rue, près de la maison de 'Abdu'l-Bahá. Ils étaient assis sur le sol ou accroupis. C'était un indescriptible troupeau d'hommes, de femmes, d'enfants--tous misérables et pauvres, tristes, demi-nus, nombre d'entre eux estropiés ou aveugles, vraiment de pauvres hères, pauvres au-delà de toute expression--et tous attendaient anxieusement que la porte livrât passage à 'Abdu'l-Bahá... Il passait rapidement de l'un à l'autre, s'arrêtant parfois pour dire un mot de consolation et d'encouragement, déposant des piécettes dans chacune de ces paumes avidement tendues, caressant le visage d'un enfant, serrant la main d'une vieille femme qui, à son passage, touchait le bas de son vêtement, ou encore prononçant des paroles lumineuses pour les vieillards aux yeux éteints, s'informant de ceux que la faiblesse et la maladie empêchaient de venir pour chercher leur part, et la leur envoyant, accompagnée d'un message d'amitié et d'encouragement."

(M.J.M., Glimpses of 'Abdu'l-Bahá, p. 13.)

Les besoins personnels de 'Abdu'l-Bahá étaient minimes. Il travaillait tard le soir et tôt le matin; deux repas frugaux par jour lui suffisaient. Sa garde-robe se composait seulement de quelques vêtements d'étoffe très modeste. Il ne pouvait supporter l'idée de vivre dans l'opulence, alors que d'autres étaient dans le besoin.

Il avait un amour immense pour les enfants, les fleurs et les beautés de la nature. Tous les matins, vers six ou sept heures, la famille se réunissait pour prendre en commun le thé matinal et, pendant que le Maître vidait sa tasse à petites gorgées, les jeunes enfants de la maison chantaient des prières. M. Thornton Chase écrit à propos de ces enfants:

"Je n'ai jamais vu de tels enfants, si courtois, si dévoués, si pleins d'attentions pour les autres, si modestes, intelligents et renonçant de si bon cœur aux petites choses que tous les enfants désirent."

(In Galilee, p. 51.)

"Le ministère des fleurs" était un des traits de la vie de 'Akká dont les pèlerins emportaient un souvenir parfumé. Mme Lucas écrit:

"Quand le Maître respire le parfum des fleurs, c'est un réel plaisir de le contempler. Lorsqu'il enfouit son visage parmi les corolles, il semble que la senteur des jacinthes lui confie quelque chose. C'est comme si l'attention était concentrée, comme si l'oreille était tendue pour capter une belle harmonie."

(A Brief Account of my Visit to 'Akká, pp. 25 et 26.)

'Abdu'l-Bahá aimait offrir des fleurs odorantes et magnifiques à ses nombreux visiteurs.

M. Thornton Chase résume ainsi ses souvenirs sur la vie recluse de 'Akká:

"Nous demeurâmes cinq jours dans ces murs, prisonniers avec celui qui habite "la plus grande prison". C'est une prison de paix, d'amour, de prières et de recueillement. Aucun vœu, aucun désire n'y règne si ce n'est pour le bien de l'humanité, la paix du monde, la reconnaissance de la paternité de Dieu et des droits mutuels des hommes en tant que ses créatures, ses enfants.

En réalité, la vraie prison, l'atmosphère suffocante, la privation de ce à quoi le cœur aspire, le poids des obligations mondaines sont en dehors de ces murs de pierre, tandis qu'ici, dans leur enceinte, règnent la liberté et le rayonnement très pur de l'Esprit de Dieu. Tous les soucis, les troubles, les peines, les anxiétés pour les choses du monde sont bannis de ce lieu".

(In Galilee, p. 24.)

Pour la plupart, les souffrances de la vie en captivité sont les pires calamités, mais celles-ci n'avaient rien de terrifiant pour 'Abdu'l-Bahá. De sa prison, il écrivit:

"Ne vous chagrinez pas de mon emprisonnement et de mes malheurs, car cette prison est pour moi comme un beau jardin, une habitation paradisiaque, un trône de puissance parmi les hommes. Le malheur et la prison sont pour moi une couronne; je m'en glorifie parmi les justes.

N'importe qui peut être heureux dans une situation facile et agréable, dans le succès, la santé, le plaisir et la joie; mais si quelqu'un est heureux et satisfait quand la peine, la souffrance et la maladie l'accablent, voilà une preuve de noblesse."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol.II, pp. 258 à 263.)
4.6. Les commissions d'enquête turques

En 1904 et en 1907, des commissions furent nommées par le gouvernement turc pour enquêter sur les accusations portées contre 'Abdu'l-Bahá, et de faux témoignages vinrent ajouter à ces accusations une apparence de vérité. 'Abdu'l-Bahá, tout en réfutant celles-ci, se déclara prêt à se soumettre à quelque sentence que le tribunal prononcerait contre lui. Il déclara que ses juges pouvaient le condamner au cachot, le faire traîner par les rues, le maudire, lui cracher au visage, le lapider, le couvrir de toutes les ignominies, le pendre ou le fusiller, il en serait encore heureux.

Durant les séances de la commission d'enquête, il poursuivit sa vie habituelle dans la plus grande sérénité, plantant des arbres fruitiers dans son jardin, présidant aux réjouissances d'un mariage avec la dignité et le rayonnement dus à la liberté spirituelle. Le consul d'Italie offrit de le faire parvenir en toute sécurité dans n'importe quel port étranger de son choix. Il déclina cette offre avec reconnaissance mais fermeté, disant que, quelles qu'en soient les conséquences, il devait suivre les traces du Báb et de la Perfection bénie qui n'essayèrent jamais de s'enfuir ni de se dérober à leurs ennemis. Toutefois, il engagea la plupart des bahá'ís à quitter le voisinage de 'Akká qui était devenu très dangereux pour eux et il resta là, entouré de quelques fidèles seulement, faisant face au destin.

Les quatre fonctionnaires corrompus constituant la dernière commission d'enquête arrivèrent à 'Akká au début de l'hiver 1907; ils y séjournèrent un mois puis, leur prétendue enquête terminée, ils repartirent pour Constantinople, fermement décidés à confirmer les accusations portées contre 'Abdu'l-Bahá et à conseiller son exil ou son exécution. Mais à peine étaient-ils rentrés en Turquie que la révolution y éclata et les quatre enquêteurs, représentants de l'ancien régime, durent s'enfuir pour sauver leur vie. Les Jeunes Turcs furent victorieux; tous les prisonniers religieux et politiques de l'Empire ottoman furent libérés. En septembre 1908, 'Abdu'l-Bahá fut délivré de sa prison et l'année suivante, 'Abdu'l-Hamíd, le sultan, fut fait prisonnier à son tour.

4.7. Voyages en Occident

Après sa libération, 'Abdu'l-Bahá continua de mener sa sainte vie d'inlassables activités, enseignant, écrivant, s'occupant des pauvres et des malades, se déplaçant seulement de 'Akká à Haïfa et de Haïfa à Alexandrie, jusqu'en août 1911, date de son premier départ pour le monde occidental. Au cours de ses voyages en Occident, 'Abdu'l-Bahá rencontra des hommes de toutes opinions et mit amplement en pratique le commandement de Bahá'u'lláh: "Fraternisez avec tous dans la joie et le ravissement".

Il arriva à Londres dans les premiers jours de septembre 1911 et y passa un mois pendant lequel, en plus des causeries quotidiennes avec de nombreux interlocuteurs et autres activités, il parla devant la congrégation du Révérant R.J. Campbell au City Temple ainsi que devant celle de l'archidiacre Wilberforce, en l'église Saint-Jean de Westminster; de plus, il déjeuna chez le Lord Maire. Il se rendit ensuite à Paris où son temps fut partagé entre des conférences et des causeries quotidiennes devant des auditoires attentifs, composés de personnes de toutes nationalités et des milieux les plus divers. En décembre, il retourna en Égypte; et au printemps suivant, à la prière instante d'amis américains, il se mit en route pour les États-Unis.

Il arriva à New-York en avril 1912. Au cours des neuf mois qui suivirent, il traversa l'Amérique d'un rivage à l'autre, s'adressant à des hommes de toutes sortes et de toutes conditions: étudiants, socialistes, mormons, israélites, chrétiens, agnostiques, espérantistes, à des sociétés pacifistes, à des cercles de Pensée Nouvelle, à des groupements de suffragettes; il parla dans les églises de presque toutes les confessions, adaptant toujours sa causerie à l'auditoire et aux circonstances.

Le 5 décembre, il s'embarqua de nouveau pour l'Angleterre où il passa six semaines, visitant Liverpool, Londres, Bristol et Edimbourg. Dans cette dernière ville, il fit une conférence à la Société espérantiste et annonça qu'il avait encouragé les bahá'ís d'Orient à apprendre l'espéranto, afin d'aider à une meilleure compréhension entre l'Orient et l'Occident.

Après deux mois passés de nouveau à Paris, toujours en entrevues et conférences, il partit pour Stuttgart où il anima une série de réunions très réussies avec les bahá'ís d'Allemagne. De là, il se rendit à Budapest et à Vienne, y fondant de nouveaux groupes bahá'ís. Il retourna en Égypte en mai 1913 et rentra à Haïfa le 5 décembre.

4.8. Retour en Terre sainte

Il avait alors soixante-dix ans; ses longs et pénibles travaux ajoutés à ses voyages épuisants en Occident avaient usé son corps. Après son retour, il adressa les remarques pathétiques suivantes aux croyants d'Orient et d'Occident:

"Amis, le moment approche où je ne serai plus parmi vous. J'ai fait tout ce qui pouvait être fait. J'ai servi de mon mieux la cause de Bahá'u'lláh. J'ai travaillé jour et nuit, durant toute ma vie.

Oh! Combien je souhaite voir les croyants prendre sur leurs épaules les responsabilités de la cause! L'heure est venue de proclamer le royaume d'Abhá, le Très Glorieux. C'est maintenant l'heure de l'union et de la concorde. C'est maintenant le jour de l'harmonie spirituelle entre les amis de Dieu!

Je tends l'oreille vers l'Orient et vers l'Occident, vers le Nord et vers le Sud, espérant entendre les chants d'amour et de fraternité s'élever des réunions de croyants. Mes jours sont comptés et aucune joie ne me reste que celle-là.

Oh! Que j'aspire à voir les amis unis entre eux comme une rangée de perles brillantes, comme les lumineuses Pléiades, comme les rayons du soleil, comme les gazelles d'une même prairie.

Le rossignol mystique chante pour eux, ne l'écouteront-ils point? L'oiseau de paradis gazouille, ne l'entendront-ils point? L'ange du royaume d'Abhá les appelle, ne prêteront-ils point l'oreille? Le messager de l'alliance invoque son témoignage, n'y prendront-ils point garde?

Ah! J'attends, j'attends la bonne nouvelle m'annonçant que les croyants sont la personnification de la sincérité et de la loyauté, l'incarnation de l'amour et de l'amitié et la manifestation de l'unité et de la concorde!

Ne réjouiront-ils point mon cœur? Ne combleront-ils point mes vœux? Resteront-ils sourds à mes appels? Ne réaliseront-ils point mes espérances? Ne répondront-ils point à ma voix?

J'attends, j'attends patiemment."

Les espoirs des ennemis de la cause bahá'íe avaient atteint leur point culminant au moment où le Báb tomba victime de leur fureur, puis encore lorsque Bahá'u'lláh fut chassé de sa terre natale et emprisonné à perpétuité, et de nouveau lorsqu'il s'éteignit. La vigueur de ces ennemis reprit lorsqu'ils constatèrent la faiblesse physique et la fatigue extrême de 'Abdu'l-Bahá après son retour d'Occident. Mais, cette fois encore, leurs espoirs furent déçus. Peu de temps après, 'Abdu'l-Bahá pouvait écrire:

"Sans doute, le corps physique et l'énergie humaine eussent été incapables de supporter cette usure constante... mais l'aide et le secours du Désiré furent la sauvegarde et la protection de l'humble et faible 'Abdu'l-Bahá... Certains affirment que 'Abdu'l-Bahá est à la veille d'exhaler son dernier adieu au monde, que son énergie physique s'est amoindrie et épuisée et que, bientôt, des complications mettront fin à sa vie. Ceci est loin d'être vrai; ceux qui ont rompu l'alliance et dont l'esprit est faussé ont jugé sur l'apparence. Il est incontestable que le corps s'est affaibli en raison des épreuves subies dans le sentier divin. Cependant, loué soit Dieu! Par la grâce de la Perfection bénie, les forces spirituelles sont intactes et en pleine vigueur. Grâces en soient rendues à Dieu! Maintenant, par la bénédiction de Bahá'u'lláh, les énergies physiques elles-mêmes sont complètement rétablies, la joie divine est retrouvée, la suprême bonne nouvelle resplendit et le bonheur idéal coule à flots."

(Star of the West, vol. V, p. 213.)

Pendant et après la guerre de 1914-1918, 'Abdu'l-Bahá, parmi d'autres travaux innombrables, écrivit une série de longues lettres inspirées qui, une fois les communications rétablies, suscitèrent chez les croyants du monde entier un enthousiasme renouvelé et un zèle accru. Sous l'inspiration de ces lettres, la cause fit de rapides progrès et, partout, la foi bahá'íe montra les signes d'un regain d'énergie et de vitalité.

4.9. Les années de guerre à Haïfa

Pendant les derniers mois qui précédèrent la guerre, la remarquable faculté de prévision de 'Abdu'l-Bahá se révéla plus significative que jamais. En temps de paix, il y avait toujours à Haïfa un grand nombre de pèlerins venant d'Irán et des autres parties du monde. Six mois avant la déclaration de guerre, plusieurs croyants d'Irán, désireux de rendre visite à 'Abdu'l-Bahá, déléguèrent un bahá'í âgé vivant à Haïfa pour présenter leur requête. Le Maître refusa d'accorder la permission demandée et, de plus, renvoya progressivement tous les pèlerins qui se trouvaient auprès de lui, de sorte qu'à la fin de juillet 1914, il n'en restait plus aucun. Quand, à l'étonnement du monde, la guerre éclata dans les premiers jours du mois d'août, tous comprirent la sagesse des précautions prises par 'Abdu'l-Bahá.

À ce moment, il avait déjà passé cinquante-cinq années de sa vie en exil et en prison et il redevint virtuellement prisonnier du gouvernement turc. Les communications furent presque complètement coupées entre lui et les amis et les croyants en dehors de la Syrie. Il se trouva--avec quelques-uns de ses disciples--de nouveau soumis à des difficultés continuelles: insuffisance de nourriture, danger personnel et manque de confort.

Pendant toute la durée de la guerre, 'Abdu'l-Bahá s'occupa activement de pourvoir aux besoins matériels et spirituels de son entourage. Il organisa lui-même l'exploitation agricole de vastes étendues près de Tibériade, évitant ainsi, par d'importants approvisionnements de blé, la famine qui menaçait non seulement les bahá'ís, mais aussi les centaines de pauvres de toutes croyances et de toutes religions de 'Akká et de Haïfa. Il parvint à subvenir complètement à leurs besoins, prenant soin de tous et adoucissant leurs souffrances autant qu'il le pouvait. Chaque jour, il répartissait une somme d'argent entre une centaine d'indigents; de plus, il distribuait du pain. Lorsque le pain venait à manquer, il donnait des dattes ou quelque autre aliment. Il se rendait souvent à 'Akká pour réconforter les croyants et les pauvres. Pendant toute la guerre, il réunit les fidèles chaque jour et, grâce à lui, les amis passèrent ces années difficiles dans le bonheur et la sérénité.

4.10. Sir 'Abdu'l-Bahá 'Abbás, chevalier de l'ordre de l'Empire britannique

Grande fut la joie à Haïfa quand, le 23 septembre 1918, à trois heures de l'après-midi, après vingt-quatre heures de combat, la ville fut occupée par la cavalerie anglaise et hindoue; les horreurs de la guerre sous la domination turque prenaient fin.

Dès les premiers jours de l'occupation britannique, un grand nombre de militaires ainsi que les attachés du gouvernement de tous grades, même les plus élevés, tentèrent de rencontrer 'Abdu'l-Bahá. Ils furent charmés par sa brillante conversation, sa largeur de vue, la profondeur de son intelligence, sa courtoisie pleine de dignité et son hospitalité généreuse. Les représentants du gouvernement furent si profondément impressionnés par son noble caractère et par tous les services qu'il avait rendus à la cause de la conciliation et de la véritable prospérité des peuples qu'il fut promu chevalier de l'ordre de l'Empire britannique. La cérémonie eut lieu dans les jardins du gouvernement militaire de Haïfa, le 27 avril 1920.

4.11. Les dernières années

Au cours de l'hiver 1919-1920, l'auteur de ce livre eut le grand privilège de passer deux mois et demi à Haïfa et d'y jouir de l'hospitalité de 'Abdu'l-Bahá, ce qui lui permit d'observer étroitement la vie quotidienne. À cette époque, 'Abdu'l-Bahá, bien qu'âgé de 76 ans, était encore remarquablement vigoureux et il accomplissait chaque jour une quantité incroyable de travaux. Bien qu'il fût souvent très las, il faisait preuve d'une étonnante puissance de récupération et il se trouvait toujours prêt à répondre à ceux qui avaient le plus grand besoin de ses services.

Sa patience inlassable, sa douceur, sa bonté, son tact faisaient de sa présence une vraie bénédiction. Il passait généralement une bonne partie de la nuit en prières et en méditation. Dès l'aube et jusqu'au soir--en dehors d'une brève sieste après le déjeuner--il s'occupait sans relâche à lire les lettres parvenant de tous pays, à y répondre, tout en assumant la direction des nombreuses activités de sa maison et de la cause. Même lorsqu'il prenait une courte récréation sous la forme d'une promenade à pied ou à cheval au cours de l'après-midi, il était généralement accompagné d'un ou deux pèlerins ou d'un petit groupe et il parlait de choses spirituelles, ou bien il profitait de la promenade pour rendre visite aux pauvres et les soigner. Au retour, il invitait les amis à la réunion habituelle du soir, dans son salon.

Au déjeuner comme au dîner, il recevait toujours un grand nombre de pèlerins et d'amis; ses invités étaient charmés tant par les histoires amusantes et pleines d'esprit que contait 'Abdu'l-Bahá que par ses précieux conseils sur toutes sortes de problèmes. Ma maison est un foyer de rires et de bonheur, déclarait-il. Et rien n'était plus vrai. Il se plaisait à réunir autour de sa table hospitalière des personnalités de races, de couleurs, de nationalités, de religions différentes, dans une ambiance des plus cordiales. Il était vraiment comme un père attentionné, non seulement pour la petite communauté de Haïfa, mais pour la communauté bahá'íe du monde entier.

4.12. La mort de 'Abdu'l-Bahá

Malgré sa fatigue et son affaiblissement physique croissants, les multiples activités de 'Abdu'l-Bahá furent à peine ralenties et il ne cessa de travailler qu'un jour ou deux avant sa mort. Le vendredi 25 novembre 1921, il assista à la prière de midi dans la mosquée de Haïfa et, selon son habitude, il distribua encore lui-même ses aumônes aux pauvres. Le déjeuner terminé, il dicta encore quelques lettres et, après une courte sieste, il se rendit au jardin pour s'y promener et s'entretenir avec le jardinier. Le soir, donnant sa bénédiction à un fidèle serviteur de la maison qui s'était marié ce jour-là, il lui prodigua d'affectueux conseils. Ensuite, il assista comme d'habitude à la réunion quotidienne des amis, chez lui. Moins de trois jours plus tard, vers une heure et demie du matin, le lundi 28 novembre 1921, il s'éteignit si paisiblement que ses deux filles qui veillaient près de son lit le crurent simplement endormi.

La triste nouvelle se répandit rapidement dans la ville et fut télégraphiée dans toutes les parties du monde. Les funérailles se déroulèrent le lendemain matin, le mardi 29 novembre 1921.

Des obsèques telles que ni Haïfa ni même la Palestine n'en avaient certainement jamais vu... tant était profond le sentiment qui unissait là des milliers d'affligés, représentant de nombreuses religions, races et langues...

Le haut commissaire, Sir Herbert Samuel, le gouverneur de Jérusalem, le gouverneur de la Phénicie, les principaux dignitaires représentant le gouvernement, les ambassadeurs de différents pays accrédités à Haïfa, des chefs de diverses communautés religieuses, des notables de Palestine, des israélites, chrétiens, musulmans, Druses, Égyptiens, Grecs, Kurdes, Turcs et une multitude d'amis américains, européens, indigènes, hommes, femmes et enfants, pauvres et riches... dix mille personnes environ pleuraient la perte de leur bien-aimé... "Ô Dieu, ô mon Dieu, criaient-ils à l'unisson, notre père nous a quittés, notre père nous a quittés!"

Ils gravirent lentement le mont Carmel, le vignoble de Dieu... Après deux heures de marche, ils atteignirent le jardin du tombeau du Báb... Cependant que l'immense foule se pressait alentour, des représentants de toutes dénominations, musulmans, chrétiens, israélites, tous, le cœur enflammé d'un amour fervent pour 'Abdu'l-Bahá, improvisèrent ou lurent des paroles d'éloge et de regret, rendant un dernier et fervent hommage à celui qu'ils vénéraient... L'unanimité était telle et les louanges si nombreuses à l'égard de ce sage éducateur et pacificateur de la race humaine en ce siècle de troubles et de confusion qu'il semblait impossible, même pour les bahá'ís, d'ajouter quelque chose.

(LADY BLOMFIELD et SHOGHI EFFENDI, The Passing of 'Abdu'l-Bahá, pp.11 et 12.)

Neuf orateurs, tous représentants très en vue des communautés musulmane, chrétienne et israélite, apportèrent un témoignage éloquent et émouvant de leur amour et de leur admiration pour cette pure et noble figure qui venait de disparaître. Le cercueil fut lentement déposé dans son modeste et saint lieu de repos.

Ces funérailles furent certes un hommage légitime à la mémoire de celui qui avait travaillé toute sa vie à l'unification des religions, des races et des langues, un hommage mais aussi une preuve que l'œuvre de sa vie n'avait pas été vaine, que l'idéal dont Bahá'u'lláh l'avait imprégné et qui avait été le but même de sa vie commençait déjà à pénétrer le monde, à briser les barrières de sectes, de castes et autres factions qui, tout au long des siècles, ont séparé les musulmans, les chrétiens et les juifs entre lesquels la famille humaine avait été divisée.

4.13. Ses écrits et ses discours

Les écrits que 'Abdu'l-Bahá nous a laissés sont très nombreux et se présentent généralement sous la forme de lettres aux croyants et aux chercheurs. Un grand nombre de ses causeries et de ses discours ont aussi été rassemblés et, pour la plupart, édités. Parmi les milliers de pèlerins qui lui rendirent visite à 'Akká et à Haïfa, nombreux sont ceux qui ont noté leurs impressions personnelles, et plusieurs de ces Mémoires sont maintenant publiés.

Les enseignements de 'Abdu'l-Bahá sont ainsi très complètement conservés et ils concernent maints sujets des plus variés. 'Abdu'l-Bahá, dans ses écrits, traite plus longuement que ne l'avait fait son père des problèmes de l'Orient et de l'Occident, indiquant des applications détaillées des principes généraux énoncés par Bahá'u'lláh. Nombre de ses écrits ne sont encore traduits en aucune langue occidentale, mais les quelques ouvrages disponibles suffisent amplement pour acquérir une connaissance approfondie des principes fondamentaux de son enseignement.

Il parlait plusieurs langues: le persan, l'arabe et le turc. Les causeries qu'il fit pendant ses voyages en Occident furent toujours traduites par un interprète et perdirent de ce fait beaucoup de leur beauté, de leur éloquence et de leur force mais, malgré cela, la puissance de l'esprit qui imprégnait ses paroles était telle qu'il laissait une impression profonde sur ses auditeurs.

4.14. Le rang de 'Abdu'l-Bahá

Le rang unique assigné à 'Abdu'l-Bahá par la Perfection bénie est indiqué dans la tablette suivante écrite par Bahá'u'lláh:

"Quand l'océan de ma présence aura reflué et que le Livre de ma révélation sera achevé, tournez vos visages vers celui que Dieu a choisi et qui est issu de l'Antique Racine."

Et encore:

"... Pour tout ce que vous ne comprenez pas dans le Livre, adressez-vous à celui qui est issu de cette puissante lignée."

'Abdu'l-Bahá a confirmé lui-même:

"Selon le texte explicite du Kitáb-i-Aqdas, Bahá'u'lláh a fait du Centre de l'alliance l'interprète de sa parole. Cette alliance est si ferme et si puissante que, depuis le commencement des temps jusqu'à l'heure présente, aucune dispensation n'en a produit de semblable."

L'état d'effacement absolu que choisit 'Abdu'l-Bahá dans sa tâche de promulgateur de la foi de Bahá'u'lláh a pu troubler les fidèles d'Orient et d'Occident et causer parfois une certaine confusion dans l'appréciation de son rang. Profondément sensibles à la pureté de l'esprit qui animait sa parole et ses actes, certains bahá'ís, encore sous l'influence religieuse qui avait déterminé chez eux la rupture avec leurs doctrines traditionnelles, crurent honorer 'Abdu'l-Bahá en l'identifiant à une manifestation divine ou en saluant en sa personne le retour du Christ. Rien ne pouvait lui causer plus d'affliction que cette incapacité à comprendre ceci: la faculté qu'il avait de servir Bahá'u'lláh lui était acquise par la pureté du miroir tourné vers le Soleil de Vérité mais ne provenait pas du Soleil lui-même [C'est-à-dire que 'Abdu'l-Bahá, considéré comme un miroir absolument pur placé en face du Soleil de Vérité, Bahá'u'lláh, réfléchissait sa puissance et sa sagesse mais qu'il n'était pas lui-même le Soleil de Vérité. (Note du comité de traduction.)].

De plus, s'écartant en cela des dispensations précédentes, la foi de Bahá'u'lláh contenait en puissance les bases d'une société humaine universelle et, pendant la mission de 'Abdu'l-Bahá--de 1892 à 1921--, la cause, passant par des stades successifs de développement, a évolué dans le sens d'un véritable ordre mondial. Ce développement exigeait une direction constante et des instructions appropriées de la part de 'Abdu'l-Bahá, seul à connaître le pouvoir de cette nouvelle et puissante source d'inspiration dévolue au monde en cet âge. Jusqu'au moment où le testament de 'Abdu'l-Bahá fut révélé après son ascension et jusqu'à ce que la pleine signification en soit révélée par Shoghi Effendi, premier gardien de la cause, les bahá'ís avaient attribué--et ceci était inévitable--à la sage maîtrise de leur Maître bien-aimé un degré d'autorité égal à celui de la Manifestation.

Les effets de ce naïf enthousiasme ont désormais disparu de la communauté bahá'íe, et une compréhension plus sûre du mystère de la dévotion et de l'effacement incomparables de 'Abdu'l-Bahá permet actuellement d'apprécier à sa juste valeur le caractère unique de la mission qu'il a remplie. La foi qui semblait si faible et si impuissante en 1892, en raison de l'exil et de l'emprisonnement de celui qui en était l'exemple et l'interprète, a fait surgir depuis lors, avec une puissance irrésistible, des communautés locales dans plus de quarante pays [40 pays en 1920, 106 pays en 1951, 317 pays, protectorats et îles en 1971. En 1989: 168 pays indépendants et 49 territoires et départements d'Outre-Mer], et elle oppose à la faiblesse d'une civilisation décadente, un corps d'enseignements, qui seul révèle le futur à une humanité acculée au désespoir.

Dans le testament même de 'Abdu'l-Bahá, le mystère entourant le rang du Báb ainsi que le rang et la mission de Bahá'u'lláh est complètement élucidé:

"... Voici la base de la croyance du peuple de Bahá, que ma vie lui soit sacrifiée: Sa Sainteté le Glorifié (le Báb) est la manifestation de l'unité et de l'unicité de Dieu et le précurseur de l'Ancienne Beauté. Sa Sainteté la Beauté d'Abhá, que ma vie soit offerte en sacrifice pour ses fidèles amis, est la manifestation suprême de Dieu et l'aurore de sa très divine Essence. Tous les autres sont ses serviteurs et obéissent à ses ordres..."

(Testament de 'Abdu'l-Bahá, pp. 40 et 41, éd. 1970.)

C'est grâce à cette affirmation et à plusieurs autres--par lesquelles 'Abdu'l-Bahá insista sur l'importance qu'il y a de fonder la compréhension de la cause directement sur ses tablettes générales--que fut établie une base pour l'unité de la croyance. Elle eut pour résultat la prompte disparition des différences d'interprétation découlant de références à des tablettes écrites à des particuliers, et dans lesquelles le Maître répondait à des questions d'ordre purement personnel. Par-dessus tout, l'établissement d'un ordre administratif précis, sous la direction éclairée du Gardien, impliqua le transfert aux institutions légales, de toute autorité ayant pu être exercée précédemment par des bahá'ís à titre individuel, de par leur prestige ou leur influence.

4.15. Un modèle de vie bahá'íe

Bahá'u'lláh fut, par-dessus tout, celui qui révéla la Parole (le Verbe). Ses quarante années d'emprisonnement ne lui ayant laissé que peu d'occasions d'entrer en relations avec les hommes, c'est alors à 'Abdu'l-Bahá qu'il appartenait de se mettre en contact effectif avec le monde contemporain, à l'occasion de ses activités nombreuses et si diverses. C'est à lui qu'incombait la tâche suprême d'être le grand interprète de la révélation, celui qui accomplit la Parole, le modèle parfait de vie bahá'íe. Il sut démontrer qu'en dépit du tourbillon et de la fièvre de la vie moderne, de l'égoïsme et de la lutte pour la prospérité matérielle qui prévalent partout, il est possible de mener une existence d'entière dévotion à Dieu et de dévouement à ses semblables, comme le Christ, Bahá'u'lláh et tous les prophètes l'ont enseigné aux humains.

D'une part, au sein des épreuves et des vicissitudes, des calomnies et des tromperies et, de l'autre, immergé dans l'amour et la louange, la dévotion et la vénération, il résista comme un phare édifié sur le roc autour duquel, tour à tour, les tempêtes hivernales font rage et que les vagues de l'été viennent caresser. Son équilibre et sa sérénité restèrent toujours fermes, inébranlables. Il vécut la vie de la foi et il engagea ses disciples à la vivre également, ici-bas et dès à présent. Au sein d'un monde en guerre, il a levé la bannière de l'unité et de la paix et il a assuré le soutien et l'inspiration de l'esprit du nouveau jour à tous ceux qui rallient cet étendard de l'ère nouvelle. C'est le même Esprit saint qui a inspiré les prophètes et les saints du passé, mais c'est une effusion nouvelle adaptée aux nécessités des temps nouveaux.

5. QU'EST-CE QU'UN BAHÁ'Í?

"L'homme doit produire des fruits. Un homme improductif, selon la parole de Sa Sainteté l'Esprit (c'est-à-dire le Christ), est comme un arbre stérile, et un arbre stérile est bon à jeter au feu."

BAHÁ'U'LLÁH.

Herbert Spencer a dit qu'aucune alchimie politique ne peut engendrer une conduite d'or avec des instincts de plomb, et il est également vrai qu'aucune alchimie politique ne peut créer une société d'or avec des individus de plomb. Bahá'u'lláh, comme tous les prophètes précédents, proclama cette vérité et enseigna que, pour instaurer le royaume de Dieu sur terre, il faut l'établir d'abord dans le cœur des hommes.

En examinant les enseignements bahá'ís, nous commencerons donc par les instructions de Bahá'u'lláh relatives au comportement individuel et nous essaierons de définir clairement ce qu'est un bahá'í.

5.1. La vraie vie

Répondant à cette question: Qu'est-ce qu'un bahá'í ? 'Abdu'l-Bahá dit: "Être un bahá'í signifie simplement aimer tout le monde, aimer l'humanité et s'efforcer de la servir; travailler pour la paix et la fraternité universelles." Une autre fois, il en donne la définition suivante: "Celui qui est doué de toutes les perfections humaines et qui les met en action." Dans une de ses causeries à Londres, il déclare qu'un homme peut être bahá'í même sans avoir jamais entendu prononcer le nom de Bahá'u'lláh. Il ajoute:

"L'homme qui mène une vie conforme aux enseignements de Bahá'u'lláh est déjà un bahá'í. Par contre, un homme peut se vanter d'être un bahá'í pendant cinquante ans, s'il ne mène pas la vraie vie, il n'est pas un bahá'í. Un homme laid peut se prétendre beau, il ne trompe personne, et un noir peut se dire blanc, il ne trompe personne, pas même lui."

('Abdu'l-Bahá in London, p. 109.)

Cependant, celui qui ignore les messagers de Dieu est comme une plante qui croît à l'ombre. Bien que celle-ci ne connaisse pas le soleil, elle en dépend absolument.

Les grands prophètes sont les soleils de l'esprit et Bahá'u'lláh est le soleil de ce jour que nous vivons. Les soleils d'autrefois ont réchauffé et vivifié le monde et, s'ils n'avaient pas brillé, la terre serait maintenant froide et morte, mais seul le soleil d'aujourd'hui peut mûrir les fruits que les soleils d'autrefois ont fait naître à la vie.

5.2. Dévotion à Dieu

Afin de parvenir à la vie bahá'íe dans toute sa plénitude, des rapports conscients et directs avec Bahá'u'lláh sont aussi nécessaires que la lumière du soleil l'est à l'éclosion du lis et de la rose. Le bahá'í adore, non pas la personnalité humaine de Bahá'u'lláh, mais la gloire de Dieu qui se manifeste en cette personnalité. Le bahá'í révère le Christ, Muhammad et tous les messagers de Dieu qui les ont précédés, mais il reconnaît en Bahá'u'lláh le porteur du message de Dieu pour notre âge nouveau, le grand instructeur du monde, venu pour continuer et consommer l'œuvre de ses prédécesseurs.

Ni l'assentiment intellectuel à un credo, ni une rectitude extérieure de conduite ne suffisent à faire d'un homme un bahá'í. Bahá'u'lláh exige de ses adeptes une complète dévotion, donnée de tout cœur. Dieu seul a le droit d'avoir une telle exigence, mais Bahá'u'lláh parle en tant que manifestation de Dieu et révélateur de sa volonté. Les manifestations précédentes ont été également explicites sur ce point. Le Christ a dit:

"Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il vienne. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera."

(MATTH. 24 et 25.)

Toutes les manifestations divines ont, en divers termes, formulé ces mêmes exigences à l'égard de leurs adeptes, et l'histoire des religions montre clairement que la religion est restée florissante aussi longtemps que ces commandements ont été sincèrement reconnus et acceptés en dépit de toute opposition terrestre, malgré les afflictions, les persécutions et le martyre infligés aux croyants.

D'autre part, chaque fois que les compromis s'y sont glissés et que la simple respectabilité s'est substituée au dévouement total, la religion a dégénéré. Elle est passée dans les us et coutumes, mais elle a perdu, de ce fait, son pouvoir de sauver et de transformer, sa capacité de faire des miracles. La véritable religion n'est jamais encore devenue une coutume; Dieu veuille qu'elle le devienne un jour.

Mais il est toujours vrai, comme aux jours du Christ, que "étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie", et qu'il y en a peu qui les trouvent. (MATTH. VII, 14.) La porte de la naissance spirituelle, tout comme la porte de la naissance physique, n'admet les hommes qu'un par un et dépourvus de tout. Si, dans l'avenir, un plus grand nombre de personnes réussissent à franchir cette porte de la vie spirituelle, ceci sera dû non à l'élargissement de cette porte, mais au fait que les hommes seront mieux disposés à accepter la grande reddition que Dieu leur demande, parce qu'une longue et amère expérience les aura enfin amenés à reconnaître la folie de suivre leur propre chemin au lieu de s'engager dans la voie de Dieu.

5.3. Recherche de la vérité

Bahá'u'lláh prescrit la justice à tous ses disciples et la définit ainsi:

"La libération de l'homme de toutes superstitions et imitations afin qu'il puisse, avec les yeux de l'unité, considérer toutes choses avec clairvoyance et discerner les manifestations de Dieu."

(Paroles de sagesse, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 252.)

Il est nécessaire que chaque individu voie et comprenne lui-même la gloire de Dieu manifestée dans le temple humain de Bahá'u'lláh, autrement la foi bahá'íe ne serait pour lui qu'un mot vide de sens.

Les prophètes ont toujours adjuré les hommes d'ouvrir les yeux et non de les fermer, de se servir de leur raison et non de la supprimer.

C'est par une vision claire et une pensée libre, non par une crédulité servile, que les hommes parviendront à percer les nuages des préjugés, à secouer les entraves de la routine aveugle pour atteindre à la conception nette de la vérité d'une nouvelle révélation.

Celui qui veut être un bahá'í doit rechercher la vérité avec intrépidité, mais il ne doit pas confiner ses recherches au plan matériel. Ses pouvoirs de perception spirituelle doivent être autant en éveil que ses pouvoirs de perception physique. Pour parvenir à la vérité, il utilisera toutes les facultés que Dieu lui a données, ne faisant sienne aucune croyance sans raison valable et suffisante. Le chercheur consciencieux, s'il a le cœur pur et l'esprit libre de préjugés, ne manquera pas de reconnaître la gloire divine en quelque temple qu'elle se manifeste. Bahá'u'lláh déclare aussi:

"L'homme doit se connaître lui-même et aussi connaître les choses qui l'élèvent ou l'abaissent, qui le conduisent à la honte ou à l'honneur, à la richesse ou à la pauvreté."

(Les Ornements dans Foi mondiale bahá'íe, édition 1968, p. 297.)

"La source de toute science est la connaissance de Dieu, exaltée soit sa gloire, et cette connaissance est inaccessible si ce n'est par le savoir de ses manifestations divines."

(Paroles de sagesse dans Foi mondiale bahá'íe, p. 251.)

La Manifestation est "l'homme parfait", le grand exemple pour le genre humain, le fruit de choix de l'arbre de l'humanité. Jusqu'à ce que nous la connaissions, nous ignorons nos possibilités latentes. Le Christ nous dit de regarder comment croissent les lis des champs et il déclare que Salomon, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un d'eux. Le lis naît d'un bulbe d'apparence peu engageante. Si nous n'avions jamais vu un lis en fleur, jamais contemplé la grâce incomparable de son feuillage et de ses pétales, comment pourrions-nous connaître la réalité enfouie dans ce bulbe? Nous pouvons le disséquer avec le plus grand soin et l'examiner le plus minutieusement possible, jamais nous ne découvrirons la beauté latente que le jardinier sait en faire jaillir.

Ainsi, tant que nous n'avons pas vu la gloire de Dieu révélée dans sa manifestation, nous n'avons aucune idée de la beauté spirituelle latente de notre nature et de celle de nos semblables. C'est en connaissant et en aimant la manifestation de Dieu et en suivant graduellement ses enseignements que nous parviendrons à réaliser le potentiel des perfections qui réside en nous. Alors, mais alors seulement, le sens et le but de la vie et de l'univers nous apparaîtront.

5.4. Amour de Dieu

Connaître la manifestation de Dieu signifie aussi l'aimer. L'un est impossible sans l'autre. D'après Bahá'u'lláh, le but de la création est, pour l'homme, de connaître Dieu et de l'adorer. Il dit dans une de ses Tablettes:

La cause de la création de tous les êtres contingents est l'amour, comme l'indique la parole traditionnelle bien connue: "J'étais un trésor caché et j'ai voulu me faire connaître. Pour cela, j'ai créé l'univers afin d'être connu."

Et dans Les Paroles cachées, Bahá'u'lláh déclare:
Ô fils de l'existence!

Aime-moi pour que je puisse t'aimer. Si tu ne m'aimes pas, par aucun moyen mon amour ne pourra t'atteindre. Sache-le, ô serviteur.

(Les Paroles cachées, première partie, n 5.)
Ô fils de la vision merveilleuse!

J'ai insufflé en toi une parcelle de mon propre esprit afin que tu puisses être mon amant. Pourquoi m'as-tu délaissé et as-tu cherché un autre bien-aimé que moi?

(Les Paroles cachées, première partie, n 19.)

Être celui qui aime Dieu! Voilà le seul objet de la vie pour un bahá'í. Voir en Dieu son plus proche compagnon, son ami le plus intime, son Bien-Aimé incomparable dont la présence donne la plénitude de la joie! Et aimer Dieu signifie aimer tous les êtres et toutes les choses, car tout vient de Dieu. Le vrai bahá'í sera le parfait amant. Il aimera chacun d'un cœur pur, avec ferveur. Il ne haïra personne, car il aura appris à voir le visage du Bien-Aimé sur chaque visage et à reconnaître partout ses traces. Son amour ne connaîtra aucune barrière de secte, de nation, de classe ni de race. Bahá'u'lláh dit:

Dans les âges passés, il a été dit: "L'amour du pays natal est un indice de la foi." Mais la Langue de Grandeur a dit en ce jour de la présente manifestation: "La gloire n'est pas à celui qui aime son pays, mais à celui qui aime ses semblables."

(Tablette du monde dans Foi mondiale bahá'íe, p. 312.)

Et encore:

"Béni est celui qui aime son frère plus que lui-même; celui-là est du peuple de Bahá."

(Les Paroles du paradis, ibid. p. 331.)

'Abdu'l-Bahá nous dit que nous devons former "une seule âme en plusieurs corps, car plus nous nous aimons les uns les autres, plus nous nous rapprochons de Dieu."

Dans une assemblée, en Amérique, il dit:

"Ainsi, les divines religions des saintes manifestations de Dieu sont une en réalité, bien qu'elles diffèrent dans leur appellation et leur vocabulaire. Que l'homme soit donc amoureux de la lumière, quelle que soit sa source. Qu'il soit l'amant de la rose, quel que soit le sol où elle pousse. Qu'il cherche la vérité, quelle qu'en soit l'origine. S'attacher à la lanterne n'est pas aimer la lumière qu'elle émet. S'attacher à la terre ne convient pas, mais se réjouir à la vue d'une rose est louable. Vouer une affection à un arbre est vain, mais prendre sa part de fruits est avantageux. On peut jouir de la saveur des fruits, de quelque arbre et de quelque lieu qu'ils proviennent. Il faut accepter la parole de vérité, quelle que soit la bouche qui la prononce. Il faut accepter les vérités absolues, quel que soit le livre qui les consigne. Si nous accueillons les préjugés, nous nous priverons de nombreux bienfaits et nous resterons plongés dans l'ignorance. La lutte entre les religions, les nations et les races est le résultat de l'incompréhension. Si nous étudions les religions pour découvrir les principes sur lesquels s'étayent leurs fondements, nous verrons qu'elles sont véritablement d'accord, car leur vérité essentielle est une et non multiple. C'est par ces moyens que les esprits religieux du monde parviendront à l'unité et à la réconciliation."

Il dit encore:

"L'âme de chacun des élus doit aimer les autres âmes, ne pas leur refuser ses biens ni sa vie et s'efforcer par tous les moyens de leur procurer joie et bonheur. Mais ces autres âmes doivent être également désintéressées et altruistes. Ainsi, cette aurore pourra s'étendre à tous les horizons, cette mélodie pourra réjouir et rendre heureux tous les peuples, ce remède divin deviendra la panacée pour tous les maux et cet esprit de vérité la cause de la vie pour toutes les âmes."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I.)
5.5. Détachement

La dévotion à Dieu implique aussi le détachement de tout ce qui ne vient pas de Dieu, détachement de tous désirs terrestres et égoïstes. Le chemin de Dieu peut passer par la richesse ou la pauvreté, la santé ou la maladie, traverser le palais comme la prison, la roseraie comme la chambre de torture. Le bahá'í, quel que soit son sort, apprendra à l'accepter avec un radieux acquiescement. Détachement ne veut pas dire indifférence stupide à l'entourage ni résignation passive aux circonstances malheureuses. Détachement ne signifie pas non plus mépris des bonnes choses que Dieu a créées.

Le vrai bahá'í ne sera ni insensible, ni apathique, ni ascétique. Il trouvera dans le sentier de Dieu intérêt, travail, joie et abondance, mais il ne s'écartera pas de ce sentier, ne fût-ce que de l'épaisseur d'un cheveu, pour s'élancer à la poursuite du plaisir; il ne convoitera jamais ce que Dieu lui a refusé. Quand un homme devient bahá'í, la volonté de Dieu devient sa volonté, car le désaccord avec Dieu est la seule chose qu'il ne puisse souffrir. Dans le chemin de Dieu, aucune erreur ne le désespère, aucune peine ne l'abat. La lumière de l'amour illumine ses jours les plus sombres, transforme ses souffrances en joies, et le martyre même en une extase de félicité. Ainsi, la vie se hausse jusqu'au niveau de l'héroïsme et la mort devient une heureuse aventure.

Bahá'u'lláh dit:

"Celui qui conserve en son cœur, ne fût-ce qu'un grain de moutarde d'amour en dehors de son amour pour moi, ne peut en vérité entrer dans mon royaume."

(Súriy-i-Haykal.)
Ô fils de l'homme!

Si tu m'aimes, détourne-toi de toi-même; et si tu cherches mon bon plaisir, ne pense pas au tien, afin que tu puisses mourir en moi et que je puisse vivre en toi, éternellement.

(Les Paroles cachées, première partie, n 7.)
Ô mon serviteur!

Libère-toi des chaînes de ce monde et délivre ton âme de la prison de ton ego. Saisis ta chance, car jamais plus elle ne se présentera à toi.

(Les Paroles cachées, deuxième partie, n 40.)
5.6. Obéissance

La dévotion à Dieu comporte également l'obéissance implicite à ses commandements révélés, même si parfois on n'en comprend pas les raisons. Le matelot obéit aux ordres de son capitaine même s'il en ignore la raison, mais son acceptation de l'autorité n'est pas aveugle. Il sait parfaitement que le capitaine a reçu la formation nécessaire et a donné des preuves abondantes de sa compétence de navigateur. S'il n'en était pas ainsi, il serait absurde, en vérité, de servir sous ses ordres. De même, le bahá'í doit obéir implicitement au capitaine de son salut, mais ce serait folie s'il ne s'était d'abord assuré que ce capitaine a largement fait ses preuves et qu'il est digne de sa confiance.

D'autre part, refuser l'obéissance après de telles preuves serait une plus grande folie, car ce n'est que par une obéissance intelligente et perspicace envers un maître sage que nous pouvons bénéficier de sa sagesse et l'acquérir nous-mêmes. Même si le capitaine est très capable, comment le vaisseau atteindra-t-il le port si personne dans l'équipage ne lui obéit? Et comment les marins apprendront-ils l'art de naviguer?

Le Christ a clairement fait ressortir que l'obéissance est le chemin de la connaissance. Il a dit:

"Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire sa volonté, il saura si la doctrine est de Dieu ou si je parle de mon propre chef."

(JEAN, VII, 16, 17.)
De même, Bahá'u'lláh dit:

"La foi en Dieu et la connaissance de Dieu ne peuvent être pleinement atteintes que... par la pratique de tout ce qu'Il a commandé et de tout ce qui a été révélé dans le Livre écrit par la Plume de gloire."

(Les Révélations, dans Foi mondiale bahá'íe, p.338.)

L'obéissance implicite n'est pas une vertu en faveur en ces temps de démocratie et, à vrai dire, une entière soumission à la volonté de n'importe quel homme ordinaire serait désastreuse. Mais l'unité de l'humanité ne peut être réalisée que par une complète harmonie de chacun et de tous avec la volonté divine. Et, à moins que cette volonté ne soit clairement révélée et que les hommes n'abandonnent tout autre chef pour obéir au messager divin, les conflits et les luttes ne cesseront pas, les humains continueront à s'opposer les uns aux autres et à consacrer le meilleur de leur énergie à anéantir les efforts de leurs frères, au lieu de travailler ensemble en harmonie pour la gloire de Dieu et le bien commun.

5.7. Service

La dévotion à Dieu implique une vie consacrée au service de nos semblables. Nous ne pouvons servir Dieu d'une autre manière. Si nous tournons le dos à nos semblables, nous tournons le dos à Dieu.

Le Christ a dit:

"Toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites."

Ainsi, Bahá'u'lláh dit:

"Ô fils de l'homme! Si tu veux être miséricordieux, ne considère pas ton propre intérêt, mais attache-toi à ce qui profitera à tes semblables. Si tu veux être juste, choisis pour les autres ce que tu choisirais pour toi-même."

(Les Paroles du paradis dans Foi mondiale bahá'íe, p. 323.)

'Abdu'l-Bahá dit:

"Dans la cause bahá'íe, les arts, les sciences et tous les métiers sont considérés comme un acte d'adoration. L'homme qui fabrique une feuille de papier du mieux qu'il peut, consciencieusement, en consacrant toutes ses forces à la parfaire, loue Dieu. Bref, tout effort où l'homme met tout son cœur est un acte d'adoration s'il est inspiré par des motifs élevés et par la volonté de servir l'humanité. Servir le genre humain et pourvoir aux besoins des peuples, c'est adorer Dieu. Servir, c'est prier. Un médecin qui soigne les malades patiemment, tendrement, sans préjugé, conscient de la solidarité de la race humaine, loue Dieu."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Londres, Ed. 1980, p. 79.)

5.8. Enseignement

Le vrai bahá'í, non seulement croira aux enseignements de Bahá'u'lláh, mais trouvera en eux le guide et l'inspiration de toute sa vie; il fera joyeusement part aux autres de la connaissance qui constitue le renouveau de son être. C'est seulement ainsi qu'il recevra pleinement "la puissance et la confirmation de l'Esprit". Tous ne peuvent être des orateurs éloquents ou des écrivains de talent, mais tous peuvent enseigner en vivant la vie.

Bahá'u'lláh dit:

"Le peuple de Bahá doit servir le Seigneur avec sagesse, enseigner par l'exemple de sa vie et manifester, par ses actes, la lumière du Seigneur. L'effet des actes est, en vérité, plus puissant que celui des paroles."

(Les Paroles du Paradis, ibid. p. 323.)

Le bahá'í cependant, sous aucun prétexte, n'imposera ses idées à qui ne désire pas les entendre. Il attirera les gens vers le royaume de Dieu, mais ne tentera jamais de les y conduire de force. Il agira comme le bon pasteur qui mène son troupeau en charmant les moutons par sa musique, et non comme celui qui les presse avec son chien et son bâton.

Bahá'u'lláh dit dans les "Paroles cachées":
"Ô fils de poussière!

Les sages sont ceux qui ne parlent que lorsqu'on les écoute, de même que l'échanson ne tend sa coupe qu'à celui qui la cherche, et que l'amoureux ne crie son amour du fond du cœur que s'il contemple la beauté de sa bien-aimée. Semez donc les graines de la sagesse et du savoir dans la terre pure du cœur, et gardez-les cachées jusqu'à ce que les jacinthes de la sagesse divine jaillissent du cœur, et non de la fange et de l'argile."

(Les Paroles cachées, deuxième partie, n 36.)
Il dit encore dans "Les Splendeurs":

"Ô peuples de Bahá! Vous êtes le point où se lèvent l'aurore de l'amour et la source de lumière de la faveur de Dieu. Ne souillez pas votre langue en proférant des malédictions et des imprécations contre qui que ce soit, et détournez vos yeux de ce qui n'est pas digne. Démontrez partout ce que vous possédez (la vérité). Si le don en est accepté, le but est atteint. S'il est repoussé, blâmer ou contrarier serait vain. Laissez à lui-même celui qui refuse et avancez vers Dieu, le Protecteur, le Suffisant. Ne soyez jamais une cause de douleur, encore moins de sédition et de lutte! Puissiez-vous prospérer à l'ombre de l'arbre de la divine bonté et agir selon la volonté de Dieu. Vous êtes tous les feuilles d'un même arbre et les gouttes d'un même océan."

(Les Bonnes Nouvelles dans Foi mondiale bahá'íe, p. 350.)

5.9 Courtoisie et respect
Bahá'u'lláh dit:

"Ô peuples de Dieu! Je vous exhorte à la courtoisie. La courtoisie est en vérité... la reine de toutes les vertus. Béni soit celui qui est paré d'un manteau de loyauté et illuminé de la lumière de la courtoisie. Celui qui est doué de courtoisie est investi d'une haute dignité. Puisse cette vertu être atteinte, conservée et pratiquée avec constance par ce persécuté et par tous. Ceci est l'irréfutable commandement qui a coulé de la plume du très Grand Nom."

(Tablette du monde dans Foi mondiale bahá'íe, p. 313.)

Encore et encore il répète:

"Que toutes les nations du monde se rencontrent dans la joie et le ravissement. Ô vous, les peuples de toutes religions! Rencontrez-vous dans la joie et les parfums spirituels."

(Les Bonnes Nouvelles, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 343.)

'Abdu'l-Bahá, dans une lettre aux bahá'ís d'Amérique, écrit:

"Prenez garde! Prenez garde de n'offenser aucun cœur!

Prenez garde! Prenez garde de ne blesser aucune âme!

Prenez garde! Prenez garde de n'être malveillant envers personne!

Prenez garde! Prenez garde de ne pas être une cause de désespoir pour quelque créature!

Si l'un de vous devait devenir une cause de douleur pour un cœur, de désespoir pour une âme, mieux vaudrait pour lui se cacher dans les profondeurs du sol que de marcher sur la terre."

Il enseigne que, comme la fleur cachée dans le bouton, ainsi l'Esprit de Dieu vit dans le cœur de tous les hommes, si rudes et si peu aimables qu'ils soient en apparence. Aussi, le vrai bahá'í agira-t-il envers chacun comme le jardinier qui prend soin d'une plante rare et magnifique, convaincu qu'aucune intervention impatiente ne peut ouvrir le bouton avant son heure, car seul le soleil de Dieu a ce pouvoir. Son but sera d'inonder du soleil de la vie tous les cœurs obscurs et toutes les demeures.

'Abdu'l-Bahá dit encore:

"Parmi les enseignements de Bahá'u'lláh, il en est un qui enjoint à l'homme, en toutes circonstances et en toutes occasions, d'être magnanime, d'aimer son ennemi et de considérer celui qui souhaite le mal comme celui qui souhaite le bien. Non pas reconnaître quelqu'un comme un ennemi et le ménager... ou être indulgent pour lui. Ceci est de l'hypocrisie, non de l'amour vrai. Vous devez plutôt considérer vos ennemis comme des amis; ceux qui souhaitent votre malheur comme ceux qui souhaitent votre bonheur et les traiter dans ce sens. Votre amour, votre bonté doivent être réels... pas seulement le fait de la tolérance, car la tolérance, si elle ne vient pas du cœur, est de l'hypocrisie."

(Star of the West, vol. IV, p. 191.)

Un tel conseil semble inintelligible et contradictoire tant qu'on n'a pas réalisé que, si l'homme physique paraît plein de haine et de mauvais vouloir, en lui comme en tous existe une nature spirituelle profonde qui constitue l'homme véritable, et de cet homme émanent l'amour et la bonne volonté. C'est à cette nature réelle profonde de nos semblables que nous devons adresser nos pensées et notre amour.

Quand cette nature s'éveillera à l'activité, l'homme extérieur sera transformé et renouvelé.

5.10. L'œil aveugle au péché

Sur aucun point les enseignements bahá'ís ne sont plus impérieux et plus inflexibles que sur celui-ci: s'abstenir de découvrir les imperfections d'autrui. Le Christ s'est exprimé catégoriquement sur ce même sujet, mais on a pris l'habitude de considérer le Sermon sur la montagne comme un "code d'appels à la vertu" qu'on ne peut s'attendre à voir pratiquer par le chrétien ordinaire.

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá se sont tous deux spécialement appliqués à rendre leur pensée bien claire à cet égard. Nous lisons dans "Les Paroles cachées":

"Ô fils de l'homme!

Ne souffle mot des péchés des autres tant que tu es toi-même un pécheur. Si tu transgresses ce commandement, tu seras maudit, et de ceci je porte témoignage."

(Première partie, n 27.)
"Ô fils de l'existence!

N'impute à aucune âme ce que tu ne voudrais pas qu'on t'attribue et ne parle pas de ce que tu ne fais pas. Tel est mon commandement pour toi, observe-le."

(Les Paroles cachées, première partie, n 29.)
'Abdu'l-Bahá nous dit:

"Être silencieux sur les fautes des autres, prier pour eux, les aider, par la bonté, à se corriger.

Regarder toujours le bien et jamais le mal. Si un homme a dix bonnes qualités et un défaut, considérer les qualités et oublier le défaut, et si un homme a dix défauts et une qualité, retenir celle-ci et oublier les dix défauts.

Ne jamais nous permettre de proférer une seule parole malveillante contre un autre, même s'il est notre ennemi."

À un ami d'Amérique, il écrit:

"Le pire des défauts humains, le plus grand péché est la médisance, plus particulièrement lorsqu'elle émane de la bouche des croyants en Dieu. Si l'on pouvait inventer le moyen de fermer à jamais les portes de la médisance et si chacun des croyants n'ouvrait les lèvres que pour chanter la louange des autres, alors les enseignements de Sa Sainteté Bahá'u'lláh se répandraient, les cœurs seraient illuminés, les esprits ennoblis et l'humanité atteindrait à la félicité éternelle."

(Star of the West, vol. IV, p. 192.)
5.11. Humilité

Mais si, d'une part, on nous enjoint de ne pas voir les fautes d'autrui et de ne reconnaître que leurs vertus, d'autre part, on nous commande de découvrir nos propres fautes et de ne jamais nous glorifier de nos propres vertus.

Bahá'u'lláh dit à ce sujet:
"Ô fils de l'existence!

Comment peux-tu oublier tes propres défauts et t'occuper de ceux d'autrui? Celui qui agit ainsi, je le maudis."

(Les Paroles cachées, première partie, n 26.)
Ô émigrants!

La langue est destinée à me mentionner, ne la souillez pas en dénigrant autrui. Si le feu du moi vous domine, souvenez-vous de vos propres fautes et non de celles de mes créatures, attendu que chacun se connaît mieux lui-même qu'il ne connaît les autres."

(Paroles cachées, deuxième partie, n 66.)
'Abdu'l-Bahá dit:

"Que votre vie soit une émanation du royaume du Christ. Il est venu non pas pour qu'on prenne soin de lui, mais pour prendre soin des hommes... Dans la religion de Bahá'u'lláh, tous sont serviteurs et servantes, frères et sœurs. Sitôt que l'un de vous se sent un peu meilleur que ses semblables, un peu supérieur à eux, il se trouve dans une position dangereuse et, à moins qu'il ne rejette bien loin le germe d'une si mauvaise pensée, il n'est pas un bon instrument pour servir dans le royaume. Le mécontentement de soi est un signe de progrès. L'âme satisfaite d'elle-même est une manifestation de Satan; celle qui est mécontente d'elle-même est une manifestation du Miséricordieux. Si quelqu'un a mille bonnes qualités, qu'il les ignore et s'attache à découvrir ses défauts et ses imperfections...

Si grand que soit le progrès accompli, l'homme reste imparfait puisqu'il reste toujours un but plus haut à atteindre. À peine a-t-il levé les yeux vers celui-ci qu'il n'est plus satisfait de son état et aspire à l'atteindre. Être content de soi est la marque de l'égoïsme."

(Journal de Mírzá Ahmad Sohrab, 1914.)

Bien qu'il soit commandé de reconnaître ses péchés et de s'en repentir sincèrement, la pratique de la confession à des prêtres ou à d'autres hommes est formellement interdite. Bahá'u'lláh écrit dans "Les Bonnes Nouvelles":

"Quand le cœur du pécheur est libéré de tout sauf de Dieu, il doit implorer son pardon de Dieu seul. La confession devant les serviteurs (d'autres hommes) n'est pas permise, car elle n'est ni le moyen ni la cause du divin pardon. Une telle confession devant les créatures ne fait que l'humilier et l'abaisser, et Dieu, exaltée soit sa gloire, ne veut pas l'humiliation de ses serviteurs. En vérité, Il est le Compatissant, le Bienfaisant. Le pécheur doit s'adresser directement à Dieu, implorer la grâce de l'Océan de miséricorde, solliciter son pardon du ciel de clémence."

(Foi mondiale bahá'íe, p. 346.)
5.12. Sincérité et probité
Bahá'u'lláh dit, dans "Les Ornements":

"En vérité, l'honnêteté est la porte de la tranquillité pour tous dans le monde, la marque glorieuse de la présence du Miséricordieux. Quiconque l'atteint atteint aux trésors de richesse et de prospérité. L'honnêteté est la plus grande voie vers la sécurité et la tranquillité des hommes. La stabilité de toute affaire en dépend toujours, les sphères de l'honneur, de la gloire et de la prospérité sont illuminées de sa lumière...

Ô peuples de Bahá! L'honnêteté est le plus bel ornement pour vos temples et la plus splendide couronne pour vos têtes. Pratiquez-la par le commandement du Maître omnipotent."

(Foi mondiale bahá'íe, p. 301.)
Il dit encore:

"Le principe de la foi est de diminuer les paroles et de multiplier les actes. Celui dont les mots excèdent les actes, sachez en vérité que sa non-existence vaut mieux que son existence, sa mort vaut mieux que sa vie."

(Paroles de sagesse dans Foi mondiale bahá'íe, p. 251.)

'Abdu'l-Bahá dit:

"La sincérité est la base de toutes les vertus humaines. Sans elle, progrès et succès restent, dans tous les mondes, inaccessibles à l'âme. Quand ce saint attribut s'implantera dans l'homme, toutes les autres vertus divines s'y réaliseront aussi."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I, p. 459.)

"Que la lumière de la vérité et de la probité brille sur vos visages afin que chacun puisse avoir pleinement confiance en vous, être sûr de votre parole dans le travail ou dans le plaisir. Oublieux de vous-mêmes, travaillez pour le monde entier."

(Message aux bahá'ís de Londres, octobre 1911.)
5.13. La connaissance de soi

Bahá'u'lláh recommande constamment aux hommes de prendre conscience des perfections latentes en eux et de s'efforcer de leur donner pleine expression. Il distingue le vrai moi intérieur du moi extérieur limité, moi qui, tout au plus, peut être un temple, mais trop souvent n'est qu'une prison pour l'homme réel.

Dans "Les Paroles cachées" il dit:
"Ô fils de l'existence!

Par les mains du pouvoir je t'ai formé et par les doigts de puissance je t'ai créé, et en toi j'ai placé l'essence de ma lumière. Sache t'en contenter et ne cherche rien d'autre, car mon œuvre est parfaite et mon commandement t'y engage. Ne le mets ni en question ni en doute."

(Première partie, n 12.)
"Ô fils de l'esprit!

Je t'ai créé riche, pourquoi t'abaisses-tu à la pauvreté? Je t'ai fait noble, comment peux-tu t'avilir? De l'essence du savoir je t'ai conféré la vie, pourquoi cherches-tu la lumière auprès d'un autre? De l'argile de l'amour je t'ai façonné, comment peux-tu t'occuper d'un autre que moi? Tourne ton regard vers toi, afin que tu puisses me trouver présent en toi, fort, puissant, subsistant par moi-même."

(Les Paroles cachées, première partie, n 13.)
"Ô mon serviteur!

Tu es comme une épée finement trempée, dissimulée dans l'obscurité de son fourreau et dont l'artisan ne connaît pas la valeur. Sors donc du fourreau de l'égoïsme et du désir, afin que ta valeur puisse resplendir et être évidente pour le monde entier."

(Les Paroles cachées, deuxième partie, n 72.)
"Ô mon ami!

Tu es le soleil des cieux de ma sainteté; ne permets pas que les souillures du monde viennent éclipser ta splendeur. Déchire le voile de la négligence afin d'émerger, resplendissant, des nuages, et de parer toutes choses de l'ornement de vie."

(Les Paroles cachées, deuxième partie, n 73.)

La vie à laquelle Bahá'u'lláh convie ses adeptes est si noble que, certainement, dans la vaste étendue des possibilités humaines, il n'est rien de plus élevé et de plus beau auquel l'homme puisse aspirer. Réaliser notre moi spirituel équivaut à comprendre cette sublime vérité: "Nous venons de Dieu et nous retournons à Lui". Ce retour à Dieu est le but glorieux du bahá'í; mais pour l'atteindre, le seul sentier est celui de l'obéissance à ses messagers élus et spécialement à son messager des temps actuels: Bahá'u'lláh, le prophète de l'ère nouvelle.

6. LA PRIÈRE

"La prière est une échelle par laquelle chacun peut monter au ciel."

MUHAMMAD
6.1. Conversation avec Dieu

La prière, dit 'Abdu'l-Bahá, "est une conversation avec Dieu". Afin d'informer les hommes de son dessein et de sa volonté, il faut que Dieu leur parle un langage approprié et Il le fait par la bouche de ses saints prophètes. Aussi longtemps que ces prophètes vivent dans leur corps physique, ils s'adressent directement aux hommes, leur transmettant verbalement le message de Dieu. Lorsqu'ils disparaissent, le message continue d'influencer les esprits humains grâce aux paroles et aux Écrits qu'ils ont laissés. Mais ceci n'est pas le seul moyen par lequel Dieu parle aux hommes. Il existe encore un "langage de l'esprit", indépendant de la parole ou de l'écriture, par lequel Dieu peut communiquer avec ceux dont le cœur est en quête de vérité et les inspirer où qu'ils soient et quelles que soient leur race et leur langue maternelle. C'est par ce langage de l'esprit que, même après son départ du monde matériel, la manifestation divine continue à entretenir des rapports avec le croyant. Le Christ continua à converser avec ses disciples et à les inspirer après sa crucifixion. En fait, il les influença bien plus puissamment qu'auparavant; il en fut de même pour les autres prophètes. 'Abdu'l-Bahá s'étend longuement sur ce langage spirituel. Il dit notamment:

"Nous devons parler dans le langage du ciel--le langage de l'esprit--car il existe un langage particulier à l'esprit et au cœur. Il est aussi différent du nôtre que l'est ce dernier de celui des animaux qui ne s'expriment que par des cris et des sons inarticulés.

C'est ce langage de l'esprit qui parle à Dieu. Quand, dans la prière, nous sommes libérés de toutes choses extérieures et que nous nous tournons vers Dieu, c'est alors comme si, en nous-mêmes, nous entendions la voix de Dieu. Sans paroles, nous parlons, nous communiquons, nous conversons avec Dieu et nous recevons la réponse... Tous, lorsque nous atteignons un état vraiment spirituel, nous pouvons entendre la voix de Dieu."

(Extrait d'une conversation relatée par Miss Ethel J. Rosenberg.)

Bahá'u'lláh déclare que les plus hautes vérités spirituelles ne peuvent être communiquées qu'au moyen du langage spirituel. La parole ou l'écriture sont tout à fait inadéquates. Dans un petit livre appelé Les Sept Vallées, où il décrit le voyage des pèlerins depuis leur demeure terrestre jusqu'au foyer divin, en citant les stades les plus avancés du voyage, il dit:

"La langue est incapable de les décrire et les paroles sont complètement insuffisantes. La plume ne fait que noircir en vain le papier... Seul, le cœur peut communiquer au cœur l'état de celui qui sait; ceci n'est point la tâche d'un messager et ne peut être expliqué par écrit."

(BAHÁ'U'LLÁH, Les Sept Vallées.)
6.2. Recueillement et prière

Parlant des moyens d'atteindre le niveau spirituel qui permet la conversation avec Dieu, 'Abdu'l-Bahá dit:

"Nous devons nous efforcer de parvenir à cet état en nous isolant de tout et de tous, en nous tournant vers Dieu seul. L'homme éprouvera certaines difficultés à atteindre cet état, mais il devra s'y efforcer et lutter pour y parvenir. Nous pouvons y réussir en pensant moins aux choses matérielles, en nous détachant d'elles et en nous inquiétant davantage des choses spirituelles. Plus nous nous éloignons des unes, plus nous nous rapprochons des autres. Le choix dépend de nous.

Notre perception spirituelle, notre vue intérieure doivent s'ouvrir pour nous permettre de reconnaître en toutes choses les signes et les empreintes de l'Esprit de Dieu. Tout peut nous renvoyer la lumière de l'Esprit."

(Extrait d'une conversation relatée par Miss Ethel J. Rosenberg.)

Bahá'u'lláh a écrit:

"Que le chercheur... à chaque lever de l'aurore... communie avec Dieu et persévère de toute son âme dans la recherche de son Bien-Aimé. Que la flamme de sa mention ardente consume toute pensée perverse..."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh.)
À ce même propos, 'Abdu'l-Bahá déclare:

"Lorsque l'homme, par l'intermédiaire de son âme, permet à l'esprit d'éclairer sa compréhension, alors il embrasse toute la création... Mais d'autre part, s'il n'ouvre pas son esprit et son cœur aux bénédictions de l'esprit et s'il dirige son âme vers le monde matériel, vers ce qui satisfait le côté physique de sa nature, alors il déchoit de son rang élevé et devient inférieur aux animaux du règne le plus bas."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 119.)
Bahá'u'lláh dit encore:

"Ô peuples, libérez vos âmes des entraves de l'égoïsme et purifiez-vous de tout attachement en dehors de moi. Se souvenir de moi préserve toutes choses des souillures, si vous pouviez le comprendre... Élève ta voix, ô mon serviteur et chante les versets inspirés par Dieu afin que la douceur de ta mélodie puisse embraser ton âme et attirer à Lui les cœurs de tous les hommes. Les anges dispersés du Tout-Puissant répandront au loin les parfums des paroles prononcées par tes lèvres dans la solitude de ta chambre."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, CXXXVI, éd. 1979, p. 194.)

6.3. Nécessité d'un médiateur
Selon 'Abdu'l-Bahá:

"Entre l'homme et le Créateur, il faut nécessairement un médiateur qui reçoive la pleine lumière de la splendeur divine pour l'irradier sur le monde humain, comme l'atmosphère terrestre reçoit et diffuse la chaleur des rayons du soleil."

(Divine Philosophy.)

"Si nous voulons prier, nous devons concentrer nos pensées sur un point défini. Si nous voulons nous approcher de Dieu, nous devons diriger nos cœurs vers un certain centre. Lorsque l'homme adore Dieu en dehors de sa manifestation, il doit nécessairement se former une conception de Dieu, et cette conception n'est autre que celle de sa propre imagination. Le fini ne pouvant comprendre l'infini, Dieu ne peut être compris de cette manière. L'homme comprend uniquement ce qu'il peut concevoir par son propre esprit; ce qu'il peut comprendre n'est pas Dieu. Cette conception de Dieu que l'homme se fait pour lui-même n'est que fiction, image, illusion, imagination. Il n'y a aucun rapport entre une telle conception et l'Être suprême.

Si un homme veut connaître Dieu, il doit le trouver dans un miroir parfait tel que le Christ ou Bahá'u'lláh. Dans l'un comme dans l'autre de ces miroirs, il verra se refléter le Soleil de la divinité.

De même que le soleil physique se révèle à nous par sa splendeur, sa lumière, sa chaleur, ainsi pouvons-nous connaître Dieu, le Soleil spirituel, qui nous apparaît et brille en la manifestation par ses attributs de perfection, par la beauté de ses vertus et de ses qualités et par la splendeur de sa lumière."

(Extrait d'une conversation avec Mr. Percy Woodcook à 'Akká, 1909.)

'Abdu'l-Bahá dit encore:

"Sans l'intermédiaire du Saint-Esprit, il est impossible d'accéder directement aux grâces de Dieu. Ne néglige pas l'évidence même, car il est indéniable qu'un enfant ne peut être instruit sans maître, et le savoir est un des bienfaits de Dieu. Le sol ne se couvre pas d'herbe et de végétation sans la pluie des nuages; par conséquent, les nuages servent d'intermédiaires entre les bontés divines et le sol... La clarté provient d'un centre lumineux, et si on cherche à l'atteindre ailleurs qu'en son centre, on n'y parviendra jamais... Fixe ton attention sur l'époque du Christ; certains s'imaginaient qu'il était possible d'atteindre la vérité sans l'effusion messianique, mais cette chimère les priva de ses bienfaits."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, pp. 391 et 392.)

Un homme qui tente d'adorer Dieu sans passer par l'intermédiaire de sa manifestation est comme un être prisonnier dans un sombre cachot qui compte sur son imagination pour lui révéler la gloire du soleil.

6.4. Obligation et nécessité de la prière

L'usage de la prière est recommandé aux bahá'ís en termes précis. Bahá'u'lláh dit dans le Kitáb-i-Aqdas:

"Chantez ou récitez les versets de Dieu matin et soir. Celui qui omet de le faire n'est pas fidèle à l'alliance avec Dieu. Celui qui s'y refuse aujourd'hui est de ceux qui se détournent de Dieu. Craignez Dieu, ô mes serviteurs! Prenez garde que trop de lectures (des Écrits sacrés) ou trop d'activités de jour et de nuit ne vous rendent orgueilleux. Mieux vaut chanter un seul verset avec joie et sincérité que parcourir avec négligence toutes les révélations de Dieu! Chantez les Tablettes de Dieu dans la mesure où vous ne ressentez aucune fatigue ni dépression. Ne chargez aucune âme au point de l'accabler ou de l'épuiser, mais rafraîchissez-la plutôt, afin qu'elle puisse prendre son essor sur les ailes de la révélation et atteindre l'horizon où brillent les preuves. Cela vous rapprochera de Dieu, si vous êtes de ceux qui sont doués d'entendement."

'Abdu'l-Bahá dit à un correspondant:

"Ô toi, ami spirituel!... Sache que la prière est nécessaire et obligatoire et que l'homme, sous aucun prétexte, n'en est dispensé sauf s'il en est incapable mentalement ou si un obstacle insurmontable l'en empêche."

Un autre correspondant demanda:

Pourquoi prier? Quelle en est l'utilité puisque Dieu a établi toutes choses, exécutant son dessein selon son bon vouloir? À quoi bon supplier, implorer, exposer ses difficultés et rechercher son aide?

'Abdu'l-Bahá répondit:

"Sache, en vérité, qu'il sied au faible de solliciter l'aide du Fort et il convient à celui qui cherche la grâce de supplier le Glorieux, le Généreux. Lorsque quelqu'un implore son Seigneur, se tourne vers Lui et recherche les grâces de son océan, cette supplication apporte la clarté en son cœur, elle illumine sa vision, elle vivifie son âme et exalte son être.

Vois, lorsque tu implores Dieu et que tu récites: "Ton Nom est ma guérison...", combien ton cœur est réconforté, ton âme ravie par l'esprit et l'amour de Dieu, et comme tes pensées sont attirées vers le royaume divin! C'est par cette attraction que la capacité et l'habileté personnelles s'accroissent. Plus grand est le vase, plus il peut contenir d'eau et plus la soif est vive, plus la générosité du nuage est agréable au goût. Tel est le mystère de la supplication et la sagesse d'exposer ses désirs."

(D'une tablette à un croyant américain, traduite en anglais par 'Alí Qulí Khán, octobre 1908.)

Bahá'u'lláh révéla trois prières journalières obligatoires. Le croyant peut choisir en toute liberté celle qu'il désire. Toutefois, il doit en réciter une chaque jour en tenant compte des indications prescrites par Bahá'u'lláh.

6.5. La prière en commun

Les prières journalières obligatoires données par Bahá'u'lláh doivent être récitées individuellement. C'est seulement pour la prière des morts qu'il a ordonné de prier en commun, à la seule condition que le croyant qui la lit à haute voix et tous les autres restent debout. Cette pratique diffère de la coutume islamique selon laquelle l'imám conduit la prière, tous les fidèles se trouvant en rangs derrière lui, ce qui est interdit dans la foi bahá'íe. Ces ordonnances, en accord avec le principe de suppression du clergé professionnel, ne signifient pas que Bahá'u'lláh n'accorde aucune valeur aux réunions d'adoration. À propos de la valeur de la prière en commun, 'Abdu'l-Bahá s'exprime ainsi:

L'homme peut dire: "Je peux prier Dieu quand je veux, quand les sentiments de mon cœur sont attirés vers Lui, que je sois dans la solitude, en ville ou n'importe où. Pourquoi devrais-je aller là ou d'autres se rassemblent à date fixe, à une heure particulière, pour joindre mes prières aux leurs, alors que mon état d'esprit ne s'y prête pas!"

"Une telle idée n'est que vaine imagination, car là où plusieurs sont rassemblés, la force dégagée est plus grande. Des soldats séparés, combattant seuls ou en formation isolée, ne déploient pas la force d'une armée homogène. Lorsque tous les soldats du combat spirituel se rassemblent, alors, par l'union de leurs sentiments spirituels, ils se renforcent les uns les autres et les prières ont plus d'effet."

(Extrait des notes de Miss Ethel J. Rosenberg.)
6.6. La prière, langage de l'amour

À un autre correspondant qui demandait si la prière est nécessaire, puisqu'il est à présumer que Dieu connaît les désirs de tous les cœurs, il répondit:

"Si un homme éprouve un réel amour pour son ami, il souhaite l'exprimer. Bien qu'il le sache informé de son affection, il désire la lui confirmer encore... Dieu connaît les désirs de tous les cœurs, mais l'impulsion de la prière est naturelle, elle jaillit de l'amour de l'homme pour son Dieu.

... Dans la prière, les mots ne sont pas nécessaires, mais la pensée et l'état de recueillement sont indispensables. Si cet élan et ce désir manquent, il est vain de chercher à les forcer. Les paroles dépourvues d'amour n'ont aucune portée. Si l'on vous parle en paraissant accomplir un devoir ennuyeux, sans affection, sans plaisir de vous rencontrer, avez-vous envie de prolonger cette conversation?"

(Extrait d'un article de Miss E.S. Stevens, dans la Fortnightly Review, janvier-juin 1911, p. 1076.)

Lors d'un autre entretien, 'Abdu'l-Bahá dit:

"La prière la plus noble est celle où les êtres prient uniquement par amour pour Dieu, non parce qu'ils le craignent ou qu'ils redoutent l'enfer, ou encore parce qu'ils espèrent ses faveurs ou l'accès au paradis... Quand on s'éprend d'un être humain, on ne peut s'empêcher de murmurer son nom bien-aimé. Combien il est plus difficile encore de ne pas prononcer le nom vénéré de Dieu quand on s'est pris à l'aimer... L'homme spirituel ne trouve d'autre délice que dans la célébration de Dieu."

(Extrait des notes de Miss Alma Robertson et d'autres pèlerins, novembre et décembre 1900.)

6.7. Délivrance des calamités

Selon les enseignements des prophètes, la maladie et toutes les autres formes de calamités sont occasionnées par la désobéissance aux divins commandements. Selon 'Abdu'l-Bahá, même les désastres dus aux inondations, aux cyclones et aux tremblements de terre sont une conséquence indirecte de cette désobéissance.

Toutefois, la souffrance qui suit l'erreur n'est nullement vengeresse, mais éducative et purificatrice. C'est la voix de Dieu avertissant les hommes qu'ils sont sortis du droit chemin. Si la souffrance est terrible, c'est que le danger de mal faire est plus terrible encore, car "la rétribution du péché est la mort."

Si les calamités sont dues à la désobéissance, la délivrance peut être obtenue par l'obéissance. Il n'y a ni hasard, ni incertitude à cet égard. "Se détourner" de Dieu entraîne inévitablement le malheur et se tourner vers Dieu apporte inévitablement des bénédictions.

Toutefois, l'humanité entière ne constituant qu'un seul organisme, le bien-être de chacun dépend non seulement de notre propre conduite, mais encore de celle des voisins. Si l'un agit mal, les autres en souffrent plus ou moins, et si l'un agit bien, tous en bénéficient.

Chacun doit, dans une certaine mesure, porter le fardeau de son semblable et les meilleurs des humains sont ceux qui portent le plus lourd fardeau. Les saints ont tous extrêmement souffert; les prophètes ont souffert au degré suprême. Bahá'u'lláh dit dans le "Kitáb-i-Íqán":

"Vous avec certainement été informés des tribulations, de la pauvreté, des maladies et des dégradations qui ont assailli tous les prophètes de Dieu et leurs compagnons; de la manière dont les têtes de leurs disciples furent envoyées en guise de présent dans diverses cités...."

(Kitáb-i-Íqán, p. 73.)

Ce n'est point que les saints et les prophètes aient mérité d'être punis plus que d'autres. Non, mais ils souffrent souvent pour les péchés des autres et choisissent de souffrir pour leur salut. Ils sont soucieux du bien-être général, non pas du leur. Par la prière, celui qui aime vraiment l'humanité ne cherche pas à se préserver personnellement de la pauvreté, de la maladie ou des désastres, mais à obtenir pour le genre humain la délivrance de l'erreur, de l'ignorance et des maux qui en découlent inévitablement. S'il souhaite la santé et la richesse pour lui-même, c'est dans le but de servir le royaume, et si cela lui est refusé, il accepte son sort avec un "radieux acquiescement" et reste convaincu qu'il y a une sagesse immanente en tout ce qui lui échoit dans le chemin de Dieu.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Les chagrins et les afflictions ne nous atteignent pas par hasard: ils nous sont envoyés par la divine miséricorde pour notre perfectionnement. Quand il est heureux, il est possible que l'homme oublie son Dieu. Mais quand viennent les chagrins et les afflictions, il se souvient de son Père qui est au ciel et qui peut le délivrer de ses humiliations... Plus un homme est châtié, plus nombreuses seront les vertus spirituelles qu'il manifestera."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 62.)

À première vue, il peut sembler très injuste que l'enfant innocent doive souffrir pour le coupable, mais 'Abdu'l-Bahá nous assure que cette injustice n'est qu'apparente et qu'en fin de compte la justice parfaite prévaut. Il écrit:

"À propos des enfants et des faibles qui souffrent aux mains des oppresseurs... pour ces âmes, une récompense est réservée dans l'autre monde... cette souffrance est la plus grande grâce de Dieu. En vérité, cette grâce du Seigneur est bien plus précieuse que tout le confort de ce monde, plus précieuse aussi que la croissance et le développement qui appartiennent à ce lieu de mortalité."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. II, p. 337.)
6.8. Prière et loi naturelle

Nombreux sont ceux qui se refusent à croire à l'efficacité de la prière parce que, selon eux, si elle était exaucée, cela impliquerait des dérogations arbitraires aux lois de la nature. Par analogie, on peut élucider ce problème. Si un aimant est présenté au-dessus d'un tas de limaille de fer, celle-ci se soulève et s'accroche à l'aimant, mais cela ne constitue en rien une dérogation à la loi de la gravitation. Le pouvoir d'attraction continue à agir sur la limaille tout comme auparavant. Ce qui s'est produit, c'est qu'une force supérieure est entrée en action, force dont le pouvoir est aussi régulier et contrôlable que celui de la gravitation. Les bahá'ís pensent que la prière déclenche des forces d'un ordre supérieur quoique peu connues encore; mais il semble qu'il n'y ait aucune raison de croire ces forces plus arbitraires dans leur action que ne le sont les énergies physiques. Ce qui les différencie, c'est qu'elles n'ont pas encore fait l'objet d'une étude et d'une expérimentation approfondies; leur action ne nous paraît mystérieuse et inexplicable qu'en raison de notre ignorance.

Un autre problème qui se pose pour certains est le fait que la prière paraît être une force trop insignifiante pour produire les grands résultats qui lui sont attribués. Par analogie, nous pouvons aussi éclaircir cette difficulté. Une force minime, appliquée à la vanne d'un réservoir, peut libérer et régler l'énorme écoulement d'une eau en surabondance; une force infime appliquée au gouvernail d'un immense paquebot peut en diriger la course. Selon le point de vue bahá'í, le pouvoir qui exauce les prières est l'inépuisable puissance de Dieu. Le rôle du suppliant se borne à mettre en œuvre la petite force nécessaire pour en libérer le flot ou pour orienter le cours de la grâce divine, toujours prête à combler ceux qui ont appris à y faire appel.

6.9. Prières bahá'íes

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá ont révélé d'innombrables prières à l'usage de leurs disciples, pour des heures diverses et des circonstances variées. La conception pleine de noblesse et le haut degré de spiritualité de ces versets doivent faire impression sur tout chercheur consciencieux, mais leur signification et leur pouvoir bienfaisant ne pourront être pleinement appréciés qu'en leur consacrant une part importante et régulière de notre vie quotidienne. Malheureusement, en raison de l'espace trop restreint, nous ne pouvons insérer ici que quelques-unes de ces prières. Le lecteur pourra se référer à une sélection de textes dans d'autres ouvrages.

"Ô mon Seigneur! Fais de ta beauté ma nourriture, de ta présence mon breuvage, de ton plaisir mon espoir, de ta louange mon action, de ton souvenir mon compagnon, de ta puissance souveraine mon secours, de ton habitation mon foyer, et fais que ma demeure soit le lieu que tu as purifié des limitations imposées à ceux qu'un voile sépare de toi. Tu es, en vérité, le Tout-Puissant, l'infiniment Glorieux, l'Omnipotent."

(BAHÁ'U'LLÁH, Livre de prières, éd. 1973, p. 23.)

"Je suis témoin, ô mon Dieu, que tu m'as créé pour te connaître et pour t'adorer. J'atteste, en cet instant, mon impuissance et ton pouvoir, ma pauvreté et ta richesse. Il n'est pas d'autre dieu que toi, celui qui secourt dans le danger, celui qui subsiste par Lui-même."

(BAHÁ'U'LLÁH, Livre de prières, p. 86.)

"Ô mon Dieu! Ô mon Dieu! Unis les cœurs de tes serviteurs et révèle-leur ton grand dessein. Puissent-ils suivre tes commandements et observer ta loi. Aide-les dans leurs efforts, ô mon Dieu, et accorde-leur la force de te servir.

Ô Dieu, ne les abandonne pas à eux-mêmes mais, par la lumière de ta connaissance, guide leurs pas et, par ton amour, réjouis leur cœur. En vérité, tu es leur Recours et leur Seigneur."

(BAHÁ'U'LLÁH, Livre de prières, p. 167.)

"Ô toi, Seigneur de bonté! Tu as créé toute l'humanité de la même substance. Tu as décrété que tous appartiendraient à la même famille. En ta sainte présence, tous sont tes serviteurs et toute l'humanité s'abrite dans ton tabernacle. Tous se sont rassemblés autour de ta table généreuse, tous sont éclairés par la lumière de ta providence.

Ô mon Dieu! Tu es bon envers tous, tu as pourvu chacun, tu as conféré la vie à tous, tu as doté chacun et tous de talents et de facultés, et tous sont plongés dans l'océan de ta miséricorde. Ô toi, Dieu de bonté, unis tous les êtres, fais que les religions s'accordent, que les nations deviennent une, afin que tous soient comme les membres d'une seule famille et considèrent la terre comme une seule patrie. Fais que tous vivent ensemble en parfaite harmonie.

Ô Seigneur! Élève au-dessus de tous la bannière de l'unité du genre humain! Ô Seigneur, établis la paix suprême! Ò Seigneur, cimente les cœurs ensemble. Ô Seigneur, Père très bon, Dieu! Réjouis nos cœurs du parfum de ton amour. Fais briller nos yeux de ta lumière qui nous guide. Charme nos oreilles par la mélodie de ta parole et abrite-nous dans la forteresse de ta providence!

Tu es le Tout-Puissant, tu es celui qui pardonne et tu es celui qui est indulgent aux faiblesses des hommes."

('ABDU'L-BAHÁ, Livre de prières, p. 144.)

"Ô toi, le Tout-Puissant! Je suis un pécheur, mais tu es celui qui pardonne! Mes faiblesses sont innombrables, mais tu es le Compatissant! Je suis dans les ténèbres de l'erreur, mais tu es la Lumière du pardon!

Ô toi, Dieu bienveillant, pardonne mes péchés, accorde-moi tes dons, ferme les yeux sur mes fautes, sois pour moi un abri, immerge-moi dans la fontaine de ta patience et guéris-moi de toute souffrance et maladie!

Purifie-moi et accorde-moi la sanctification. Laisse-moi participer à l'effusion de ta sainteté, afin que mon chagrin et ma tristesse s'évanouissent et que, sur moi, descendent la joie et le bonheur, que le découragement et le désespoir soient changés en gaieté et en confiance et que le courage remplace l'inquiétude. En vérité, tu es celui qui pardonne, le Compatissant. Tu es le Généreux, le Bien-Aimé."

('ABDU'L-BAHÁ.)

"Ô Dieu compatissant! Grâce te soit rendue, car tu m'as éveillé et rendu conscient. Tu m'as donné des yeux qui voient et des oreilles qui entendent. Tu m'as guidé vers ton chemin et tu m'as conduit vers ton royaume. Tu m'as montré la voie directe et tu m'as fait entrer dans l'arche de la délivrance. Ô Dieu! Fais que je reste constant, rends-moi ferme et dévoué. Préserve-moi des épreuves violentes, protège-moi et abrite-moi dans les citadelles solidement fortifiées de ton alliance et de ton testament. Tu es le Puissant, tu es celui qui voit et qui entend!

Ô toi, Dieu compatissant! Donne-moi un cœur qui puisse, comme le cristal, être éclairé par la lumière de ton amour et accorde-moi une pensée qui puisse, par la bonté spirituelle, changer ce monde en un jardin de roses.

Tu es le Compatissant, le Miséricordieux! Tu es le grand Dieu bienfaisant!"

('ABDU'L-BAHÁ, Livre de prières, p. 125.)

Mais la prière bahá'íe n'est pas limitée aux formules prescrites, si importantes soient-elles. Bahá'u'lláh enseigne que notre vie tout entière doit être un hommage à Dieu, que le travail accompli de tout cœur équivaut à un acte d'adoration, que toute pensée, toute parole, toute action dédiée à la gloire de Dieu et au bien de nos semblables est une prière au sens le plus exact du mot. [Au sujet de la prière d'intercession, voir chapitre 11.]

7. SANTÉ ET GUÉRISON

"Tourner son visage vers Dieu apporte la guérison au corps, à l'esprit et à l'âme."

'ABDU'L-BAHÁ.
7.1. Le corps et l'âme

Selon les enseignements bahá'ís, le corps humain assume un rôle temporaire pour le développement de l'âme et, lorsque sa fonction est terminée, il est abandonné, de même que la coquille de l'œuf--utile pendant le développement du poussin--est brisée et rejetée dès que sa fonction est accomplie. 'Abdu'l-Bahá dit que le corps physique ne peut devenir immortel, car c'est un corps composé, formé d'atomes et de molécules et, comme tous les composés, il doit un jour se décomposer.

Le corps doit être le serviteur de l'âme, jamais son maître; mais il faut que ce serviteur soit de bonne volonté, soumis et capable, et il doit être traité avec les égards dus à un aide dévoué. S'il n'est pas convenablement traité, il en résulte des maladies et des troubles, et le maître en subit les conséquences désastreuses autant que le serviteur.

7.2. Unité de toute vie

L'unité essentielle des myriades de formes et de degrés de vie est un des enseignements fondamentaux de Bahá'u'lláh. Notre santé physique est tellement liée à notre santé mentale, morale et spirituelle ainsi qu'au bien-être individuel et social de nos semblables, et même à la vie des animaux et des plantes, que chacun de ces éléments est affecté par les autres dans une mesure bien plus grande qu'on ne se l'imagine généralement.

Ainsi, il n'est aucun commandement du Prophète--à quelque aspect de la vie qu'il se rapporte--qui ne concerne également la santé corporelle. Certains des enseignements, toutefois, portent plus directement que d'autres sur la santé physique et ce sont ceux-là que nous allons examiner ci-après.

7.3. Vie simple
'Abdu'l-Bahá dit:

"C'est sur l'économie que repose la prospérité humaine. Maintes difficultés assaillent le dépensier, et la prodigalité est une faute impardonnable. Chacun doit exercer une profession littéraire ou manuelle, car nous ne devons pas vivre aux dépens des autres comme une plante parasite; notre vie doit être pure, virile et honnête, digne d'être donnée en exemple. Il est plus noble de se contenter d'un croûton de pain sec que de profiter d'un somptueux repas aux plats multiples si les frais en sont supportés par d'autres. Celui qui se satisfait de peu de chose garde toujours l'esprit en paix et le cœur en repos."

(Bahá'í Scriptures, p. 453.)

La nourriture animale n'est pas défendue, mais 'Abdu'l-Bahá dit:

"La nourriture de l'avenir sera composée de fruits et de graines. Le temps viendra où l'on ne mangera plus de viande. La science médicale n'est encore qu'à ses débuts, mais elle a cependant déjà démontré que l'alimentation naturelle est celle que produit la terre."

(JULIA M. GRUNDY, Ten days in the Light of 'Akká.)

7.4. Alcool et drogues

L'usage de l'alcool et des stupéfiants, sauf comme remède en cas de maladie, est strictement défendu par Bahá'u'lláh.

7.5. Plaisirs

L'enseignement bahá'í est basé sur la modération, non sur l'ascétisme. Prendre sa part de joie dans ce que la vie offre de bon et de beau, tant sur le plan matériel que spirituel, est non seulement permis, mais recommandé.

Bahá'u'lláh dit:

"Ne vous privez pas de ce qui fut créé pour vous. Il dit aussi: L'allégresse et la bonne nouvelle doivent se lire sur vos visages."

'Abdu'l-Bahá dit:

"Tout ce qui a été créé l'a été pour l'homme, le sommet de la création, et il doit être reconnaissant des dons divins. Toutes les choses matérielles sont faites pour nous afin que notre reconnaissance et notre gratitude nous amènent à apprécier la vie comme un divin bienfait. Si nous sommes las de la vie, nous sommes des ingrats, car notre existence matérielle et spirituelle est la preuve évidente de la bonté divine. Aussi devons-nous être heureux et faire de notre vie une action de grâce, en appréciant toutes choses."

(Divine Philosophy.)

Comme on lui demandait si l'interdiction des loteries et jeux de hasard s'appliquait à tous les jeux, 'Abdu'l-Bahá répondit:

"Non, certains jeux sont innocents et en faire des passe-temps ne cause aucun mal; le seul danger, c'est qu'un passe-temps ne dégénère en perte de temps. Le gaspillage d'un temps précieux n'est pas admis dans la cause de Dieu; mais la récréation, comme par exemple l'exercice pour maintenir le corps en bonne forme, est recommandable."

(A. Heavenly Visit, p. 9.)
7.6. Hygiène
Dans le Kitáb-i-Aqdas, Bahá'u'lláh dit:

"Soyez l'exemple de la propreté parmi les hommes... en toutes circonstances, ayez des manières raffinées... qu'aucune trace de négligence n'apparaisse sur vos vêtements... baignez-vous dans une eau pure et non dans celle qui a déjà servi... En vérité, nous voulons voir en vous les manifestations du paradis sur terre afin que, de vous, s'exhale le parfum dont se délecte le cœur des élus."

Mírzá Abu'l-Fadl, dans son livre "Bahá'í Proofs" [Mírzá Abu'l-Fadl, "The Bahá'í Proofs" (Hujaja'l- Bahíyyih), traduit par 'Alí-Kuli Khán, facs. de 1929 ed. (Wilmette, Ill: Bahá'í Publishing Trust, 1983), pp.85-89], attire l'attention sur l'extrême importance que revêtent ces commandements, plus spécialement en certaines contrées de l'Orient, où l'eau souillée est souvent employée aux usages domestiques, pour la toilette et même comme boisson, et où quantité de maladies et de souffrances évitables règnent en raison des conditions d'hygiène, les pires qui soient. Ces conditions qui, souvent, semblent tacitement acceptées par la religion traditionnelle, ne peuvent être modifiées chez les Orientaux que par le commandement d'une personnalité reconnue comme étant investie de l'autorité divine. En maints endroits du monde occidental, une merveilleuse transformation s'effectuerait également si la propreté physique y était considérée non seulement comme le facteur de progrès le plus important après la piété, mais plutôt comme faisant partie intégrante de cette dernière.

7.7. Effets de l'obéissance aux commandements du Prophète

Ces commandements relatifs à la vie simple, à l'hygiène, à l'abstinence d'alcool, d'opium, etc., sont tellement clairs qu'ils ne nécessitent pas de longs commentaires; toutefois, il ne faudrait pas sous-estimer leur importance vitale. Si ces conseils étaient observés partout, la plupart des maladies contagieuses et nombre d'autres afflictions auraient tôt fait de disparaître de la terre. Le nombre de maladies, fréquemment dues à l'inobservance d'élémentaires précautions d'hygiène ou à l'abus d'alcool ou d'opium, est considérable. En outre, l'observance de ces commandements n'exercerait pas seulement une influence salutaire sur la santé, mais produirait de plus un effet énorme sur l'amélioration du caractère et de la conduite. L'alcool et l'opium affectent la conscience d'un homme longtemps avant d'affecter sa démarche et de lui causer des maladies physiques visibles, de sorte que l'avantage de l'abstinence est encore plus profitable du point de vue moral et spirituel que du point de vue physique.

Au sujet de la propreté, 'Abdu'l-Bahá dit:

"La propreté extérieure, quoique de nature strictement matérielle, a une grande influence sur la spiritualité... Le fait d'avoir le corps pur et sans tache exerce une influence sur l'esprit de l'homme."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, p. 585.)

Si les commandements des prophètes concernant la chasteté dans les relations sexuelles étaient rigoureusement observés, une autre cause importante de maladies serait éliminée. Les horribles maladies vénériennes qui ruinent aujourd'hui la santé de tant de milliers d'êtres, innocents ou coupables, enfants ou adultes, seraient bientôt du domaine du passé.

Si les commandements des prophètes concernant la justice, l'aide mutuelle, l'amour du prochain étaient partout mis en action, comment la surpopulation, l'exploitation des travailleurs, la pauvreté sordide d'une part et, de l'autre, la complaisance pour soi-même, la paresse et le luxe immoral pourraient-ils continuer à accumuler des ruines mentales, morales ou physiques?

La simple obéissance aux commandements d'hygiène et de morale de Moïse, de Bouddha, du Christ, de Muhammad ou de Bahá'u'lláh serait plus efficace pour prévenir les maladies que tous les remèdes, médecins et règlements d'hygiène du monde. En fait, il semble bien que, si cette obéissance se généralisait, la bonne santé serait acquise pour tous. Au lieu de vies gâchées par la maladie ou fauchées dès l'enfance, l'adolescence ou la jeunesse--comme il arrive si fréquemment aujourd'hui--on verrait les hommes atteindre un âge avancé, pareils à des fruits sains qui se développent et mûrissent jusqu'au moment où ils tombent naturellement de la branche.

7.8. Le prophète médecin

Nous vivons cependant en un monde où, de temps immémorial, l'obéissance aux commandements des prophètes a été l'exception plutôt que la règle, où l'amour de soi-même a paru un mobile plus important que l'amour de Dieu, où les intérêts particuliers ont pris l'ascendant sur les intérêts généraux, où les possessions matérielles et les plaisirs sensuels ont été préférés au bien-être social et spirituel de l'humanité. Par conséquent, les compétitions et les conflits féroces ont surgi: l'oppression et la tyrannie, l'extrême richesse et l'extrême pauvreté, toutes conditions qui entretiennent la maladie mentale et physique. Aussi, l'arbre tout entier de l'humanité est-il malade et chacune de ses feuilles souffre du mal général. Même les êtres les plus purs et les plus saints ont à pâtir des péchés des autres. Il faut guérir les humains, individuellement et collectivement.

Aussi, Bahá'u'lláh, tout comme ses prédécesseurs inspirés, ne se contente-t-il pas de montrer comment on peut préserver la santé, mais il indique aussi comment la recouvrer quand elle est perdue. Il vient en grand médecin, en guérisseur suprême de toutes les maladies du monde, celles du corps comme celles de l'esprit.

7.9. Guérison par des moyens matériels

Dans le monde occidental actuel, on peut constater une renaissance marquée de la croyance en l'efficacité des moyens spirituels et mentaux de guérison. À vrai dire, beaucoup de gens, révoltés contre les théories matérialistes de la maladie et les traitements qui prévalurent au dix-neuvième siècle, sont allés à l'extrême opposé, jusqu'à nier complètement l'utilité des remèdes matériels et de l'hygiène.

Bahá'u'lláh reconnaît la valeur des remèdes matériels comme celle des remèdes spirituels. Il enseigne que la science et l'art de guérir doivent être parallèlement développés, encouragés, perfectionnés, afin que tous les moyens de lutte contre la maladie, chacun dans leur sphère propre, puissent être utilisés au mieux.

Lorsqu'un membre de la famille de Bahá'u'lláh tombait malade, on avait recours à un praticien professionnel, et il est recommandé aux disciples d'agir de même.

Bahá'u'lláh dit:

"Si vous vous sentez malade ou souffrant, adressez-vous à des praticiens habiles."

(Kitáb-i-Aqdas.)

Ceci est tout à fait en harmonie avec l'enseignement bahá'í relatif aux sciences et aux arts en général. Toutes les sciences et tous les arts qui servent l'humanité, même du point de vue matériel, doivent être appréciés et encouragés. C'est par la science que l'homme devient le maître des choses matérielles; par l'ignorance, il en reste l'esclave.

Bahá'u'lláh écrit:

"Ne négligez pas le traitement médical lorsqu'il s'avère nécessaire, mais abandonnez-le dès que la santé est rétablie... Traitez de préférence le mal par la diète; réduisez l'usage des médicaments, et si vous trouvez qu'une herbe simple suffit, n'ayez pas recours à des drogues compliquées. Abstenez-vous de médicaments quand votre santé est bonne, mais utilisez-les dès que cela devient nécessaire."

(Tablette à un médecin.)
Dans une de ses tablettes, 'Abdu'l-Bahá dit:

"Ô chercheur de vérité! Il y a deux façons de guérir la maladie: les moyens matériels et les moyens spirituels. La première manière consiste à absorber des médicaments, et la seconde à prier Dieu et à se tourner vers Lui. Ces deux moyens doivent être employés... De plus, ils ne sont point incompatibles, et vous devez accepter les remèdes physiques comme venant de la grâce et de la faveur de Dieu qui a révélé et rendu manifeste le savoir médical, afin que ses serviteurs profitent aussi de cette sorte de traitement"

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, p. 587.)

Il affirme que, si nos instincts et notre goût n'étaient pas altérés par des pratiques absurdes et artificielles, ils deviendraient des guides sûrs pour choisir le régime approprié, composé d'herbes et de fruits médicinaux et autres remèdes, comme le font les animaux non domestiques. Dans une intéressante causerie sur la guérison, notée dans "Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre", pp. 263 et 264, il conclut:

"Il est donc établi que l'on peut guérir les maladies par des aliments et des fruits appropriés; mais comme aujourd'hui la science médicale est encore imparfaite, elle n'a pas encore saisi pleinement ces possibilités. Quand elle atteindra la perfection, elle guérira les maladies par une nourriture judicieuse, composée de fruits et de légumes de saveur agréable, et par des traitements variés d'eau froide ou chaude."

Si l'on emploie les moyens matériels de guérison, le pouvoir qui guérit est essentiellement divin, car les vertus curatives de l'herbe ou du minéral procèdent du don divin. "Tout dépend de Dieu. La médecine est uniquement une pratique externe, un moyen par lequel nous recevons la guérison céleste."

7.10. Guérison par des moyens non matériels

Bahá'u'lláh enseigne qu'il y a aussi beaucoup de manières de guérir sans remèdes matériels. La "contagion de la santé" existe aussi bien que la contagion de la maladie; si la première est très lente et d'un effet réduit, la seconde est souvent violente et rapide.

De l'état mental du patient résultent de puissants effets, et "la suggestion" joue un rôle important dans la détermination de cet état. La peur, la colère, le souci, etc. sont très préjudiciables à la santé, tandis que l'espoir, l'amour, la joie, etc. sont au contraire salutaires.

Ainsi Bahá'u'lláh dit:

"En vérité, la chose la plus nécessaire est le contentement en toutes circonstances; il préserve des conditions morbides et de la lassitude. Ne cédez pas à la tristesse ni au chagrin: ils causent les plus grandes misères. La jalousie consume le corps et la colère brûle le foie; évitez-les comme vous éviteriez un lion."

(Tablette à un médecin.)
Et 'Abdu'l-Bahá dit:

"La joie nous donne des ailes. Quand nous sommes gais, notre force est plus vive, notre intelligence plus éveillée... Mais quand la tristesse nous étreint, la force nous abandonne."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, éd. 1987, p. 96.)

À propos d'une autre forme de guérison mentale, 'Abdu'l-Bahá écrit qu'elle se produit par:

"... une profonde concentration d'esprit d'un être fort sur le malade, alors que ce dernier attend de toute l'ardeur de sa foi que la guérison s'opère grâce au pouvoir spirituel de l'être fort, de telle sorte qu'une connexion sympathique s'établit entre celui-ci et le malade. L'être fort fait tout ce qu'il peut pour guérir le patient qui, d'autre part, a confiance dans le succès de l'intervention. Ces impressions mentales agissent sur les nerfs et produisent une excitation nerveuse: impression et excitation sont la cause de la guérison du malade."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, p. 260.)

Toutefois, ces méthodes de guérison restent limitées en leurs effets et peuvent échouer dans les maladies graves.

7.11. Le pouvoir du Saint-Esprit

Le plus puissant des moyens de guérison est le pouvoir du Saint-Esprit.

"Ceci ne dépend ni du contact, ni de la vue, ni de la présence... Que la maladie soit bénigne ou qu'elle soit grave, que les personnes se trouvent ou non en contact, que le malade et son médecin soient ou ne soient pas étroitement liés, la guérison a lieu par la force du Saint-Esprit."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, p. 261).

Dans un entretien avec Miss Ethel Rosenberg, en octobre 1904, 'Abdu'l-Bahá dit:

"La guérison qui se produit par l'intervention du Saint-Esprit ne nécessite aucune concentration ni contact spécial. Elle se réalise par le vœu, le désir ou la prière du saint. Le malade peut être en Orient et le guérisseur en Occident, tous deux peuvent ne s'être jamais rencontrés, mais aussitôt que le saint tourne son cœur vers Dieu et commence à prier, le malade est guéri. Un tel don appartient aux saintes manifestations et à ceux qui sont au stade le plus élevé.

Sans doute les guérisons effectuées par le Christ et ses apôtres furent-elles de cette catégorie; des guérisons similaires ont été attribuées aux saints de tous les temps.

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá possédaient tous deux ce don, et semblable pouvoir fut promis à leurs fidèles disciples.

7.12. Attitude du malade

Afin que le pouvoir de guérison spirituelle soit pleinement efficace, il est indispensable que le patient et ses amis, ainsi que le guérisseur et la communauté tout entière, observent certaines conditions. La première règle pour le malade consiste à se tourner de tout son cœur vers Dieu, absolument convaincu que son pouvoir et sa volonté agiront pour le mieux. En août 1912, 'Abdu'l-Bahá disait à une dame américaine:

"Toutes ces épreuves passeront et vous recouvrerez la parfaite santé physique et spirituelle... Que votre cœur garde confiance et soit assuré que, par la bonté de Bahá'u'lláh et par sa faveur, tout deviendra agréable pour vous... Mais vous devez vous tourner entièrement vers le royaume d'Abhá (le Tout-Glorieux) avec une profonde attention, cette même concentration que Marie Madeleine prêtait à Sa Sainteté le Christ, et je vous assure que vous obtiendrez alors la santé physique et la santé spirituelle. Vous en êtes digne. Je vous apporte cette bonne nouvelle parce que votre cœur est pur... Ayez confiance! Soyez heureuse! Réjouissez-vous! Espérez!..."

Bien qu'en ce cas particulier, 'Abdu'l-Bahá ait garanti l'obtention de la santé physique, il ne le fit pas dans tous les cas, même si la foi du malade était profonde. À une femme en pèlerinage à 'Akká, il dit:

"Les prières qui furent révélées en faveur de la guérison se rapportent aussi bien à la guérison matérielle qu'à la guérison spirituelle. Aussi, récitez-les pour guérir l'âme et le corps. Si guérir est pour le malade le plus grand bienfait, cela lui sera sûrement accordé. Pour certains malades, la guérison serait seulement l'occasion d'autres maux. C'est pour cela que la sagesse décide de ne pas exaucer certaines prières.

Ô servante de Dieu! La puissance du Saint-Esprit guérit à la fois les maux physiques et les maux spirituels."

(Sélections des écrits de 'Abdu'l-Bahá, p. 161.)
Il écrit aussi à quelqu'un qui est malade:

"En vérité, la volonté de Dieu agit quelquefois d'une manière telle que l'humanité n'en peut comprendre le motif. Les causes et les raisons apparaissent ensuite.

Crois en Dieu, confie-toi à Lui et soumets-toi à sa volonté. En vérité, ton Dieu est tout amour, compassion et indulgence... Et il fera descendre sa grâce sur toi."

(Star of the West, vol. VIII, p. 232.)

'Abdu'l-Bahá enseigne que la santé spirituelle est favorable à la santé physique, mais que celle-ci dépend de maints facteurs dont certains sont en dehors du contrôle de l'individu. Aussi, même l'attitude spirituelle la plus exemplaire de sa part ne saurait toujours assurer sa santé physique. Hommes et femmes même les plus saints sont parfois malades.

Néanmoins, l'influence bienfaisante qu'exerce sur la santé physique une saine attitude morale et spirituelle est beaucoup plus puissante qu'on ne le croit généralement; elle suffit souvent à chasser la maladie. 'Abdu'l-Bahá écrivit à une dame anglaise:

"Vous m'écrivez au sujet de la faiblesse de votre corps. Je demande à la générosité de Bahá'u'lláh de fortifier votre esprit afin que, la force de votre esprit rejaillissant sur votre corps, celui-ci recouvre la santé."

Il dit encore:

"Dieu a accordé à l'homme de si merveilleux pouvoirs qu'il peut toujours se tourner vers le ciel et recevoir la guérison parmi d'autres dons de la divine munificence. Mais hélas! L'homme n'est pas reconnaissant pour ce bien suprême; il dort du sommeil de la négligence; détournant son visage de la lumière, continuant sa route dans les ténèbres, il reste insouciant de la grande grâce que Dieu lui a accordée."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 19.)
7.13. Le guérisseur

Le pouvoir de guérison spirituelle est indubitablement commun à tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé mais, de même que certains sont doués d'un talent exceptionnel pour les mathématiques ou la musique, d'autres sont doués d'une aptitude exceptionnelle pour guérir. Ceux-ci devraient faire de l'art de guérir l'œuvre de leur vie. Malheureusement, dans les derniers siècles, le monde est devenu si matérialiste que la possibilité même de guérir spirituellement a été en grande partie perdue de vue.

Tout comme les autres talents, le don de guérison doit être perçu, cultivé, développé, afin d'atteindre son plus grand épanouissement et sa plus haute puissance. Il est probable qu'il existe actuellement dans le monde des milliers de personnes richement pourvues d'une aptitude naturelle à guérir et en qui ce précieux talent reste à l'état latent et inactif.

"Quand les potentialités réservées au traitement mental et spirituel seront mieux comprises, l'art de guérir se trouvera transformé et ennobli, et l'efficacité en sera considérablement accrue. Lorsque ce savoir et ce pouvoir nouveaux du guérisseur se combineront avec l'espoir et la foi intense du patient, des résultats merveilleux seront acquis.

En Dieu doit être notre foi. Il n'est pas d'autre dieu que Lui, le Guérisseur, le Savant, le Protecteur... Rien sur la terre ni dans le ciel n'échappe à son étreinte.

Ô docteur! En traitant les malades, mentionne d'abord le nom de ton Dieu, le Possesseur du jour du Jugement, et utilise ensuite ce que Dieu a destiné à la guérison de ses créatures. Par ma vie! Le médecin qui a bu du vin de mon amour guérit par sa visite et il insuffle la grâce et l'espoir. Attache-toi à lui dans l'intérêt de ta santé. Il est soutenu par Dieu dans son traitement.

Cette connaissance est la plus importante de toutes les sciences, car elle est le meilleur moyen accordé par Dieu, celui qui donne vie à la poussière, pour préserver les corps des êtres humains et Il a placé cet art en tête de toutes les sciences et de toutes les sagesses. Car voici venu le jour où vous devez vous lever pour ma victoire.

Dis: Ton nom est ma guérison, ô mon Dieu, et le souvenir de ta présence est mon remède. M'approcher de toi est mon espoir, et l'amour que j'ai pour toi est mon compagnon. Ta miséricorde est mon soutien dans ce monde et dans l'autre. Tu es, en vérité, le Très-Bon, l'Omniscient, l'infiniment Sage..."

(BAHÁ'U'LLÁH, Tablette à un médecin.)
'Abdu'l-Bahá écrit:

"Pour celui qui est rempli de l'amour de Bahá et qui est détaché de toutes choses, l'Esprit saint s'exprimera par ses lèvres et l'esprit de vie inondera son cœur...

Les mots sortiront de sa bouche comme des perles précieuses et toutes les maladies et tous les malaises seront guéris par l'imposition de ses mains."

(Star of the West, vol. VIII, p. 233.)

"Ô toi, spirituel médecin! Tourne-toi vers Dieu d'un cœur plein de son amour, consacré à sa louange, les yeux fixés vers son royaume et cherchant l'aide de son Esprit saint dans un état d'extase, de ravissement, d'amour, de désir, de joie, d'effluves embaumés. Dieu t'assistera du souffle de sa présence et t'accordera le pouvoir de guérir la souffrance et les maladies.

Continue à soulager les cœurs et les corps et cherche à sauver les malades en te tournant vers le royaume suprême et en mettant toute ton âme dans l'obtention de la guérison, par la puissance du plus Grand Nom et par l'esprit de l'amour de Dieu."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, pp. 628 et 629.)

7.14. Comment chacun de nous peut aider

Toutefois, l'œuvre de guérison est une action qui intéresse, non seulement le patient et le praticien, mais chacun de nous. Tous doivent aider, par la sympathie et le dévouement, par une vie exemplaire et une pensée saine et surtout par la prière car, de tous les remèdes, la prière est le plus puissant.

"La supplication et la prière en faveur des autres, dit 'Abdu'l-Bahá, produiront sûrement leur effet". Les amis du patient ont une responsabilité toute spéciale car leur influence, soit en bien, soit en mal, est des plus directes et des plus importantes. Dans combien de maladies l'issue ne dépend-elle pas d'abord des soins des parents, des amis et des voisins!

Et même, tous les membres de la communauté exercent une influence positive dans tous les cas de maladie. Individuellement, cette influence peut ne pas apparaître très nettement mais, prise dans l'ensemble, l'effet en est puissant. Chacun est affecté par l'atmosphère du milieu social dans lequel il évolue, selon la tendance générale qui règne: la foi ou le matérialisme, la vertu ou le vice, la dépression ou la bonne humeur; et chaque individu exerce une influence déterminante sur cette atmosphère sociale.

Dans l'état actuel du monde, il n'est peut-être pas possible que tous acquièrent une santé parfaite, mais il est possible à chacun d'offrir "un canal de bonne volonté" au pouvoir purificateur du Saint-Esprit et d'exercer ainsi une influence curative favorable, à la fois sur son propre organisme et sur celui de tous ceux qui l'entourent.

Peu de devoirs sont aussi recommandés aux bahá'ís que celui de guérir les malades, et maintes belles prières pour la guérison ont été révélées par Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá.

7.15. L'âge d'or

Bahá'u'lláh assure que, par la coopération harmonieuse des malades, des guérisseurs et de la communauté en général, en plus de l'utilisation appropriée des divers moyens matériels, mentaux et spirituels favorables à la santé, l'âge d'or se réalisera lorsque, par le pouvoir de Dieu, "toute souffrance sera changée en joie et toute maladie en santé". 'Abdu'l-Bahá dit que, "quand le divin message sera compris, tous les maux s'évanouiront".

Il dit encore:

"Quand le monde matériel et le monde divin seront étroitement reliés, quand les cœurs deviendront purs et les aspirations élevées, une parfaite connexion s'établira. Alors cette puissance se manifestera d'une manière parfaite. Les maladies corporelles et spirituelles recevront une complète guérison."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. II, p. 309.)
7.16. Le bon usage de la santé

En terminant ce chapitre, il est utile de rappeler l'enseignement de 'Abdu'l-Bahá sur le bon usage de la santé physique. Dans une de ses tablettes aux bahá'ís de Washington, il dit:

"Si la santé et le bien-être du corps sont utilisés dans le chemin du royaume, cela est acceptable et digne de louanges; s'ils sont dépensés au bénéfice de l'humanité en général--même si c'est à son bénéfice matériel--et s'ils deviennent des moyens de faire le bien, cela aussi est louable. Mais si cette santé et ce bien-être de l'homme sont gaspillés en convoitises sensuelles, en aspirations bestiales et en plaisirs diaboliques, alors mieux vaudrait la maladie; que dis-je, la mort elle-même serait préférable à une telle existence. Si tu désires la santé, que ce soit pour servir le royaume. Mon espoir est que tu puisses acquérir une perspicacité parfaite, une détermination inflexible, une santé excellente, la force physique et spirituelle, afin qu'il te soit permis de boire à la fontaine de la vie éternelle et d'être assisté par l'esprit de la divine confirmation."

8. UNITÉ RELIGIEUSE

"Ô vous qui demeurez sur la terre! Le trait distinctif qui marque le caractère prééminent de cette suprême révélation consiste en ce que Nous avons, d'une part, effacé des pages du Livre sacré de Dieu tout ce qui a pu être cause de conflits, de malignité et de dommages parmi les enfants des hommes et, d'autre part, imposé les conditions préalables indispensables à la concorde, à la compréhension et à une unité parfaite et durable. Heureux ceux qui observent mes ordonnances."

BAHÁ'U'LLÁH.
8.1. Le sectarisme au dix-neuvième siècle

Jamais peut-être le monde n'avait paru si éloigné de l'unité religieuse qu'au dix-neuvième siècle. Depuis bien longtemps, les grandes communautés religieuses--zoroastrienne, israélite, bouddhiste, chrétienne, musulmane et autres--existaient côte à côte, mais au lieu de se fondre en un ensemble harmonieux, elles se trouvaient constamment opposées et en lutte les unes contre les autres. De plus, chacune d'elles s'était subdivisée en un nombre toujours croissant de sectes souvent violemment dressées les unes contre les autres.

Le Christ, cependant, avait dit:

À ceci, tous les hommes connaîtront que vous êtes mes disciples: si vous vous aimez les uns les autres, et Muhammad avait dit: Cette religion, la vôtre, est la vraie religion... Dieu vous a prescrit la foi qu'Il avait prescrite à Noé et que Nous vous avons révélée, foi également prescrite à Abraham, Moïse et Jésus, par ces mots: "Observez cette foi et ne vous divisez pas en sectes."

Le fondateur de chacune des grandes religions avait convié ses disciples à l'amour et à l'unité, mais toujours le but du fondateur fut presque entièrement perdu de vue, noyé dans un cloaque d'intolérance et de bigoterie, de formalisme et d'hypocrisie, de corruption et de fausses interprétations, de schismes et de querelles. Le nombre de sectes plus ou moins hostiles était probablement plus grand au début de l'ère bahá'íe qu'à toute autre période de l'histoire. Il semble que l'humanité ait voulu faire l'expérience de toutes les croyances religieuses possibles, de toutes les formes de rites et de cérémonies, de toutes les variétés de codes moraux.

Mais, en même temps, un nombre toujours croissant d'hommes vouaient leur énergie à l'examen critique et à l'investigation intrépide des lois de la nature et des fondements de la foi. Un nouveau savoir scientifique se développait rapidement, des solutions nouvelles étaient trouvées pour maints problèmes de la vie de tous les jours. Le développement d'inventions telles que le bateau à vapeur et le chemin de fer, et les organisations comme l'union postale et la presse contribuaient grandement à la diffusion des idées et au rapprochement fécond de modes très différents de pensée et d'existence.

Le prétendu conflit entre la religion et la science revêtit l'aspect d'une guerre acharnée. Dans le monde chrétien, les exégètes s'unirent aux tenants des sciences physiques pour discuter et, dans une certaine mesure, réfuter l'autorité de la Bible, autorité qui, durant des siècles, avait été la base indiscutée de la foi. Une proportion toujours croissante de la population devint sceptique à l'égard des enseignements des églises, et bien des prêtres même en doutèrent secrètement ou ouvertement, ou firent tout au moins des réserves au sujet des croyances auxquelles adhéraient leurs communautés respectives.

Cette agitation et ces courants d'opinion eurent pour conséquence que, de plus en plus, les vieilles orthodoxies et les dogmes furent reconnus comme désormais inadéquats et que l'on cherchait à grand-peine une connaissance et une compréhension plus complètes. Ces considérations n'étaient pas l'apanage des seuls pays chrétiens; elles se manifestaient plus ou moins, sous des formes différentes, parmi les hommes de tous les pays et de toutes les religions.

8.2. Le message de Bahá'u'lláh

Alors que cet état de conflit et de confusion était à son paroxysme, Bahá'u'lláh fit retentir aux oreilles de l'humanité le son de la trompette sacrée:

"Que toutes les nations s'unissent dans la foi et que tous les hommes soient comme des frères; que les liens de l'amitié et de l'unité entre les fils des hommes se resserrent; que la diversité des religions cesse et que les différences de races s'annulent... Ces luttes, ces massacres et ces discordes doivent finir et tous les hommes doivent se considérer comme une seule espèce et une seule famille."

(Paroles dites au professeur Browne.)

C'est un magnifique message, mais comment le mettre en pratique? Des prophètes l'ont prêché, des poètes l'ont chanté et des saints ont prié pour sa réalisation, et cela depuis des milliers d'années, mais les divergences entre religions n'ont pas cessé; les discordes, les luttes et les massacres n'ont pu être supprimés. Qu'est-ce qui prouve que le miracle va s'accomplir maintenant? De nouveaux facteurs sont-ils intervenus pour modifier la situation? La nature humaine n'est-elle pas toujours la même et ne le sera-t-elle pas aussi longtemps que le monde durera? Si deux hommes ou deux nations convoitent le même objet, ne se battront-ils pas pour l'obtenir dans l'avenir, tout comme dans le passé? Si Moïse, Bouddha, le Christ et Muhammad n'ont pas réussi à unifier le monde, Bahá'u'lláh y parviendra-t-il? Si les précédentes croyances se sont corrompues et morcelées en sectes, la foi bahá'íe ne subira-t-elle pas le même sort? Voyons les réponses que les enseignements bahá'ís donnent à ces questions et à d'autres du même genre.

8.3. La nature humaine peut-elle changer?

L'éducation et la religion sont l'une et l'autre basées sur cette hypothèse qu'il est possible de changer la nature humaine. En fait, un court examen nous suffit pour affirmer que tout être vivant ne peut s'empêcher de changer. Sans changement, il n'y aurait pas de vie. Le règne minéral lui-même subit des modifications, et plus on avance dans l'échelle des créatures, plus variés, plus complexes et plus merveilleux deviennent les changements.

De plus, dans le progrès et le développement des créatures de toute espèce, nous trouvons deux sortes de mutations: l'une est lente, graduelle, souvent imperceptible; l'autre est rapide, soudaine, dramatique. Cette dernière se produit lors de ce que l'on appelle les stades critiques de développement. Pour les minéraux, on peut observer ces stades critiques aux températures de fusion ou d'ébullition, par exemple, quand le solide passe à l'état liquide ou que le liquide devient un gaz. Dans le règne végétal, ces périodes critiques se produisent au début de la germination ou quand le bourgeon éclate. Dans le règne animal, on constate ces phénomènes en maintes circonstances: quand la chrysalide se change en papillon, quand le poussin sort de sa coquille, quand l'enfant naît. Dans la vie plus élevée de l'âme, nous voyons souvent une transformation analogue, lorsque l'homme naît à nouveau et que tout son être change radicalement dans ses pensées, ses activités, son caractère. Souvent, ces stades critiques affectent toute une espèce ou simultanément tout un ensemble d'espèces, comme chez les végétaux d'où jaillit soudain la nouvelle vie du printemps.

Bahá'u'lláh déclare que, tout comme les choses vivantes d'ordre inférieur naissent subitement à une vie nouvelle et plus large, l'humanité passera aussi, et très prochainement, par un stade critique, une époque de renaissance. Alors, des modes d'existence, qui ont persisté depuis l'aube de l'histoire jusqu'à nos jours, se transformeront rapidement, irrévocablement, et l'humanité entrera dans une nouvelle phase de vie, aussi différente de l'ancienne que le papillon est différent de la chenille ou l'oiseau de l'œuf.

L'humanité dans son ensemble, à la lumière de la révélation nouvelle, acquerra une vision nouvelle de la vérité; ainsi, lorsqu'une contrée est entièrement illuminée par le soleil levant, tous les habitants voient clair, alors qu'une heure auparavant tout était obscur et terne. "Voici venu le nouveau cycle du pouvoir humain, annonce 'Abdu'l-Bahá; tous les horizons du globe sont lumineux et le monde deviendra, en vérité, comme une roseraie, comme un paradis". Les analogies avec la nature confirment une telle conception. Les prophètes de jadis, d'un commun accord, ont prédit la venue de ce jour glorieux; les signes des temps montrent clairement que des transformations profondes, radicales, s'effectuent rapidement en ce moment même dans les idées humaines et les institutions. Alors, quoi de plus futile et de moins fondé que l'argument pessimiste selon lequel la nature humaine ne peut changer, alors que tout change autour d'elle?

8.4. Premiers pas vers l'unité

La plus grande charité et la plus grande tolérance sont les moyens recommandés par Bahá'u'lláh pour instituer l'unité religieuse; il invite ses disciples "à fréquenter avec joie et plaisir les adeptes de toutes les religions".

Dans son testament, Bahá'u'lláh écrit:

Les querelles, les conflits ont été strictement interdits dans son Livre; tel est le commandement du Seigneur dans cette suprême révélation, commandement qu'Il a garanti contre toute annulation et paré de sa confirmation.

Ô vous, peuples du monde! La religion de Dieu a pour but l'amour et l'union; n'en faites pas une cause d'inimitié et de conflit... Nous chérissons l'espoir que le peuple de Bahá se tournera toujours vers la parole sacrée: "Voyez! Toutes choses viennent de Dieu", la très glorieuse Parole qui, comme une ondée, éteint le feu de la rancune et de la haine qui couve dans les cœurs et les consciences. Par cette seule parole, les différentes sectes du monde atteindront la lumière de l'union réelle. En vérité, ce qu'Il dit est vrai et c'est Lui qui conduit jusqu'au chemin. Il est le Puissant, le Miséricordieux, le Magnifique.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Tous doivent abandonner les préjugés et doivent même se rendre aux églises et aux mosquées car, en chacun de ces lieux d'adoration, le nom du Tout-Puissant est prononcé. Puisque tous se réunissent pour adorer Dieu, quelle différence y a-t-il entre eux? Aucun d'eux n'adore Satan. Que les musulmans aillent aux églises des chrétiens, aux synagogues des juifs et vice-versa; que juifs et chrétiens se rendent aux mosquées musulmanes. Ils ne se tiennent éloignés les uns des autres qu'à cause de préjugés et de dogmes sans fondement. En Amérique, je suis allé aux synagogues juives qui sont analogues aux églises chrétiennes, et partout j'ai vu les hommes adorer Dieu. En beaucoup de ces lieux, je leur ai parlé des points fondamentaux qui sont à l'origine des religions divines et je leur ai fourni les preuves de la valeur des prophètes de Dieu et des saintes manifestations. Je les ai encouragés à se débarrasser de toute pratique aveugle.

Tous les chefs religieux doivent ainsi aller dans les églises des autres religions et parler des bases et des principes fondamentaux des religions divines. Dans l'harmonie et l'unité les plus profondes, qu'ils adorent Dieu dans les lieux divers de prière et abandonnent tout fanatisme."

(Star of the West, vol. IX, n 3, p. 37.)

Si seulement ces premiers pas étaient faits, si une tolérance réciproque et amicale s'établissait entre les diverses sectes religieuses, quel merveilleux changement se produirait dans le monde! Toutefois, quelque chose de plus est nécessaire à la réalisation de la véritable unité religieuse. Contre la maladie du sectarisme, la tolérance est un palliatif hautement appréciable, mais ce n'est pas un remède radical. Elle ne supprime pas la cause du mal.

8.5. Le problème de l'autorité

Les différentes communautés religieuses n'ont pu s'unir dans le passé parce que leurs fidèles respectifs ont considéré le fondateur de leur propre communauté comme la seule expression de la loi divine et la seule autorité suprême. Tout prophète qui proclamait un message en apparence différent était tenu, par conséquent, pour un ennemi de la vérité. Des raisons analogues ont séparé les différentes sectes d'une même communauté. Les adhérents de chacune d'elles s'en sont remis à une autorité subalterne quelconque et ont considéré une version ou une interprétation particulière du message du fondateur comme l'unique vraie foi, toutes les autres n'étant qu'erreurs. Tant que cet état de choses existera, toute unité véritable sera évidemment impossible.

Bahá'u'lláh enseigne d'autre part que tous les prophètes nous ont apporté d'authentiques messages de Dieu; que chacun, en son temps, donne les plus hauts enseignements que le peuple soit capable de recevoir, que chacun éduque les hommes pour les préparer à comprendre les enseignements plus élaborés de ses successeurs. Il adjure les fidèles de chaque religion, non de renier l'inspiration divine de leurs propres prophètes, mais de reconnaître l'inspiration divine de tous les autres prophètes, de voir combien les enseignements de tous sont essentiellement en harmonie et font partie d'un vaste plan d'éducation et d'unification de l'humanité. Il adjure les croyants de toutes dénominations de montrer qu'ils révèrent leurs prophètes en vouant leur vie à établir cette unité pour laquelle tous ont peiné et souffert.

Dans sa lettre à la reine Victoria, il compare le monde à un malade dont la maladie s'aggrave du fait qu'il est tombé entre les mains de médecins maladroits; et il dit comment le remède pourrait être appliqué:

"Le remède souverain ordonné par le Seigneur, le moyen le plus puissant pour la guérison du monde entier, c'est l'union de tous ses peuples en une cause universelle, une même foi. Ceci ne peut, en aucune façon, être obtenu sinon par le pouvoir d'un médecin habile, tout-puissant et inspiré. Telle est la vérité, et tout le reste n'est qu'erreur."

(La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 63.)
8.6. La révélation progressive

Dans la voie de l'unité religieuse, la grande pierre d'achoppement, pour beaucoup de personnes, est la différence entre les révélations des divers prophètes. Ce qui est commandé par l'un est défendu par l'autre; comment peuvent-ils tous avoir raison et tous proclamer la volonté de Dieu? Certes, la vérité est une et ne peut changer. Oui, la vérité absolue est une et ne peut changer, mais la vérité absolue est infiniment au-dessus du niveau actuel de l'intelligence humaine, et nos conceptions de cette vérité doivent constamment se transformer.

À mesure que le temps s'écoule, nos idées primitives imparfaites seront remplacées, par la grâce de Dieu, par des conceptions de plus en plus adéquates. Bahá'u'lláh dit, dans une tablette à un zoroastrien:

"Ô peuples! Les paroles sont révélées selon vos capacités afin que les débutants puissent progresser. Le lait divin doit être donné avec mesure, afin que le petit enfant de ce monde puisse entrer dans le royaume de grandeur et s'établir dans la demeure de l'unité.

C'est le lait qui fortifie l'enfant jusqu'à ce qu'il puisse ingérer une nourriture plus solide. Est-ce parce qu'un prophète a raison en prodiguant un certain enseignement à une période déterminée qu'un autre prophète a tort de prodiguer un enseignement différent en un temps ultérieur? Ce serait affirmer que le lait étant la meilleure nourriture pour le nouveau-né, l'homme adulte ne doit absorber que du lait et que tout autre régime lui serait nuisible!

'Abdu'l-Bahá dit:

"Chaque révélation divine se divise en deux parties. La première, essentielle, appartient au monde éternel. C'est l'exposé des divines vérités et des principes primordiaux. C'est l'expression de l'amour de Dieu. Elle est semblable dans toutes les religions et immuable. La seconde partie n'est pas éternelle; elle a trait à la vie pratique, aux transactions, aux affaires, et elle change selon l'évolution de l'homme et les nécessités de l'époque où paraît le prophète. Par exemple... pendant le cycle de Moïse, on coupait la main d'un homme pour le punir d'un vol minime; la loi œil pour œil, dent pour dent était en vigueur, mais cette loi n'étant plus de circonstance à l'époque du Christ fut abrogée. De même, le divorce était devenu si courant qu'il ne restait aucune loi spécifique pour le mariage; c'est pourquoi Sa Sainteté le Christ interdit le divorce.

Selon les exigences du moment, Sa Sainteté Moïse révéla dix lois dont la transgression entraînait une peine capitale. Il était impossible, en ce temps-là, de protéger la communauté et de conserver une sécurité sociale sans ces mesures rigoureuses, car les enfants d'Israël vivaient dans le désert de Tah où n'existaient ni cour de justice ni pénitenciers. Mais ce code n'était plus nécessaire à l'époque du Christ. L'histoire de cette seconde partie des religions est sans importance parce qu'elle se rapporte uniquement aux usages de cette vie; mais la base de la religion de Dieu est une et Sa Sainteté Bahá'u'lláh a renouvelé cette base."

(Divine Philosophy, 8e édition, p. 146.)

La religion de Dieu est l'unique religion et tous les prophètes l'ont enseignée, mais c'est une chose qui vit et se développe et non pas une chose inerte et immuable. L'enseignement de Moïse fut le bouton, celui du Christ la fleur; l'enseignement de Bahá'u'lláh est le fruit. La fleur ne détruit pas le bouton, le fruit ne détruit pas la fleur.

Il n'y a pas de destruction, mais il y a accomplissement. Les folioles du bouton doivent tomber afin que la fleur s'épanouisse, et les pétales de la fleur doivent tomber à leur tour pour que le fruit se forme et mûrisse. Les folioles et les pétales étaient-ils donc mauvais ou inutiles puisqu'ils ont dû être éliminés? Non, les uns et les autres furent utiles et nécessaires en leur temps; sans eux, il n'aurait pu y avoir de fruits. Ainsi en est-il pour les divers enseignements prophétiques; extérieurement, ils changent d'âge en âge, mais chaque révélation est l'accomplissement des précédentes; elles ne sont ni séparées ni en désaccord mais constituent des stades différents dans l'histoire du développement de la religion unique; celle-ci fut révélée graduellement, comme paraissent successivement la graine, le bouton et la fleur, et elle entre à présent dans la période de fructification.

8.7. Infaillibilité des prophètes

Bahá'u'lláh enseigne que des preuves suffisantes de l'authenticité de leur mission sont données à tous les prophètes; ils ont le droit d'exiger l'obéissance, et ils ont l'autorité voulue pour abroger et changer les enseignements de leurs prédécesseurs ou les compléter. Nous lisons dans le "Kitáb-i-Íqán":

"Ce serait à l'encontre de la bonté du Miséricordieux, de son affectueuse providence et de sa grâce infinie de choisir une âme parmi l'humanité pour guider ses créatures et, d'autre part, de lui refuser la plénitude de son témoignage divin, puis de punir ensuite les hommes en raison de leur incrédulité à l'égard de l'élu! Au contraire, les multiples bontés du Seigneur de tous les êtres ont, de tout temps, inondé la terre et tous ceux qui l'habitaient, grâce aux manifestations de sa divine Essence."

(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, p. 7.)

"Et pourtant, le but de chaque révélation n'est-il pas d'amener une transformation à la fois interne et externe de toute l'humanité, qui affectera sa vie morale et sa vie matérielle? Car si les conditions ne changeaient pas sous l'influence des manifestations universelles de Dieu, leur apparition serait inutile."

(BAHÁ'U'LLÁH, Le Livre de la certitude, p. 115.)

Dieu est l'unique Autorité infaillible, et les prophètes sont infaillibles parce que leur message est le message de Dieu transmis au monde par leur intermédiaire. Ce message reste valable jusqu'à ce qu'il soit remplacé par un message ultérieur donné par ce même prophète ou par un autre.

Dieu est le grand Médecin qui, seul, peut diagnostiquer la maladie du monde et prescrire le remède approprié. Le médicament ordonné à une époque ne convient plus à une époque ultérieure, quand l'état du malade évolue. Suivre l'ancien traitement lorsque le médecin a prescrit un nouveau traitement n'est pas une marque de confiance, mais plutôt de méfiance à son égard. Il se peut qu'un juif soit surpris d'apprendre que certains remèdes prescrits par Moïse pour les maux du monde, il y a plus de trois mille ans, soient à présent surannés et désuets; il se peut aussi qu'un chrétien soit également surpris d'apprendre que Muhammad avait certaines choses utiles et de valeur à ajouter à ce que Jésus prescrivit; et il en est de même pour le musulman lorsqu'on lui propose d'admettre que le Báb ou Bahá'u'lláh étaient investis d'autorité pour modifier les commandements de Muhammad. Selon la conception bahá'íe, la vraie dévotion à Dieu exige que tous ses prophètes soient révérés et qu'on obéisse à ses derniers commandements tels qu'ils sont énoncés par le prophète pour son époque. Ce n'est que par une telle dévotion que la véritable unité pourra être réalisée.

8.8. La suprême Manifestation

Comme tous les autres prophètes, Bahá'u'lláh annonce sa mission dans les termes les plus clairs.

Dans la Lawh-i-Aqdas tablette spécialement adressée aux chrétiens, il dit:

"Certes, le Père est venu et Il a accompli ce qui vous avait été promis dans le royaume de Dieu. Ceci est la parole que le Fils a voilée quand il a dit à ceux qui l'entouraient qu'ils ne pouvaient pas encore la comprendre. Mais quand le temps voulu se fut écoulé et que l'heure arriva, la parole resplendit À l'horizon de la volonté. Prenez garde, ô congrégation du Fils (c'est-à-dire chrétiens)! Ne la reniez pas, mais attachez-vous à elle. Elle est meilleure pour vous que tout ce qui l'a précédée... Assurément, l'Esprit de Vérité est venu pour vous guider dans toute la vérité. En réalité, il ne parle pas de son propre chef, mais de la part de l'Omnipotent, du Sage. Il est celui que le Fils a glorifié... Abandonnez ce qui est passé, ô peuples de la terre, et prenez ce qui vous est ordonné par celui qui est le Puissant, le Fidèle."

(La Très Sainte Tablette, dans L'Œuvre de Bahá'u'lláh, t. I, pp. 12 et 13.)

Et dans une lettre au pape, écrite d'Andrinople, en 1867, il dit:

"Prenez garde que les célébrations ne vous cachent le Célébré et que les adorations ne vous cachent l'Adoré! Écoutez le Seigneur, le Puissant, l'Omniscient! Il est venu pour donner la vie au monde et pour unir tout ce qui y demeure. Venez, ô peuples, au lieu où pointe l'aube de la révélation! Ne vous attardez pas, même pour une heure! Si vous êtes incapables de reconnaître le Seigneur de gloire, qu'avez-vous donc appris dans l'Évangile?

Cela ne vous convient pas, ô savante congrégation! Dites alors, si vous niez ceci, quelle est la preuve de votre croyance en Dieu? Montrez-nous votre preuve..."

(L'Œuvre de Bahá'u'lláh, t.II, p. 68.)

En ces termes adressés aux chrétiens, il annonce la réalisation des promesses de l'Évangile; de même, il proclame aux musulmans, aux juifs, aux zoroastriens et aux communautés des autres croyances l'accomplissement des promesses de leurs livres sacrés. Il parle à tous les hommes comme à des brebis de Dieu qui ont été jusqu'ici divisées en plusieurs troupeaux et abritées en différents bercails. Son message, dit-il, est la voix de Dieu, le Bon Pasteur qui, au jour de l'accomplissement des temps, est venu rassembler en un seul troupeau ses brebis dispersées, renversant les barrières qui les séparaient, afin qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau et qu'un seul berger.

8.9. Position unique de Bahá'u'lláh

La position de Bahá'u'lláh parmi les prophètes est unique et nouvelle, parce que la condition du monde au moment de son avènement était unique et sans précédent. Grâce à une évolution lente et souvent entravée dans les domaines de la religion, des sciences, des arts et de la civilisation, le monde était mûr pour l'enseignement de l'unité. Les barrières qui, durant les siècles précédents, avaient rendu l'unité du monde impossible, étaient prêtes à céder quand parut Bahá'u'lláh. Et depuis sa naissance, en 1817, et plus spécialement depuis la promulgation de ses enseignements, ces barrières se sont écroulées de la façon la plus étonnante. De quelque manière qu'on l'explique, il ne peut y avoir aucun doute à cet égard.

Au temps des prophètes précédents, les barrières géographiques étaient à elles seules suffisantes pour empêcher l'unité mondiale. Aujourd'hui, cet obstacle a été surmonté. Pour la première fois dans l'histoire du monde, les hommes peuvent rapidement et aisément communiquer entre eux d'un antipode à l'autre; ce qui se passe en Europe est connu le jour suivant dans tous les continents; un discours prononcé aujourd'hui en Amérique sera lu demain en Europe, en Asie et en Afrique.

Les différences de langage constituaient un autre obstacle important. Grâce à l'étude et à l'enseignement des langues étrangères, il a déjà été surmonté dans une large mesure, et il y a tout lieu de croire qu'avant longtemps, une langue auxiliaire internationale sera adoptée et enseignée dans toutes les écoles du monde. Cette difficulté disparaîtra alors complètement.

Le troisième grand obstacle provenait des préjugés religieux et de l'intolérance qui sont aussi en voie de disparition. L'esprit des hommes devient plus ouvert. La tâche de l'éducation échappe de plus en plus aux prêtres sectaires et on ne peut plus, désormais, entraver la pénétration d'idées nouvelles et libérales, même dans les cercles les plus fermés et les plus conservateurs.

Aussi Bahá'u'lláh est-il le premier des grands prophètes dont le message se soit répandu aussi rapidement dans toutes les parties du globe. Bientôt, les enseignements essentiels de Bahá'u'lláh, traduits de ses manuscrits authentiques, seront directement accessibles à tous ceux qui savent lire.

8.10. Plénitude de la révélation bahá'íe

Par ses annales authentiques, amples et complètes, la révélation bahá'íe tient une place unique et sans précédent parmi les religions du monde. Les paroles qu'on peut attribuer avec certitude au Christ, à Moïse, à Zoroastre, à Bouddha, à Krishna sont peu nombreuses et laissent sans réponse maintes questions pratiques importantes de la vie actuelle. Beaucoup d'enseignements communément attribués à ces fondateurs de religion sont d'authenticité douteuse et certains textes sont de toute évidence apocryphes. Les musulmans possèdent dans le Qur'án et dans de nombreuses traditions des données plus complètes sur la vie et les enseignements de leur prophète, mais Muhammad lui-même, bien qu'inspiré, était illettré, ainsi que la plupart de ses premiers disciples. Les méthodes qui ont servi à enregistrer et à répandre ses enseignements sont à bien des égards défectueuses et l'authenticité d'un grand nombre de traditions est douteuse. Il s'ensuit des différences d'interprétation et des conflits d'opinions qui ont causé des divisions et des dissensions dans l'islám, comme cela s'était passé dans toutes les communautés religieuses antérieures.

Par contre, le Báb et Bahá'u'lláh ont tous deux laissé quantité d'écrits éloquents et vigoureux. Comme il leur fut interdit à l'un et à l'autre de parler en public et qu'ils passèrent la plus grande partie de leur vie en prison (après la déclaration de leur mission), ils employèrent la majeure partie de leur temps à écrire, d'où il résulte qu'aucune des révélations précédentes n'est comparable à la révélation bahá'íe quant à la richesse et à l'abondance de textes authentiques. Elle fournit une explication claire et complète d'un grand nombre de vérités qui n'avaient été que vaguement esquissées dans les révélations antérieures, et les principes éternels de vérité que tous les prophètes ont enseignés y sont appliqués aux problèmes qui se posent au monde d'aujourd'hui. Parmi ces problèmes extrêmement ardus et complexes, plusieurs ne s'étaient pas encore présentés au temps des prophètes précédents. Ces annales complètes d'une révélation authentique doivent, de toute évidence, contribuer puissamment à écarter les malentendus futurs et à dissiper ceux du passé qui séparaient les différentes sectes.

8.11. L'alliance bahá'íe

La révélation bahá'íe est unique et sans précédent pour d'autres raisons encore. Avant sa mort, Bahá'u'lláh écrivit, à plusieurs reprises, un pacte par lequel son fils aîné, 'Abdu'l-Bahá, qu'il désigne souvent sous le nom de "la Branche ou la plus Grande Branche", devient l'interprète autorisé de ses enseignements; il déclare que toute explication ou interprétation donnée par 'Abdu'l-Bahá doit être acceptée comme étant aussi valable que ses propres paroles.

Dans son testament, il dit:

"Réfléchissez à ce qui est révélé dans mon livre, le Kitáb-i-Aqdas: quand l'océan de ma présence aura reflué et que le livre de ma révélation sera achevé, tournez votre visage vers celui que Dieu a désigné, celui qui est issu de l'Antique Racine! Ce verset se réfère à la plus Grande Branche.

Et dans la "Tablette de la Branche" qui explique le rang de 'Abdu'l-Bahá, il dit:

"Ô peuples! Louez Dieu pour la manifestation de la Branche car, en vérité, c'est la plus grande faveur qui vous soit faite et la plus parfaite bénédiction qui vous soit donnée; et par lui, chacun des os qui tombaient en poussière est vivifié. Quiconque s'est tourné vers lui s'est assurément tourné vers Dieu, et quiconque s'est détourné de lui s'est assurément détourné de ma beauté, a nié ma preuve et s'affirme comme un transgresseur."

(Foi mondiale bahá'íe, p. 365.)

Après la mort de Bahá'u'lláh, 'Abdu'l-Bahá eut de nombreuses occasions, tant chez lui qu'au cours de ses longs voyages, de rencontrer des gens de toutes nationalités et de toutes opinions. Il écouta leurs questions, leurs problèmes, leurs objections et donna des explications précises qui furent soigneusement consignées par écrit. Pendant de longues années, 'Abdu'l-Bahá s'employa à élucider les enseignements et à montrer leurs applications aux problèmes les plus variés de la vie moderne. Les divergences d'opinion qui se sont élevées entre les croyants lui ont été soumises et il les a résolues avec autorité; ainsi les risques de malentendus futurs ont-ils été réduits.

De plus, Bahá'u'lláh a ordonné qu'une Maison Universelle de Justice, représentant tous les bahá'ís du monde, soit élue pour prendre en charge les affaires de la cause, contrôler et coordonner toutes les activités, empêcher les schismes et les divisions, éclaircir les questions obscures et préserver les enseignements de la corruption et des mauvaises interprétations. Le fait que ce corps administratif suprême puisse non seulement prendre l'initiative en matière législative sur toutes les questions non définies dans le Livre, mais encore annuler ses propres décrets lorsque les conditions nouvelles exigeront des mesures différentes, permet à la foi de se développer et, tel un organisme vivant, de s'adapter aux besoins et aux exigences d'une société en évolution.

D'autre part, Bahá'u'lláh a expressément interdit à quiconque d'interpréter les enseignements, l'interprète autorisé ayant seul ce droit. Dans son testament, 'Abdu'l-Bahá a désigné Shoghi Effendi comme gardien de la foi après lui et comme interprète des Écrits.

Dans mille ans ou plus, une autre Manifestation paraîtra, sous l'ombre de Bahá'u'lláh, avec des preuves explicites de sa mission. Mais jusqu'à ce moment, les paroles de Bahá'u'lláh, de 'Abdu'l-Bahá et du Gardien ainsi que les décisions de la Maison Universelle de Justice sont les seules autorités vers lesquelles tous les croyants doivent se tourner pour être dirigés. Aucun bahá'í n'a le droit de créer une école ni une secte fondée sur une interprétation particulière des principes ni sur une soi-disant révélation divine. Quiconque transgresse ces commandements est considéré comme un "briseur d'alliance" [Voir chapitre 12 pour plus d'explications sur le Gardiennat et la Maison Universelle de Justice].

'Abdu'l-Bahá dit:

"Est ennemi de la cause celui qui entreprend d'interpréter les paroles de Bahá'u'lláh et d'en altérer le sens selon sa propre compréhension, qui attire des adeptes pour former une secte, s'octroyant une dignité supérieure et créant un schisme dans la cause."

(Star of the West, vol. III, p. 8.)
Dans une autre Tablette, il écrit:

"Ces gens (les promoteurs de schisme) sont comme l'écume qui se forme à la surface de la mer; une vague surgira de l'océan de l'alliance et, par la puissance du royaume d'Abhá, rejettera cette écume sur le rivage. De telles pensées corrompues émanant de convoitises personnelles et mauvaises s'évanouiront toutes, alors que l'alliance de Dieu demeurera stable et en sécurité."

(Star of the West, vol. X, p. 95).

Rien ne peut empêcher les hommes de trahir la religion s'ils en ont décidé ainsi. 'Abdu'l-Bahá dit: Dieu même ne contraint pas l'âme à devenir spirituelle. L'exercice du libre arbitre humain est nécessaire. Toutefois, l'alliance spirituelle rend le sectarisme absolument impossible au sein de la communauté bahá'íe.

8.12. Suppression du sacerdoce

La suppression du sacerdoce est un autre trait de l'administration bahá'íe qui mérite une mention spéciale. Des contributions volontaires en faveur des dépenses pour l'enseignement sont permises, et bien des personnes consacrent la totalité de leur temps au service de la cause; mais tous les bahá'ís sont engagés à prendre part à l'œuvre d'enseignement, selon leurs possibilités et leurs aptitudes; il n'y a, parmi les croyants, aucune classe distincte spécialisée dans l'exercice des fonctions et des prérogatives sacerdotales.

Dans les temps passés, l'institution d'un clergé était nécessaire, parce que le peuple était illettré et sans éducation et dépendait des prêtres pour l'instruction religieuse, la conduite des cérémonies et des rites religieux, pour l'administration de la justice, etc.

Mais les temps ont changé. L'éducation se répand rapidement et, si les commandements de Bahá'u'lláh sont observés, toutes les filles et tous les garçons du monde recevront une solide instruction. Chaque individu aura la possibilité d'étudier les Écritures par lui-même, de puiser l'eau de la vie directement à la source. Les cérémonies et les rites compliqués qui nécessitent les services d'une caste ou d'une profession spécialisée n'ont point de place dans l'organisation bahá'íe; et l'administration de la justice est confiée aux autorités instituées à cet effet.

Un enfant doit avoir un maître, mais le but du maître consciencieux est de former l'élève afin qu'il puisse se passer de lui, voir les choses par ses propres yeux, entendre par ses propres oreilles, comprendre par sa propre intelligence. Ainsi, dans l'enfance de la race, le prêtre fut nécessaire, mais sa tâche véritable était de former les hommes pour qu'ils puissent se passer de lui; qu'ils puissent voir les choses divines par leurs propres yeux, les entendre de leurs propres oreilles, les comprendre par leur propre intelligence. Aujourd'hui, l'œuvre du prêtre touche à sa fin, et le but de l'enseignement bahá'í est de compléter cette œuvre, de rendre les hommes indépendants de tout sauf de Dieu, afin qu'ils puissent se tourner directement vers Lui, c'est-à-dire vers sa manifestation. Quand tout le monde se tourne vers un seul centre, il ne peut plus y avoir ni buts opposés ni confusion, et plus on se rapproche du centre, plus on se rapproche les uns des autres.

9. LA VRAIE CIVILISATION

"Ô peuples de Dieu! Ne soyez pas occupés de vous-mêmes. Que votre but soit l'amélioration du monde et l'éducation des nations."

BAHÁ'U'LLÁH.
9.1. La religion, base de la civilisation

Selon l'opinion des bahá'ís, les problèmes de la vie humaine individuelle et collective sont d'une telle complexité que l'intelligence est, par elle-même, incapable de les résoudre directement. Seul, l'Omniscient connaît intégralement le but de la création et le moyen de l'atteindre. Par l'intermédiaire des prophètes, Il enseigne à l'humanité les vraies fins de la vie humaine et la voie directe qui mène au progrès; l'établissement d'une véritable civilisation dépend donc d'une fidèle adhésion aux directives contenues dans la révélation prophétique.

Bahá'u'lláh précise:

"La religion est le plus parfait instrument pour instaurer l'ordre dans le monde et pour la quiétude de tous les êtres. L'affaiblissement des colonnes de la religion a encouragé les ignorants, les rendant audacieux et agressifs. Je vous le dis, en vérité, tout ce qui abaisse la haute valeur de la religion favorise l'insouciance chez les méchants. Il en résulte finalement un état d'anarchie...

Considérez à quel point la civilisation des peuples occidentaux a causé de commotions et d'agitation dans le monde. Des machines infernales ont été inventées et l'on déploie une telle cruauté pour détruire la vie que le monde n'a jamais rien vu ni entendu de semblable. Il est impossible de refréner ce violent déchaînement de fléaux à moins que les peuples de la terre ne s'unissent dans un but déterminé ou sous l'égide de la religion unique...

Ô peuple de Bahá! Chacun des commandements révélés est une puissante forteresse pour la protection du monde."

(Les Paroles du paradis dans Foi mondiale bahá'íe, pp. 323, 328 et 329.)

L'état actuel de l'Europe et du monde en général confirme éloquemment la valeur de ces paroles écrites il y a si longtemps. La négligence à l'égard des commandements prophétiques et la prédominance de l'irréligion ont causé un profond désordre et de terribles destructions; sans le caractère essentiel que possède la vraie religion de transformer les cœurs et de changer les buts, la réforme de la société semblerait absolument irréalisable.

9.2. Justice

Dans l'ouvrage intitulé "Les Paroles cachées" où Bahá'u'lláh expose brièvement l'essentiel des enseignements prophétiques, son premier conseil concerne la vie individuelle: "Aie le cœur pur, bienveillant et rayonnant". Le second indique le principe fondamental de la vraie vie sociale:

"Ô fils de l'esprit!

À mes yeux, ce que j'aime par-dessus tout est la justice; ne t'en écarte pas si c'est moi que tu désires, et ne la néglige pas afin que je puisse me fier à toi. Par elle, tu pourras voir par tes propres yeux et non par ceux des autres, et tu pourras comprendre par ton propre savoir et non par celui du prochain. Pèse bien ceci: comment dois-tu être? En vérité, la justice est le don que je te fais, le signe de ma tendre bonté. Fixe donc ton regard sur elle."

(Les Paroles cachées, première partie, n 2.)

Dans la vie sociale, il est essentiel que les individus sachent avant tout discerner le vrai du faux et le bien du mal et estimer les choses à leur juste valeur. Le plus grand responsable de l'égarement spirituel et social, le pire ennemi du progrès social, c'est l'égoïsme.

Bahá'u'lláh dit:
"Ô fils de l'intelligence!

La mince paupière de l'œil empêche celui-ci de voir le monde et tout ce qu'il contient. Pense donc à ce qui se produit lorsque le bandeau de l'avidité obscurcit la vue du cœur!"

"Ô peuple!

Les ténèbres de l'avidité et de la convoitise obscurcissent la lumière de l'âme comme le nuage qui empêche les rayons du soleil de s'infiltrer."

(Tablette à un zoroastrien.)

L'expérience du passé commence enfin à convaincre les hommes de l'exactitude de l'enseignement prophétique selon lequel les pensées et les actions égoïstes amènent inévitablement des troubles sociaux; si les humains ne veulent pas périr honteusement, ils doivent attacher aux affaires d'autrui la même importance qu'à leurs propres affaires et subordonner leurs intérêts particuliers à ceux de l'humanité considérée comme un tout. Ainsi, les intérêts de chacun et de tous seront finalement servis au mieux.

Bahá'u'lláh dit:
"Ô fils de l'homme!

Si tu recherches la miséricorde, renonce à tes propres intérêts et efforce-toi de favoriser ceux de tes semblables. Si tu aspires à la justice, choisis pour les autres ce que tu choisirais pour toi-même."

(Les Paroles du paradis, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 3.)

9.3. Gouvernement

Les enseignements de Bahá'u'lláh contiennent deux sortes de références relatives à la question d'un véritable ordre social. L'une d'elles, que l'on trouve dans les tablettes révélées aux rois, traite des problèmes gouvernementaux tels qu'ils se présentaient au temps de Bahá'u'lláh. L'autre concerne l'ordre mondial nouveau qui doit se développer au sein même de la communauté bahá'íe.

On y trouve des contrastes frappants comme dans ces deux passages:

"Le seul vrai Dieu, exaltée soit sa gloire, a toujours considéré et ne cessera jamais de considérer le cœur de l'homme comme son bien propre, sa propriété exclusive. Tout le reste, tout ce qui concerne la terre et la mer, la gloire ou la richesse, Il l'a laissé aux rois et aux dirigeants de la terre."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, pp. 135 et 136.)

"Il convient à tous, en ce jour, de s'attacher fermement au plus Grand Nom et d'établir l'unité de la race humaine. Il n'existe aucun lieu de retraite, nul refuge en dehors de lui."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, p. 134.)

La divergence apparente entre ces deux passages s'efface lorsqu'on réfléchit à la distinction faite par Bahá'u'lláh entre "la moindre paix" et la "paix suprême". Dans ses tablettes aux rois, Bahá'u'lláh engage ceux-ci à se réunir et à prendre des mesures pour assurer la paix politique, réduire les armements et soulager les pauvres de leur condition misérable et incertaine. Mais ses paroles font clairement ressortir que, faute de satisfaire aux besoins de l'époque, des guerres et des révolutions éclateront et amèneront finalement la chute de l'ordre ancien.

Aussi, d'une part, il dit:

"Ce dont l'humanité a besoin en ce jour, c'est de la soumission envers ceux qui détiennent l'autorité..."

Et d'autre part:

"Ceux qui ont recherché les vanités et les fastes de la terre et qui ont dédaigneusement renoncé à Dieu, ceux-là ont perdu tant leur vie présente que celle du monde futur. Avant longtemps, Dieu--par la main du pouvoir--leur enlèvera toutes leurs possessions et les dépouillera du vêtement de sa bonté... Nous avons fixé votre heure, ô peuples. Si, à l'heure marquée, vous négligez de vous tourner vers Dieu, en vérité, Il vous infligera l'emprise de la violence et de graves afflictions vous assailliront de tous côtés... Les signes de convulsions et de chaos imminents sont dès maintenant discernables, d'autant plus que l'organisation actuelle s'avère lamentablement défectueuse... Nous Nous sommes engagé à assurer ton triomphe sur la terre et à élever notre cause au-dessus de tous, bien que nous n'ayons trouvé aucun souverain disposé à tourner son visage vers toi.

Le grand Être, voulant révéler les conditions préalables nécessaires à la paix et à la prospérité du monde ainsi qu'au progrès des peuples, a écrit: Le temps doit venir où l'impérieuse nécessité de former une vaste assemblée d'hommes représentant le monde entier se fera universellement sentir. Les dirigeants et les rois de la terre devront y assister, prendre part aux délibérations et chercher les moyens d'établir la grande paix entre les hommes. Une telle paix exige une réconciliation intégrale des grandes puissances en faveur du bien-être des peuples de la terre. Si jamais un roi prenait les armes contre un autre, tous devraient se lever et s'unir pour l'en empêcher."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, pp. 141, 164-165.)

Par ces conseils, Bahá'u'lláh a révélé les conditions sur lesquelles la responsabilité publique doit s'appuyer en ce jour de Dieu. Faisant appel, d'une part, à la solidarité internationale, il avertit, d'autre part, clairement les dirigeants que continuer la lutte détruirait leur pouvoir. L'histoire contemporaine voit la confirmation de cet avertissement dans l'énergie destructrice déployée chez les nations civilisées par certains mouvements coercitifs et dans le développement des révoltes, à un degré tel qu'aucun parti ne peut plus remporter la victoire.

"Maintenant que vous avez refusé la paix suprême, attachez-vous à la moindre paix afin de pouvoir améliorer dans une certaine mesure les conditions de vie pour vous-même et pour ceux qui dépendent de vous...

Ce que le Seigneur a ordonné comme le remède souverain, le plus puissant instrument pour la guérison du monde, c'est l'union de tous les peuples en une cause universelle, une foi commune. Ceci ne pourra s'accomplir que par le pouvoir d'un habile médecin, inspiré et tout-puissant."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, pp. 167, 168.)

Cette expression, la moindre paix, fait allusion à l'unité politique des États, alors que la paix suprême exige une unité totale tant spirituelle que politique et économique.

"Bientôt le présent ordre des choses sera révolu et un nouvel ordre prendra sa place."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh.)

Dans les époques passées, le gouvernement pouvait se consacrer aux affaires extérieures et matérielles de l'État, mais aujourd'hui la fonction d'un gouvernement implique une capacité de diriger, une qualité de dévouement et de connaissance spirituelle accessibles seulement à ceux qui sont tournés vers Dieu.

9.4. La liberté politique

Bien que préconisant comme constitution idéale une forme de gouvernement représentatif local, national et international, Bahá'u'lláh enseigne que cette forme ne pourra se réaliser avant que les hommes n'aient atteint un degré suffisamment élevé de développement individuel et collectif. Accorder subitement un gouvernement démocratique à un peuple non instruit, dominé par des désirs égoïstes, et sans expérience des affaires publiques serait désastreux. Rien n'est plus préjudiciable que la liberté pour ceux qui ne savent pas l'utiliser sagement. Bahá'u'lláh écrit dans le Kitáb-i-Aqdas:

"Considérez l'étroitesse d'esprit des hommes! Ils recherchent ce qui leur nuit et rejettent ce qui leur convient. En vérité, ils sont égarés. Il en est qui veulent la liberté et s'enorgueillissent de leur désir. Ceux-là sont dans une ignorance profonde.

La liberté ne peut en fin de compte que mener à la sédition dont les flammes ne peuvent être éteintes. Ainsi vous en a prévenu celui qui fait les comptes, le Savant. Sachez que la liberté est personnifiée par l'animal. Ce qui convient à l'homme, c'est la soumission dans une mesure telle qu'il soit protégé de sa propre ignorance et garanti contre le tort causé par ceux qui suscitent la discorde. La liberté pousse l'homme à transgresser les limites de la propriété et à détruire la dignité de son état. Elle l'abaisse au niveau extrême de la dépravation et de la méchanceté. L'humanité est comme un troupeau de brebis qui a besoin de la protection d'un berger. Ceci est la vérité, la vérité certaine. Nous approuvons la liberté en certaines circonstances, mais Nous Nous y refusons en d'autres occasions. Nous sommes en vérité l'Omniscient.

Dis: La liberté véritable consiste à obéir à mes commandements, si peu que vous le sachiez. Si les hommes observaient ce qui leur a été envoyé du ciel de la révélation, ils parviendraient certainement à la liberté parfaite. Heureux celui qui a compris le but de Dieu dans tout ce qu'Il a révélé du ciel de sa volonté qui pénètre toutes choses créées.

Dis: La liberté qui vous profitera ne se trouve que dans la servitude complète envers Dieu, la Vérité éternelle. Quiconque en a goûté la douceur ne voudrait pas l'échanger pour tout l'empire du monde et du ciel."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, p. 321.)

Pour améliorer la condition des races et des nations arriérées, les enseignements divins sont le remède souverain. Quand les peuples et leurs dirigeants étudieront et adopteront ces enseignements, les nations se trouveront libérées de toutes leurs entraves.

9.5. Dirigeants et sujets

Bahá'u'lláh interdit la tyrannie et l'oppression dans les termes les plus catégoriques. Dans "Les Paroles cachées", il écrit:

"Ô oppresseurs de la terre!

Cessez toute tyrannie, car je me suis promis de ne pardonner à l'homme aucune de ses injustices. Ceci est mon alliance que j'ai irrévocablement décrétée dans la Tablette préservée et que j'ai scellée de mon sceau de gloire."

(Les Paroles cachées - deuxième partie, n 64.)

Ceux à qui sont confiées l'élaboration et l'application des lois et des réglementations doivent:

"... se tenir fermement attachés à la corde de la consultation; décider et exécuter tout ce qui engendre la sécurité, la prospérité, le bien-être et la quiétude des peuples, car si les choses se passaient autrement, il n'en résulterait que discorde et agitation."

(Tablette du monde, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 306.)

D'autre part, le peuple doit se soumettre à la loi et rester fidèle à un gouvernement juste. Pour améliorer le sort de la nation, il faut pouvoir s'appuyer sur des méthodes éducatives et sur la force du bon exemple, mais non sur la violence.

Bahá'u'lláh dit:

"Dans chaque pays où résident des membres de cette communauté, ils doivent se comporter envers le gouvernement avec loyauté, honnêteté et obéissance."

(Les Bonnes Nouvelles, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 342.)

"Ô peuples de Dieu! Ornez vos temples du manteau de la loyauté et de l'intégrité; puis, aidez votre Seigneur par la multitude des bonnes actions et de la saine moralité. En vérité, Nous avons interdit la sédition et la lutte dans mes Livres et mes Épîtres, mes Écrits et mes Tablettes; Nous n'avons désiré ainsi que votre élévation et votre dignité."

(Les Splendeurs, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 352.)

9.6. Nomination et promotion

En ce qui concerne les nominations, le seul critère doit être l'aptitude à l'emploi désigné. Devant cette considération primordiale, toutes les autres telles que: position sociale ou financière, degré d'ancienneté, liens familiaux ou amitiés personnelles doivent s'effacer. Bahá'u'lláh dit dans "Les Splendeurs":

"La cinquième splendeur est la connaissance par les gouvernements de la condition de ceux qui sont gouvernés et l'attribution des rangs selon les capacités et les mérites. Il est strictement enjoint à tout chef et dirigeant de rester attentif en cette matière afin que, par un fâcheux hasard, des hommes déloyaux ne puissent usurper la place des honnêtes gens ni des spoliateurs occuper les sièges des gardiens."

Il est facile de concevoir que, si ce principe était partout admis et pratiqué, notre vie sociale en serait étonnamment transformée. Quand tous recevront la place à laquelle ils sont spécialement destinés par leurs capacités et leurs talents, chacun pourra alors travailler de tout cœur et acquérir la maîtrise dans sa profession, pour son plus grand profit et celui du reste du monde.

9.7. Les problèmes économiques

Les enseignements bahá'ís insistent dans les termes les plus énergiques sur la nécessité d'introduire des réformes dans les relations économiques du riche et du pauvre.

'Abdu'l-Bahá dit:

"L'ajustement des conditions humaines doit être tel que la pauvreté disparaisse, que chacun, autant que possible suivant son rang et sa situation, reçoive sa part de confort et de bien-être. Nous voyons parmi nous, d'un côté, des hommes surchargés de richesses et, de l'autre, des malheureux qui meurent de faim; les uns possèdent plusieurs palais superbes, les autres n'ont rien pour reposer leur tête... Cet état de choses est injuste et il faut y remédier. Cependant, le remède doit être appliqué avec prudence. Il ne s'agit pas d'établir une égalité absolue entre les hommes. L'égalité est une chimère! Elle est tout à fait impraticable. Même si l'égalité venait à s'établir, elle ne pourrait être maintenue; et si son existence était possible, l'ordre du monde tout entier en serait détruit. La loi de l'ordre doit toujours prévaloir dans l'humanité. Le ciel l'a décrété en créant l'homme... L'humanité, tout comme une grande armée, a besoin d'un général, de capitaines, de sous-officiers de tous grades et de soldats, chacun ayant des fonctions déterminées. La hiérarchie est indispensable pour assurer une organisation méthodique. Une armée ne saurait être composée uniquement de généraux ou de capitaines ou seulement de soldats sans chefs.

Il est certain que, les uns étant démesurément riches et les autres lamentablement pauvres, une bonne organisation s'avère nécessaire pour contrôler et améliorer cet état de choses. Il importe de limiter la richesse, comme il est important de limiter la pauvreté. Les situations extrêmes sont nuisibles... Quand la pauvreté touche au dénuement, c'est le signe certain que, quelque part, se trouve la tyrannie. Les hommes doivent se hâter de résoudre cette question et changer sans délai des conditions qui infligent la misère et la pauvreté sordide à un très grand nombre de gens.

Les riches doivent se départir de leur abondance; d'un cœur ému, avec une intelligente compassion, ils doivent se soucier de ces malheureux qui souffrent du manque des choses les plus nécessaires à l'entretien de la vie.

Des lois spéciales doivent être adoptées pour régler ces excès de richesse et de misère... Les gouvernements des pays devraient se conformer à la loi divine qui confère à tous une justice égale... Tant que ceci ne sera pas réalisé, la loi de Dieu n'aura pas été respectée."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 133 à 135.)

9.8. Finances publiques

'Abdu'l-Bahá suggère que chaque ville, village ou district reçoive, autant que possible, la charge de l'administration des finances du territoire sous sa juridiction, et qu'il contribue dans de justes proportions aux dépenses du gouvernement général. Une des principales sources de revenus devrait être une taxe proportionnelle aux revenus. Si le salaire d'un homme n'excède pas le minimum vital, il devrait être exonéré de toute taxation; mais dans tous les cas où le revenu excède le minimum vital, un impôt devrait être prélevé dont le pourcentage serait croissant, dans la proportion où le surplus des revenus dépasse le minimum vital.

D'autre part si, en raison d'une maladie, d'une mauvaise récolte ou de toute autre cause involontaire, quelqu'un se trouvait incapable de faire face aux dépenses nécessaires de l'année, le fonds public devrait assurer les moyens d'existence du contribuable et de sa famille.

Il y aura aussi d'autres sources de revenu public: par exemple les biens intestats, les mines, les découvertes de trésors et les contributions volontaires, tandis que les dépenses comprendront les allocations aux malades et aux infirmes, aux orphelins, aux écoles, aux sourds et aveugles et les frais pour le maintien de la santé publique. Ainsi le bien-être et le confort de tous seront assurés. [Pour des détails supplémentaires, voir les discours de 'Abdu'l-Bahá qui ont été publiés, en particulier ceux prononcés aux États-Unis d'Amérique.]

9.9. Partages volontaires

Dans une lettre écrite en 1919 à l'Organisation centrale pour une paix durable, 'Abdu'l-Bahá dit:

"Parmi les enseignements de Bahá'u'lláh se trouve la question du partage volontaire des propriétés. Ce partage volontaire est plus méritoire que l'égalité (imposée par la loi) et s'appuie sur le fait que l'on ne doit pas se préférer à son prochain, mais plutôt sacrifier sa vie et ses biens pour les autres. Mais ceci ne doit pas s'imposer par la force jusqu'à en faire une loi qui contraigne l'homme. Non, car l'homme doit, volontairement et de son plein gré, sacrifier ses biens et sa vie pour les autres, donnant délibérément pour les pauvres, comme cela est d'usage en Perse parmi les bahá'ís."

(Unité de conscience, pp. 20 à 22.)
9.10. Le travail pour tous

Un des enseignements les plus importants de Bahá'u'lláh concernant les questions économiques est que tous doivent accomplir un travail utile. Il ne faut pas qu'il y ait des bourdons dans la ruche humaine, pas de parasites parmi les gens valides de la société. Il dit:

"Il est enjoint à chacun de s'occuper d'une manière ou d'une autre: art, commerce, etc. Nous avons décidé d'identifier votre labeur à un acte d'adoration envers Dieu, le Véritable. Méditez, ô peuples, sur la grâce de Dieu et les faveurs qui vous sont accordées, et que votre gratitude s'élève vers Lui matin et soir.

Ne gaspillez pas votre temps en paresse et en indolence, et occupez-vous de ce qui est avantageux pour vous et pour les autres. Ainsi en a-t-il été décrété dans cette Tablette surgie de l'horizon où resplendissent le soleil de sagesse et la parole divine. Le plus méprisable des hommes devant Dieu est celui qui s'assoit et qui mendie. Attachez-vous à la corde de l'action, comptant sur l'aide de Dieu, l'Auteur des causes."

(Les Bonnes Nouvelles, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 348.)

Que d'énergie gaspillée aujourd'hui dans le monde en luttes stériles et en compétitions qui détruisent et neutralisent les efforts des autres! Et que d'efforts perdus d'une manière encore plus néfaste!

Si tous les humains travaillaient et si tous leurs efforts, manuels ou intellectuels, étaient profitables à l'humanité comme le recommande Bahá'u'lláh, alors les ressources nécessaires à une vie saine, confortable et digne suffiraient amplement pour tous. Il n'y aurait plus ni taudis ni famine, ni misère ni servage industriel, ni surmenage qui mine la santé.

9.11. L'éthique de la richesse

Selon les enseignements bahá'ís, les richesses dûment acquises et bien employées sont honorables et méritoires. Tout service rendu doit être équitablement récompensé. Bahá'u'lláh dit dans Les Ornements:

"Le peuple de Bahá ne doit refuser son dû à personne et rendre hommage au talent... Chacun doit parler avec justice et reconnaître la valeur des services rendus."

Concernant les intérêts à prélever sur les emprunts, Bahá'u'lláh écrit dans "Les Splendeurs":

"Beaucoup de personnes sont obligées d'y avoir recours; si aucun intérêt n'était admis, les affaires seraient entravées et arrêtées... Il est rare que quelqu'un consente à prêter de l'argent à autrui selon le principe de Qard-i-hasan (littéralement "bon prêt", c'est-à-dire argent avancé sans intérêt, à rembourser au gré de l'emprunteur). Par conséquent, pour aider les serviteurs, Nous avons autorisé le prélèvement d'un intérêt sur l'argent prêté, parmi les autres transactions en usage. C'est-à-dire... qu'il est permis, légal et honnête de fixer un intérêt sur l'argent... mais il faut le faire avec modération et justice. La Plume de gloire s'est abstenue d'en tracer les limites, en signe de sagesse et pour la facilité de ses serviteurs. Nous exhortons les amis de Dieu à agir avec loyauté et probité, de telle manière que la miséricorde et la compassion de ses bien-aimés puissent se manifester envers tous.

L'exécution de telles affaires sera confiée aux soins des membres de la Maison de Justice, afin qu'ils puissent agir avec sagesse selon les exigences de l'époque."

9.12. Suppression du servage industriel

Dans le livre de l'Aqdas, Bahá'u'lláh condamne l'esclavage et 'Abdu'l-Bahá a expliqué que, non seulement l'esclavage proprement dit, mais aussi l'esclavage industriel sont contraires à la loi de Dieu. Au cours de son séjour aux États-Unis, en 1912, il a dit aux Américains:

"Entre 1860 et 1865, vous avez fait une chose merveilleuse: vous avez aboli l'esclavage; mais aujourd'hui vous devez faire une chose bien plus merveilleuse encore: vous devez abolir l'esclavage industriel...

La solution des problèmes économiques ne peut être apportée par l'organisation du capital contre le travail ou du travail contre le capital ni par les conflits et les luttes, mais par une ferme attitude de bonne volonté de part et d'autre. Alors une justice réelle et durable sera assurée...

Parmi les bahá'ís, il n'existe aucune pratique tyrannique, mercantile ou injuste, aucune revendication vindicative, aucun soulèvement révolutionnaire contre les gouvernements existants...

À l'avenir, il ne sera plus possible pour les hommes d'amasser de grosses fortunes grâce au travail des autres. Les riches partageront volontairement. Ils s'y accoutumeront peu à peu, de leur propre gré et d'une façon naturelle. Cela ne sera pas accompli par des guerres ou des effusions de sang."

(Star of the West, vol. VII, n 15, p. 147.)

C'est par la collaboration et la consultation amicales, par une association et une juste répartition des bénéfices que les intérêts du travail et du capital seront le mieux préservés. Les mesures sévères comme les grèves et le lock-out sont nuisibles, non seulement aux industries immédiatement atteintes, mais à la communauté entière. Il incombe par conséquent aux gouvernements de trouver le moyen d'empêcher le recours à des méthodes aussi violentes pour régler les différends. 'Abdu'l-Bahá a dit à Dublin, New Hampshire, en 1912:

"Maintenant je veux vous parler de la loi de Dieu. Selon la loi divine, les employés ne devraient pas être rétribués seulement par un salaire. Non, ils devraient plutôt être associés dans toutes les entreprises. La question de la socialisation est très compliquée. Elle ne sera pas résolue par des grèves au sujet des salaires. Tous les gouvernements du monde doivent s'unir et établir une assemblée dont les membres seront élus dans les parlements et parmi l'élite de chaque nation. Ceux-ci devront préparer un plan de réforme avec sagesse et fermeté, de façon que les patrons ne souffrent pas de pertes trop lourdes et que les ouvriers ne soient pas lésés. Avec la plus grande modération, ils devront élaborer la législation, puis annoncer publiquement que les droits des classes laborieuses seront efficacement sauvegardés et que les droits des capitalistes seront également protégés.

Quand une telle loi sera généralisée, selon la volonté des deux parties, si une grève se déclarait, tous les gouvernements du monde devraient s'y opposer collectivement. Sinon le travail conduira à trop de destruction, surtout en Europe où des événements désastreux adviendront.

Ce problème, parmi d'autres, fera l'objet d'une guerre générale en Europe. Les propriétaires de mines, d'usines, d'immeubles devraient partager leurs revenus avec leurs employés et accorder impartialement un certain pourcentage des bénéfices à leurs ouvriers, afin qu'en plus de leur salaire, ils participent aux revenus généraux de l'entreprise et qu'ils s'efforcent de travailler en toute conscience."

(HORACE HOLLEY, L'Économie mondiale de Bahá'u'lláh, pp. 25 à 26.)

9.13. Legs et héritages

Bahá'u'lláh précise que chacun devrait rester libre de disposer de ses biens comme il lui plaît pendant toute sa vie. Il importe que chacun rédige un testament écrit indiquant la manière dont ses biens seront répartis après son décès. Si quelqu'un vient à disparaître sans laisser de testament, ses biens devront être évalués et partagés en proportions déterminées entre sept catégories d'héritiers, à savoir: enfants, épouse ou époux, père, mère, frères, sœurs et éducateurs, la part de chacun allant en décroissant du premier au dernier. Si l'une ou plusieurs de ces catégories font défaut, leur part devrait aller au trésor public pour être consacrée aux pauvres, aux orphelins, aux veuves ou à quelque œuvre d'utilité publique. Si le disparu n'a aucun héritier, tous ses biens vont au trésor public.

Il n'existe aucune spécification dans la loi de Bahá'u'lláh qui empêche un homme de léguer ses biens à qui bon lui semble; mais les bahá'ís, en rédigeant leur testament, s'inspireront naturellement de la formule que Bahá'u'lláh a établie en faveur des biens intestats et qui assure la répartition des propriétés entre un grand nombre d'héritiers.

9.14. Égalité de l'homme et de la femme

D'après l'un des principes sociaux auxquels Bahá'u'lláh attache beaucoup d'importance, la femme doit être considérée comme l'égale de l'homme, jouissant de droits et de privilèges égaux, d'une éducation semblable et de facilités similaires.

Selon lui, le meilleur moyen d'amener l'émancipation des femmes est l'éducation universelle. Les filles doivent recevoir une éducation aussi soignée que les garçons. En fait, l'éducation des filles est même plus importante que celle des garçons puisque, en temps voulu, elles deviendront mères et, comme telles, elles sont les premières éducatrices de la génération suivante. Les enfants sont comme de frais et tendres rameaux; si leur formation première est bonne, ils poussent droit; si elle est mauvaise, leur croissance dévie, et jusqu'à la fin de leurs jours ils pâtiront du manque de discipline et d'éducation de leurs jeunes années. Aussi, il est de la plus haute importance que les filles soient pourvues d'une bonne et sage éducation!

Au cours de ses voyages en Occident, 'Abdu'l-Bahá eut fréquemment l'occasion d'exposer les enseignements bahá'ís à ce sujet. Dans une réunion de la Ligue pour la liberté des femmes, à Londres, en janvier 1913, il a dit:

"Comme l'oiseau, l'humanité possède deux ailes--l'une mâle, l'autre femelle. Si les deux ailes ne sont pas également fortes et mues par une force commune, l'oiseau ne peut s'envoler vers le ciel. Selon l'esprit de ce cycle, les femmes doivent progresser et remplir leur mission dans tous les domaines de la vie, devenant ainsi les égales des hommes. Elles doivent être au même niveau qu'eux et jouir des mêmes droits. Ceci est mon ardente prière et c'est l'un des principes fondamentaux de Bahá'u'lláh.

Certains savants ont déclaré que le cerveau des hommes pèse plus que celui des femmes et ils prétendent que ce fait constitue une preuve de la supériorité de l'homme. Cependant, en observant autour de nous, nous voyons des gens, dont la tête est petite et dont le cerveau doit peser peu, faire preuve de la plus haute intelligence et des plus grandes facultés de compréhension, et d'autres qui ont une grosse tête, dont le cerveau doit être lourd, ne sont cependant que des sots. Par conséquent, le poids du cerveau n'indique ni la supériorité ni le véritable degré de l'intelligence.

Lorsque les hommes, comme seconde preuve de leur supériorité, affirment que les femmes n'ont pas su accomplir autant qu'eux, ils se servent d'un pauvre argument démenti par l'histoire. Mieux informés, ils sauraient que des femmes de valeur ont accompli des choses remarquables dans le passé et que, de nos jours, il en existe beaucoup qui accomplissent des tâches importantes."

Ici, 'Abdu'l-Bahá raconta la vie de Zénobie et d'autres femmes célèbres de jadis, terminant par un éloquent hommage à la courageuse Marie-Madeleine dont la foi demeura ferme alors que celle des apôtres chancelait. Il continua:

"Parmi les femmes célèbres de notre époque se trouve Qurratu'l-'Ayn, la fille d'un prêtre musulman. À l'époque de l'apparition du Báb, elle montra tant de fermeté et de courage que tous ceux qui l'entendirent en furent stupéfaits. Elle rejeta son voile en dépit de l'immémoriale coutume persane et, bien que converser avec des hommes fût considéré comme une inconvenance, l'héroïque femme soutint des controverses avec les plus cultivés d'entre eux, et partout elle triompha. Le gouvernement persan la mit en état d'arrestation; elle fut lapidée dans les rues, frappée d'anathème, exilée de ville en ville, menacée de mort, mais jamais elle ne faiblit dans sa détermination de lutter pour la libération de ses sœurs. Elle supporta la persécution et la souffrance avec le plus grand héroïsme; même en prison, elle opéra des conversions.

À un ministre persan chez qui elle était emprisonnée, elle dit: "Vous pouvez me tuer quand vous voudrez, mais vous ne pouvez pas arrêter l'émancipation des femmes." Le terme de sa vie tragique arrivé, elle fut emmenée dans un jardin et étranglée. Elle avait mis ses plus beaux habits, comme si elle se rendait à une fête nuptiale. Elle donna sa vie avec tant de magnanimité et de courage qu'elle étonna et bouleversa tous ceux qui se trouvaient là. Ce fut en vérité une grande héroïne. Aujourd'hui, en Perse, parmi les bahá'ís, les femmes font aussi preuve d'un courage inflexible et elles sont douées d'une grande inspiration poétique. Elles sont extrêmement éloquentes et parlent devant de grands auditoires.

Les femmes doivent aller de l'avant; pour le perfectionnement de l'humanité, elles doivent étendre leurs connaissances scientifiques, littéraires et historiques. D'ici peu, elles obtiendront leurs droits. Les hommes constateront leur sérieux, leur dignité, les améliorations qu'elles apportent à la vie politique et civile, leur opposition à la guerre et leur désir d'obtenir le suffrage universel et des facilités égales à celles des hommes. J'espère vous voir progresser dans tous les domaines de la vie; alors vos fronts seront couronnés du diadème de la gloire éternelle."

9.15. Les femmes et l'âge nouveau

Quand le point de vue féminin recevra la considération qui lui est due et que la volonté de la femme pourra s'exprimer normalement dans l'organisation de la société, nous pourrons espérer de grands progrès dans maintes questions qui, hélas, ont été trop souvent négligées sous l'ancien régime de prépondérance masculine, comme par exemple: la santé, la tempérance, la paix et le respect de la vie privée. Ces améliorations se feront sentir sur une large échelle par leurs effets bienfaisants. 'Abdu'l-Bahá dit:

"Dans le passé, le monde a été gouverné par la force, et l'homme a dominé la femme en raison des caractéristiques plus impétueuses et plus agressives inhérentes tant à son cerveau qu'à sa constitution. Mais la balance penche déjà; la force perd de sa prépondérance, et la vivacité d'esprit, l'intuition, les qualités spirituelles d'amour et de dévouement qui caractérisent la femme acquièrent de plus en plus d'ascendant.

Aussi l'âge nouveau sera-t-il un âge moins masculin et plus imprégné des idéaux féminins ou, pour parler plus exactement, un âge au cours duquel les éléments féminins et masculins de la civilisation se trouveront dans un juste équilibre."

(Star of the West, vol. VIII, n 3, p. 4, tiré d'un compte-rendu de remarques faites en arrivant à New-York à bord du S.S. Cedric.)

9.16. Abolition des méthodes de violence

Pour réaliser l'émancipation de la femme, de même que pour toute autre réforme, Bahá'u'lláh demande à ses disciples d'éviter toute violence. Un excellent exemple des méthodes bahá'íes de réforme sociale a été illustré par les femmes bahá'íes d'Irán, d'Égypte et de Syrie. La coutume de ces pays exige que les femmes musulmanes portent, en dehors de leur maison, un voile couvrant le visage. Le Báb indiqua que, dans la nouvelle dispensation, les femmes seraient délivrées de cette coutume fastidieuse, mais Bahá'u'lláh conseille à ses disciples de se soumettre aux coutumes en vigueur, si toutefois aucune question essentielle de moralité n'est en cause, jusqu'à ce que les masses soient éclairées, afin de ne pas scandaliser l'entourage ni soulever des réprobations inutiles.

Aussi, les femmes bahá'íes, bien que convaincues de l'inutilité de cette coutume et du désagrément causé par le port du voile, se résignent-elles à cette incommodité plutôt que de soulever une tempête d'opposition furieuse et de haine fanatique hostile en découvrant leur visage en public. Ce n'est nullement par crainte qu'elles se conforment à cette coutume, mais parce qu'elles accordent toute confiance au pouvoir de l'éducation et aux effets réformateurs et vivifiants de la vraie religion. D

ans ces mêmes régions, les bahá'ís consacrent toute leur énergie à faire l'éducation de leurs enfants, particulièrement de leurs filles, à répandre et à promouvoir les idéaux bahá'ís. Ils savent que, au fur et à mesure que la nouvelle vie spirituelle s'accroîtra et s'étendra parmi les peuples, les coutumes désuètes et les préjugés disparaîtront peu à peu aussi naturellement et aussi inévitablement que les folioles du bourgeon tombent au printemps pour permettre aux feuilles et aux fleurs de s'épanouir au soleil.

9.17. Éducation

L'éducation, l'instruction et la formation des hommes, le développement et l'exercice de leurs facultés innées furent le but suprême de tous les saints prophètes depuis le commencement du monde et, dans les enseignements bahá'ís, l'importance fondamentale et les possibilités illimitées de l'éducation sont affirmées dans les termes les plus clairs. L'éducateur est l'agent civilisateur le plus puissant et sa tâche est la plus noble à laquelle l'homme puisse aspirer. L'éducation commence dans le sein de la mère et dure aussi longtemps que l'individu. Elle est constamment nécessaire pour mener une vie droite et constitue la base du bien-être social et individuel. Lorsque l'éducation bien comprise se généralisera, l'humanité sera transformée et le globe sera comme un paradis.

De nos jours, rencontrer un homme réellement bien éduqué est un fait des plus rares, car presque tout le monde a conservé des préjugés, de faux idéaux, des conceptions erronées ou de mauvaises habitudes incrustées depuis l'enfance. Combien rares sont ceux qui, dès leurs plus jeunes années, ont appris à aimer Dieu de tout leur cœur et à Lui dédier leur vie, à comprendre que le dévouement à l'humanité est le but le plus élevé de l'existence, à développer leurs capacités au maximum pour le bien de tous! Pourtant, ce sont certes là les éléments essentiels d'une bonne éducation. Arithmétique, grammaire, géographie, langues, etc., entassées dans la mémoire, ont relativement peu d'effet pour conduire une existence noble et utile.

Bahá'u'lláh dit que l'éducation doit être universelle:

"Il est décrété que tout père doit veiller à l'éducation de ses fils et de ses filles, leur enseigner la science et les lettres ainsi que tout ce qui a été ordonné dans la Tablette. Celui qui néglige ce qui a été commandé (relativement à l'éducation) alors qu'il en a les moyens, sera tenu par les administrateurs de la Maison de Justice de verser la somme nécessaire à l'éducation de ses enfants; au cas où les parents ne pourraient y pourvoir, l'éducation sera assurée par la Maison de Justice. En vérité, nous avons fait d'elle (la Maison de Justice) un refuge pour les pauvres et les nécessiteux.

Celui qui veille à l'éducation de son fils ou à celle de tout autre enfant, c'est comme s'il avait éduqué un de mes enfants; sur lui reposent ma gloire, mon aimante bienveillance, ma compassion qui ont entouré le monde."

(Les Splendeurs, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 357.)

"Hommes et femmes doivent donner une partie de ce qu'ils gagnent par leur métier, leur commerce, par l'agriculture ou toute autre activité, à une personne digne de confiance; cette somme servira à l'éducation et à l'instruction des enfants, sous la direction des administrateurs (ou membres) de la Maison de Justice."

(Tablette du monde, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 306.)

9.18. Différences innées entre les humains

Selon la conception bahá'íe, la nature de l'enfant n'est pas semblable à de la cire molle que l'éducateur pourrait modeler indifféremment à sa guise. Non, dès le début, les enfants sont dotés par Dieu d'un caractère et d'une individualité propres qui, dans chaque cas, ne se développeront à leur avantage que d'une manière particulière et unique. Il n'est pas deux personnes douées des mêmes capacités et des mêmes talents, et un éducateur consciencieux ne tentera jamais d'imprimer le même moule à deux personnes. En fait, il n'imposera jamais aucune forme à qui que ce soit. Mais il s'appliquera plutôt à développer, en les respectant, les aptitudes d'une jeune nature, à les stimuler, à les protéger et à leur fournir les éléments et l'assistance nécessaires. Son œuvre est comparable à celle du jardinier qui soigne différentes plantes. L'une aime le soleil ardent, l'autre l'ombre fraîche; l'une se complaît dans les fonds humides, l'autre dans les terrains secs; l'une grandit mieux dans un sol sablonneux, l'autre dans une terre grasse. Il faut donner à chacun ce qui lui convient, sinon les perfections latentes ne peuvent se révéler pleinement.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Les prophètes connaissent l'effet puissant de l'éducation sur la race humaine, mais ils insistent sur le fait que les capacités mentales et le degré de compréhension sont originairement différents. Nous voyons certains enfants du même âge, de la même race, nés dans un même pays, que dis-je, d'une même famille, sous la tutelle du même maître, mais dont l'intelligence et les facultés sont différentes. De quelque façon que l'on traite (ou polisse) le coquillage, jamais il ne deviendra une perle éblouissante. La pierre noire ne deviendra pas la gemme qui illumine le monde. Le cactus épineux, même cultivé et développé, ne deviendra jamais l'arbre béni.

En un mot, l'éducation ne change pas la nature essentielle du joyau humain mais elle produit sur lui un effet merveilleux. Par son pouvoir efficace, l'éducation révélera toutes les vertus et toutes les capacités qui existent à l'état latent dans la réalité humaine."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, p. 577.)
9.19. Développement du caractère

Le point le plus important dans l'éducation est le développement du caractère. À cet égard, les exemples sont plus efficaces que les préceptes; le genre de vie et la personnalité des parents, des instituteurs et de l'entourage sont des facteurs de la plus haute importance.

Les prophètes de Dieu sont les éducateurs par excellence de l'humanité; leurs recommandations et l'exemple de leur vie doivent être inculqués à l'enfant dès qu'il peut les comprendre. Les paroles de l'instructeur suprême, Bahá'u'lláh, sont d'une importance spéciale, car elles révèlent les principes de base selon lesquels la civilisation future doit être édifiée. Il dit:

"Enseignez à vos enfants ce qui a été révélé par la Plume de gloire. Instruisez-les de ce qui est descendu du ciel de grandeur et de puissance. Faites-leur apprendre les tablettes du Miséricordieux; qu'ils les chantent d'une voix des plus mélodieuses dans le sanctuaire du Mashriqu'l-Adhkár."

(Star of the West, vol. IX, n 7, p.81.)
9.20. Arts, sciences, métiers

L'étude des arts, des sciences, des métiers et des professions utiles est aussi importante que nécessaire.

Bahá'u'lláh dit:

"Les connaissances sont comme des ailes pour l'être humain, ce sont les échelons pour son ascension. Chacun doit acquérir des connaissances, mais dans les seules sciences qui peuvent profiter aux peuples de la terre et non dans celles qui commencent et finissent par de vains mots. La société a une grande dette envers les hommes de science et les artistes. En fait, ce qui fait la véritable richesse de l'homme, c'est son savoir. Le savoir confère l'honneur, la prospérité, la joie, la satisfaction, le bonheur et l'allégresse."

(Les Révélations, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 339.)

9.21. Le traitement des criminels

Dans une causerie sur la méthode la plus équitable de traitement des criminels, 'Abdu'l-Bahá s'exprima ainsi:

"Pour éviter les crimes, le meilleur moyen est de faire l'éducation des peuples de telle sorte... qu'ils tremblent à l'idée de perpétrer un crime, et que celui-ci leur apparaisse comme le plus grand châtiment en soi, le pire tourment, la suprême condamnation. Ainsi aucun délit méritant châtiment ne sera plus commis...

Si quelqu'un opprime, offense ou fait du tort à une autre personne et que l'offensé lui rende le mal pour le mal, il se venge, ce qui est répréhensible... Si Pierre déshonore Paul, celui-ci n'a pas le droit de déshonorer Pierre; s'il le fait, c'est une pure vengeance et il agit mal. Il doit, au contraire, rendre le bien pour le mal; il doit non seulement pardonner mais encore, si possible, rendre service à son oppresseur. Une telle attitude est celle qui convient à l'homme, car où est l'avantage de la vengeance? Les deux actions se valent; si l'une est répréhensible, elles le sont toutes les deux. La seule différence est que l'une a été commise en premier lieu et l'autre après.

Quant à la communauté, elle a le droit de se protéger et de se défendre; en outre, la société n'éprouve ni haine ni animosité à l'égard du meurtrier; elle le punit et l'emprisonne uniquement pour assurer la protection et la sécurité des autres...

Ainsi, quand le Christ a dit: "Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui l'autre", son but était d'apprendre aux hommes à ne pas exercer de revanche personnelle. Il ne voulait pas dire que si un loup se jetait sur un troupeau de moutons pour le décimer, il faudrait l'encourager. Non, car si le Christ avait appris qu'un loup, entré dans la bergerie, se préparait à tuer les moutons, il l'en aurait certainement empêché...

La constitution des communautés repose sur la justice... Le pardon et la miséricorde préconisés par le Christ n'impliquent pas la soumission à un ennemi tyrannique; si une nation attaque votre pays, si vos maisons sont incendiées, vos biens pillés, vos femmes, vos enfants et vos proches brutalisés, votre honneur outragé, vous ne devez pas vous soumettre à ces ennemis tyranniques ni leur permettre d'exercer la cruauté et l'oppression. Non, les paroles du Christ concernent l'attitude réciproque de deux personnes. Si l'une assaille l'autre, la victime doit pardonner. Mais la société doit protéger les droits de l'homme... Ajoutons cette remarque: les collectivités s'occupent jour et nuit à établir des lois pénales, à préparer et perfectionner des instruments et des moyens de répression. On construit des prisons, on forge des chaînes et des entraves, on installe des lieux d'exil et de bannissement, on met au point différentes sortes de tortures et de peines expiatoires et on espère discipliner les criminels par ces moyens, alors qu'en réalité ils provoquent la destruction de la moralité et la perversion des êtres. La société doit au contraire s'évertuer de tout son cœur, jour et nuit, à faire l'éducation des hommes, à les aider à progresser un peu plus chaque jour, à accroître leur science et leur savoir, à leur permettre d'acquérir les vertus et une saine moralité, à abandonner tout vice afin que le crime ne puisse plus exister."

('ABDU'L-BAHÁ, Les Leçons de St-Jean-d'Acre, pp. 277 à 281.)

9.22. Influence de la presse

Bahá'u'lláh relève l'importance du rôle de la presse en tant qu'auxiliaire pour répandre la connaissance et l'éducation parmi les peuples, ainsi que son pouvoir de civiliser les masses lorsqu'elle est bien dirigée. Il écrit:

"En ce jour, les mystères de la terre sont dévoilés et mis en évidence devant tous les yeux, et les pages de nouvelles publiées dans les journaux sont vraiment le miroir du monde; les faits et les événements qui se produisent en différentes nations y sont relatés et illustrés, informant ainsi le monde. Les journaux sont comme un miroir doué de l'entendement, de la vue et de la parole; c'est un phénomène étonnant, une question d'importance.

Mais il incombe aux rédacteurs et aux éditeurs de journaux de se libérer de tout préjugé, de l'égoïsme et des convoitises et de se distinguer par la parure de la justice et de l'équité. Ils doivent s'efforcer de s'informer aussi complètement que possible afin de connaître les faits réels et les reproduire tels qu'ils se présentent. Ce que les journaux ont publié à propos de cet opprimé était le plus souvent dénué de fondement. Les intentions pures et la véracité occupent une position et un rang élevés, comparables à l'astre qui s'est levé à l'horizon du ciel de la connaissance."

(Les Ornements, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 304.)

10. LE CHEMIN DE LA PAIX

"Aujourd'hui ce serviteur est venu, en vérité, pour vivifier le monde et pour établir l'unité sur la terre. Ce que Dieu veut s'accomplira, aussi verras-tu la terre devenir comme le paradis d'Abhá, le plus Glorieux."

BAHÁ'U'LLÁH.
10.1. Discorde ou harmonie

Au cours du siècle dernier, les savants ont consacré une grande partie de leurs travaux à l'étude de la lutte pour l'existence dans les règnes végétal et animal et nombreux sont ceux qui, face aux problèmes sociaux, ont pris pour guides les principes qui régissent la vie dans les règnes inférieurs de la nature. Ils ont ainsi été amenés à admettre que la rivalité et la lutte sont des nécessités de la vie; que la suppression implacable des êtres les plus faibles de la société est un moyen légitime ou même indispensable pour améliorer la race. Bahá'u'lláh nous dit au contraire que, si nous voulons gravir les échelons du progrès, au lieu de nous pencher sur le monde animal et d'y chercher notre ligne de conduite, nous devons diriger nos regards haut et droit devant nous et prendre pour modèle, non les animaux, mais les prophètes. Les principes d'unité, de concorde et de compassion enseignés par les prophètes sont l'antithèse même des impulsions qui poussent l'animal à la lutte pour la préservation de l'espèce et il nous faut choisir les uns ou les autres, car ils sont inconciliables.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Dans le monde de la nature, la note dominante est la lutte pour l'existence dont le résultat est la survie du mieux adapté. La loi de la survie du plus apte se trouve à l'origine de toutes les difficultés. Elle incite à la guerre et au combat, elle provoque la haine et l'animosité entre les êtres humains. Dans le règne de la nature, la tyrannie, l'égoïsme, l'agression, la domination, l'usurpation des biens d'autrui et quantité d'autres attributs indignes existent, mais ils sont propres au règne animal. Par conséquent, tant que les caractéristiques inhérentes à la nature gardent la prépondérance parmi les enfants des hommes, le succès et la prospérité restent inaccessibles. L'instinct naturel est guerrier, avide de sang, tyrannique, car l'impulsion naturelle est inconsciente de Dieu le Tout-Puissant. Ce sont ces instincts cruels qui caractérisent le règne animal.

Aussi le Seigneur de l'humanité, plein d'amour et de grâce, a-t-Il suscité l'apparition des prophètes et la révélation des Écritures saintes afin que, par l'instruction divine, l'humanité soit libérée de la dépravation inhérente à la nature et de l'obscurité due à l'ignorance, qu'elle puisse être affermie par les vertus idéales et les qualités morales et spirituelles et devenir le point d'aurore des sentiments altruistes.

Hélas! Cent mille fois hélas! Les préjugés des ignorants, les différences superficielles et les sentiments belliqueux prévalent encore parmi les nations du globe et retardent le progrès général. Cette régression est due au fait que les principes civilisateurs divins sont partout négligés, les enseignements des prophètes tombés dans l'oubli."

(Star of the West, vol. VIII, p. 15.)
10.2. La paix suprême

De tout temps, les prophètes de Dieu ont prédit la venue d'une ère de paix "sur la terre et de bonne volonté parmi les hommes". Comme nous l'avons déjà vu, Bahá'u'lláh réaffirme ces prophéties dans les termes les plus catégoriques et déclare que leur accomplissement est proche.

'Abdu'l-Bahá dit:

"En ce cycle merveilleux, la terre sera transfigurée et l'humanité parée de paix et de beauté. Les discordes, les querelles, les meurtres s'effaceront pour faire place à l'harmonie, à la vérité et à la concorde; l'amour et l'amitié fleuriront parmi les nations, les peuples, les races et les contrées. La coopération et l'union seront instaurées et la guerre aura enfin complètement disparu... La paix universelle plantera sa tente au centre de la terre, et l'arbre béni de la vie se déploiera si largement qu'il étendra son ombre de l'Orient à l'Occident. Forts et faibles, riches et pauvres, sectes antagonistes et nations hostiles qui sont comme le loup et l'agneau, le léopard et le chevreau, le lion et le veau, tous agiront les uns envers les autres en parfaite justice, égalité, amitié et amour. Le monde sera imprégné de science, rempli de la connaissance du divin, éveillé à la réalité des mystères de la vie."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, pp. 70 et 71.)
10.3. Préjugés religieux

Afin de voir clairement comment atteindre la paix suprême, examinons au préalable les principaux facteurs qui, dans le passé, ont amené la guerre, et voyons par quels moyens Bahá'u'lláh propose de les éliminer.

Les préjugés religieux se trouvent à l'origine de la plupart des guerres. À cet égard, les enseignements bahá'ís démontrent clairement que l'animosité et la discorde entre les peuples et les sectes de différentes religions ont toujours été dues, non à la religion véritable, mais à son absence, à sa substitution par des préjugés fallacieux, des imitations et des interprétations erronées qui l'ont déformée et supplantée. Dans l'une de ses causeries à Paris, 'Abdu'l-Bahá dit:

"La religion devrait unir tous les cœurs et faire disparaître les guerres et les dissensions de la surface de la terre. Elle devrait faire naître la spiritualité et donner la vie et la lumière à chaque âme. Si la religion devient une cause d'inimitié, de haine et de division, mieux vaudrait qu'elle n'existât pas. Abandonner une telle religion serait un véritable acte religieux. Car il est clair que le but d'un remède est de guérir, mais si le remède ne fait qu'aggraver le mal, mieux vaut le laisser de côté. Toute religion qui n'est pas une cause d'amour et d'unité n'est pas une religion."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 113 et 114.)

Il dit encore:

"Depuis le commencement de l'histoire jusqu'à nos jours, les diverses religions se sont jeté l'anathème réciproquement, chacune accusant les autres d'être fausses... Elles se sont isolées derrière des cloisons étanches, se témoignant mutuellement de l'animosité et de la rancœur. Considérez l'histoire des guerres religieuses... Une des plus grandes, les Croisades, s'est prolongée durant deux cents ans... Tantôt, c'étaient les croisés vainqueurs qui tuaient, pillaient, capturaient les musulmans, puis c'étaient les musulmans victorieux qui ruinaient leurs envahisseurs et faisaient couler leur sang. Ils continuèrent ainsi pendant deux siècles, tantôt combattant avec fureur, tantôt tombant d'épuisement; ceci dura jusqu'à ce que les croisés eussent quitté l'Orient, ne laissant derrière eux que cendres et que ruines, pour retrouver leur propre patrie en pleine agitation et désordre. Et ce n'est là qu'une des "guerres saintes".

Les guerres de religion ont été nombreuses. Le conflit entre le catholicisme et les sectes chrétiennes a eu pour résultat neuf cent mille martyrs protestants... Combien ont langui dans les prisons! Avec quelle cruauté ne furent-ils pas traités! Tout cela, cependant, au nom de la religion!

Chrétiens et musulmans ont considéré les juifs comme des êtres sataniques, ennemis de Dieu. Aussi les ont-ils maudits et persécutés. Les juifs furent tués en masse, leurs maisons furent pillées et brûlées, leurs enfants emmenés en captivité. De leur côté, les juifs considéraient les chrétiens comme des infidèles, les musulmans comme des ennemis destructeurs des lois de Moïse, aussi appelaient-ils la vengeance sur eux; et aujourd'hui encore ils les maudissent.

Quand la lumière de Bahá'u'lláh s'alluma à l'Orient, il annonça et proclama la réalisation de l'unité de l'humanité. Il s'adressa à l'humanité entière, disant: "Vous êtes tous les fruits d'un seul arbre. Il n'y a pas deux arbres, l'un celui de la miséricorde divine et l'autre celui de Satan."... Nous devons agir les uns envers les autres avec la plus grande affection. Nous ne devons voir en aucun peuple des suppôts de Satan mais comprendre que tous sont également serviteurs d'un seul Dieu et les reconnaître comme tels.

Voici tout au plus ce qui peut les différencier: certains sont ignorants, il faut les instruire et les guider... Certains sont des enfants, il faut les aider à atteindre la maturité. Certains souffrent et sont dans de mauvaises conditions morales, il faut les soigner afin d'améliorer leur état moral. Mais on ne peut haïr un malade parce qu'il est malade; on ne peut repousser un enfant parce qu'il est enfant ni mépriser l'ignorant parce qu'il manque de connaissances. Il faut les soigner, les instruire, les aider tous avec affection. Tout doit être mis en œuvre pour que l'humanité entière s'épanouisse à l'ombre de Dieu en toute sécurité, dans la félicité la plus parfaite."

(Star of the West, vol. VIII, p. 76.)
10.4. Préjugés nationaux et préjugés de race

La doctrine bahá'íe de l'unité de l'humanité détruit à la racine cette autre cause de guerre: les préjugés de race. Certaines races ont prétendu détenir une supériorité sur les autres et il leur semblait tout naturel, selon le principe de la "survivance du plus apte", que cette supériorité leur conférât le droit d'exploiter à leur seul profit, ou même d'exterminer, les races dites inférieures. Maintes pages parmi les plus sombres de l'histoire relatent des faits où ce principe fut appliqué impitoyablement. Les bahá'ís estiment que toutes les races sont égales devant Dieu. Toutes ont de merveilleuses capacités innées qui, pour se développer, ne requièrent qu'une éducation appropriée; chacune peut jouer son rôle qui, au lieu de l'appauvrir, enrichira et complétera la vie de l'humanité dans son ensemble.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Quant au préjugé de race, c'est une illusion, une superstition pure et simple. Car Dieu nous a créés tous de la même race. Il n'existait pas de différence au commencement puisque nous descendons tous d'Adam.

Il n'y avait pas non plus de frontières ni de limites entre les différents pays. Aucune région de la terre n'appartenait plus spécialement à un peuple qu'à un autre. Pour Dieu, il n'y a aucune différence entre les diverses races.

Pourquoi l'homme inventerait-il un tel préjugé? Comment pouvons-nous soutenir une guerre au nom d'une illusion? Dieu n'a pas créé les hommes pour qu'ils se détruisent mutuellement. Toutes les races, les tribus, les sectes et les classes reçoivent équitablement leur part des bontés du Père céleste.

La seule différence réside dans le degré de fidélité ou d'obéissance aux lois de Dieu. Il est des êtres qui sont comme des torches lumineuses, d'autres qui scintillent comme des astres au ciel de l'humanité. Ceux qui aiment l'humanité sont des êtres supérieurs, quelles que soient leur nationalité, leur couleur ou leur croyance."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 130 et 131.)

Non moins pernicieux sont les préjugés patriotiques et politiques. Il est temps que les nationalismes étroits se fondent dans un patriotisme plus large dont la patrie soit le monde.

Bahá'u'lláh dit:

"Il a jadis été révélé: "L'amour de la patrie est un élément de la foi en Dieu." Mais la Langue de grandeur a proclamé, au jour de sa manifestation: "La gloire n'est pas pour celui qui aime son pays mais pour celui qui aime le monde entier." Par la puissance que dégagent ces paroles sublimes, elle a donné une impulsion nouvelle et imprimé aux oiseaux des cœurs des hommes une autre orientation et, par là même, effacé du saint Livre de Dieu toute trace de limitation et de restriction."

(Tablette du monde, dans Foi mondiale bahá'íe, p. 306.)

10.5. Ambitions territoriales

De nombreux conflits ont eu pour enjeu des territoires dont l'annexion était également convoitée par deux ou plusieurs nations rivales. La soif de posséder a jusqu'ici été une cause féconde de luttes, tant entre nations qu'entre individus. Selon le point de vue bahá'í, le sol n'appartient légitimement à personne; il ne peut être accaparé ni par un individu ni par une collectivité; il doit servir à l'humanité entière. La terre appartient à Dieu seul, les hommes n'en sont que les occupants.

À l'occasion de la bataille de Benghazi [Bataille pendant la guerre italo-turque, 29-9-1911], 'Abdu'l-Bahá a dit:

"La nouvelle de la bataille de Benghazi attriste mon cœur. Je m'étonne de la sauvagerie humaine qui persiste dans le monde. Comment est-il possible que des hommes combattent encore jour et nuit, s'entre-tuant, répandant le sang de leurs semblables? Et pourquoi? Pour s'approprier un lopin de terre! Les animaux eux-mêmes, lorsqu'ils combattent, ont des raisons plus pressantes et plus valables de s'entre-détruire. Il est lamentable de voir que les hommes, qui appartiennent au règne supérieur, s'abaissent à faire souffrir et à tuer leurs semblables pour acquérir une parcelle de terrain: le plus élevé parmi les êtres créés s'acharne à vouloir posséder la matière sous sa forme la plus primitive: la terre.

Le sol n'appartient pas à un peuple mais à tous les peuples. La terre n'est pas le patrimoine de l'homme mais sa tombe...

Si grand soit le conquérant, si nombreux soient les pays qu'il a réduits en esclavage, il est incapable de rien conserver de ces pays dévastés si ce n'est cette portion minuscule: sa tombe.

Si l'agrandissement territorial d'une nation était indispensable à l'amélioration du genre de vie d'un peuple, à l'expansion de la civilisation d'un pays... il serait certainement possible d'obtenir pacifiquement l'extension nécessaire. Mais la guerre sert à satisfaire les ambitions humaines. Pour assurer à quelques-uns un gain matériel, une misère affreuse est imposée à d'innombrables foyers, et des milliers d'êtres humains ont le cœur brisé...

Je vous donne à tous pour mission de concentrer toutes vos pensées et votre cœur sur l'amour et l'unité. Quand une pensée de guerre s'élève, opposez-lui une plus forte pensée de paix. Une pensée de haine doit être anéantie par une plus puissante pensée d'amour... Quand les soldats du monde tirent leur épée pour tuer, que les soldats de Dieu joignent leurs mains. Qu'ainsi toute la sauvagerie des hommes disparaisse par la grâce de Dieu qui agit à travers ceux dont le cœur est pur et l'âme sincère. Ne croyez pas que la paix du monde soit un idéal impossible à atteindre. Rien n'est impossible à la divine bienveillance de Dieu. Si, de tout votre cœur, vous désirez l'amitié avec toutes les races de la terre, votre pensée spirituelle et positive se répandra et deviendra le désir des autres, grandissant jusqu'à gagner l'esprit de tous."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 25 À 27, éd. 1987.)

10.6. Langue auxiliaire universelle

Nous venons d'indiquer les principales causes de guerre et les moyens d'y remédier; nous examinerons maintenant certaines propositions constructives émises par Bahá'u'lláh en vue d'établir la paix suprême.

La première concerne l'établissement d'une langue auxiliaire universelle. Bahá'u'lláh en fait mention dans le Kitáb-i-Aqdas et dans nombre de ses Tablettes. Ainsi dans la "Tablette d'Ishráqát" (Splendeurs), il dit:

"La sixième Ishráq est l'union et l'harmonie entre les êtres. Dès le début des temps, la lumière de l'unité a projeté son rayonnement divin sur le monde, et le plus grand moyen de promotion de cette unité est que les peuples se comprennent par l'écriture et le langage. Déjà dans les Tablettes antérieures il a été ordonné que les membres de la Maison Universelle de Justice choisissent une des langues connues ou un langage nouveau et qu'ils adoptent de même une écriture universelle pour les enseigner aux enfants de toutes les écoles du globe; ainsi, le monde ne formera plus qu'une seule patrie, un seul foyer."

(Foi mondiale bahá'íe, p. 356.)

À l'époque même où cette suggestion de Bahá'u'lláh était lancée pour la première fois dans le monde, Ludovic Zamenhof naissait en Pologne. Il était destiné à jouer un rôle de premier plan dans ce domaine. Dès son enfance, l'idéal d'une langue universelle devint l'idée dominante de la vie de Zamenhof; le résultat de ses travaux assidus fut l'invention et la diffusion de l'espéranto. Cette langue a résisté à l'épreuve de nombreuses années et a prouvé sa valeur comme moyen pratique d'échange international. Elle offre ce précieux avantage d'être connue en vingt fois moins de temps qu'il n'en faut pour apprendre l'anglais, le français ou l'allemand.

Lors d'un banquet espérantiste qui eut lieu à Paris en février 1913, 'Abdu'l-Bahá prononça les paroles suivantes:

"Aujourd'hui, une des principales causes de malentendus en Europe est la diversité des langues. On dit: cet homme est allemand, cet autre est italien; puis on rencontre également un Anglais et un Français. Bien qu'ils appartiennent au seul genre humain, ils restent séparés à cause de la différence de langue qui dresse une véritable barrière entre eux. Si une langue universelle auxiliaire était en usage, ils se trouveraient tous unis.

Sa Sainteté Bahá'u'lláh prévoyait une langue universelle il y a plus de quarante ans. Il disait que tant qu'une langue internationale ne serait pas adoptée, l'union complète entre les diverses parties du monde ne saurait se réaliser, car les malentendus empêchent les hommes de s'associer. Seule une langue auxiliaire universelle pourra les écarter.

En général, l'Orient est peu informé des événements de l'Occident et l'occasion se présente rarement aux Occidentaux de sympathiser avec les Orientaux; les pensées, de part et d'autre, restent comme confinées dans un coffret; la langue universelle sera la clé qui ouvrira ce coffret. Si une langue commune était adoptée partout, les livres rédigés dans les langues occidentales pourraient aisément être traduits dans cette langue et les Orientaux en prendraient connaissance. De même, les livres de l'Orient pourraient être traduits dans cette même langue au profit des peuples occidentaux. Le meilleur moyen d'unir l'Occident et l'Orient est de créer une langue commune. C'est elle qui fera du monde entier un seul tout; elle sera le plus puissant facteur de progrès humain, faisant flotter l'étendard de l'unité partout dans le monde, fondant l'univers en une communauté de peuples, unissant les enfants des hommes par des liens d'amour, en un mot, elle instaurera la fraternité entre les diverses races.

Louons Dieu pour cette invention du Dr Zamenhof [Il est intéressant de savoir que la fille du Dr Zamenhof, Lydia, devint une bahá'íe très active]: l'espéranto. Cette langue possède en puissance toutes les qualités pour devenir un moyen de communication international entre les peuples. Nous devons tous être reconnaissants à Zamenhof pour son noble effort; il a bien servi l'humanité.

Par la persévérance infatigable, le dévouement et l'abnégation des fervents de l'espéranto, cette langue pourra devenir universelle. Aussi devons-nous tous l'apprendre et la répandre autant que possible afin que, graduellement, elle soit reconnue, acceptée par tous les États et gouvernements du monde et inscrite au programme de toutes les écoles publiques. J'espère que l'espéranto sera adopté comme langue officielle dans toutes les conférences et les congrès internationaux, afin que chacun n'ait besoin de connaître que deux langues: la sienne et la langue auxiliaire. Alors, l'union parfaite entre les peuples du monde sera établie. Considérez combien il est difficile aujourd'hui de communiquer avec les différentes nations. On peut apprendre cinquante langues et voyager quand même dans un pays qui en parle une autre. Aussi j'espère que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour que l'espéranto se répande largement."

Bien que ces allusions à l'espéranto soient caractéristiques et encourageantes, il n'en reste pas moins vrai qu'aussi longtemps que la Maison Universelle de Justice ne se sera pas prononcée à ce sujet, et selon les instructions de Bahá'u'lláh, la foi bahá'íe n'est nullement engagée vis-à-vis de l'espéranto ni d'aucune langue, vivante ou autre.

'Abdu'l-Bahá lui-même a dit:

"Le dévouement et le travail qui ont été fournis pour l'espéranto ne seront pas perdus, mais une personne seule ne peut construire une langue universelle."

('Abdu'l-Bahá in London, p. 95.)

Quelle sera la langue adoptée? Sera-t-elle créée ou choisie parmi celles qui existent? C'est une décision que les nations auront à prendre.

10.7. Société des Nations

Bahá'u'lláh s'est aussi fait le promoteur d'une autre idée sur laquelle il insiste avec énergie: la constitution d'une ligue universelle des nations en vue du maintien de la paix internationale. Dans une lettre écrite à la reine Victoria, alors qu'il était [De 1868 à 1870] emprisonné à 'Akká il dit:

"Ô vous les dirigeants de la terre! Réconciliez-vous afin de pouvoir vous dispenser de tout armement en dehors de ceux destinés à préserver vos territoires et vos peuples... Soyez unis, ô souverains de la terre, car c'est ainsi que s'apaiseront les tempêtes de vos dissensions et que vos peuples trouveront le repos... Si l'un de vous prenait les armes contre un autre, opposez-vous tous à lui, ce ne sera que justice manifeste."

(L'Œuvre de Bahá'u'lláh, t.II, p.114.)

En 1875, 'Abdu'l-Bahá prévoyait l'établissement d'une société universelle des nations; ceci présente un intérêt tout particulier au moment [L'auteur écrivit ce passage en 1919] où des efforts considérables sont faits pour établir une ligue de ce genre. Il a écrit à ce propos:

"La véritable civilisation déploiera son étendard au centre du monde lorsqu'un certain nombre de souverains à l'esprit noble et élevé--brillants exemples de dévouement et de détermination--se dresseront, animés d'une résolution ferme et d'une vue claire afin d'instaurer la cause de la paix universelle pour le bien et le bonheur de l'humanité. Ils doivent faire de la cause de la paix l'objet d'une consultation générale et rechercher par tous les moyens en leur pouvoir à établir l'union des nations du monde. Ils doivent conclure un traité restrictif et établir une alliance dont les clauses seront légitimes, inviolables et définitives.

Ils devront les proclamer à toutes les nations du monde et obtenir pour elles la ratification du genre humain tout entier. Cette noble et suprême entreprise--véritable source de paix et de bien-être pour le monde entier--devrait être considérée comme sacrée par tous les peuples de la terre. Toutes les forces de l'humanité devraient être mobilisées pour assurer la stabilité et la permanence de cette très grande alliance. Dans ce traité universel, les limites et les frontières de chacune et de toutes les nations devraient être clairement indiquées, les principes fondamentaux des relations entre gouvernements définitivement consignés, toutes les obligations et tous les accords internationaux établis.

De même, l'importance de l'armement de chaque État devrait être strictement limitée car, si on laissait à une nation la possibilité d'augmenter ses préparatifs de guerre et son potentiel militaire, ceci provoquerait la suspicion des autres nations. Le principe fondamental soulignant ce pacte solennel devrait être conclu de telle sorte que si, dans l'avenir, un gouvernement contrevenait à l'une des clauses, tous les gouvernements de la terre se dresseraient pour le ramener à une soumission complète. Que dis-je? Toute la race humaine devrait se résoudre, armée de tous les pouvoirs mis à sa disposition, à détruire ce gouvernement. Si ce remède, le plus puissant qui soit, était appliqué au corps malade du monde, celui-ci, assurément, se remettrait de ses maux et demeurerait éternellement sain et sauf."

(The Secret of Divine Civilisation, pp. 64 et 65.)

Les bahá'ís voient de graves déficiences dans la structure de la Société des Nations [Les mêmes considérations s'appliquent à l'Organisation des Nations Unies] qui ne répond pas au type d'institution décrite par Bahá'u'lláh comme essentielle à l'établissement de la paix mondiale.

Le 17 décembre 1919, 'Abdu'l-Bahá déclara:

"Actuellement, la paix universelle est une question de grande importance, mais l'unité de conscience est essentielle pour que les fondations de cette œuvre puissent être sûres, son établissement stable et son édifice solide... Bien que la Société des Nations existe, elle est pourtant incapable d'établir la paix universelle. Mais le Tribunal suprême décrit par Sa Sainteté Bahá'u'lláh accomplira cette tâche sacrée avec sa puissance et sa suprême autorité."

(Lettre de 'Abdu'l-Bahá à l'Organisation pour une paix durable, à La Haye.)

10.8. L'arbitrage international

Bahá'u'lláh préconisa également l'établissement d'une cour internationale d'arbitrage, afin que les différends qui pourraient surgir entre nations soient réglés selon la justice et la raison, au lieu de dégénérer en combats.

En août 1911, dans une lettre au secrétaire de la Conférence de Mohonk pour l'arbitrage international, 'Abdu'l-Bahá écrivit:

"Il y a environ cinquante ans, dans le Kitáb-i-Aqdas, Bahá'u'lláh a enjoint aux peuples d'établir la paix universelle et, appelant toutes les nations au divin banquet de l'arbitrage international, à régler les questions de frontière, d'honneur national, de propriété et d'intérêt vital entre les nations par une cour arbitrale de justice, afin qu'aucune d'entre elles ne refuse plus de se soumettre aux décisions rendues par cette cour. Si un litige s'élevait entre deux nations, il serait soumis à cette Cour internationale et tranché de la même façon qu'un différend entre individus par l'arbitrage du juge. Si, à un moment quelconque, une nation refusait de se soumettre aux décisions prises, tous les autres États s'uniraient pour réprimer cette rébellion."

En 1911, il précisa à nouveau dans une de ses causeries à Paris:

"Un tribunal suprême sera établi par les peuples et les gouvernements des nations; il sera composé des membres élus par ces pays et ces gouvernements. Les participants de ce grand conseil s'assembleront dans un esprit d'unité. Tout désaccord sur le plan international sera soumis à ce conseil dont le rôle consiste à arbitrer tout ce qui pourrait devenir une cause de conflit. La mission de ce tribunal sera d'empêcher la guerre."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 136.)

Durant les vingt-cinq années qui ont précédé l'établissement de la Société des Nations, une Cour Permanente d'Arbitrage International fut constituée à La Haye (1900) et plusieurs traités d'arbitrage y furent signés; mais la plupart d'entre eux restèrent très éloignés de la vaste conception de Bahá'u'lláh. Aucun accord prévoyant l'arbitrage dans l'éventualité d'un conflit ne fut envisagé par les grandes puissances. Les questions touchant aux "intérêts vitaux, à l'honneur, à l'indépendance" furent soigneusement évitées. De plus, les nations contractantes n'accordèrent aucune garantie effective prouvant leur soumission aux termes des traités. Dans le projet bahá'í, au contraire, les questions de frontière, d'honneur national et d'intérêt vital sont expressément mentionnées, et des accords offrant toutes garanties à la Société des Nations sont prévus. C'est seulement lorsque ces dispositions seront définitivement adoptées que l'arbitrage international donnera la pleine mesure de son action bienfaisante et que cette malédiction, la guerre, sera enfin bannie du monde.

10.9. La limitation des armements
'Abdu'l-Bahá dit:

"Par un accord général, tous les gouvernements du monde doivent désarmer simultanément. Il ne convient pas que l'un dépose les armes si les autres refusent de le faire. Les nations du monde doivent coopérer dans ce domaine d'importance primordiale, afin de pouvoir renoncer toutes ensemble à la méthode cruelle des massacres humains. Aussi longtemps qu'une nation augmentera son budget naval et militaire, les autres États, dans un intérêt réel ou supposé, seront forcément entraînés dans cette folle compétition."

(Diary of Mírzá Ahmad Sohrab, 11 au 14 mai 1914.)
10.10. La non-résistance

Suivant le commandement énergique de Bahá'u'lláh, les bahá'ís ont, en tant que corps religieux, renoncé complètement à l'usage de la force armée lorsque leur propre intérêt est en jeu et ceci même en cas de légitime défense. En Irán, des milliers de bábís et de bahá'ís sont morts en martyrs pour leur foi. Au début du mouvement, les bábís ont, à plusieurs reprises, héroïquement défendu leur personne ou leur famille par l'épée. Mais par la suite, Bahá'u'lláh l'a interdit. 'Abdu'l-Bahá écrit:

"Lorsque Bahá'u'lláh parut, il déclara que la promulgation de la vérité par de tels moyens ne devait sous aucun prétexte être permise, même en cas de légitime défense. Il abrogea la loi de l'épée et annula l'ordonnance de la "guerre sainte". Mieux vaut pour "vous être tué que de tuer", dit-il. C'est par la fermeté et la conviction des fidèles que la cause du Seigneur doit se répandre. Quand les fidèles, les intrépides, les courageux se lèvent, dans un détachement absolu, pour exalter la parole de Dieu et que, les yeux détournés des choses de ce monde, ils se vouent à servir pour l'amour du Seigneur et par son pouvoir, c'est ainsi qu'ils font triompher la parole de vérité. Ces âmes bénies, au prix de leur sang, rendent témoignage à la vérité de la cause; ils l'attestent par la sincérité de leur foi, leur dévotion et leur constance. Le Seigneur a tout pouvoir de répandre sa cause à son gré et de vaincre les réfractaires. Nous ne voulons d'autre défenseur que Lui et, offrant nos vies, nous faisons face à l'adversité et acceptons le martyre."

(Écrit par 'Abdu'l-Bahá pour cet ouvrage.)

Bahá'u'lláh écrivit à l'un des persécuteurs de sa cause:

"Dieu miséricordieux! Ce peuple n'a pas besoin d'armes. Tous ses efforts tendent vers la reconstruction du monde. Ses armées sont les légions de bonnes actions, ses armes sont les bonnes mœurs, et son commandant la crainte de Dieu. Heureux celui qui est équitable.

Par la droiture divine! Ces hommes, grâce à leur patience, leur sérénité, leur résignation et leur contentement, sont devenus les emblèmes de la justice. Leur soumission a atteint une telle perfection qu'ils ont préféré être tués plutôt que de tuer; et cela, après que ces opprimés de la terre aient subi des tortures inouïes, inconnues dans les annales de l'histoire et dont les nations n'avaient jamais été témoins.

Qu'est-ce qui les soutint dans ces terribles souffrances pour qu'ils s'y soumettent et refusent d'étendre la main pour s'en préserver? Où puisaient-ils leur résignation et leur sérénité? Leur attitude était dictée par cette interdiction constante de tuer que la Plume de gloire leur imposait, et par le fait que Nous avions pris en mains les rênes du commandement par la force et le pouvoir de celui qui est le Maître du monde."

(Epistle to the Sun of the Wolf, pp. 75 et 76.)

Le bien-fondé du principe de non-résistance instauré par Bahá'u'lláh a été largement confirmé par les résultats obtenus. Car, pour chaque croyant martyrisé en Perse, la foi bahá'íe a gagné cent nouveaux croyants à sa cause; la joie et l'intrépidité avec lesquelles ces martyrs jetaient la couronne de leur vie aux pieds de leur Seigneur ont fourni au monde la preuve la plus éclatante qu'ils avaient trouvé une vie nouvelle où la mort n'inspire plus aucune terreur--une vie de bonheur et de plénitude ineffables, devant laquelle tous les plaisirs de la terre ne pèsent pas plus qu'un grain de poussière--, où les tortures physiques les plus abominables ne sont que vétilles légères comme l'air.

10.11. La guerre défensive

Comme le Christ, Bahá'u'lláh conseille à ses adeptes d'adopter, en tant qu'individus et en tant que groupement religieux, une attitude de non-résistance et de pardon envers leurs ennemis; cependant il enseigne que c'est un devoir pour la collectivité d'empêcher l'injustice et l'oppression. Si des individus sont lésés et persécutés, il leur convient de pardonner et de s'abstenir de toute vengeance; mais il ne faut pas qu'une communauté permette délibérément le pillage et le meurtre sur son territoire. Il appartient à tout bon gouvernement d'interdire les mauvaises actions et de punir les délinquants [Voir aussi le chapitre sur le traitement des criminels, pp. 166 et 167]. Il en est de même pour l'ensemble des États. Si l'un d'eux en lèse un autre ou l'opprime, le devoir de l'ensemble des États est de s'unir pour l'en empêcher.

'Abdu'l-Bahá écrit:

"Il se peut qu'à un moment donné, des tribus guerrières et barbares attaquent furieusement la société dans l'intention d'en massacrer les membres; dans de telles circonstances, il est nécessaire de se défendre."

(Tablette de 'Abdu'l-Bahá à un particulier.)

Jusqu'à présent, l'usage a voulu que, lorsqu'une nation en attaquait une autre, les autres nations veillaient uniquement à préserver leur neutralité, ne prenant aucune part dans la responsabilité du conflit à moins que leur intérêt propre n'en soit affecté ou menacé. Jusqu'à présent, tout le poids de la défense était laissé à la nation attaquée, si faible ou si impuissante fût-elle. L'enseignement de Bahá'u'lláh change cet ordre de choses: selon lui, la responsabilité de la défense n'incombe pas seulement à la nation attaquée mais à toutes les autres, individuellement et collectivement.

Comme l'ensemble de l'humanité ne forme qu'une seule communauté, une attaque dirigée contre une quelconque nation est une attaque contre la communauté tout entière. Si ce principe était partout reconnu et mis en pratique, tout État se préparant à en attaquer un autre devrait tenir compte, non seulement de la résistance d'un pays isolé, mais encore de l'opposition marquée par le monde entier. Cette seule perspective suffirait à décourager la plus hardie et la plus belliqueuse des nations. Lorsqu'une ligue des nations pacifiques suffisamment puissante sera établie, la guerre ne sera plus qu'un cauchemar du passé. Pendant la période de transition entre l'ancien état d'anarchie générale et l'état futur de solidarité internationale, des guerres d'oppression peuvent encore surgir et, dans cette éventualité, une action simultanée--militaire ou autre--serait un devoir absolu pour le maintien de la justice, l'unité et la paix internationales.

'Abdu'l-Bahá dit que, en ce cas:

"Une conquête peut être une chose louable; parfois la guerre devient la base puissante de la paix, et les ruines deviennent des moyens aboutissant à la reconstruction. Si, par exemple, un souverain magnanime enjoint à ses armées d'arrêter la bataille des insurgés et des agresseurs, ou encore s'il entre en campagne et se distingue dans une lutte pour unifier un État ou un peuple divisé, si, en bref, il fait la guerre pour une juste cause, alors, réellement cette furie devient la bonté même, cette oppression apparaît comme l'essence de la justice et cette guerre devient la source de la paix. Aujourd'hui, le devoir primordial d'un souverain puissant est de promouvoir la paix universelle car, en vérité, elle signifie la liberté pour tous les peuples du monde."

(The Secret of Divine Civilization, pp. 70 et 71.)

10.12. Unité de l'Orient et de l'Occident

L'union de l'Orient et de l'Occident constitue un autre facteur qui permettra d'atteindre la paix universelle. La très grande paix ne consiste pas simplement en la cessation des hostilités; elle implique l'union féconde, la coopération étroite et fraternelle des peuples restés jusqu'ici séparés qui permettront de récolter les fruits les plus précieux.

Dans une de ses causeries à Paris, 'Abdu'l-Bahá dit:

"Dans le passé, comme de nos jours, le soleil de l'Esprit de Vérité a toujours brillé à l'horizon de l'Orient. C'est là que Moïse s'est dressé pour conduire et instruire les peuples. C'est en Orient que s'est levé le Seigneur Christ. Muhammad fut envoyé à une nation orientale. Le Báb parut dans un pays oriental, la Perse. Bahá'u'lláh vécut et enseigna en Orient. Tous les grands instructeurs spirituels sont apparus dans le monde oriental.

Mais, bien que l'astre du Christ se soit levé en Orient, c'est en Occident qu'il a déployé tout son rayonnement et que la splendeur de sa gloire a été la plus évidente. La divine lumière de ses enseignements a resplendi avec plus d'éclat en Occident et elle y a progressé bien plus rapidement que dans son pays natal.

Actuellement, le progrès matériel est nécessaire à l'Orient tandis que l'Occident manque d'idéal spirituel. L'Occident devrait se tourner vers l'Orient pour y trouver l'illumination et offrir, en échange, la lumière de ses connaissances scientifiques. Cette réciprocité d'apports est indispensable. L'Orient et l'Occident doivent s'unir pour se compléter. C'est de leur union que naîtra la civilisation véritable dans laquelle le spirituel trouve son expression et sa réalisation sur le plan matériel. La plus grande harmonie s'établira par ces échanges mutuels. Tous les peuples seront alors rassemblés dans un état de perfection élevée, l'union sera solidement cimentée, et ce monde deviendra un brillant miroir où pourront se réfléchir les attributs de Dieu.

Nous tous, de l'Orient ou de l'Occident, devons nous efforcer jour et nuit, cœur et âme, d'atteindre à ce noble idéal: cimenter l'unité entre les peuples de la terre. Tous les cœurs seront alors revivifiés, tous les yeux seront ouverts, les plus merveilleux pouvoirs seront accordés, l'humanité aura atteint le bonheur...

Le paradis promis sur la terre sera assuré quand toute l'humanité sera groupée autour de la tente de l'unité, dans le royaume de gloire."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 20 et 21.)

11. PLUSIERS ORDONNANCES ET ENSEIGNEMENTS

"Sache qu'en chaque âge, en chaque dispensation, tous les commandements sont rapportés et adaptés aux exigences de l'époque, sauf la loi d'amour qui, comme une fontaine, coule perpétuellement et demeure immuable."

BAHÁ'U'LLÁH.
11.1. La vie monacale

Ainsi que le fit déjà Muhammad, Bahá'u'lláh interdit à ses disciples de mener une vie de réclusion monastique. Dans la Tablette à Napoléon III, nous lisons:

"Dis! Ô assemblées de moines! Ne restez pas enfermés dans les cloîtres et les cellules mais, à mon commandement, abandonnez-les pour vous occuper de ce qui sera profitable à votre âme et à celle d'autrui...

Mariez-vous, afin que quelqu'un puisse vous succéder, car Nous vous avons interdit les actions hypocrites mais non pas ce qui prouve la fidélité. Abandonnant les principes de Dieu, vous avez suivi vos propres inclinations. Craignez le Seigneur et ne restez pas insouciants. Si ce n'était l'homme, qui donc mentionnerait mon nom sur ma terre et comment mes qualités et mes attributs seraient-ils révélés?

Soyez réfléchis, ne restez pas voilés ou en léthargie. Celui qui ne se maria jamais (Jésus) n'avait aucun refuge où s'abriter, nul foyer pour se reposer et cela par l'œuvre des mains de la perfidie.

La sainteté de son âme ne dépendait pas de ce que vous croyez ou imaginez, mais plutôt de ce que Nous possédons. Demandez, afin de pouvoir comprendre son rang qui dépasse toute imagination sur cette terre. Bénis sont ceux qui savent!"

(L'Œuvre de Bahá'u'lláh, t. II, pp. 84 et 85.)

N'est-il pas étrange que des sectes chrétiennes aient institué la vie monastique et le célibat pour le clergé, alors que le Christ choisit pour disciples des hommes mariés, que lui-même et ses apôtres vécurent une existence de bienfaisance active, en étroite association et en ayant des rapports familiers avec le peuple?

Nous lisons dans le Qur'án:

"...Jésus, fils de Marie. Nous lui avons donné l'Évangile. Nous avons établi dans les cœurs de ceux qui le suivent la mansuétude, la compassion et la vie monastique qu'ils ont instaurée--nous ne la leur avions pas prescrite--uniquement poussés par la recherche de la satisfaction de Dieu. Mais ils ne l'ont pas observée comme ils auraient dû le faire."

(Qur'án, LVII: 27.)

Quelles que soient les raisons qui aient pu justifier la vie monacale en des circonstances et des temps passés, Bahá'u'lláh déclare que de telles justifications n'ont plus de raison d'être et, en vérité, il est évident qu'un appauvrissement spirituel de la race peut se produire si un grand nombre d'êtres pieux, craignant Dieu, se retirent de toute association avec leurs semblables et rejettent leurs devoirs et leurs responsabilités familiales.

11.2. Le mariage

Les enseignements bahá'ís prescrivent la monogamie, et Bahá'u'lláh fait dépendre le mariage d'un libre consentement de part et d'autre ainsi que de l'approbation des parents. Il dit dans le livre de l'Aqdas:

"En vérité, le mariage dépend, selon le Bayán (la révélation du Báb), du consentement réciproque (des fiancés). Comme Nous désirons instaurer l'amour, l'amitié et l'unité parmi les serviteurs, Nous avons posé cette condition supplémentaire: le consentement des parents, afin d'éviter toute discorde et toute mésentente."

À ce sujet, 'Abdu'l-Bahá écrivit à un interlocuteur:

"Quant à la question du mariage, selon la loi de Dieu: vous devez premièrement fixer votre choix, et ensuite tout dépend du consentement des parents. Avant votre décision, les parents n'ont aucun droit d'intervenir."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. III, p.563.)

'Abdu'l-Bahá dit que, grâce à cette précaution de Bahá'u'lláh, les relations tendues entre beaux-parents et beaux-enfants--devenues proverbiales dans les pays chrétiens et musulmans--sont presque inconnues parmi les bahá'ís, et le divorce y est aussi très rare. Il écrit au sujet du mariage:

"Le mariage bahá'í implique une union et une affection chaleureuse de part et d'autre. Les mariés doivent se témoigner l'attention la plus courtoise et apprendre à se connaître mutuellement.

Le pacte ferme qui les lie doit ensuite devenir un lien éternel et leurs efforts doivent tendre vers l'harmonie, l'amitié, l'unité et la vie éternelles...

Le mariage des bahá'ís signifie que l'homme et la femme doivent acquérir une union matérielle et spirituelle, afin d'atteindre à l'unité éternelle qui les liera dans tous les mondes divins et améliorera la vie spirituelle de l'un et de l'autre.

Tel est le mariage bahá'í."
(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. II, p.326.)

La cérémonie du mariage bahá'í est très simple, la seule condition étant que le marié et la mariée, en présence d'au moins deux témoins, disent chacun: "En vérité, nous resterons fidèles à la volonté de Dieu."

11.3. Le divorce

En matière de divorce, comme pour le mariage, les instructions des prophètes ont varié selon les circonstances et les époques. 'Abdu'l-Bahá expose ainsi les enseignements bahá'ís concernant le divorce:

"Les amis (bahá'ís) doivent strictement s'abstenir de divorcer, à moins que quelque fait ne survienne qui les oblige à se séparer par suite d'une aversion mutuelle; en ce cas, avec l'approbation de l'assemblée spirituelle, ils peuvent décider de se séparer. Ils doivent alors patienter pendant une année entière. Si, au cours de cette période indiquée, l'harmonie n'est pas rétablie entre eux, alors le divorce peut être prononcé. Le royaume de Dieu est fondé sur l'harmonie et l'amour, sur l'unité, l'alliance et l'union et non sur les divergences, particulièrement entre époux. Si l'un d'eux provoque le divorce, de grandes difficultés l'assailliront certainement; il sera victime de calamités terribles et en proie à de profonds remords."

(Tablette aux bahá'ís d'Amérique.)

En ce qui concerne le divorce, comme en toutes circonstances, les bahá'ís respecteront non seulement leurs enseignements propres, mais aussi les lois du pays dans lequel ils résident.

11.4. Le calendrier bahá'í

Chez les différents peuples et aux différentes époques, bien des systèmes ont été utilisés pour la désignation des dates et la mesure du temps et, aujourd'hui encore, plusieurs calendriers sont en vigueur:

- en Europe occidentale, le calendrier grégorien,

- dans plusieurs pays de l'Europe orientale, le calendrier julien,

- chez les israélites, le calendrier hébreu

- dans les pays islamiques, le calendrier musulman.

Le Báb signala l'importance de la dispensation qu'il annonçait en inaugurant un calendrier nouveau. Dans celui-ci, comme dans le calendrier grégorien, la base n'est plus celle du mois lunaire, mais celle de l'année solaire.

L'année bahá'íe est constituée de dix-neuf mois de dix-neuf jours (trois cent soixante et un jours) plus les jours intercalaires (quatre normalement et cinq dans les années bissextiles) entre le dix-huitième et le dix-neuvième mois, afin d'ajuster le calendrier à l'année solaire. Le Báb nomma les mois selon la qualification des attributs de Dieu.

Le jour de l'an bahá'í, comme celui de la Perse antique, est défini par l'astronomie; il commence à l'équinoxe du printemps (21 mars), et l'ère bahá'íe commence à la déclaration du Báb (1844 après J.C.--1260 après l'hégire).

Dans un très proche avenir, il sera indispensable que tous les peuples du monde s'entendent pour établir un calendrier commun.

Il semble donc désirable que l'ère nouvelle de l'unité possède un calendrier nouveau, indépendant des diverses communautés, à l'abri des objections qui rendent chacun des anciens calendriers inacceptables pour une bonne partie de la population du monde.

Il serait difficile de trouver un arrangement plus simple et plus commode que celui proposé par le Báb.

Les mois du calendrier bahá'í sont les suivants:
Mois Nom arabe Traduction Premier jour
1er Bahá Splendeur 21 mars
2e Jalál Gloire 9 avril
3e Jamál Beauté 28 avril
4e 'Azamat Grandeur 17 mai
5e Núr Lumière 5 juin
6e Rahmat Miséricorde 24 juin
7e Kalimát Paroles 13 juillet
8e Kamál Perfection 1er août
9e Asmá' Noms 20 août
10e 'Izzat Puissance 8 septembre
11e Mashíyyat Volonté 27 septembre
12e 'Ilm Connaissance 16 octobre
13e Qudrat Pouvoir 4 novembre
14e Qawl Discours 23 novembre
15e Masá'il Questions 12 décembre
16e Sharaf Honneur 31 décembre
17e Sultán Souveraineté 19 janvier
18e Mulk Empire 7 février

Jours intercalaires: du 26 février au 1er mars inclus

19e 'Alá Élévation 2 mars
11.5. Les assemblées spirituelles

Avant de terminer sa mission terrestre, 'Abdu'l-Bahá avait fixé des bases pour le développement de l'ordre administratif défini dans les Écrits de Bahá'u'lláh. Afin de faire ressortir la haute importance attribuée à l'institution de l'assemblée spirituelle, 'Abdu'l-Bahá, dans une tablette, déclara que toute traduction devait être approuvée par cette assemblée (en l'occurrence celle du Caire) avant d'être publiée, même si le texte avait été revu et corrigé par lui.

L'assemblée spirituelle est le corps administratif de neuf personnes, élu annuellement dans chaque communauté bahá'íe locale; c'est un corps investi de l'autorité nécessaire pour décider de toutes les activités collectives de la communauté. Sa dénomination actuelle est temporaire puisque, dans l'avenir, les assemblées spirituelles seront appelées maisons de justice.

Contrairement à l'organisation en vigueur dans les églises, caractérisée par des institutions ecclésiastiques, ces corps administratifs bahá'ís sont plutôt des institutions sociales. En effet, ils appliquent la loi de la consultation pour toutes questions ou problèmes s'élevant entre bahá'ís auxquels il est demandé de ne pas les porter devant la justice civile, mais de chercher à promouvoir tant l'unité que la justice dans la communauté.

L'assemblée spirituelle ne peut en aucun cas être comparée à la prêtrise ni au clergé: son rôle est de favoriser la diffusion des enseignements, de stimuler le service actif, d'organiser les réunions, de maintenir l'unité, de gérer les biens bahá'ís confiés par la communauté et d'assurer sa représentation dans les relations avec le grand public et les autres communautés.

La nature des assemblées spirituelles, locales et nationales, est décrite plus en détail dans le dernier chapitre du testament de 'Abdu'l-Bahá, mais les fonctions générales en ont été définies comme suit par Shoghi Effendi:

"Les questions relatives à l'enseignement, à l'orientation de celui-ci, aux modes et aux moyens à employer, au développement et à la consolidation, toutes choses si essentielles aux progrès de la cause, ne constituent pas le seul objectif qui doive requérir toute l'attention des assemblées. Une étude approfondie des tablettes de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá révélera d'autres devoirs--non moins vitaux pour les intérêts de la cause--devoirs dévolus aux représentants élus par les amis en chaque localité.

Il leur incombe d'être vigilants et circonspects, discrets et attentifs, afin de protéger en tout temps le temple de la cause des flèches de l'opposition et des assauts de l'ennemi.

Ils doivent s'efforcer de promouvoir l'amitié et la concorde parmi les amis, d'effacer de leur cœur toute trace de méfiance, de froideur ou d'éloignement, et ils doivent assurer, au sein de la communauté, une coopération active et efficace en faveur de la cause.

Ils doivent en tout temps faire tout ce qu'ils peuvent pour tendre la main au pauvre, au malade, à l'infirme, à l'orphelin, à la veuve, sans discrimination de race, de classe ni de croyance.

Par tous les moyens en leur pouvoir, ils doivent fournir à la jeunesse un appui tant matériel que spirituel, des moyens d'éducation pour les enfants, ils doivent créer, chaque fois que l'occasion se présente, des institutions bahá'íes pour l'enseignement, organiser et surveiller leurs activités, leur procurer les meilleurs moyens propres à leur progrès et à leur développement...

Ils ont encore à organiser les réunions régulières entre amis pour les fêtes et les anniversaires, ainsi que des réunions spéciales destinées à favoriser les intérêts sociaux, intellectuels et spirituels de leurs semblables.

Enfin, en ces jours où la cause n'est encore que dans sa prime jeunesse, ils doivent surveiller toutes les publications et traductions bahá'íes, assurer à toute littérature bahá'íe en général une présentation digne et correcte et veiller à sa distribution dans le grand public."

(Ordre administratif de Bahá'u'lláh, p.26.)

Les possibilités inhérentes aux institutions bahá'íes ne peuvent être estimées à leur juste valeur que si l'on réalise avec quelle rapidité la civilisation se désagrège en raison de l'absence du pouvoir spirituel, seul capable d'implanter la conscience des responsabilités et l'humilité nécessaires aux dirigeants, ainsi que la loyauté individuelle aux membres de la société.

11.6. Fêtes bahá'íes, anniversaires et période de jeûne

Fête de Naw-Rúz (nouvel an bahá'í), 21 mars.

Fête du Ridván (déclaration de Bahá'u'lláh), 21 avril au 2mai.

Déclaration du Báb, 23 mai [Cette date coïncide avec la naissance de 'Abdu'l-Bahá].

Ascension de Bahá'u'lláh, 29 mai.
Martyre du Báb, 9 juillet.
Naissance du Báb, 20 octobre.
Naissance de Bahá'u'lláh, 12 novembre.
Jour de l'alliance, 26 novembre.
Ascension de 'Abdu'l-Bahá, 28 novembre.

Période de jeûne de 19 jours, commençant le 2 mars.

11.7. Fêtes bahá'íes

L'allégresse inhérente à la religion bahá'íe trouve son expression dans les nombreuses fêtes et jours fériés de l'année.

En 1912, dans une causerie qu'il fit à Alexandrie (Égypte), à l'occasion de la fête de Naw-Rúz, 'Abdu'l-Bahá a dit:

"Selon les lois sacrées de Dieu, dans chaque cycle, chaque dispensation, il y a des fêtes bénies, des jours fériés, des jours de repos. Ces jours-là, toutes les occupations commerciales, industrielles, agricoles ou autres devraient être suspendues.

Tous devraient se réjouir ensemble, organiser des réunions générales, former une assemblée unique afin que l'unité et l'harmonie des nations éclatent aux yeux de tous.

Puisque c'est un jour béni, il ne faut pas que cette occasion soit négligée ni que ce jour reste stérile par la poursuite du seul plaisir.

En de tels jours, on devrait fonder des institutions dont la valeur reste une source de bienfait permanent pour tous les peuples...

Aujourd'hui, il n'est pas de résultat plus appréciable, de réalisation plus utile que de guider le peuple. C'est en de tels jours que les amis de Dieu doivent laisser des marques tangibles de leur philanthropie et de leur idéal, pas seulement pour les bahá'ís, mais pour l'humanité entière. Dans cette dispensation merveilleuse, les actions philanthropiques doivent profiter à toute l'humanité sans exception, parce qu'elles sont une manifestation de la générosité divine. Par conséquent, je garde l'espoir que chacun des amis de Dieu personnifie de plus en plus la miséricorde de Dieu envers le genre humain."

Les fêtes de Naw-Rúz (Nouvel An) et du Ridván, les anniversaires de la naissance du Báb et de Bahá'u'lláh, celui de la déclaration du Báb (qui est en même temps celui de la naissance de 'Abdu'l-Bahá) sont les principales réjouissances de l'année pour les bahá'ís. En Irán on les célèbre par des pique-niques et des réunions joyeuses auxquels les croyants participent en faisant de la musique, en chantant des tablettes et des versets ou en prononçant de courtes allocutions appropriées aux circonstances.

Les jours intercalaires--entre le dix-huitième et le dix-neuvième mois, du 26 février au 1er mars inclus--sont tout spécialement consacrés aux réceptions entre amis, aux échanges de cadeaux, aux soins à donner aux pauvres et aux malades, etc.

Les anniversaires du martyre du Báb, de la mort de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá sont solennellement célébrés par des réunions et des allocutions de circonstance, des prières et des tablettes récitées ou chantées.

11.8. Le jeûne

Le dix-neuvième mois, succédant aux jours intercalaires (réservés à l'hospitalité) est le mois du jeûne. Ce jeûne consiste à s'abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil; il est observé durant dix-neuf jours. Comme ce mois finit à l'équinoxe de mars, le jeûne a toujours lieu pendant la même saison--c'est-à-dire à l'arrivée du printemps dans l'hémisphère nord, de l'automne dans l'hémisphère sud: il ne coïncide jamais avec la chaleur ou le froid extrêmes pendant lesquels il risquerait d'être pénible.

De plus, en cette saison, la longueur des journées est à peu près la même (de six heures du matin à six heures du soir) dans toutes les régions habitées du globe. Le jeûne ne doit pas être observé par les enfants, les malades, ceux qui voyagent, les personnes trop âgées ou trop faibles, ni par les futures mères ou celles qui nourrissent un enfant.

Il est prouvé qu'un jeûne périodique, tel que celui qui est prescrit dans les enseignements bahá'ís, est très profitable au point de vue de l'hygiène physique mais, tout comme la réalité des fêtes bahá'íes ne doit pas être liée à la consommation de nourritures terrestres mais à la commémoration de Dieu qui est notre nourriture spirituelle, ainsi la réalité du jeûne bahá'í ne consiste pas dans l'abstention de nourriture terrestre, bien que cela puisse aider à la purification du corps, mais dans l'abstention de toute convoitise et de désirs charnels et dans le détachement de tout, sauf de Dieu.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Le jeûne est un symbole. Jeûner signifie s'abstenir de tout désir. Le jeûne physique est le symbole de cette abstinence, c'est un rappel; tandis que l'on refrène l'appétit physique, il faut s'abstenir des convoitises personnelles et des désirs égoïstes. Mais se passer uniquement de nourriture n'a aucun effet sur l'esprit. C'est uniquement un symbole, un rappel. Autrement, cela n'a aucune importance. Jeûner pour atteindre le détachement ne signifie pas s'abstenir entièrement de nourriture. La règle d'or est: ni trop ni trop peu. La modération est nécessaire. Il existe une secte aux Indes dont les membres pratiquent l'abstinence à l'extrême, réduisant graduellement leur nourriture jusqu'à pouvoir s'en passer presque complètement. Mais leur intelligence en souffre. Un homme n'est pas capable de servir Dieu efficacement, tant matériellement que spirituellement, s'il est affaibli par le manque de nourriture. Il ne possède pas toute sa lucidité."

(Cité par Miss E.S. Stevens dans Fortnightly Review, juin 1911.)

11.9. Les réunions

'Abdu'l-Bahá attache la plus grande importance aux réunions régulières des croyants pour l'adoration en commun, car elles permettent d'expliquer et d'étudier les enseignements et de se consulter en vue des progrès de la foi. Dans une de ses tablettes, il dit:

"Il a été décidé, selon le désir de Dieu, qu'en Occident, l'union et l'harmonie doivent croître de jour en jour parmi les amis de Dieu et les servantes du Miséricordieux. Tant que ce but ne sera pas atteint, les affaires ne pourront progresser par aucun moyen, quel qu'il soit. Les plus grandes occasions d'établir cette union et cette harmonie sont les réunions spirituelles. Ceci est très important: c'est comme un aimant qui attire des confirmations divines."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I, pp. 124 et 125.)

Au cours des réunions spirituelles bahá'íes, les contestations, les discussions politiques ou mondaines doivent être soigneusement évitées; le but primordial des croyants devrait être l'étude et l'enseignement de la vérité divine, la purification du cœur et de l'âme par l'amour divin, la recherche d'une obéissance plus parfaite à la volonté divine et la coopération à l'établissement du royaume de Dieu. Dans une allocution faite à New York en 1912, 'Abdu'l-Bahá a dit:

"J'espère que les réunions de l'assemblée bahá'íe de New York ressembleront à celles de l'Assemblée suprême. Lorsque vous vous réunissez, il faudrait refléter les lumières du royaume céleste. Que vos cœurs soient des miroirs dans lesquels le rayonnement du Soleil de Vérité est visible. Chaque cœur doit être un relais télégraphique--dont un fil est attaché au plus profond de l'âme et l'autre relié au royaume d'Abhá--afin que des messages puissent s'échanger. Alors, les opinions coïncideront avec la vérité; jour après jour, il y aura des progrès et les réunions deviendront de plus en plus radieuses et spirituelles. Ceci se réalisera grâce à l'unité et à l'harmonie. Plus régneront l'amour et l'harmonie, plus les confirmations divines et l'aide de la Beauté bénie vous soutiendront.

Dans une de ses tablettes, il dit encore:

"Au cours de ces réunions, toute conversation s'écartant du sujet devrait être évitée. Il faudrait plutôt se limiter à chanter des versets, lire les Écritures saintes, considérer toute question concernant la cause de Dieu, c'est-à-dire les preuves et les arguments concluants et les Écrits du Bien-Aimé des nations. Ceux qui assisteront à ces réunions s'y prépareront dans une tenue correcte et propre, se tourneront vers le royaume d'Abhá et s'y rendront ensuite dans un esprit d'humilité et de soumission. Pendant la lecture des textes, ils resteront silencieux. Si quelqu'un désire prendre la parole, il le fera en toute humilité, de manière concise et courtoise.

11.10. La Fête des dix-neuf jours

En raison du développement de l'ordre administratif bahá'í, depuis l'ascension de 'Abdu'l-Bahá, la Fête des dix-neuf jours, qui a lieu le premier jour de chaque mois bahá'í, revêt une importance très particulière du fait qu'elle procure non seulement l'occasion de lire des prières et des textes des Écritures saintes en commun mais permet, de plus, une consultation générale sur toutes les activités bahá'íes en cours. Cette fête est l'occasion pour l'assemblée spirituelle de fournir les rapports à la communauté et d'inviter tous les membres à discuter les plans ou à faire des suggestions susceptibles de renouveler et d'améliorer les moyens d'action.

11.11. Le Mashriqu'l-Adhkár
[Adhkár : prononcer Azkár en persan]

Bahá'u'lláh a laissé des instructions pour les temples d'adoration à ériger par ses adeptes dans chaque pays et chaque ville. Il les appela: Mashriqu'l-Adhkár, ce qui signifie: "Point d'aurore de la louange de Dieu".

Ce Mashriqu'l-Adhkár doit être un bâtiment à neuf côtés, surmonté d'un dôme; il doit être aussi artistique que possible, tant par son architecture que par son exécution. Il sera érigé dans un parc orné de fontaines, d'arbres et de fleurs. Autour de lui seront construits plusieurs bâtiments complémentaires réservés à des œuvres sociales, éducatives et philanthropiques; ainsi, l'adoration de Dieu dans le temple sera-t-elle toujours étroitement liée, d'une part, au ravissement déférent qu'on éprouve devant les beautés de la nature et de l'art et, de l'autre, à des activités concrètes pour l'amélioration des conditions sociales.

[Il est intéressant de faire le parallèle entre le Mashriqu'l-Adhkár et l'image décrite en vers par Tennyson. Voici la traduction de ce poème: "J'ai rêvé que pierre à pierre j'élevais un sanctuaire sacré, un temple: ni pagode, ni mosquée, ni église, mais plus élevé, plus simple et toujours grand ouvert à tous les souffles des cieux; et la vérité et la paix et l'amour et la justice venaient l'habiter." (Akbar's dream, 1892.)]

Jusqu'à présent les bahá'ís d'Irán ont été empêchés de construire des temples ouverts au public et le premier grand Mashriqu'l-Adhkár fut construit à 'Ishqábád, en Russie [Cette première maison d'adoration fut sérieusement endommagée lors d'un tremblement de terre en 1948 et dut être démolie quelques années plus tard]. Le second s'élève à Wilmette, au bord du lac Michigan, à quelques kilomètres au nord de Chicago. 'Abdu'l-Bahá en consacra l'emplacement lors de sa visite en Amérique en 1912 [Ce temple fut achevé en 1953. Depuis, d'autres temples bahá'ís ont été construits à Kampala (Uganda), Sydney (Australie) et Francfort (Allemagne), Panama (Panama), Apia (Samoa Occidental), et New-Delhi (Inde). Aujourd'hui, en 1989, des terrains ont été acquis pour y bâtir 126 autres temples (voir épilogue)].

'Abdu'l-Bahá, dans ses tablettes se rapportant à ce temple-mère de l'Ouest, écrit ce qui suit:

"Loué soit Dieu! De tous les pays du monde, en ce moment, chacun apporte sa contribution, selon ses moyens, pour le fonds destiné à la construction du Mashriqu'l-Adhkár d'Amérique... Depuis l'époque d'Adam jusqu'à ce jour, l'homme n'a jamais été témoin d'une chose pareille: des contributions sont parvenues des pays les plus reculés d'Asie jusqu'en Amérique. Ceci n'est possible que grâce au pouvoir de l'alliance de Dieu. En vérité, ce fait provoque l'émerveillement de tous ceux qui sont doués d'intuition. Il est à espérer que les croyants en Dieu feront preuve de générosité et qu'ils rassembleront une somme importante pour cette construction... Je désire que chacun soit libre d'agir comme il lui plaît. Si quelqu'un veut employer son argent à d'autres fins, qu'il le fasse. N'influencez personne d'aucune manière, mais soyez certains que la chose la plus importante à l'heure actuelle est la construction du Mashriqu'l-Adhká.

...Le mystère de cet édifice est grand et ne peut encore être dévoilé, mais sa construction est la plus importante des entreprises actuelles. Le Mashriqu'l-Adhkár comporte d'importants bâtiments annexes. Ce sont: l'orphelinat, l'hôpital et le dispensaire pour indigents, la maison pour incurables, l'université pour l'éducation scientifique et l'hospice. Dans chaque ville, un grand Mashriqu'l-Adhkár devrait être construit sur ces données. Le Mashriqu'l-Adhkár retentira chaque matin des louanges rendues à Dieu. Il n'y aura pas d'orgue dans le temple. Dans les édifices voisins auront lieu des fêtes, des célébrations, des congrès, des réunions publiques et des assemblées spirituelles, mais, dans le temple, cantiques et plains-chants s'élèveront sans accompagnement. Et ouvrez toutes grandes ses portes à l'humanité tout entière!

Lorsque ces institutions: collège, hôpital, hospice, maison de repos, université des hautes études pour l'obtention des grades supérieurs, et les autres édifices à caractère philanthropique seront établis, ils seront ouverts à toutes les nations et à toutes les religions. Toute cloison étanche sera abolie. Les charités seront dispensées sans distinction de couleur ni de race. Les portails seront grands ouverts au genre humain, sans préjugé envers qui que ce soit, mais avec amour. L'édifice central sera consacré à la prière et à l'adoration. Ainsi... la religion pourra entrer en harmonie avec la science, la science servira la religion, toutes deux répandant à foison leurs bienfaits matériels et spirituels sur toute l'humanité."

11.12. La vie après la mort

Bahá'u'lláh nous dit que la vie dans le corps n'est que le stade embryonnaire de notre existence et que l'abandon de ce corps constitue une nouvelle naissance qui ouvre à l'esprit humain une vie plus épanouie et plus libre. Il écrit:

"Sache en vérité que l'âme, après s'être libérée du corps, continuera de progresser dans un état et des conditions que ne pourront altérer ni la révolution des âges et des siècles, ni les hasards et vicissitudes de ce monde, jusqu'à ce qu'elle ait accédé à la présence de Dieu. Elle persistera aussi longtemps que le royaume de Dieu lui-même, sa souveraineté, son empire et sa puissance. Elle manifestera les signes de Dieu et ses attributs, elle révélera sa tendre bonté et sa générosité. Le mouvement qui anime ma plume s'arrête, impuissant à décrire convenablement la gloire et la noblesse d'un si sublime état. L'honneur conféré à l'âme par la Main de miséricorde sera tel que ni les mots ni tout autre moyen ici-bas ne pourraient le révéler ni le décrire de manière adéquate.

Bénie est l'âme qui, à l'heure où elle se sépare du corps, se trouve purifiée des vaines imaginations des peuples du monde! Une telle âme vit et se meut selon la volonté de son Créateur et s'élève jusqu'aux régions supérieures du paradis. Les célestes houris, hôtesses des résidences suprêmes, l'entoureront; les prophètes de Dieu et ses élus rechercheront sa compagnie. Cette âme conversera librement avec eux et leur exposera tout ce qu'elle a enduré dans le chemin de Dieu, le Seigneur de tous les mondes. Si l'homme pouvait prendre conscience de ce qui est réservé à une telle âme dans les royaumes de Dieu, le Seigneur du trône céleste et de cette terre, son être entier se consumerait instantanément du désir d'atteindre un si sublime, un si pur et resplendissant état...

La nature de l'âme après la mort ne peut jamais être décrite, et il n'est ni opportun ni permis d'en révéler pleinement le caractère aux yeux des hommes. Les prophètes et les messagers de Dieu ont été envoyés dans le seul but de guider l'humanité dans le chemin direct vers la vérité. L'objet primordial de leur révélation est d'instruire les hommes afin qu'ils puissent, à l'heure de la mort, s'élever vers le trône du Très-Haut, en toute pureté et sainteté, dans un détachement absolu. De la lumière irradiée par ces âmes dépendent les progrès du monde et l'avancement des peuples. Elles sont comme un levain qui transforme l'existence et constituent la force animatrice qui fait éclore les arts et toutes les merveilles du monde. C'est par elles que les ondées célestes arrosent les hommes de leurs bienfaits et que la terre prodigue ses fruits. Toute chose a nécessairement une origine, un pouvoir moteur, un principe animateur.

Ces âmes, symboles de détachement, ont fourni et continueront de fournir l'impulsion créatrice suprême au monde de l'existence. L'au-delà est aussi différent de ce monde que l'est notre terre de celui de l'enfant encore dans le sein de sa mère..."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, LXXXI, pp. 103 et 104.)

De même, 'Abdu'l-Bahá écrit:

"Les mystères inaccessibles à l'homme sur la terre lui seront dévoilés dans le monde céleste; là, il sera informé des secrets de la vérité; à plus forte raison découvrira-t-il ou reconnaîtra-t-il les personnes avec lesquelles il a été en rapport! Sans aucun doute, les saintes âmes douées d'une vision pure et de perception seront, dans le royaume des lumières, informées de tous les mystères et elles rechercheront la faveur de contempler la réalité de toutes les grandes âmes. En ce monde, elles contempleront même de façon manifeste la beauté de Dieu. De plus, elles y retrouveront tous les amis de Dieu, ceux d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui, tous présents au rassemblement céleste.

Les caractéristiques et les distinctions qui existent entre les hommes deviendront naturellement apparentes après leur départ de ce monde mortel. Cette distinction ne se rapporte pas aux lieux, mais seulement à l'âme et à la conscience. Car le royaume de Dieu est sanctifié du temps et de l'espace, c'est un autre monde et un autre univers.

Sache en toute certitude que dans les mondes divins, les bien-aimés spirituels se reconnaîtront les uns les autres et qu'ils chercheront à s'unir, mais dans une union spirituelle. De même, l'amour qu'on a pu éprouver pour quelqu'un ne sera pas oublié dans le monde du royaume, pas plus que tu n'oublieras ce que fut ta vie dans le monde matériel."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I, p.205.)
11.13. Ciel et enfer

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá considèrent les descriptions du ciel et de l'enfer données par les anciennes Écritures religieuses et dans l'histoire biblique de la création comme symboliques et non littéralement vraies. Selon eux, le ciel est l'état de perfection et l'enfer l'état d'imperfection; le ciel représente l'harmonie avec la volonté de Dieu et avec nos semblables tandis que l'enfer est l'absence de cette harmonie; le ciel est la condition de la vie spirituelle, l'enfer celui de la mort spirituelle. Un homme peut se trouver au ciel ou en enfer même s'il est encore sur terre. Les joies du paradis sont des joies spirituelles tandis que les peines de l'enfer consistent en la privation de ces joies.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Lorsque, par la lumière de la foi, les hommes sont délivrés des noirceurs du vice, qu'ils sont éclairés par les rayons du Soleil de Vérité et qu'ils s'ennoblissent de toutes les vertus, ils estiment cet état comme la plus belle des récompenses et savent qu'il constitue le paradis véritable. De même, ils considèrent comme un châtiment spirituel... le fait d'être asservi au monde de la nature, d'être séparé de Dieu, d'être brutal et ignorant, de succomber aux convoitises de la chair, de céder à des faiblesses animales, d'être caractérisé par de noirs défauts... pour eux, ce sont les pires châtiments et les pires tortures...

Les récompenses de l'autre monde sont les perfections et la paix que l'on obtient dans les mondes de l'esprit après avoir quitté celui-ci... les grâces spirituelles, les divers dons spirituels du royaume de Dieu, la réalisation des désirs de l'âme et du cœur et la rencontre de Dieu dans le monde de l'éternité. De même, les châtiments de l'au-delà... consistent en la privation des bénédictions divines spéciales et des bontés absolues, en la déchéance vers les degrés inférieurs de l'existence. Celui qui se prive des bienfaits divins, bien que son âme persiste après la mort, est cependant considéré comme inexistant par le peuple de la vérité.

La richesse de l'autre monde, c'est la proximité de Dieu. Par conséquent, il est certain que ceux qui sont près du parvis céleste peuvent intercéder; et cette intercession reçoit l'approbation de Dieu... Il est même possible à ceux qui sont morts en état de péché et d'impiété de changer de condition, c'est-à-dire qu'ils peuvent faire l'objet du pardon par la bonté de Dieu, mais non par sa justice; car la bonté donne sans compter, tandis que la justice accorde selon le mérite. De même que nous possédons ici-bas la faculté de prier pour ces âmes, de même serons-nous doués d'un pouvoir similaire dans l'autre monde qui est le royaume de Dieu... Par conséquent, le progrès est également possible dans l'autre monde. Là aussi on peut recevoir la lumière par ses propres supplications, là aussi on peut demander pardon et recevoir la rémission par ses prières et ses supplications.

Avant de quitter cette forme matérielle, de même qu'après, nous pouvons progresser vers la perfection, mais non pas changer d'état... Il n'est pas d'être supérieur à l'homme parfait. Lorsque l'être humain atteint cette condition, il lui est toujours possible d'avancer vers plus de perfection mais non de changer son état, parce qu'il n'existe aucune condition plus élevée qui lui soit accessible. Il progresse uniquement dans son état humain, car les perfections humaines sont sans limites. Ainsi, si savant que soit un homme, on peut en imaginer un plus savant. De sorte que les perfections humaines étant illimitées, l'homme peut aussi poursuivre son perfectionnement après avoir quitté cette planète."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, pp. 229 à 242.)
11.14. L'unité des deux mondes

L'unité de l'humanité, telle qu'elle est enseignée par Bahá'u'lláh, englobe non seulement les êtres vivant sur la terre mais tous les êtres humains présents ou disparus. Non seulement tous les habitants de la terre, mais aussi tous ceux du monde spirituel font partie d'un seul et même organisme dont les deux parties sont étroitement liées. Leur communion spirituelle, loin d'être impossible ou surnaturelle, est constante et inévitable. Ceux dont les facultés spirituelles ne sont pas encore développées n'ont pas conscience de cette connexion vitale, mais à mesure que nos facultés se développent, les communications avec ceux qui sont derrière le voile deviennent graduellement plus conscientes et plus définies. Pour les prophètes et les saints, cette communion spirituelle est aussi familière et aussi réelle que la vue et la conversation pour le reste du genre humain.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Les visions des prophètes ne sont nullement des songes; ce sont des révélations spirituelles qui ont une valeur réelle. Ils disent par exemple: "J'ai vu tel personnage sous telle apparence; je lui ai dit telle chose et il m'a fait telle réponse." Cette vision s'est produite à l'état de veille et non au cours du sommeil: c'est une révélation spirituelle...

Entre les âmes spirituelles s'établissent une compréhension et des rapports spirituels, une communion purifiée de toute imagination ou fantaisie, une intimité dégagée du temps et de l'espace. Ainsi, l'Évangile relate que Moïse et Élie vinrent trouver Jésus sur le mont Thabor, et il est évident que ce ne fut pas une réunion matérielle. Ce fut une entrevue spirituelle. De telles communications sont possibles et elles produisent des effets merveilleux sur les esprits et les pensées des hommes; elles sont une cause de l'attraction des cœurs."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, pp. 256 à 258.)

Tout en admettant la réalité des facultés psychiques supra-normales, 'Abdu'l-Bahá condamne toute tentative d'en forcer prématurément le développement. Ces facultés s'épanouiront tout naturellement quand le moment sera venu pourvu que nous suivions la voie du progrès spirituel tracée par les prophètes. 'Abdu'l-Bahá explique:

"Expérimenter les forces psychiques alors qu'on est encore dans ce monde affecte la condition de l'âme dans le monde à venir. Ces forces sont réelles, mais normalement elles sont inactives sur ce plan-ci. L'enfant dans le sein de sa mère possède des yeux, des oreilles, des mains, des pieds, etc., mais tout cela n'est pas encore en activité. Le but de la vie dans ce monde matériel est l'avancement vers le monde de la réalité où ces facultés entreront en action. Elles appartiennent à cet autre monde."

(Extrait des notes de Miss Buckton, révisées par 'Abdu'l-Bahá.)

Il ne faut pas rechercher les communications avec les esprits des disparus, ni par plaisir ni par vaine curiosité. Cependant, c'est un devoir et un privilège pour ceux qui sont d'un côté du voile d'aimer et de prier pour ceux qui sont de l'autre. Il est recommandé aux bahá'ís de prier pour les morts. 'Abdu'l-Bahá a dit à Miss E.J. Rosenberg en 1904:

"La grâce de l'intercession efficace est l'une des perfections dont les âmes avancées sont douées ainsi que les manifestations de Dieu. Jésus-Christ avait, sur terre, le pouvoir d'intercéder pour l'absolution de ses ennemis et il possède certainement encore ce pouvoir. 'Abdu'l-Bahá ne mentionne jamais le nom d'un disparu sans ajouter: "Que Dieu lui pardonne" ou des paroles analogues. Les disciples des prophètes ont aussi cette faculté de prier pour le pardon des âmes. Par conséquent, nous ne devons pas croire que certaines âmes sont condamnées à un état stationnaire de souffrance ou de privation parce qu'elles ont absolument ignoré Dieu. Le pouvoir d'intercession en leur faveur existe toujours et il est efficace...

Dans l'autre monde, le riche peut aider le pauvre, tout comme ici-bas. Dans tous les mondes, tous sont les créatures de Dieu et tous dépendent toujours de Lui. Personne n'est indépendant, nul ne peut le devenir. Comme tous relèvent de Dieu, plus ils demanderont, plus ils recevront. Que possèdent-ils, quel est leur trésor? Et dans l'autre monde, qu'entend-on par aide et par assistance? Elles consistent dans l'intercession. Les âmes peu développées doivent progresser, d'abord par les supplications de ceux qui sont spirituellement riches, ensuite par leurs propres supplications."

Il dit encore:

"Ceux qui sont dans l'autre monde possèdent des attributs différents de ceux qui sont encore sur terre, cependant il n'y a pas de séparation réelle. La prière établit la fusion des deux états, le mélange de ces deux conditions. Priez pour eux comme ils prient pour vous."

('Abdu'l-Bahá in London, p. 97.)

Comme on lui demandait s'il était possible, par la foi et l'amour, de porter la nouvelle révélation à la connaissance de ceux qui ont quitté cette terre sans en avoir entendu parler, 'Abdu'l-Bahá répondit:

"Oui, certainement! Puisque la prière sincère produit toujours son effet et qu'elle a une grande influence dans l'autre monde. Nous ne sommes jamais séparés de ceux qui s'y trouvent. L'influence réelle et véritable produit ses effets, non dans ce monde-ci, mais dans l'autre."

(Notes de Mary Hanford Ford, Paris 1911.)
D'autre part, Bahá'u'lláh écrit:

"Selon un ordre de Dieu, le Bien-Aimé, celui qui est digne de louanges, l'assemblée céleste, le peuple du paradis suprême et tous ceux qui s'abritent sous le dôme de grandeur prieront pour celui dont la vie est conforme à ce qui lui fut prescrit."

(Tablette traduite en anglais par 'Alí Kulí Khán.)

Lorsqu'on demanda à 'Abdu'l-Bahá comment il se fait que le cœur, souvent, se tourne instinctivement vers quelque ami disparu, il répondit:

"Une loi de la création de Dieu veut que le faible s'appuie sur le fort. Ceux vers qui vous vous sentez attiré peuvent servir de médiateurs entre la puissance divine et vous, ainsi qu'ils le pouvaient déjà sur la terre, mais le Saint-Esprit seul fortifie tous les hommes."

('Abdu'l-Bahá in London, p. 98.)
11.15. La non-existence du mal

Selon la philosophie bahá'íe, il découle de la doctrine de l'unité de Dieu que le mal ne peut exister en tant que force positive. Il ne peut y avoir qu'un seul Infini. S'il existait dans l'univers un autre pouvoir extérieur ou opposé à l'Unique, alors l'Unique ne serait plus l'Infini. De même que l'obscurité n'est qu'un manque ou un degré moindre de lumière, le mal n'est que l'absence ou le degré moindre du bien, l'état intermédiaire de ce qui n'est pas assez développé.

Un homme méchant est celui qui n'a pas encore développé le côté noble de sa nature. S'il est égoïste, le mal ne réside pas dans son amour de lui-même; tout amour, même l'amour de soi est bon, divin. Ce qui est mal, c'est que cet amour de lui-même soit si limité, si inadéquat, si mal dirigé, et qu'il n'en éprouve pas pour Dieu et ses semblables. Il se considère seulement comme un genre d'animal supérieur et il flatte sottement sa nature inférieure, comme on flatterait un chien favori; mais pour lui, les conséquences sont autrement graves que pour le chien.

'Abdu'l-Bahá dit dans une de ses lettres:

"En réponse à ta remarque, il est exact que 'Abdu'l-Bahá ait dit à des croyants que le mal n'a jamais existé, ou plutôt que c'est une chose inexistante. Ceci est exact, de telle sorte que le plus grand mal pour l'homme est de s'écarter du droit chemin et de se trouver séparé de la vérité. L'erreur provient d'un manque de direction, l'obscurité est l'absence de lumière, l'ignorance, le manque de connaissances, la fausseté est l'absence de vérité, la cécité, l'inexistence de la vue et la surdité, l'inexistence de l'ouïe. Donc, l'erreur, la cécité, la surdité et l'ignorance sont inexistants."

Il dit encore:

"Dans la création, rien n'est mauvais, tout est bon. Tels caractéristiques et défauts innés en certains hommes, et en apparence blâmables, ne le sont pas en réalité. Ainsi, chez l'enfant, on peut, dès le début de son existence, déceler les signes de la colère, du désir et les défauts de son tempérament. On pourrait donc en déduire que le bien et le mal sont innés dans la nature humaine, et ceci serait contraire à l'idée du bien absolu dans la nature et la création. Voici la réponse: le désir qui consiste à demander toujours plus est une qualité louable, à condition qu'elle s'exerce à propos. Si un homme est animé du désir d'acquérir la science et la connaissance ou de devenir plus compatissant, plus généreux et plus juste, cela est très louable. S'il dirige sa colère et sa fureur contre des tyrans sanguinaires pareils à des bêtes féroces, cela aussi est très louable. Mais s'il n'exerce pas ces qualités dans la bonne voie, il est blâmable...

... Il en est de même pour toutes les caractéristiques naturelles de l'homme qui constituent le capital de sa vie; s'il le gère mal ou en dispose illégalement, elles deviennent blâmables. Il est donc clair que la création est pure bonté."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, p. 221.)

Le mal est toujours un manque de vitalité. Si le côté inférieur de la nature de l'homme est développé d'une façon disproportionnée, le remède n'est pas d'en diminuer la vitalité, mais d'accroître celle de l'être supérieur qui est en lui, afin de restaurer l'équilibre.

Le Christ a dit: Je suis venu pour vous donner la vie, une vie plus épanouie. C'est cela qui est le plus nécessaire à tous: vivre plus pleinement une vie qui soit la vraie vie.

Bahá'u'lláh a donné le même message que celui du Christ, et il dit:

"Aujourd'hui, ce serviteur est assurément venu pour vivifier le monde [Tablette au Ra'ís]. Et à ses fidèles, il dit: Suivez-moi et Nous ferons de vous les rénovateurs de la vie humaine."

[Tablette au Pape]
12. LA RELIGION ET LA SCIENCE

"'Alí, le gendre de Muhammad, a dit: "Ce qui est conforme à la science est aussi conforme à la religion." Tout ce que l'intelligence de l'homme ne peut comprendre, la religion ne devrait pas l'accepter. La religion et la science vont la main dans la main, et toute religion en contradiction avec la science n'est pas la vérité."

'ABDU'L-BAHÁ
12.1. Cause des malentendus

Un des enseignements fondamentaux de Bahá'u'lláh dit que la vraie religion et la vraie science se doivent d'être toujours en harmonie. La vérité est une et toute contradiction qui surgit découle, non de la vérité, mais de l'erreur. Entre la prétendue science et la prétendue religion il y a eu, tout au long des siècles, des conflits farouches; mais si nous considérons ces conflits à la lumière d'une vérité plus complète, nous verrons toujours qu'ils sont dus à l'ignorance, aux préjugés, à la vanité, à la convoitise, à l'étroitesse d'esprit, à l'intolérance, à l'obstination ou à quelque excès de ce genre, étranger au véritable esprit, tant de la science que de la religion, car l'une et l'autre relèvent du même esprit.

Comme l'a écrit Huxley: "Les grandes œuvres des philosophes sont moins le fruit de leur intelligence que celui de la direction imprimée à cette intelligence par une prédisposition éminemment religieuse de leur esprit. La vérité a cédé plus à leur patience, à leur amour, à leur simplicité de cœur, à leur abnégation qu'à leur perspicacité."

Le mathématicien Boole nous affirme que "l'induction géométrique est essentiellement un processus de prière, un appel du fini à l'infini pour être éclairé sur des questions d'ordre limité".

Les grandes sommités de la religion et de la science ne se sont jamais contredites les unes les autres. C'est de ces disciples--adorateurs de la lettre et non de l'esprit--indignes de ces grands instructeurs du monde que sont issus les persécuteurs des nouveaux prophètes et les plus violents obstacles au progrès. Parce qu'ils ont étudié une certaine doctrine, ils la tiennent pour sacrée; avec le plus grand soin et la plus grande précision, ils en ont défini les propriétés et les particularités suivant leur vision limitée. C'est là pour eux la seule lumière véritable. Si Dieu, en sa bonté infinie, suscite ailleurs une lumière plus vive, ils s'alarment; et si le flambeau de l'inspiration, aux mains d'un nouveau porte-flambeau, brûle plus intensément, plutôt que d'accueillir avec joie cette lumière et d'adorer avec une gratitude renouvelée le Père de toutes les lumières, ils s'irritent. Cette lumière nouvelle ne correspond pas à leurs définitions, elle n'a pas la couleur orthodoxe, elle n'apparaît pas à l'endroit déterminé, aussi faut-il l'éteindre à tout prix afin qu'elle n'égare pas les hommes dans le sentier de l'hérésie!

La plupart des ennemis des prophètes sont ainsi: des guides aveugles pour les aveugles, faisant obstacle à une nouvelle et plus profonde vérité, et cela dans l'intérêt supposé de ce qu'ils croient être la vérité. D'autres, plus vils, combattent la vérité pour des intérêts personnels, ou encore obstruent la voie du progrès par leur inertie ou parce qu'ils sont morts spirituellement.

12.2. Persécution des prophètes

Les grands prophètes de la religion ont toujours été, dès leur avènement, méprisés et repoussés par les hommes. Leurs premiers disciples ont, comme eux, supporté tous les assauts des persécuteurs et sacrifié leur vie ainsi que tout ce qu'ils possédaient dans le chemin de Dieu. Il en est encore de même à notre époque. Depuis 1844, des milliers de bábís et de bahá'ís ont, en Irán, enduré des supplices cruels et accepté la mort pour leur foi, et plus nombreux encore sont ceux qui ont subi l'emprisonnement, l'exil, la pauvreté et l'humiliation.

La dernière des grandes religions a été "baptisée dans le sang" plus encore que les précédentes et ses adeptes continuent à être martyrisés. Le même sort a été réservé aux prophètes de la science. Giordano Bruno, philosophe italien, fut brûlé comme hérétique, en l'an 1600 de l'ère chrétienne, parce qu'il enseignait, entre autres choses, que la Terre tournait autour du Soleil. Peu de temps après, Galilée, le vétéran de la physique, fut forcé d'abjurer, à genoux, la même doctrine, afin d'échapper à semblable sort. À une époque plus récente, Darwin et les pionniers de la géologie moderne furent attaqués avec véhémence pour avoir osé discuter l'enseignement des saintes Écritures selon lequel le monde aurait été créé en six jours et depuis moins de six mille ans!

L'opposition faite à la nouvelle vérité scientifique ne vint cependant pas de l'Église seule. De même que la religion orthodoxe, la science orthodoxe a été tout aussi hostile au progrès. Christophe Colomb fut raillé et vilipendé par les soi-disant savants de son temps qui, satisfaits de cette explication théorique, démontraient que si les vaisseaux réussissaient à descendre aux antipodes, de l'autre côté du globe, il leur serait absolument impossible de remonter à leur point de départ. Galvani, le pionnier de l'électricité, fut raillé par ses collègues et surnommé "le maître à danser des grenouilles".

Harvey, qui découvrit la circulation du sang, fut ridiculisé et persécuté par ses confrères à cause de ses opinions hérétiques et il fut chassé de sa chaire. Quand Stephenson inventa la locomotive, les mathématiciens d'Europe, au lieu d'ouvrir les yeux et d'étudier les faits, continuèrent pendant des années à démontrer--satisfaits de leurs explications théoriques--qu'une machine sur rails lisses ne pourrait jamais traîner des fardeaux parce que les roues glisseraient et patineraient sur place, sans faire avancer le train.

Les exemples pourraient s'accumuler, en puisant tant dans l'histoire ancienne que dans l'histoire moderne et même dans l'histoire contemporaine. Pour imposer sa merveilleuse langue internationale, le Dr Zamenhof, inventeur de l'espéranto, dut lutter contre les mêmes moqueries, oppositions et mépris stupides que ceux qui saluèrent Colomb, Galvani et Stephenson. Même l'espéranto, qui ne date que de 1887, a eu ses martyrs.

12.3. L'aube de la réconciliation

Cependant, dans les cinquante dernières années, un changement est survenu dans l'esprit du siècle, une nouvelle lumière de vérité a surgi et elle a déjà rendu les controverses du siècle écoulé étrangement désuètes. Où en sont maintenant les matérialistes pleins de jactance et les athées dogmatiques qui, récemment encore, prétendaient chasser la religion de ce monde? Et où en sont les prédicateurs qui, avec tant d'assurance, vouaient au feu infernal et aux tortures des damnés ceux qui n'acceptaient pas leurs dogmes? Peut-être les échos de leurs clameurs résonnent-ils encore, mais leur influence décline rapidement et leurs doctrines tombent dans le discrédit. Nous savons maintenant que les doctrines qui ont fait l'objet de leurs plus violentes controverses n'appartenaient ni à la vraie science ni à la vraie religion.

Quel savant, à la lumière des recherches psychiques modernes, pourrait encore affirmer que "le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile" ? ou que la décomposition du corps s'accompagne nécessairement de la déchéance de l'âme ? Nous voyons maintenant que la pensée, pour être tout à fait libre, doit s'élancer vers les royaumes psychique et spirituel et ne pas se confiner au seul domaine matériel. Nous réalisons que ce que nous savons maintenant de la nature n'est qu'une goutte d'eau dans un océan, en comparaison de ce qu'il nous reste à découvrir.

Aussi admettons-nous volontiers la possibilité de miracles, non pas, à vrai dire, dans le sens d'une infraction aux lois naturelles, mais comme des manifestations de l'action de forces subtiles encore inconnues de nous, comme le furent l'électricité et les rayons X pour nos ancêtres.

D'autre part, lequel des chefs religieux modernes voudrait encore déclarer qu'il est indispensable au salut de l'âme de croire que le monde a été fait en six jours, ou que la description des plaies d'Égypte, telle qu'elle est faite dans le livre de l'Exode est littéralement exacte, ou que le Soleil s'arrêta dans sa course (autrement dit: que la Terre s'arrêta de tourner) pour que Josué pût poursuivre ses ennemis, ou encore que si un homme n'accepte pas le credo de Saint Athanase, "sans aucun doute, il périra à jamais" ? De telles croyances peuvent encore se répéter comme des formules, mais qui, de nos jours, les accepterait sans réserve et dans leur sens littéral ? Leur emprise sur le cœur et l'esprit des hommes a disparu ou s'atténue rapidement.

Le monde religieux a contracté une dette de gratitude envers les hommes de science qui ont aidé à déraciner de pareils dogmes surannés et des croyances usées, en permettant à la vérité de se faire jour. Mais le monde scientifique, de son côté, a une dette de gratitude encore plus lourde envers les vrais saints et les vrais mystiques qui, en dépit des bonnes ou des mauvaises fortunes, préservèrent les vérités vitales de l'expérience spirituelle, démontrant à un monde incrédule que la vie signifie plus que l'existence charnelle et que l'invisible est plus vaste que le visible.

Ces hommes de science et ces saints furent comme les cimes des montagnes, recueillant les premiers rayons du soleil levant et les réfléchissant plus bas sur le monde. Mais maintenant, le Soleil s'est levé et ses rayons illuminent le monde entier. Une glorieuse révélation de la vérité nous est donnée par les enseignements de Bahá'u'lláh; elle apporte la satisfaction à la fois au cœur et à l'esprit, et elle réalise l'accord entre la religion et la science.

12.4. La recherche de la vérité

L'harmonie complète avec la science est évidente dans les enseignements bahá'ís relatifs à la manière de rechercher la vérité. L'homme doit se dépouiller de tous les préjugés afin de découvrir la vérité sans entraves.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Pour trouver la vérité, nous devons renoncer à nos préjugés, à nos petites notions personnelles toutes superficielles; il est essentiel d'avoir l'esprit ouvert et réceptif. Si notre calice est rempli de notre moi, il n'y a pas de place pour l'eau de vie. Le fait de prétendre que nous possédons la vérité et que tous les autres sont dans l'erreur est le plus grand de tous les obstacles vers le chemin de l'unité; or, l'unité est primordiale pour atteindre la vérité, car la vérité est une...

Aucune vérité ne peut contredire une autre vérité. La lumière est bonne quelle que soit la lampe où elle brille. Une rose est belle quel que soit le jardin où elle s'épanouit! Une étoile montre le même éclat, qu'elle luise en Orient ou en Occident! Soyez libres de préjugés, ainsi vous aimerez le Soleil de Vérité à quelque point de l'horizon qu'il apparaisse. Vous réaliserez que, si la lumière divine de la vérité brilla en Jésus-Christ, elle brilla aussi en Moïse et en Bouddha. Voilà ce qu'on entend par recherche de la vérité.

Cela signifie, de plus, que nous devons consentir à écarter tout ce que nous avons appris auparavant, tout ce qui entraverait nos pas dans la voie de la vérité; nous ne devons pas hésiter, au besoin, à recommencer notre éducation depuis le commencement. Nous ne devons pas permettre à notre attachement pour une certaine religion ou pour une personnalité définie d'obscurcir notre vision et de nous enchaîner ainsi par les superstitions. Quand nous serons dégagés de tous ces liens, quand nous chercherons avec un esprit libéré, alors nous serons capables d'atteindre notre but."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 120 et 121.)

12.5. Le véritable agnosticisme

L'enseignement bahá'í, conjointement à la science et à la philosophie, déclare que la nature essentielle de Dieu échappe entièrement à la compréhension de l'homme. De même que Huxley et Spencer mettent l'accent sur le fait que la nature de la grande Cause première reste inconnaissable, Bahá'u'lláh enseigne et répète avec insistance que "si Dieu comprend tout, Il ne peut pas être compris". À la découverte de l'essence divine, "le chemin est barré et la route impraticable".

En effet, comment le fini pourrait-il comprendre l'infini? Comment une goutte pourrait-elle contenir l'océan et comment une poussière, dansant dans un rayon de soleil, pourrait-elle englober l'univers? Cependant, la création entière parle éloquemment de Dieu. Chaque goutte d'eau recèle des océans d'explications, chaque poussière détient un univers de significations surpassant de loin l'entendement du plus grand des savants. Les chimistes et les physiciens, poursuivant leurs recherches sur la composition de la matière, ont progressé de la masse à la molécule, de la molécule à l'atome, de l'atome à l'électron et à l'éther; cependant, à chaque pas, les difficultés de la recherche se sont accumulées jusqu'à un point où l'intelligence la plus profonde ne peut pénétrer plus avant, réduite à s'incliner en silence devant l'inconnaissable Infini qui demeure à jamais enveloppé dans son insondable mystère:

"Fleur dans le mur lézardé,
Je t'arrache d'entre les lézardes.
Je te tiens là, racine et tout, dans ma main,
Petite fleur; mais si je pouvais comprendre
Ce que tu es, racine et tout, et tout dans tout,
Je saurais ce qu'est Dieu et ce qu'est l'homme."
(TENNYSON)
(Flower in the crannied wall,
I pluck you out of the crannies.
I hold you here, root and all, in my hand,
Little flower, but if I could understand
What you are, root and all, and all in all,
I should know what God and man is.)

Si la fleur du mur lézardé, si même un simple atome de matière présentent des mystères que l'intelligence la plus profonde ne peut résoudre, comment serait-il possible à l'homme de comprendre l'univers? Comment oserait-il prétendre définir ou décrire la Cause infinie de toutes choses? Les spéculations théologiques sur la nature et l'essence de Dieu, quelles qu'elles soient, sont donc à rejeter comme non-sens et futilités.

12.6. La connaissance de Dieu

Mais si l'essence de Dieu est inconnaissable, les manifestations de sa munificence sont visibles partout. Si nous ne pouvons concevoir la Cause première, chacune de nos facultés en ressent néanmoins les effets. De même que les tableaux d'un peintre révèlent au connaisseur le talent effectif de l'artiste, ainsi la compréhension de l'univers, sous chacun de ses aspects--compréhension de la nature ou de la constitution humaine, des choses visibles ou invisibles--est la compréhension de l'œuvre de Dieu, et elle procure au chercheur de la vérité divine un aperçu réel de sa gloire.

"Les cieux révèlent la gloire de Dieu et le firmament confirme l'œuvre de ses mains. Le jour en instruit un autre jour et la nuit en informe une autre nuit."

(Psaume XIX, 1-2.)
12.7. Les manifestations divines

Chaque chose manifeste la générosité de Dieu avec plus ou moins de netteté, comme tous les objets matériels exposés au soleil reflètent sa lumière à différents degrés. Un tas de suie la reflète peu, une pierre davantage, un morceau de craie plus encore; mais dans aucun de ces reflets, nous ne trouvons trace de la forme ni de la couleur de l'orbe superbe. Seul, un miroir parfait réfléchit la forme et la couleur mêmes du soleil de sorte que, si l'on regarde dans ce miroir, c'est comme si l'on regardait le soleil lui-même.

C'est ainsi que les choses nous parlent de Dieu. La pierre révèle certains des attributs divins, la fleur en montre davantage, l'animal, avec ses sens admirables, ses instincts et sa faculté de mouvement, plus encore. Chez le plus humble de nos semblables, nous découvrons des facultés merveilleuses qui dévoilent l'existence d'un Créateur prodigieux.

Le poète, le saint, l'homme de génie prouvent cette existence sous une forme encore plus élevée, mais les grands prophètes et les fondateurs de religions sont les seuls miroirs parfaits par lesquels l'amour et la sagesse de Dieu sont réfléchis vers toute l'humanité. Les miroirs des autres humains sont ternis par les souillures et les poussières de l'égoïsme et des préjugés, mais ceux-là sont purs et sans tache. Les prophètes, par leur entière soumission à la volonté de Dieu, deviennent ainsi les plus grands éducateurs de l'humanité.

Les enseignements divins et le pouvoir du Saint-Esprit ont été et sont encore, par leur entremise, les causes du progrès de la race humaine, car Dieu aide les hommes par d'autres hommes. Tout homme qui accède aux échelons supérieurs dans l'ascension de la vie peut aider ceux qui sont plus bas; et ceux qui ont atteint le sommet aident l'humanité entière. C'est comme si tous les humains étaient reliés entre eux par des liens élastiques.

Si l'un s'élève un peu au-dessus du niveau général de ses concitoyens, les liens se tendent. Ses congénères ont tendance à le ramener vers le bas, mais avec une force égale, il les attire vers le haut. Plus il s'élève, plus le poids du monde entier tente de l'alourdir, plus il compte sur le secours divin qui lui parvient par l'intermédiaire de ceux qui sont encore plus haut que lui.

Au sommet sont les grands prophètes et sauveurs, "les manifestations divines",--êtres parfaits dont chacun fut, en son époque, sans égal--qui, sans le concours de personne, portèrent le poids du monde entier, soutenus par Dieu seul. "Il portait le fardeau de nos péchés" fut vrai pour chacun d'eux. Chacun se montra "la Voie, la Vérité et la Vie" pour ses adeptes. Chacun fut un canal apportant la grâce divine à tous les cœurs qui voulurent la recevoir. Chacun eut son rôle à jouer dans le grand plan divin pour l'élévation de l'humanité.

12.8. La création

Bahá'u'lláh enseigne que l'univers n'a pas eu de commencement dans le temps. C'est une émanation perpétuelle de la grande Cause première. Le Créateur a toujours créé et, éternellement, Il continuera de créer. Les mondes et les systèmes naissent et disparaissent, mais l'univers demeure.

Tout ce qui est composé se décompose au cours du temps, mais les éléments composants subsistent. Créer un monde, une pâquerette ou un corps humain ne consiste pas "à faire quelque chose avec rien", mais à assembler des éléments qui, auparavant, étaient épars, à rendre visible quelque chose qui, auparavant, était caché. Peu à peu les éléments seront de nouveau séparés, la forme disparaîtra, mais rien ne sera vraiment perdu ni annihilé; des formes et des combinaisons toujours nouvelles surgiront des ruines du passé.

Bahá'u'lláh confirme l'hypothèse des hommes de science qui assignent non pas six mille ans mais des millions et des trillions d'années à l'histoire de la création de la Terre. La théorie de l'évolution n'infirme pas la puissance créatrice. Elle tend seulement à décrire le mode de sa manifestation; et la merveilleuse histoire de l'univers matériel que l'astronome, le géologue, le physicien, le biologiste nous dévoilent petit à petit est, si on l'apprécie à sa juste valeur, infiniment plus digne d'éveiller l'adoration et le respect les plus profonds que les récits primitifs et naïfs de la création transmis par les Écritures hébraïques.

L'antique description de la Genèse eut cependant l'avantage d'indiquer, par quelques grands traits symboliques, le sens spirituel essentiel de l'histoire. Elle l'a fait comme un peintre de génie qui peut, en quelques coups de pinceau, fixer une impression, alors qu'un artiste moyen, malgré tout le soin qu'il apporte aux détails, peut échouer complètement à la rendre. Si les détails matériels nous rendent aveugles au sens spirituel, mieux vaudrait les ignorer; mais si nous avons une bonne fois profondément saisi le sens essentiel de l'esquisse entière, alors la connaissance des détails ajoutera une richesse et une splendeur merveilleuses à notre compréhension, transformant l'esquisse en un tableau magnifique.

'Abdu'l-Bahá dit:

"Sachez qu'un des sujets spirituels les plus complexes est que le monde de l'existence, c'est-à-dire cet univers infini, n'a pas eu de commencement... Sachez... qu'un créateur sans créatures est inconcevable, un dispensateur est inimaginable s'il n'est personne pour recevoir; car tous les noms et les attributs divins supposent l'existence de créatures. Si l'on pouvait imaginer une période où aucun être n'existait, cela reviendrait à nier la divinité de Dieu. De plus, la non-existence absolue ne peut devenir l'existence. Si les êtres avaient été absolument inexistants, la vie ne se serait jamais manifestée; de sorte que l'Essence de l'Unité, c'est-à-dire l'existence de Dieu, étant éternelle et immortelle, sans commencement ni fin, il est certain que ce monde de l'existence... n'a ni commencement ni fin... Certes, il se peut qu'une des parties de l'univers, par exemple une des planètes, puisse nouvellement se former ou prochainement se désintégrer; mais les autres planètes, néanmoins, subsistent... Comme chaque planète a un commencement, elle aura fatalement une fin, car toute composition, générale ou particulière doit, obligatoirement, se décomposer; ce qui les différencie, c'est que certaines se décomposent rapidement et d'autres plus lentement. Mais il est impossible d'envisager l'éventualité d'un corps composé qui ne se décomposerait pas."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, pp. 186 et 187.)

12.9. L'évolution de l'homme

Bahá'u'lláh confirme les conclusions des biologistes qui, remontant le cours de l'évolution des espèces, attribuent des millions d'années à l'histoire du développement du corps humain. Partant d'une forme très simple, en apparence insignifiante, le corps s'est développé étape par étape, au cours d'innombrables générations, devenant de plus en plus complexe et de mieux en mieux organisé, jusqu'à ce que l'état actuel de l'être humain fût atteint.

Chaque corps humain s'est développé individuellement par étapes, partant de la petite particule ronde de matière gélatineuse pour aboutir à l'homme complètement développé. Si ceci est vrai pour l'être individuel--ce que personne ne réfute--pourquoi serait-ce déroger à la dignité humaine que d'admettre un processus analogue pour l'espèce? "Ceci est très différent de la théorie transformiste selon laquelle l'homme descendrait du singe."

L'embryon humain a pu, à un moment donné de sa croissance, ressembler à un poisson, avec des branchies et une queue, mais ce n'était pas un poisson. C'était un embryon humain. De même, l'espèce humaine [On se sert ici du terme "espèce" pour marquer la distinction qui a toujours existé entre les hommes et les animaux, malgré l'apparence extérieure. Il ne doit pas être pris dans sa signification biologique courante], au cours des stades variés de son long développement, peut avoir ressemblé superficiellement à diverses espèces d'animaux inférieurs; c'était néanmoins déjà le genre humain, doué de ce mystérieux pouvoir latent lui permettant d'acquérir les caractéristiques humaines que nous lui connaissons aujourd'hui et, bien plus, de développer dans l'avenir des êtres hautement perfectionnés.

'Abdu'l-Bahá dit:

"...il est clair que le globe terrestre, dans son aspect actuel, n'a pas été créé d'un seul coup, mais que... degré par degré, il a traversé des phases différentes jusqu'à ce qu'il resplendît dans cet état de perfection... L'homme au commencement de son existence et dans le sein de la terre--comme l'embryon dans le sein maternel--a grandi et s'est développé graduellement et est passé d'une forme à une autre... jusqu'à ce qu'il apparaisse avec cette beauté et cette perfection, cette force et cette puissance. Il est certain qu'au début il n'avait pas cette beauté, cette grâce, cette élégance et que ce n'est que par degré qu'il a atteint cette forme, cette silhouette, cette beauté et cette grâce...

Du début et jusqu'à ce qu'il atteigne cet aspect, cette forme et cette condition, il s'est nécessairement passé un temps très long... mais, depuis son début, l'espèce était distincte... En admettant que les traces d'organes disparus se retrouvent actuellement dans le corps humain, ce n'est pas une preuve de la non-permanence et de la non-originalité de l'espèce; tout au plus cela prouve-t-il que la forme, les dispositions et les organes humains ont évolué. Mais l'homme a toujours été une espèce distincte: un homme et non un animal."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, pp. 188 à 190.)
De l'histoire d'Adam et Eve, 'Abdu'l-Bahá dit:

"Si nous prenons cette histoire au sens apparent, selon l'interprétation adoptée communément, elle est en effet extraordinaire. L'intelligence ne peut l'accepter, l'affirmer, ni même l'imaginer car de telles dispositions, de tels détails, de tels discours et de tels reproches seraient indignes d'un homme intelligent et à plus forte raison de la Divinité qui a organisé cet univers infini de la manière la plus parfaite, avec ses habitants innombrables, suivant un ordre systématique, puissant, parfait... C'est pourquoi l'histoire d'Adam et Eve qui mangèrent le fruit de l'arbre et furent expulsés du paradis doit être considérée comme uniquement symbolique. Elle contient des mystères divins, des significations générales et elle est susceptible d'explications merveilleuses."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, p. 129.)
12.10. Le corps et l'âme

Les enseignements bahá'ís ayant trait au corps et à l'âme et à la vie après la mort sont parfaitement en harmonie avec les résultats des recherches psychiques. Comme nous l'avons vu, ces enseignements expliquent que la mort n'est qu'une nouvelle naissance (l'évasion de la prison du corps vers une vie plus large) et que le progrès dans l'au-delà est sans limites.

De l'avis des chercheurs les plus impartiaux et les plus critiques, les nombreuses preuves scientifiques qui se sont peu à peu accumulées suffisent amplement à établir la réalité de la vie après la mort, la certitude de la continuation de l'activité de l'âme consciente après la décomposition du corps matériel. Comme F.W.H. Myers le dit dans son ouvrage "Human Personality" où il résume la plupart des investigations de la Société de Recherches Psychiques:

"L'observation, l'expérimentation, la déduction ont conduit beaucoup de chercheurs, dont je suis, à croire à une communication télépathique directe, non seulement entre les esprits des hommes qui sont encore sur la terre, mais encore entre ceux-ci et les esprits des défunts. Une telle découverte ouvre aussi la porte à l'idée de la révélation...

Nous avons démontré que, parmi beaucoup d'erreurs collectives et subjectives, de fraudes ou d'illusions, de véritables communications nous parviennent d'outre-tombe...

Par des découvertes et des révélations, certaines thèses ont été provisoirement établies au sujet d'âmes de disparus qu'il nous a été donné de rencontrer. Le fait le mieux établi, du moins à mon avis, c'est que leur état semble être un état d'évolution perpétuelle dans la sagesse et dans l'amour. Leurs affections terrestres persistent et surtout ces amours d'essence supérieure qui s'expriment par l'adoration et le culte... Le mal leur apparaît moins comme une chose affreuse que comme un esclavage. Il n'est pas incarné par une puissante entité mais représente plutôt une démence individuelle de laquelle les esprits plus évolués s'efforcent de libérer toute âme déformée.

Point n'est besoin du châtiment par le feu; la découverte du moi est la punition ou la récompense de l'homme, ainsi que la connaissance de soi-même et l'intimité ou l'éloignement d'âmes amies. Car, en ce monde-là, l'amour est véritablement ce qui préserve l'individu; la communion des saints n'orne pas seulement la vie éternelle, mais elle la constitue. Bien mieux, il résulte des lois de la télépathie que cette communion a sa valeur pour nous ici-bas aujourd'hui même. Dès à présent, l'amour des âmes envolées répond à nos invocations. Dès à présent, notre souvenir affectueux--l'amour est en lui-même une prière--soutient et fortifie les esprits délivrés dans leur voie ascendante."

Le degré de concordance entre ces conceptions fondées sur des recherches scientifiques attentives et les conceptions bahá'íes est vraiment remarquable.

12.11. L'unité de l'humanité

"Vous êtes tous les fruits d'un même arbre, les feuilles d'une seule branche, les fleurs d'un même jardin". C'est là l'une des assertions les plus caractéristiques de Bahá'u'lláh ainsi que cette autre: "La gloire n'est pas à celui qui aime son propre pays, mais à celui qui aime l'humanité tout entière". L'unité--l'unité de l'humanité et l'unité en Dieu de tous les êtres créés--est le thème principal de son enseignement. Ici encore, l'harmonie entre la vraie religion et la science est évidente. À chaque découverte de la science, l'unité de l'univers et l'interdépendance des parties qui le composent deviennent de plus en plus évidentes. Le domaine de l'astronome est inséparable de celui du physicien, celui du physicien de celui du chimiste, celui du chimiste de celui du biologiste, celui du biologiste de celui du psychologue et ainsi de suite.

Chaque nouvelle découverte, dans un domaine particulier de la recherche, jette une lumière nouvelle sur d'autres domaines. Tout comme la physique a montré que chaque particule de matière dans l'univers attire et influence chaque autre particule, si petite et si éloignée soit-elle, ainsi, la science psychique découvre que, dans l'univers, chaque âme affecte et influence toutes les autres âmes. Le prince Kropotkine, dans un ouvrage intitulé L'Entraide, expose très clairement que, même parmi les animaux inférieurs, l'entraide est absolument nécessaire à la continuation de la vie et que, quant à l'homme, le progrès de la civilisation dépend de la substitution croissante de l'aide mutuelle à l'inimitié mutuelle. Chacun pour tous et tous pour chacun est le seul principe grâce auquel une société peut prospérer.

12.12. L'ère de l'unité

Tous les signes des temps indiquent que nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité. Jusqu'à présent, le jeune aiglon qu'est l'humanité s'est accroché à la vieille aire, sur le roc solide de l'égoïsme et du matérialisme. Il n'a essayé que timidement de se servir de ses ailes. Il a aspiré sans cesse à ce qu'il n'a pu encore atteindre. Il s'est irrité de plus en plus de la contrainte des vieux dogmes et des vieilles orthodoxies. Mais à présent, l'époque de confinement touche à sa fin et, sur les ailes de la foi et de la raison, il peut s'élancer vers les royaumes plus élevés de l'amour spirituel et de la vérité. Il ne sera plus lié à la terre comme il l'était avant le développement de ses ailes, mais il planera à son gré dans des régions aux vastes horizons, dans une liberté glorieuse. Toutefois, pour que son vol soit sûr et stable, il ne suffit pas que ses ailes soient fortes, il faut qu'elles fonctionnent en harmonie et en coordination parfaites. Comme le dit 'Abdu'l-Bahá:

"Il ne peut voler avec une seule aile. S'il essaie de voler avec l'aile de la religion seulement, il atterrira dans le bourbier de la superstition et s'il essaie de voler avec l'aile de la science seulement, il finira dans la fondrière désolée du matérialisme."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 126.)

L'harmonie parfaite entre la religion et la science est, pour l'humanité, la condition sine qua non d'une vie plus élevée. Quand cette condition sera remplie, quand chaque enfant sera élevé, non seulement dans l'étude des sciences et des arts, mais également dans l'amour du genre humain, se conformant radieusement à la volonté de Dieu telle qu'elle se révèle dans les progrès de l'évolution et les enseignements des prophètes, alors, et alors seulement, le royaume de Dieu viendra et sa volonté sera faite sur la terre comme au ciel; alors, et alors seulement, la paix suprême répandra ses bénédictions sur le monde.

"Quand la religion, dit 'Abdu'l-Bahá, délivrée de ses superstitions, de ses traditions et de ses dogmes inintelligents, se trouvera en conformité avec la science, alors il y aura dans le monde une grande unification, une force purificatrice qui balaiera devant elle guerres, litiges, discordes et luttes; alors l'humanité sera unie dans la puissance de l'amour de Dieu."

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, p. 128.)

13. PROPHÉTIES ACCOMPLIES PAR LA RÉVÉLATION BAHÁ'ÍE

"Pour ce qui est de la manifestation du très Grand Nom (Bahá'u'lláh), c'est lui que Dieu a promis dans tous les livres et toutes les écritures tels que la Bible, les Évangiles et le Qur'án."

'ABDU'L-BAHÁ
13.1. L'interprétation des prophéties

Chacun sait combien l'interprétation des prophéties est difficile et les opinions des savants ne sont jamais aussi divisées que sur ce sujet. Cela n'a rien de surprenant car, de l'autorité même des Écritures révélées, un grand nombre de prophéties furent données sous une forme telle qu'elles ne pouvaient être complètement comprises avant leur accomplissement et, même alors, seuls pouvaient les comprendre les êtres doués d'un cœur pur et exempts de préjugés. C'est ainsi qu'à la fin des visions de Daniel, il est dit au prophète:

Et toi, Daniel, tiens secrètes ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la fin. Plusieurs alors le liront et la connaissance augmentera... J'entendis mais je ne compris pas et je dis: "Ô mon Seigneur, quelle sera l'issue de ces choses?" Il répondit: "Va, Daniel, car ces paroles seront tenues secrètes et scellées jusqu'au temps de la fin."

(Daniel, XII, 4-10.)

Si Dieu a scellé les prophéties jusqu'à une époque déterminée et s'Il n'a pas dévoilé complètement leur interprétation aux prophètes eux-mêmes qui les révélaient, nous pouvons nous attendre à ce que nul, sauf le messager désigné par Lui, ne puisse briser les scellés ni en divulguer le sens caché dans l'écrin des paraboles prophétiques. L'histoire des prophéties et des interprétations erronées, au cours des âges et des dispensations précédentes, ainsi que la mise en garde solennelle des prophètes eux-mêmes devraient inciter à la prudence avant d'accepter les spéculations des théologiens sur le sens réel des paroles sacrées et sur leur mode d'accomplissement. D'autre part, lorsqu'un personnage apparaît et prétend accomplir ces prophéties, il est important d'examiner ses revendications avec un esprit ouvert et sans préjugés. Si c'est un imposteur, la fraude sera bientôt découverte et il n'en résultera aucun dommage; mais malheur à ceux qui, inconsidérément, se détournent du messager de Dieu parce qu'il vient sous une forme et à une époque imprévues.

La vie et les paroles de Bahá'u'lláh attestent qu'il est le Promis annoncé dans tous les livres saints, celui qui détient le pouvoir de briser les scellés des prophéties et de verser le précieux vin cacheté des mystères divins. Hâtons-nous donc d'entendre ses explications puis, à leur lumière, d'examiner de nouveau les paroles, familières mais souvent mystérieuses, des prophètes de jadis.

13.2. La venue du Seigneur

"La venue du Seigneur aux derniers jours est ce lointain événement divin" attendu par tous les prophètes et glorifié de leurs chants les plus magnifiques. Mais que signifie cette venue du Seigneur?

Certes, Dieu est en tout temps avec ses créatures, en tout, à travers tout, au-dessus de tout: "Il est plus proche de nous que le souffle, plus près que nos pieds et nos mains". Oui, mais les hommes ne peuvent pas voir ou entendre Dieu immanent et transcendant, ni sentir sa présence, à moins qu'Il ne se révèle Lui-même sous une forme visible et ne leur parle un langage humain. Pour révéler ses attributs plus élevés, Dieu s'est toujours servi d'un instrument humain.

Chacun des prophètes fut un médiateur par lequel Dieu visita son peuple et lui parla. Jésus fut un médiateur pour les chrétiens qui ont, avec raison, considéré son apparition comme la visite de Dieu. En lui, ils virent la face de Dieu et, par ses lèvres, ils entendirent la voix de Dieu. Bahá'u'lláh nous dit que la venue du Seigneur des armées, du Père éternel, du Créateur et Rédempteur du monde, venue qui, selon tous les prophètes, doit se produire "au temps de la fin", n'a d'autre signification que sa manifestation dans un temple humain comme il s'est manifesté dans le temple de Jésus de Nazareth, mais en une révélation plus complète et plus glorieuse cette fois, pour laquelle Jésus et tous les prophètes précédents sont venus préparer les cœurs et les esprits des hommes.

13.3. Prophéties au sujet du Christ

Faute de comprendre le sens exact des prophéties se rapportant au Messie, les juifs rejetèrent le Christ. 'Abdu'l-Bahá dit:

Les juifs attendent toujours la venue du Messie et prient Dieu nuit et jour de hâter son avènement. Quand Jésus vint, ils le renièrent et le mirent à mort disant: "Celui-ci n'est pas celui que nous attendons. Sachez que lorsque le Messie viendra, des signes et des merveilles attesteront que, en vérité, il est le Christ. Le Messie surgira d'une cité inconnue. Il s'assoira sur le trône de David et sachez qu'il viendra muni d'une épée d'acier et qu'il régnera avec un sceptre de fer. Il fera la conquête de l'Orient et de l'Occident et il glorifiera son peuple élu, le peuple juif. Il apportera un règne de paix pendant lequel les animaux eux-mêmes cesseront d'être hostiles à l'homme. Car sachez que le loup et l'agneau boiront à la même source... et que toutes les créatures de Dieu seront en repos..."

Ainsi pensèrent et parlèrent les juifs, car ils ne comprenaient pas les Écritures ni les glorieuses vérités qu'elles recèlent. Ils connaissaient la lettre par cœur, mais de l'esprit vivifiant, ils ne comprenaient pas le moindre mot.

Prêtez l'oreille et je vous montrerai le sens de tout cela: bien que le Christ vint de Nazareth, ville connue, il vint aussi du ciel. Son corps naquit de Marie, mais son esprit vint du ciel. L'épée qu'il portait était l'épée de sa langue avec laquelle il sépara le bien du mal, le vrai du faux, le fidèle de l'infidèle et la lumière des ténèbres. Sa parole était en vérité une épée acérée! Le trône sur lequel il s'assit est le trône éternel d'où le Christ règne à jamais, trône céleste et non terrestre, car les choses de la terre passent mais les choses du ciel ne passent point. Il interpréta de nouveau et compléta les lois de Moïse et accomplit la loi des prophètes. Son verbe a conquis l'Orient et l'Occident. Son royaume est éternel.

Il éleva ceux parmi les juifs qui le reconnurent. C'étaient des hommes et des femmes d'humble naissance, mais leur contact avec lui les rendit grands et leur conféra une dignité éternelle. Les animaux qui devaient vivre ensemble symbolisent les différentes races et sectes qui, jadis en guerre, devaient vivre dorénavant dans l'amour et la charité, buvant ensemble l'eau vivifiante à la source éternelle du Christ.

(Causeries de 'Abdu'l-Bahá à Paris, pp. 48 et 49.)

La plupart des chrétiens acceptent d'appliquer ces interprétations des prophètes messianiques au Christ; mais à propos de prophéties analogues au sujet du "Messie du dernier jour", beaucoup d'entre eux adoptent la même attitude que les juifs, attendant un développement miraculeux sur le plan matériel qui accomplirait ces prophéties tout à fait à la lettre.

13.4. Prophéties concernant le Báb et Bahá'u'lláh

Selon l'interprétation bahá'íe, les prophéties qui parlent du "temps de la fin, des derniers jours", de la venue du "Seigneur des armées, du Père éternel", se rapportent spécialement, non pas à l'avènement de Jésus-Christ, mais à celui de Bahá'u'lláh.

Prenez par exemple la prophétie bien connue d'Isaïe:

"Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; sur les habitants du sombre pays une lumière a resplendi... Car le joug qui lui pesait, la barre sur ses épaules, le bâton de son oppresseur, tu les broies comme au jour du Madian. Car toute chaussure de combat, tout manteau roulé dans le sang sont brûlés, dévorés par le feu. Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu l'empire sur les épaules, on lui donne ce nom: Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. Étendu est l'empire dans une paix infinie, pour le trône de David et sa royauté, qu'il établit et qu'il affermit dans le droit et la justice. Dès maintenant et pour toujours l'amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela."

(ISAÏE, IX, 1 et 3-6.)

Ceci est une des prophéties qu'on a souvent considérée comme se rapportant au Christ et elle peut en grande partie s'adapter à lui; mais un rapide examen montrera combien elle s'applique plus complètement et plus exactement encore à Bahá'u'lláh. Le Christ a été, il est vrai, un porteur de lumière et un sauveur; mais depuis bientôt deux mille ans après son avènement, la grande majorité des peuples de la terre a continué à marcher dans l'obscurité; les enfants d'Israël et bien d'autres enfants de Dieu n'ont cessé de gémir sous le joug de l'oppression.

D'autre part, pendant les quelques premières décades de l'ère bahá'íe, la lumière de la vérité a illuminé l'Est et l'Ouest; l'évangile de la paternité de Dieu et de la fraternité des hommes a été porté dans toutes les contrées du globe; les grandes autocraties militaires ont été renversées; la conscience de l'unité du monde est née; elle apporte l'espoir d'un éventuel soulagement à tous les peuples opprimés et maltraités. Pendant la Grande Guerre qui, de 1914 à 1918, a bouleversé le monde, l'usage sans précédent d'armes à feu, de liquides inflammables, de bombes incendiaires, de lance-flammes a réalisé la parole "seront livrés aux flammes pour être dévorés par le feu" [La Seconde Guerre mondiale s'achevant par l'emploi de la bombe atomique démontre davantage encore l'accomplissement de cette prophétie].

En traitant longuement dans ses Écrits des questions de gouvernement et d'administration et en précisant comment les problèmes pouvaient être résolus au mieux, Bahá'u'lláh "a pris le gouvernement sur ses épaules" comme le Christ ne l'avait jamais fait. Quant aux titres de "Père éternel, de Prince de la paix", Bahá'u'lláh, à maintes reprises, fit allusion à lui-même comme étant la manifestation du Père dont parlèrent le Christ et Isaïe, tandis que le Christ se présenta toujours lui-même comme le Fils; et Bahá'u'lláh déclare que sa mission est d'établir la paix sur la terre, alors que le Christ a dit: "Je ne suis point venu pour la paix, mais pour l'épée", et en fait, durant toute l'ère chrétienne, les guerres et les conflits sectaires ont été innombrables.

13.5. La Gloire de Dieu

Bahá'u'lláh signifie en arabe "la Gloire de Dieu"; les prophètes hébreux emploient souvent ce titre pour désigner le Promis qui doit apparaître aux derniers jours. Ainsi, dans le 40e chapitre d'Isaïe, il est dit:

"Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que sa servitude est finie, que son iniquité est expiée, qu'elle a reçu de la main de l'Éternel la double rétribution de tous ses péchés. Une voix crie: préparez au désert le chemin de l'Éternel, aplanissez dans les lieux arides une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit exhaussée, que toute montagne et toute colline soient abaissées; que les coteaux se changent en plaines et les détroits en vallons! Alors, la Gloire de l'Éternel sera révélée et, au même instant, toute chair la verra..."

(ISAÏE, XL, 1-5.)

Comme la prophétie précédente, celle-ci aussi a été accomplie en partie par l'avènement du Christ et de son précurseur, Jean-Baptiste, mais seulement en partie, car au temps du Christ, les luttes guerrières de Jérusalem n'étaient pas achevées; bien des siècles d'épreuves et d'humiliations amères l'attendaient encore. Toutefois, avec l'avènement du Báb et de Bahá'u'lláh, une réalisation plus complète est en cours; déjà, des jours meilleurs se lèvent pour Jérusalem, et la perspective d'un avenir pacifique et glorieux semble maintenant s'affirmer.

D'autres prophéties présentent le rédempteur d'Israël, la Gloire du Seigneur comme venant de l'Orient, du soleil levant vers la Terre sainte. Or, Bahá'u'lláh apparut en Perse située à l'est de la Palestine, vers le soleil levant; il vint en Terre sainte où il passa vingt-quatre années de sa vie. S'il y était venu librement, on aurait pu soupçonner qu'il s'agissait d'une ruse d'imposteur pour se conformer aux prophéties; mais il y vint en qualité d'exilé et de prisonnier. Il était envoyé par le sháh de Perse et le sultán de Turquie qui ne peuvent guère être soupçonnés d'avoir voulu fournir à Bahá'u'lláh des arguments pour soutenir sa revendication au titre de Gloire de Dieu dont les prophètes avaient annoncé la venue.

13.6. La Branche

Dans les prophéties d'Isaïe, de Jérémie, d'Ézéchiel et de Zacharie, on trouve plusieurs allusions à un homme appelé la Branche. Les chrétiens y ont vu souvent des allusions au Christ, mais les bahá'ís les considèrent comme se rapportant spécialement à Bahá'u'lláh.

La plus longue prophétie concernant la Branche se trouve dans le XIe chapitre d'Isaïe:

"Puis un rameau sortira du tronc d'Isaïe et un rejeton naîtra de ses racines. L'esprit de l'Éternel reposera sur lui, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel... La justice sera la ceinture de ses flancs et la fidélité la ceinture de ses reins! Le loup habitera avec l'agneau et le léopard gîtera avec le chevreau; le veau, le lionceau et le bœuf qu'on engraisse vivront ensemble et un petit enfant les conduira... Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, car la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel comme le fond de la mer par les eaux qui le recouvrent... En ce jour-là, le Seigneur étendra une seconde fois la main pour racheter le reste de son peuple dispersé en Assyrie et en Égypte, à Pathros et en Éthiopie, à Élam, à Schinear et à Hamath et dans les îles de la mer. Il élèvera une bannière pour les nations. Il rassemblera les exilés d'Israël et il recueillera les dispersés de Juda des quatre extrémités de la terre."

(ISAÏE XI, 1-12.)

'Abdu'l-Bahá remarque à propos de ce passage et des autres prophéties sur la Branche:

"Au jour de l'apparition de cette Branche incomparable, l'un des grands événements marquants sera la levée de l'étendard de Dieu par toutes les nations; c'est-à-dire que toutes les nations et les tribus viendront sous l'ombre de ce drapeau divin qui n'est autre que cette Branche majestueuse et qu'elles deviendront une nation unique. L'antagonisme des croyances et des religions, l'hostilité entre les races et les peuples, les divisions dues au patriotisme disparaîtront parmi les hommes. Ils seront unis en une seule religion, une foi, une race et deviendront un seul peuple habitant un même pays natal: le globe terrestre. La paix et la concorde universelles se réaliseront; cette Branche incomparable rassemblera tout Israël, ce qui signifie également que, dans ce cycle, les juifs disséminés à l'Est, à l'Ouest, au Sud et au Nord, seront rassemblés en Terre sainte.

Maintenant, constatez: ces événements n'ont pas eu lieu dans le cycle chrétien, car les nations ne se sont pas rangées sous la bannière unique qui est la Branche divine. Mais dans ce cycle du Seigneur des armées, toutes les nations et tous les peuples se rangeront à l'ombre de ce drapeau. De même, Israël, dispersé sur toute la terre, ne s'est pas rassemblé en Terre sainte durant l'ère chrétienne, mais dès le début du cycle de Bahá'u'lláh, cette promesse divine, clairement énoncée dans tous les livres des prophètes, a commencé à se réaliser. Voyez comme, de tous les coins du monde, des tribus de juifs se dirigent vers la Terre sainte; ils habitent des villages et des contrées, ils en deviennent propriétaires et, de jour en jour, leur nombre s'accroît à tel point que la Palestine tout entière deviendra bientôt leur demeure."

(Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre, p. 72.)
13.7. Le jour de Dieu

Le mot jour figurant dans les expressions telles que "jour de Dieu et dernier jour doit être pris au sens de dispensation". Chacun des grands fondateurs de religion marque "son jour". Chacun est comme un soleil. Les enseignements divins, d'abord comme une aurore, illuminent graduellement les esprits et les cœurs humains jusqu'à ce que la vérité qu'ils contiennent atteigne le zénith de son influence. Puis, ces enseignements s'obscurcissent peu à peu; ils sont dénaturés et corrompus, et l'obscurité envahit la terre jusqu'à ce que le soleil d'un jour nouveau se lève. Le jour de la suprême manifestation de Dieu est le dernier jour, parce que c'est un jour qui ne finira jamais et ne sera pas remplacé par la nuit. Le soleil de ce jour ne se couchera jamais, mais il illuminera les âmes des hommes, tant dans ce monde que dans l'autre. En réalité, aucun des soleils spirituels ne se couche jamais.

Les soleils comme Moïse, le Christ, Muhammad et tous les autres prophètes brillent encore au ciel avec la même splendeur. Mais les nuages nés de la terre ont caché leur rayonnement aux peuples du monde. Le suprême soleil, Bahá'u'lláh, dissipera finalement ces sombres nuages, afin que les adeptes de toutes les religions se réjouissent dans la lumière de Dieu reflétée par tous les prophètes et que, d'un commun accord, ils adorent le Dieu unique.

13.8. Le jour du Jugement

Dans ses paraboles, le Christ a souvent fait allusion au grand jour du Jugement où le "Fils de l'Homme viendra dans la gloire de son Père... et... rendra à chacun selon ses œuvres." (MATTH. XVI, 27.)

Il compare ce jour au temps de la moisson où l'ivraie est brûlée et le blé rentré dans les granges:

"... ainsi en sera-t-il à la fin du monde (consommation d'un âge). Le Fils de l'Homme enverra ses anges qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité; et ils les jetteront dans la fournaise ardente où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père."

(MATTH. XIII, 40-43.)

L'expression "fin du monde" employée dans ce verset de la version autorisée de la Bible et en d'autres passages analogues, a fait supposer à bien des gens qu'au jour du Jugement la terre serait subitement détruite, ce qui est évidemment une erreur. La traduction la plus conforme de l'expression semble être "la consommation ou la fin d'un âge".

Le Christ enseigne que le royaume du Père doit être établi sur terre comme au ciel. Il nous apprend à prier: "Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel".

Dans la parabole de la vigne, quand le Père, le Seigneur de la vigne vient punir les mauvais intendants, Il ne détruit pas le vignoble (le monde) à ce moment, mais Il le confie à d'autres intendants qui Lui en remettront les fruits parvenus à leur maturité. La terre ne sera pas détruite mais renouvelée et régénérée.

Par ailleurs, le Christ parle de ce jour comme de "la régénération, quand le Fils de l'Homme s'assoira sur le trône de sa gloire. Saint Pierre en parle comme du temps du renouvellement, du temps de la restitution de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes, depuis le commencement du monde".

Le jour du Jugement dont parle le Christ concorde de toute évidence avec la venue du Seigneur des armées, du Père, qui a été prédite par Isaïe et par les autres prophètes de l'Ancien Testament; c'est une période de châtiment effroyable pour les méchants, mais où la justice sera établie et où l'équité prévaudra sur la terre comme au ciel.

Selon l'interprétation bahá'íe, la venue de chaque manifestation de Dieu est un jour de Jugement, mais l'apparition de la suprême manifestation de Bahá'u'lláh est le grand jour du Jugement pour le cycle mondial dans lequel nous vivons. L'appel des trompettes que le Christ, Muhammad et bien d'autres prophètes annoncent, c'est l'appel de la Manifestation qui retentit pour tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre--les vivants et les morts.

La rencontre de Dieu à travers sa Manifestation est, pour ceux qui le cherchent, la porte ouverte sur ce paradis: connaître et aimer Dieu et vivre en harmonie avec toutes ses créatures. D'autre part, ceux qui préfèrent leur propre voie à celle de Dieu, révélée par la Manifestation, se condamnent eux-mêmes à l'enfer de l'égoïsme, de l'erreur et de la haine.

13.9. La grande résurrection

Le jour du Jugement est aussi le jour de la résurrection, du réveil des morts. Saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens, dit:

"Voici, je vous révèle un mystère; nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette: car la trompette sonnera et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité et que ce corps mortel revête l'immortalité."

(Corinthiens XV, 51 à 53.)

Quant au sens de ces passages concernant le réveil des morts, Bahá'u'lláh écrit dans le "Kitáb-i-Íqán":

Les termes de "vie" et de "mort" trouvés dans les Écritures se rapportent à la vie de la foi et à la mort de l'incrédulité. La majorité des gens, n'ayant pas compris le sens de ces paroles, a rejeté la Manifestation, s'est privée de la lumière de sa direction divine et a refusé de suivre l'exemple de cette immortelle Beauté...

Comme Jésus l'a dit: "Il faut que vous naissiez de nouveau." Et ailleurs: "Celui qui n'est pas né de l'eau et de l'esprit n'entrera pas dans le royaume de Dieu, car ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l'esprit est esprit." (JEAN III, 5-6.). Voici la signification de ces paroles: Quiconque, en chaque dispensation, est né de l'esprit et est vivifié par le souffle de la manifestation de sainteté est, en vérité, parmi ceux qui reçoivent la "vie" et la "résurrection" et qui entrent au "paradis" de l'amour de Dieu. Quiconque n'est pas parmi ceux-là se condamne à la "mort", à la "privation", au "feu" de l'incrédulité et à la "colère de Dieu".

Dans les âges et les siècles écoulés, le but des prophètes divins et de leurs élus a toujours été de confirmer que les termes "vie", "résurrection" et "jugement" ont une signification spirituelle... Si vous buviez une seule goutte de l'eau cristalline de la connaissance divine, vous comprendriez promptement que la vraie vie n'est pas la vie du corps mais la vie de l'esprit. Car la vie du corps est commune aux animaux et aux hommes, tandis que la vie de l'esprit est l'apanage de ceux qui, seuls, ont le cœur pur, qui se sont désaltérés à l'océan de la foi et qui ont cueilli le fruit de la certitude. Cette vie n'est pas suivie par la mort, cette existence est couronnée par l'immortalité. Car il est dit: "Le seul vrai croyant est vivant dans ce monde et dans l'autre." Si par vie on entend cette vie terrestre, il est évident que la mort y mettra un terme.

(Le Livre de la certitude, pp. 55, 57 et 58.)

D'après les enseignements bahá'ís, la résurrection n'a rien de commun avec le grossier corps physique. Ce corps, une fois mort, est abandonné. Il se décompose et ses atomes ne se regrouperont jamais pour former le même corps.

La résurrection est la naissance de l'homme à la vie spirituelle; c'est une grâce du Saint-Esprit que la manifestation de Dieu porte en elle. La tombe d'où il se lève est celle de l'ignorance et de la négligence envers Dieu. Le sommeil dont il s'éveille est l'engourdissement spirituel dans lequel beaucoup attendent l'aube du jour de Dieu. Cette aube illumine tous ceux qui ont vécu sur terre, qu'ils soient encore incarnés ou non, mais les êtres spirituellement aveugles ne peuvent la percevoir. Le jour de la résurrection n'est pas un jour de vingt-quatre heures; c'est une ère déjà commencée et qui durera aussi longtemps que le cycle mondial actuel. Il persistera alors que les traces de la civilisation actuelle seront effacées de la surface de la terre.

13.10. Le retour du Christ

Dans nombre de ses entretiens, Jésus parle de la future manifestation de Dieu, parfois à la troisième personne, parfois aussi à la première personne. Il dit: "Je vais vous préparer une place. Et lorsque je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et vous prendrai avec moi..." (JEAN, XIV, 2.)

Au premier chapitre des Actes, nous lisons que, lors de l'ascension de Jésus, quelqu'un dit aux disciples: "Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu d'entre vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel." (Actes, I, 11.) De ces paroles et d'autres paroles semblables, bien des chrétiens déduisent que le Fils de l'Homme viendra "sur les nuages du ciel, dans toute sa gloire"; qu'ils le verront sous la forme physique de ce même Jésus qui parcourut les rues de Jérusalem il y a deux mille ans, qui souffrit et versa son sang sur la croix. Ils s'attendent à pouvoir mettre les doigts dans les empreintes de clous laissées sur ses pieds et sur ses mains et dans la blessure que l'épée lui fit au côté. Mais un peu de réflexion sur les propres paroles du Christ chasserait une telle idée.

Les juifs, au temps du Christ, professaient de semblables théories sur le retour d'Élie, mais Jésus leur expliqua leur erreur, montrant que la prophétie selon laquelle "Élie doit venir d'abord" était accomplie, non par le retour de la personnalité d'Élie et du corps de l'ancien Élie, mais en la personne de Jean-Baptiste qui vint avec "l'esprit et les pouvoirs d'Élie. Et si vous pouvez le comprendre, dit le Christ, il est cet Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles entende". Par conséquent, le retour d'Élie signifiait l'apparition d'une autre personnalité, née d'autres parents, mais dotée par Dieu du même esprit et du même pouvoir. Ces paroles de Jésus impliquent certainement que le retour du Christ s'accomplira de même par l'apparition d'un autre personnage, né d'une autre mère, mais manifestant l'esprit et le pouvoir de Dieu qui animaient aussi le Christ.

Bahá'u'lláh explique que le "retour" du Christ s'est effectivement produit par l'avènement du Báb et par sa propre manifestation. Il dit:

"Considérez le soleil. S'il disait: "Je suis le soleil d'hier!" ce serait la vérité. Et si, tenant compte de la succession des jours, il disait: "Je suis un autre soleil", ce serait encore la vérité. De même pour les jours: si l'on assure qu'ils sont tous les mêmes, c'est correct et exact; et si l'on affirme que, par leur nom et leur désignation, ils diffèrent les uns des autres, c'est également vrai. En effet, bien qu'ils soient identiques, il y a cependant pour chacun d'eux une désignation différente, un attribut spécifique, un caractère particulier. Considérez de ce même point de vue la diversité et l'unité caractéristiques des diverses manifestations de sainteté, afin de pouvoir comprendre les allusions faites aux mystères de l'unité et de la diversité par le Créateur des noms et attributs, et trouver ainsi vous-même la réponse à votre question sur le point de savoir pourquoi, en des temps différents, l'éternelle Beauté a elle-même pris des noms et des titres divers."

(Le Livre de la certitude, p. 11.)
'Abdu'l-Bahá dit:

"Sachez que la venue du Christ pour la seconde fois ne signifie pas ce que les gens croient, mais plutôt l'avènement du Promis qui doit lui succéder. Il viendra avec le royaume de Dieu et avec sa puissance qui a englobé le monde. Cet empire est celui du monde des cœurs et des esprits et non celui de la matière; car, au regard du Seigneur, le monde de la matière n'est pas comparable à une seule aile de mouche, si tu es de ceux qui savent. En vérité, le Christ vint avec son royaume, depuis le commencement qui n'a pas de commencement et il viendra avec son royaume dans l'éternité des éternités; car le mot "Christ", pris en ce sens, est une expression de la divine Réalité, la pure Essence et l'Entité céleste qui n'a ni commencement ni fin; elle paraît, s'élève, se manifeste et se retire à chacun des cycles."

(Tablets of 'Abdu'l-Bahá, vol. I, p. 138.)
13.11. Le temps de la fin

Le Christ et ses apôtres ont signalé bien des signes qui doivent caractériser les temps du retour du Fils de l'Homme dans la gloire du Père. Le Christ dit:

"Et quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche... Car ce seront des jours de vengeance pour l'accomplissement de tout ce qui est écrit... Car il y aura une grande détresse dans le pays et de la colère contre ce peuple. Il tombera sous le tranchant de l'épée, il sera emmené captif parmi toutes les nations; et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis."

(LUC XXI, 20, 24.)
Il dit encore:

"Prenez garde que personne ne vous abuse. Car plusieurs viendront sous mon nom disant: "Je suis le Christ." Et ils tromperont beaucoup de gens. Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres; gardez-vous d'en être troublés car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s'élèvera contre une nation et un royaume contre un royaume, et il y aura en divers lieux des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments et on vous fera mourir, et vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Alors aussi plusieurs succomberont et ils se trahiront, se haïront les uns les autres. Plusieurs faux prophètes s'élèveront et ils séduiront beaucoup de gens. Et parce que l'iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. Cet Évangile du royaume sera prêché dans le monde entier pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin."

(MATTH. XXV, 4-14.)

Dans ces deux descriptions, le Christ prédit en termes clairs, sans voile ni réticence, les événements qui doivent se produire avant la venue du Fils de l'Homme. Dans les siècles écoulés, depuis ces paroles prononcées par le Christ, chacun de ces signes a été accompli. À la fin de chacun de ces passages, Jésus mentionne un événement qui doit marquer le temps du retour; dans l'un, c'est la fin de l'exil des juifs et la restauration de Jérusalem; dans l'autre, c'est la prédication de l'Évangile dans le monde entier. Il est frappant de voir que l'un et l'autre de ces signes ont été littéralement accomplis à cette époque. Si les autres parties de la prophétie sont aussi vraies que celles-ci, il s'ensuit que nous devons vivre actuellement dans la période du temps de la fin dont parle le Christ.

Muhammad aussi a signalé certains signes qui se dérouleront jusqu'au jour de la résurrection. Dans le Qur'án, nous lisons:

Quand Alláh dit: "Ô Jésus! Je vais, en vérité, te rappeler à moi; t'élever vers moi; te délivrer des incrédules. Je vais placer ceux qui t'ont suivi au-dessus des incrédules, jusqu'au Jour de la Résurrection; votre retour se fera alors vers moi; je jugerai entre vous et trancherai vos différends." (Qur'án III: 55.)

Les Juifs disent: "La main de Dieu est fermée!" Que leurs propres mains soient fermées et qu'ils soient maudits à cause de leurs paroles. Bien au contraire! Les mains de Dieu sont largement ouvertes et Dieu accorde ses dons comme Il le veut. Ce qui est descendu vers toi, émanant de ton Seigneur, accroît certainement, chez beaucoup d'entre eux, la révolte et l'incrédulité. Nous avons suscité, parmi eux, l'hostilité et la haine jusqu'au Jour de la Résurrection. Chaque fois qu'ils allument un feu pour la guerre, Dieu l'éteint. (Qur'án V: 64.)

Parmi ceux qui disent: "Nous sommes Chrétiens, nous avons accepté l'alliance", certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux l'hostilité et la haine, jusqu'au Jour de la Résurrection.--Dieu leur montrera bientôt ce qu'ils ont fait-- (Qur'án V: 14.)

Ces paroles se sont aussi littéralement accomplies: par l'assujettissement des juifs aux peuples chrétiens et musulmans, par la naissance des sectes et des luttes intestines qui ont déchiré juifs et chrétiens au cours des siècles, depuis les avertissements de Muhammad. C'est seulement depuis le début de l'ère bahá'íe (le jour de la résurrection) que les signes présageant la fin de ces conditions sont apparus.

13.12. Les signes dans les cieux et sur la terre

Les Écritures hébraïques, chrétiennes, musulmanes et autres offrent une similitude remarquable dans la description des signes qui doivent accompagner la venue du Promis.

Dans le livre de Joël, nous lisons:

Je ferai paraître des prodiges dans les cieux et sur la terre, du sang, du feu et des colonnes de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang avant l'arrivée du jour de l'Éternel, de ce jour grand et terrible... (JOËL II, 30.) Car voici: en ces jours, en ce temps-là, quand je ramènerai tous les captifs de Juda et de Jérusalem, je rassemblerai aussi toutes les nations et je les ferai descendre dans la vallée de Josaphat (Jéhovah a jugé) et là j'entrerai en jugement avec elles... (JOËL III, 1-2.) C'est une multitude, une multitude dans la vallée du jugement: car le jour du Seigneur est proche dans la vallée du jugement. Le soleil et la lune s'obscurcissent et les étoiles perdent leur éclat. De Sion, l'Éternel rugit; de Jérusalem, Il fait retentir sa voix; les cieux et la terre en sont ébranlés. Mais l'Éternel est un refuge pour son peuple. (JOËL III, 14-16.)

Le Christ dit:

"Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées; alors le signe du Fils de l'Homme paraîtra dans le ciel; toutes les tribus de la terre se lamenteront et elles verront le Fils de l'Homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire."

(MATTH. XXIV, 29-30.)
Dans le Qur'án, nous lisons:

"Lorsque le soleil sera décroché et les étoiles obscurcies; lorsque les montagnes se mettront en marche; lorsque les chamelles près de mettre bas seront négligées; lorsque les bêtes sauvages seront rassemblées; lorsque les mers seront en ébullition; lorsque les âmes seront réparties par groupes; lorsque l'on demandera à la fille enterrée vivante pour quel crime elle a été tuée; lorsque les pages des livres seront déployées; lorsque le ciel sera déplacé; lorsque la Fournaise sera attisée et le Paradis rapproché: toute âme saura ce qu'elle devra présenter."

(Qur'án LXXXI: 1 à 14. )

Dans le "Kitáb-i-Íqán", Bahá'u'lláh explique que ces prophéties relatives au soleil, à la lune et aux étoiles, aux cieux et à la terre sont symboliques et ne doivent pas être acceptées seulement dans leur sens littéral. Les prophètes se préoccupent d'abord des choses spirituelles et non des choses matérielles, de la lumière spirituelle et non de la lumière physique. Quand ils parlent conjointement du soleil et du jour du Jugement, ils entendent le Soleil de Justice.

Le soleil est la source suprême de lumière; ainsi, Moïse fut le soleil des Hébreux, le Christ celui des chrétiens et Muhammad celui des musulmans. Quand les prophètes parlent du soleil obscurci, ils désignent les purs enseignements de ces soleils spirituels qui sont obscurcis par les interprétations erronées, les malentendus et les préjugés, de sorte que les hommes sont dans les ténèbres spirituelles. La lune et les étoiles représentent des sources lumineuses de moindre importance: ce sont les chefs et les maîtres religieux qui guident et inspirent les hommes. Quand il est dit: "la lune ne donnera plus sa lumière ou sera changée en sang et les étoiles tomberont du ciel", cela signifie que les chefs d'églises seront avilis par des luttes et des querelles, que les prêtres auront perdu l'esprit religieux, s'occupant de choses terrestres au lieu de choses célestes.

Toutefois, le sens de ces prophéties ne saurait être épuisé par une seule explication, et ces symboles peuvent encore s'interpréter de plusieurs autres manières. Bahá'u'lláh indique cet autre sens pour les mots "soleil, lune, étoiles": ils se rapportent aux instructions et aux commandements ordonnés par chaque religion. Comme, à chaque Manifestation nouvelle, les cérémonies, les formes, les coutumes, les instructions des manifestations précédentes sont changées selon les nécessités de l'époque, c'est dans ce sens que le soleil et la lune sont transformés et les étoiles dispersées.

Dans bien des cas, l'accomplissement de ces prophéties, prises à la lettre, serait absurde ou irréalisable: par exemple, "la lune se changeant en sang ou les étoiles tombant du ciel sur la terre". La moindre des étoiles visibles représente des milliers de fois le volume de la terre; si une seule de ces étoiles y tombait, la terre n'existerait plus pour en recevoir d'autres.

Toutefois, en d'autres cas, la prophétie s'accomplit au sens matériel comme au sens spirituel. Par exemple, la Terre sainte fut littéralement déserte et désolée durant bien des siècles, comme les prophètes l'avaient prédit; mais déjà, au jour de la résurrection, elle commence à se réjouir et à "fleurir comme la rose", ainsi qu'Isaïe l'a annoncé. Des colonies prospères y ont été fondées, le sol est irrigué et cultivé; des vignes, des plantations d'oliviers, des jardins existent là où, un demi-siècle auparavant, n'existait qu'un désert de sable. Sans nul doute, lorsque les hommes transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpettes, les terres incultes et les déserts de toutes les parties du monde seront fertilisés; les vents desséchants et les tempêtes de sable qui soufflent de ces lieux arides, rendant toute vie impossible aux alentours, ne seront plus que souvenirs; sur toute la terre, le climat deviendra plus doux et plus uniforme; le ciel des villes ne sera plus souillé par les fumées et les gaz toxiques; et même au sens littéral et matériel, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre.

13.13. Comment viendra le Promis

En ce qui concerne sa venue à la fin de cet âge, le Christ dit:

"... et elles (les tribus) verront le Fils de l'Homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Il enverra ses anges avec la trompette retentissante..."

(MATTH. XXIV, 30-31.)

"Il s'assiéra sur son trône de gloire et toutes les nations seront rassemblées devant lui; et il séparera les uns d'avec les autres comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs..."

(MATTH. XXV, 31-32.)

Commentant le sens de ces passages et d'autres analogues, Bahá'u'lláh écrit dans "Le Livre de la certitude":

"Le terme "ciel" indique la grandeur et l'élévation, car c'est le lieu de la révélation des manifestations de sainteté, des sources vives de la Gloire ancienne. Bien qu'ils semblent naître du sein de leur mère, ces hommes vénérables sont en réalité descendus du ciel de la volonté de Dieu. Bien qu'ils vivent sur terre, leurs véritables habitations sont ces palais de gloire du royaume céleste. S'ils foulent la terre des mortels, ils planent en même temps au ciel de la présence divine. Sans marcher, ils circulent dans le sentier de l'esprit; sans ailes, ils s'élèvent vers les hauteurs sublimes de l'unité divine... En un éclair, ils parcourent l'immensité de l'espace, en un instant, ils traversent les royaumes visibles et invisibles...

...Le terme "nuages" désigne tout ce qui contrarie les habitudes et les désirs des hommes: ainsi qu'il l'a révélé dans le verset déjà cité: "Chaque fois qu'un prophète est venu à vous, en apportant ce que vous ne vouliez pas, vous vous êtes enorgueillis; vous avez traité plusieurs d'entre eux de menteurs et vous en avez tué quelques autres." (Qur'án II: 87.)

En un sens, ce terme "nuages" se rapporte à l'abolition des lois, l'abrogation des dispensations précédentes, l'annulation des rites et coutumes en vigueur parmi les hommes, l'élévation des fidèles, même illettrés, au-dessus des savants, adversaires de la foi; dans un autre sens, les "nuages" désignent le doute qui s'infiltre dans les esprits humains devant ce fait: la Beauté immortelle paraissant sous une forme humaine, soumise aux nécessités telles que: manger, boire, marcher, dormir, subir la pauvreté ou la richesse, la gloire ou l'humiliation; bien d'autres caractéristiques semblables jettent les hommes dans le reniement; et "nuages" est un terme symbolique pour désigner ce genre de voiles. Et ce sont ces nuages qui, dans le ciel d'instruction et de connaissance, doivent être dissipés pour tous les habitants du ciel et de la terre: "Le jour où le ciel se fendra par les nuées où l'on fera descendre rapidement les anges;" (Qur'án XXV: 25.)

Et de même que les nuages empêchent les yeux des hommes de contempler le soleil, ainsi, ces choses empêchent l'esprit des hommes de comprendre la lumière de l'astre divin. De ceci portent témoignage les paroles sorties de la bouche des incroyants, comme le révèle le Livre saint: "Ils ont dit: "Qu'a-t-il donc ce Prophète? Il se nourrit de mets, il circule dans les marchés. Si seulement on avait fait descendre sur lui un Ange qui fût, avec lui, un avertisseur!" (Qur'án XXV: 7.) D'autres prophètes ont, de même, enduré la pauvreté, les afflictions, la faim, les malaises et les vicissitudes de ce monde. Le fait que ces êtres saints sont astreints à de telles nécessités égare les peuples dans les déserts du doute et de la méfiance, dans une confusion et une perplexité déroutantes. Ils se demandent comment un être, venant de Dieu, affirmant sa suprématie sur tous les peuples et tribus de la terre, prétendant que toute la création se rapporte à lui--car il est dit: "Si ce n'était "pour toi, je n'aurais pas créé les cieux et la terre"-- puisse être soumis à d'aussi vulgaires nécessités. Vous êtes sans doute au courant des tribulations, de la pauvreté, des maladies et de la dégradation qu'ont subies les prophètes et leurs compagnons. Vous savez comment les têtes de leurs disciples furent envoyées en diverses villes à titre de présents, avec quelle cruauté on mit obstacle à leur mission, comment ils furent la proie des ennemis de la cause de Dieu et comment ils durent subir les afflictions dont ceux-ci les accablèrent...

...Le Tout-Glorieux a décrété que toutes ces conditions qui contrarient les désirs des méchants sont la pierre de touche, la balance par lesquelles Il éprouve ses serviteurs afin de distinguer aisément le juste du méchant, le fidèle de l'infidèle...

Maintenant, au sujet de ses paroles: "Et Il enverra ses anges...", par "anges", il faut entendre les hommes qui, fortifiés par le pouvoir de l'esprit, ont consumé par le feu de leur amour pour Dieu toutes les limitations et les caractéristiques humaines et ont revêtu les attributs propres aux êtres les plus élevés et aux chérubins...

Comme les adeptes de Jésus n'ont jamais compris la signification cachée de ces paroles et comme les signes qu'ils attendaient, eux et leurs chefs, ne se sont pas produits, ils refusèrent de croire jusqu'à ce jour à l'authenticité de ces manifestations de sainteté parues depuis l'époque de Jésus. Ils se sont ainsi volontairement privés de l'effusion de la grâce sanctifiante de Dieu et des merveilles de son Verbe divin. Telle est encore leur condition d'abaissement en ce jour de résurrection. Ils n'ont pas compris que, si les signes de la manifestation de Dieu s'étaient, dans chaque être, produits de manière visible, selon les textes des traditions établies, personne n'aurait pu nier ni s'en détourner, et l'on n'aurait pu distinguer les bons des méchants ni les pécheurs de ceux qui craignent Dieu.

Soyez justes: si les prophéties mentionnées dans l'Évangile s'accomplissaient littéralement, si Jésus, fils de Marie, accompagné des anges, descendait du firmament sur les nuages, qui oserait rejeter la vérité et étaler son orgueil? Au contraire, tous les habitants de la terre seraient tellement consternés que personne ne pourrait prononcer un mot, encore moins rejeter ou accepter la vérité."

(Le Livre de la certitude, pp. 34 à 41.)

D'après l'explication ci-dessus, la venue du Fils de l'Homme sous une humble forme humaine, né d'une femme pauvre, sans éducation, opprimé et dédaigné des grands de la terre, toutes ces conditions qui entourent les manifestations de Dieu constituent vraiment la pierre de touche par laquelle Il juge les peuples de la terre et les sépare les uns des autres comme le berger sépare les brebis des boucs. Ceux dont la vue spirituelle est éveillée peuvent transpercer ces nuages et se réjouir de la puissance et de la grande gloire (la Gloire de Dieu) qu'Il vient de révéler; les autres dont les paupières sont encore alourdies par le préjugé et l'erreur ne peuvent voir que les nuages sombres et continuent à errer dans l'obscurité, privés des bienfaits du soleil.

"Voici, j'enverrai mon messager; il préparera le chemin devant moi; et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez, le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient... Qui pourra soutenir le jour de sa venue? Qui restera debout quand il paraîtra? Car il sera comme le feu du fondeur, comme la potasse des foulons... (MALACHIE III, 1-2.) Car voici, le jour vient, ardent comme une fournaise; tous les superbes et tous les méchants seront comme du chaume... Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de Justice se lèvera et la guérison viendra de ses rayons."

(MALACHIE IV, 1-2.)

[Le sujet de l'accomplissement des prophéties est tellement complexe que plusieurs livres seraient nécessaires pour un exposé adéquat. Dans les limites d'un simple chapitre, il ne peut être donné davantage que les aspects principaux des interprétations bahá'íes. Les apocalypses détaillées révélées par Daniel et Jean n'ont pas été abordées. Les lecteurs trouveront des précisions sur ces questions dans Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre. Dans Le Livre de la certitude, de Bahá'u'lláh, Bahá'í Proofs, de Mírzá Abu'l-Fadl et dans beaucoup de tablettes de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá, on peut trouver d'autres explications sur les prophéties.]

14. PROPHÉTIES DE BAHÁ'U'LLÁH ET DE 'ABDU'L-BAHÁ

Peut-être diras-tu dans ton cœur: "Comment connaîtrons-nous la parole que l'Éternel n'aura point dite?" Quand ce que dira le prophète n'aura pas lieu et n'arrivera pas, ce sera une parole que l'Éternel n'aura point dite. C'est par audace que le prophète l'aura dite: n'aie pas peur de lui.

(DEUT. XVIII, 21-22.)
14.1. Puissance créatrice de la parole de Dieu

Dieu, et Dieu seul, a le pouvoir de faire tout ce qui Lui plaît, et l'indice le plus marquant d'une manifestation de Dieu se trouve dans la puissance créatrice de sa parole, dans son pouvoir de transformer et de modifier toutes les contingences humaines, dans son triomphe remporté sur toutes les oppositions terrestres. C'est la parole des prophètes qui transmet à l'humanité la volonté de Dieu; et l'accomplissement immédiat ou ultérieur de cette parole est la preuve qui vient appuyer la proclamation du prophète et qui valide l'authenticité de son inspiration.

"Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent point sans avoir arrosé, fécondé la terre et fait germer les plantes, procuré de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche; elle ne retourne pas à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins."

(ISAÏE LV, 10-11.)

Quand les disciples de Jean-Baptiste vinrent poser à Jésus la question: "Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre" ? la réponse de Jésus se borna à mettre en lumière les effets de ses paroles:

"Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez: les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts sont ressuscités et l'Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute."

(MATTH. XI, 4-6.)

Voyons maintenant quels sont les indices qui permettent de démontrer que les paroles de Bahá'u'lláh détiennent ce pouvoir créateur particulier à la parole de Dieu.

Bahá'u'lláh exhorta les chefs d'État à établir la paix universelle; mais la prolongation de leur politique guerrière eut d'abord pour conséquence, à partir des années 1869-1870, la disparition de plusieurs anciennes dynasties; on s'aperçut alors que les fruits de la victoire s'amenuisaient progressivement jusqu'à ce que la guerre de 1914-1918 mît en lumière le fait historique aberrant que la guerre était devenue aussi désastreuse pour le vainqueur que pour le vaincu [Cela a été mis à nouveau en évidence après la Seconde Guerre mondiale].

Bahá'u'lláh invita également les souverains à se considérer comme les protecteurs de leurs peuples et à consacrer leur autorité politique à la création d'une prospérité générale. Et l'on assiste, depuis lors, à une propension générale sans précédent vers une législation sociale.

Il ordonna d'abolir les excès de richesse et de pauvreté; depuis lors, une législation en faveur de l'établissement d'un minimum vital et d'un impôt progressif sur le revenu et les héritages a été de plus en plus adoptée. Il ordonna l'abolition de l'esclavage économique et de l'accaparement des biens. Dès ce moment, la tendance à l'émancipation n'a pas cessé de se manifester dans toutes les parties du monde.

Il ordonna l'égalité des droits et des responsabilités pour les femmes comme pour les hommes et, depuis lors, les entraves qui maintenaient depuis toujours les femmes en état d'infériorité se sont relâchées, et la femme conquiert rapidement sa place légitime d'égale et d'associée de l'homme.

Il proclama l'unité fondamentale des religions; et la période qui suivit cette déclaration a pu voir les esprits sincères de toutes les parties du monde s'efforcer résolument à l'établissement d'un plus haut degré de tolérance, de compréhension réciproque et de coopération universaliste. Partout, l'attitude sectaire fut désavouée et sa position historique est devenue de moins en moins défendable. Le fondement de l'exclusivisme en matière de religion a été détruit par ces mêmes forces qui ont ôté toutes chances de survie au nationalisme ou à l'autarcie.

Il ordonna l'éducation universelle et il a fait de la recherche personnelle et indépendante de la vérité une preuve de vitalité spirituelle. Et la civilisation a été stimulée jusqu'en ses fondements par ce nouveau levain. L'instruction obligatoire pour les enfants et l'extension des facilités d'étude pour les adultes sont devenues des éléments de première importance dans les politiques gouvernementales. Les nations qui ont délibérément tenté de restreindre la liberté de pensée et d'opinion des citoyens ont provoqué, par cette politique, la révolution à l'intérieur et la suspicion et la crainte à l'extérieur de leurs frontières.

Bahá'u'lláh a prescrit l'adoption d'une langue auxiliaire universelle, et le Dr Zamenhof ainsi que d'autres philologues répondirent à son appel, saisirent cette occasion et consacrèrent leur vie et leur génie à cette grande tâche.

Mais, par-dessus tout, Bahá'u'lláh a insufflé un esprit neuf dans le corps de l'humanité. Il a fait éclore, dans les cœurs et dans les âmes, de nouveaux désirs, et il a apporté à la société de nouveaux idéaux. Il n'est rien de plus dramatique et de plus impressionnant dans toute l'histoire du monde que le cours pris par les événements à partir de l'aube de l'ère bahá'íe en 1844.

D'année en année, en effet, on a vu s'affaiblir le pouvoir d'un passé défunt dont les seuls soutiens ne consistaient plus qu'en idées périmées, en attitudes dépassées et en coutumes et institutions surannées, pour en arriver, actuellement, à ce que tout homme ou toute femme qui réfléchit réalise que l'humanité traverse sa crise la plus terrible.

D'une part, nous sommes témoins de la naissance d'une nouvelle création qui, à la lumière des enseignements de Bahá'u'lláh, emprunte la voie authentique de l'évolution; d'autre part, nous n'apercevons que désastres et frustrations partout où cette lumière a été repoussée ou ignorée.

Pour le bahá'í sincère cependant, toutes ces évidences--auxquelles pourraient s'ajouter une quantité d'autres--, si impressionnantes

qu'elles soient, n'arrivent pas à donner la véritable mesure de la majesté spirituelle de Bahá'u'lláh. Sa vie sur la terre et la force

irrésistible de ses paroles inspirées demeurent comme l'incontestable preuve de l'immanence de la volonté divine.

Une étude plus détaillée des prophéties de Bahá'u'lláh et de leur accomplissement corroborera puissamment cette conviction. Voici quelques exemples des prédictions sur lesquelles il ne saurait y avoir de doute. Ces prévisions ont été largement répandues et publiées partout, bien avant leur accomplissement.

Ce sont les Épîtres que Bahá'u'lláh adressa aux souverains du monde qui contiennent la plupart de ces prophéties; elles ont été réunies

en un volume publié pour la première fois à Bombay, à la fin du dix-neuvième siècle. Plusieurs éditions ont paru depuis. Nous fournirons également quelques exemples des prophéties les plus remarquables de 'Abdu'l-Bahá.

14.2. Napoléon III

En l'année 1869, Bahá'u'lláh écrivit à Napoléon III, le blâmant de son amour de la guerre et de son mépris à l'égard d'une lettre qu'il lui avait envoyée précédemment. L'Épître contient la grave mise en garde suivante:

"Pour avoir agi ainsi, et pour t'en punir, ton royaume sera jeté dans la confusion et ton empire t'échappera. Tu comprendras alors

à quel point tu t'es trompé. Des troubles violents se produiront parmi le peuple de ton pays, à moins que tu ne décides de soutenir cette cause et de suivre celui qui est l'Esprit de Dieu (Jésus-Christ) dans ce droit chemin. Ton faste t'a-t-il enorgueilli? Par ma vie! Il

ne durera pas; il sera bientôt anéanti, à moins que tu ne t'accroches fermement à cette corde solide. Nous voyons l'humiliation à tes trousses, alors que tu es dans l'insouciance."

(La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 24.)

Inutile de préciser que Napoléon, alors au zénith de sa puissance, ne prêta aucune attention à cet avertissement. L'année suivante, il entra en guerre avec la Prusse, fermement convaincu que ses troupes pouvaient prendre Berlin d'assaut; mais la tragédie se déroula comme Bahá'u'lláh l'avait prévu. Il fut vaincu à Sarrebrück, à Wissembourg, à Metz et finalement écrasé à Sedan. Il fut alors emmené prisonnier en Prusse et termina son existence misérablement, deux ans plus tard, en Angleterre.

14.3. L'Allemagne

Par la suite, Bahá'u'lláh avertit, non moins solennellement, les vainqueurs de Napoléon qui, eux aussi, firent la sourde oreille et connurent le terrible accomplissement de ses prophéties. Dans le Livre de l'Aqdas, commencé à Andrinople et achevé durant les premières années de son emprisonnement à 'Akká, il s'adressa à l'empereur d'Allemagne dans les termes suivants:

"Ô Roi de Berlin!... Te souviens-tu de celui dont la puissance dépassait ta puissance (Napoléon III) et dont le rang surpassait ton

rang? Où est-il? Que sont devenus ses biens? Profite de cet avertissement et ne sois pas de ceux qui dorment profondément. C'est

lui qui jeta à terre la Tablette de Dieu lorsque nous lui fîmes savoir ce que les armées de la tyrannie nous avaient fait subir. Alors, l'humiliation le frappa de toutes parts et il s'écroula dans la poussière avec pertes et fracas. Ô Roi, songe à lui et à ceux qui, comme toi, ont conquis des villes et régné sur des hommes. De leur palais, le Très-Miséricordieux les fit descendre dans la tombe. Sois averti et sois de ceux qui méditent...

Ô rives du Rhin! Nous vous avons vues couvertes de sang, car les épées du châtiment étaient tirées contre vous. Et cela se produira encore. Et nous entendons les lamentations de Berlin bien que, en ce jour, sa gloire soit évidente."

(La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 41.)

Pendant la période des succès allemands au cours de la Grande Guerre de 1914-1918, et particulièrement lors de la grande offensive allemande du printemps de 1918, cette prophétie bien connue fut rappelée partout en Irán par les adversaires de la cause bahá'íe, dans l'espoir de discréditer Bahá'u'lláh; mais lorsque l'avance foudroyante des vainqueurs se transforma soudain en désastre complet et irrémédiable, les efforts des ennemis de la cause bahá'íe se retournèrent contre eux, et la notoriété qu'ils avaient donnée à la prophétie contribua puissamment à renforcer la réputation de Bahá'u'lláh.

14.4. La Perse
[La Perse est l'Irán actuel]

Dans le Livre de l'Aqdas, écrit alors que le tyrannique Násiri'd-Dín sháh était à l'apogée du pouvoir, Bahá'u'lláh bénit Tihrán, sa ville natale, qui était la capitale de la Perse, en ces termes:

"Que rien ne t'attriste, ô pays de Tá (Tihrán), car Dieu a fait de toi la source de la joie pour l'humanité. S'Il le veut, Il bénira ton trône en y plaçant quelqu'un qui sache gouverner avec justice et qui rassemblera les brebis de Dieu dispersées par les loups. Un tel chef de gouvernement se penchera sur le peuple de Bahá et il lui accordera ses faveurs, de bonne grâce et avec joie. En vérité, il est, aux yeux de Dieu, un joyau parmi les hommes. Sur lui reposent à jamais la gloire de Dieu et la gloire de tous ceux qui habitent le royaume de sa révélation.

Réjouis-toi pleinement, car Dieu a fait de toi "la source de sa lumière", puisque c'est en tes murs que la manifestation de ta gloire est née. Sois heureux de ce nom qui t'a été conféré, nom par lequel l'étoile du matin de la grâce a répandu sa clarté et a illuminé le ciel et la terre. Les conditions actuelles seront bientôt changées et les rênes du pouvoir passeront aux mains du peuple. En vérité, ton Seigneur est l'Omnipotent. Son autorité s'étend sur toutes choses. Sois convaincu des bonnes grâces de ton Seigneur à ton égard. L'œil de sa tendre sollicitude te suivra éternellement. Le jour approche où les troubles qui t'agitent feront place à la paix et à une paisible tranquillité. Ainsi en a-t-il été décrété dans le Livre merveilleux."

(Extraits des Écrits de Bahá'u'lláh, p. 74 n° LVI.)

Jusqu'à présent (1920), l'Irán n'a fait que commencer à émerger de la période de confusion prédite par Bahá'u'lláh, mais déjà un gouvernement constitutionnel a été institué et les prémices d'une ère plus brillante se font largement entrevoir.

14.5. La Turquie

Bahá'u'lláh, enfermé dans une prison turque (1868), adressa les plus solennels et les plus graves avertissements au sultán de Turquie et à son Premier ministre 'Alí Páshá. Des casernes de 'Akká, il écrivit au sultan:

"Ô toi qui te crois le plus grand parmi les hommes... avant longtemps ton nom tombera dans l'oubli et tu connaîtras la déchéance. Selon ton opinion, le vivificateur et pacificateur du monde est coupable de sédition. Quel crime ont donc commis les femmes, les enfants et les malheureux nourrissons pour mériter ton courroux, ton oppression et ta haine? Tu as persécuté un grand nombre d'âmes qui n'avaient manifesté aucune opposition dans le pays ni fomenté aucune révolution contre le gouvernement mais qui, au contraire, étaient occupées jour et nuit à prier Dieu paisiblement. Tu as saccagé leurs propriétés et, par tes actes tyranniques, elles furent dépouillées de tout... Devant Dieu, une poignée de poussière a plus de valeur que ton royaume, ta gloire, ta souveraineté, ta domination et, s'Il le désire, Il peut t'éparpiller comme le sable du désert. Bientôt son courroux te frappera; des révolutions éclateront et tes territoires seront démembrés! Alors, tu pleureras et tu te lamenteras, et tu ne trouveras ni aide ni protection nulle part... Veille, car la colère de Dieu se prépare et bientôt tu verras ce qui est écrit par la plume du commandement."

(Star of the West, vol. II, p. 3.)
Et à 'Alí Páshá, il écrivit:

"Ô Ra'ís (chef), tu as commis ce qui, dans le paradis suprême, a fait gémir Muhammad, le prophète de Dieu. Le monde t'a rendu si orgueilleux que tu t'es détourné de la face dont la lumière a illuminé les peuples des armées célestes. Bientôt tu te retrouveras déchu. Tu t'es associé au souverain de la Perse pour me nuire, alors que je suis descendu vers vous de l'aurore du Tout-Puissant, du Suprême, en messager d'une cause qui a rafraîchi les yeux des favoris de Dieu...

Pensais-tu que tu pouvais éteindre le feu que Dieu a allumé dans l'univers? Non, je le déclare par son Esprit véridique, puisses-tu être de ceux qui comprennent. Bien plus, par ton opposition, le brasier a grandi et ses flammes se sont intensifiées. Bientôt, elles encercleront le monde entier et ses habitants... Le jour est proche où la Terre de Mystère (Andrinople) et ses alentours subiront des changements et seront enlevés des mains du souverain. Des commotions seront ressenties, des lamentations s'élèveront, des discordes se feront jour partout, et la confusion régnera à cause de ce qui fut infligé par les armées d'oppression à ces prisonniers (Bahá'u'lláh et ses compagnons). La situation changera et les circonstances seront si graves que les sables des collines désertées en gémiront, que les arbres des montagnes pleureront, que le sang coulera de toutes parts et que le peuple sera plongé dans la détresse...

Ainsi en a décidé le Maître suprême, le Sage; et les armées du ciel et de la terre ne peuvent résister à ses ordres, pas plus que tous les rois et dirigeants ne peuvent l'empêcher de faire ce qu'Il veut. Les calamités sont l'huile qui alimente cette lampe, et c'est par elles que sa lumière s'intensifie; puissiez-vous être de ceux qui savent. Toutes les oppositions manifestées par les oppresseurs sont en réalité comme des messagers pour cette foi et, par elles, la nouvelle de l'apparition de Dieu et de sa cause a été largement répandue dans le monde.

À nouveau, dans le Livre de l'Aqdas, Bahá'u'lláh écrit:

"Ô Point situé sur le rivage des deux mers (Constantinople)! Sur toi s'est établi le trône de l'injustice et en toi s'est allumé le feu de la haine, à tel point que l'assemblée suprême et tous ceux qui évoluent autour du trône sublime se sont répandus en lamentations. Nous voyons en toi l'ignorant commander au sage et les ténèbres se glorifier devant la lumière. En vérité, tu es manifestement rempli d'orgueil. Serait-ce ton apparente splendeur qui te rend si vain? Par celui qui est le Seigneur de l'humanité, cette splendeur disparaîtra bientôt; et tes fils, tes veuves et tous tes habitants se lamenteront à leur tour. Ainsi t'avertit l'Omniscient, le Sage."

(Kitáb-i-Aqdas.)

Depuis la publication de ces avertissements, cet empire, qui fut grand jadis, s'est vu frappé de calamités successives qui ont fourni un commentaire éloquent sur leur caractère prophétique.

14.6. L'Amérique

Dans le Livre de l'Aqdas, révélé à 'Akká en 1873, Bahá'u'lláh adresse à l'Amérique l'appel suivant:

"Ô vous, dirigeants et présidents des républiques d'Amérique!... Prêtez l'oreille à ce qu'a fait entendre la Source de grandeur: en vérité, il n'y a pas d'autre dieu que moi, le Maître de la parole, l'Omniscient. Pansez les êtres meurtris avec les mains de la justice et, avec le sceptre des commandements de votre Seigneur, le Maître suprême, le Très-Sage, brisez l'oppresseur qui prospère."

(Kitáb-i-Aqdas dans La Proclamation de Bahá'u'lláh, p. 63.)

'Abdu'l-Bahá, au cours de ses allocutions en Amérique et ailleurs, dit fréquemment son espoir, sa prière et sa conviction de voir l'étendard de la paix internationale s'élever d'abord en Amérique.

À Cincinnati (Ohio), le 5 novembre 1912, il parle en ces termes:

"L'Amérique est une noble nation, le porte-bannière de la paix à travers le monde, répandant sa lumière sur tous les pays. Les autres nations ne sont pas libres d'intrigues comme les États-Unis et elles ne peuvent amener la paix universelle. Mais l'Amérique, Dieu merci, est en paix avec le monde entier et elle est digne de brandir l'étendard de la fraternité et de la paix internationale. Quand les bases de la paix mondiale seront fournies par l'Amérique, le reste du globe s'écriera: "Oui! nous acceptons!" Les nations, sous tous les climats, s'allieront alors pour adopter les enseignements que Bahá'u'lláh a révélés au siècle passé. Dans ses Épîtres, il a demandé que les parlements des différentes nations délèguent leurs membres les plus qualifiés et les plus sages en un parlement international et mondial pour étudier toutes les questions concernant les peuples et établir la paix... alors nous aurons le Parlement de l'humanité que les prophètes ont entrevu."

(Star of the West, vol. VI, p. 81.)

Les États-Unis ont déjà, dans une large mesure, répondu aux appels de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá et, dans nul autre pays, les enseignements bahá'ís n'ont rencontré un accueil aussi empressé. Il est vrai que l'Amérique n'a pas encore rempli complètement sa tâche pacificatrice, mais les bahá'ís attendent avec intérêt les développements que l'avenir tient en réserve.

[Il est intéressant de noter que c'est à San Francisco que s'est tenue la réunion pour la création de la Charte des Nations Unies]

14.7. La Grande Guerre

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá ont, à plusieurs reprises, prédit avec une exactitude étonnante l'approche de la Grande Guerre de 1914-1918. À Sacramento, en Californie, le 26 octobre 1912, 'Abdu'l-Bahá a dit:

"Aujourd'hui, le continent européen est comme un arsenal, c'est une réserve d'explosifs prête pour la première étincelle. Une seule étincelle pourrait enflammer toute l'Europe, surtout en ce moment où la question des Balkans est en jeu."

Dans nombre de ses conférences en Amérique et en Europe, il a donné de semblables avertissements. Dans une autre causerie en Californie, en octobre 1912, 'Abdu'l-Bahá a dit:

"Nous sommes à la veille de la bataille de Harmaguédon dont il est question au seizième chapitre de l'Apocalypse. Le temps viendra--dans deux ans--où une seule étincelle mettra l'Europe en flammes. L'agitation sociale de tous les pays et le scepticisme religieux grandissant qui caractérisent ce siècle enflammeront toute l'Europe, comme il est prophétisé au livre de Daniel et au livre de l'Apocalypse de saint Jean."

"En 1917, des royaumes tomberont et des cataclysmes ébranleront la terre". (Rapporté par Mme Corinne True dans North Shore Review du 26 septembre 1914, Chicago, U.S.A.)

À la veille du grand conflit, il a dit:

"Une mêlée générale des nations civilisées est en vue. Un conflit terrible est imminent. Le monde est au seuil d'une lutte des plus tragiques... De vastes armées--des millions d'hommes--sont mobilisées et massées aux frontières, se préparant pour l'effroyable bataille. La plus légère provocation va les conduire à un choc terrible et entraînera une conflagration sans précédent dans le cours de l'histoire de l'humanité."

(Haïfa, le 3 août 1914.) (Star of the West, vol. V, p. 163.)

14.8. Les troubles sociaux d'après-guerre

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá ont, l'un et l'autre, annoncé une période de troubles sociaux, de conflits et de catastrophes, résultat inévitable de l'irréligion et des préjugés, de l'ignorance et de la superstition qui prévalent partout dans le monde. Le grand conflit belliciste international ne sera--selon eux--qu'une phase de cette période de bouleversements.

Dans une tablette datée de janvier 1920, 'Abdu'l-Bahá a écrit:

"Ô vous qui chérissez la vérité! Ô vous, serviteurs de l'humanité! Tandis que le parfum suave de vos pensées et de vos nobles intentions souffle sur moi, je sens mon âme irrésistiblement entraînée à communiquer avec vous.

Que vos cœurs méditent sur la gravité du tumulte où le monde est plongé; à quel degré les nations de la terre sont souillées de sang humain; pire encore, le sol lui-même est imprégné de sang caillé. L'ardeur guerrière a causé une explosion d'une telle sauvagerie qu'à l'aurore des temps, au Moyen Âge ou aux Temps modernes, le monde n'avait jamais rien vu de semblable. La meule guerrière a broyé et écrasé bien des têtes humaines; que dis-je! le sort de ces victimes fut plus terrible encore. Des pays florissants furent réduits à la désolation, des villes rasées, de coquets villages ruinés. Des pères ont perdu leurs fils, tandis que des fils étaient privés de leur père. Des mères se lamentèrent, répandant des larmes de sang pour leurs jeunes garçons; de petits enfants devinrent orphelins, des femmes furent réduites à errer, privées de foyer. En un mot, l'humanité s'est dégradée en tous ses aspects. Les sanglots et les gémissements des orphelins retentissent avec force tandis que le ciel renvoie l'écho des poignantes lamentations des mères.

Les raisons primordiales de toutes ces épreuves sont dues aux préjugés raciaux, nationaux, religieux et politiques; et les racines de tous ces préjugés prennent naissance dans ces traditions usées et fermement établies, quelle que soit leur nature: religieuse, raciale, nationale ou politique. Tant que ces traditions resteront inchangées, les bases de l'édifice humain seront chancelantes et l'humanité elle-même exposée à un péril constant.

Aujourd'hui, en cet âge radieux, alors que l'essence de tous les êtres a été rendue manifeste, que le secret de toute chose créée s'est révélé, que l'aurore de la vérité a chassé l'obscurité de la terre en irradiant sa lumière, est-il digne et convenable qu'un carnage aussi effroyable, qui apporte une ruine irréparable dans le monde, puisse être perpétré? Par Dieu! Cela ne peut être.

Le Christ a convié tous les peuples à la paix et à la réconciliation. Il a commandé à Pierre de remettre son épée au fourreau. Tel fut son désir, tel fut le conseil qu'il donna; et cependant ceux qui portent son nom ont fait usage de leurs glaives. Quel contraste entre leurs actes et le texte explicite de l'Évangile!

Il y a soixante ans, Bahá'u'lláh [1817-1892--(Écrit en 1920.)], tel un soleil éclatant, brilla au firmament de la Perse; il déclara que le monde était enveloppé d'une obscurité lourde de conséquences désastreuses qui amèneraient une lutte effroyable. Du fond de la forteresse de 'Akká, en termes sans équivoque, il admonesta l'empereur d'Allemagne, lui prédisant qu'une guerre terrible éclaterait et que Berlin retentirait de gémissements et de lamentations. De même, retenu injustement en prison par le sultán de Turquie, dans la citadelle de 'Akká, il le prévint en termes clairs et énergiques que Constantinople serait en proie à des désordres si graves que les femmes et les enfants pousseraient des gémissements. Bref, il adressa des Épîtres à tous les principaux législateurs et souverains du monde, et tout ce qu'il prédit se réalisa. Sa plume de gloire déversait à flots des conseils pour empêcher la guerre, et ces enseignements se sont répandus de plus en plus largement.

Son premier principe est la recherche de la vérité. Toute imitation aveugle, déclare-t-il, tue l'esprit de l'homme, tandis que la recherche de la vérité libère le monde de l'obscurité et des préjugés.

Son second principe est l'unité de l'humanité. Tous les hommes font partie d'un seul et même troupeau et Dieu est leur Bon Pasteur. Il leur dispense sa miséricorde infinie; pour Lui, tous sont comme un seul. "Tu ne trouveras aucune différence entre les créatures de Dieu." Tous sont ses serviteurs et tous recherchent sa bonté.

Son troisième principe est que la religion constitue la forteresse la plus puissante. Elle doit conduire à l'unité et non pas à l'inimitié et à la haine. Si elle provoquait l'hostilité et la haine, il serait préférable qu'elle n'existât pas. Car on peut la comparer à la médecine: si elle aggravait la maladie, il serait préférable de l'abandonner.

De même, les préjugés religieux, raciaux, nationaux et politiques sapent les fondations de la société humaine; tous conduisent aux effusions de sang; tous accumulent des ruines dans l'humanité. Tant qu'il y aura des préjugés, la menace de guerre persistera. Le seul remède, c'est la paix universelle. Et ceci ne se réalisera que par l'établissement d'un tribunal suprême représentant tous les gouvernements et tous les peuples. Tous les problèmes nationaux et internationaux devront lui être soumis et, quelle que soit la décision prise, elle devra avoir force de loi. Si un gouvernement ou un peuple entrait en dissidence, le monde entier devrait s'unir contre lui.

Parmi ses enseignements se trouvent encore le principe de l'égalité des droits pour les femmes comme pour les hommes, et quantité d'autres enseignements de même nature révélés par sa plume.

Aujourd'hui, il est clair et évident que l'existence même du monde dépend de ces principes et qu'ils incarnent son véritable esprit. Désormais, vous qui êtes les serviteurs de l'humanité, vous devriez vous efforcer, corps et âme, de libérer le monde de l'obscurité, du matérialisme et des préjugés humains afin qu'il resplendisse des lumières de la cité de Dieu.

Loué soit Dieu! vous connaissez les différents principes, institutions et écoles du monde; aujourd'hui, rien, sinon les enseignements divins, ne pourra apporter la paix et la tranquillité à l'humanité. Sans ces principes, l'obscurité ne disparaîtra jamais; les maux persistants ne seront jamais guéris; au contraire, ils s'intensifieront de jour en jour. Les Balkans ne trouveront pas de repos; leur situation s'aggravera. Les pays vaincus ne s'apaiseront pas mais saisiront toutes les occasions de ranimer l'ardeur guerrière. Des mouvements nés récemment et de dimensions mondiales emploieront toutes leurs forces pour mener à bien leurs buts et leurs projets. Le glissement vers la gauche s'accentuera et son influence s'étendra.

Aussi, d'un cœur éclairé, d'un esprit noble, d'une force surhumaine, aidés par la grâce de Dieu, efforcez-vous désormais de répandre dans le monde le don bienfaisant de Dieu... le don du bien-être et de la sécurité pour toute l'humanité!"

('ABDU'L-BAHÁ.)

Au cours d'un entretien en novembre 1919, 'Abdu'l-Bahá a dit:

"Bahá'u'lláh a souvent prédit une période où prévaudrait l'irréligion ainsi que l'anarchie qui en découlerait. Le chaos sera dû à la trop grande liberté accordée à des gens qui n'y sont pas préparés et, par conséquent, il faudra recourir temporairement à des gouvernements autoritaires dans l'intérêt même du peuple et pour pallier le désordre et les troubles.

Il est évident que chaque nation veut maintenant une autonomie et une liberté d'action complètes, mais certaines d'entre elles n'y sont pas préparées. L'état qui prévaut dans le monde est un état d'irréligion qui provoque forcément l'anarchie et la confusion. J'ai toujours dit que les propositions de paix qui ont suivi la Grande Guerre n'étaient qu'une lueur de l'aube et non le lever du soleil."

14.9. La venue du royaume de Dieu

Cependant, en dépit de ces temps difficiles, la cause de Dieu prospérera. Les calamités dues à l'égoïsme combatif des individus, pour leur propre existence ou pour des intérêts partisans, sectaires ou nationalistes, inciteront les humains à se tourner, en désespoir de cause, vers le remède offert par la parole de Dieu. À mesure que les fléaux se multiplieront, les peuples se tourneront vers l'unique remède salutaire. Dans son Épître au sháh, Bahá'u'lláh dit:

"Dieu a fait que les afflictions soient comme une ondée matinale pour rafraîchir le pâturage et comme la mèche de sa lampe pour illuminer la terre et le ciel... C'est dans l'affliction que sa lumière a le mieux brillé et que sa louange a sans cesse étincelé; telle fut sa méthode au cours des siècles passés et dans les âges révolus."

Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá prédisent dans les termes les plus positifs le triomphe rapide du spiritualisme sur le matérialisme et l'établissement de la très grande paix qui en découlera.

'Abdu'l-Bahá écrit en 1904:

"Sache que les misères et les infortunes croîtront de jour en jour et que l'humanité sera plongée dans la détresse. Les portes de la joie et du bonheur seront fermées partout. De terribles guerres éclateront. Les déceptions et la mort des espérances entoureront les peuples de toutes parts jusqu'à ce qu'ils soient forcés de se tourner vers Dieu. Alors, les feux d'une telle allégresse illumineront les horizons que le cri de "Yá Bahá'u'l-Abhá". [Ô toi la plus grande Gloire de Dieu!] jaillira de tous côtés."

(Tablette à I.D.B., citée dans: Compilation on War and peace, p. 187.)

Comme on lui demandait, en février 1914, si l'une des grandes nations deviendrait croyante, il répondit:

"Tous les peuples du monde deviendront croyants. Si vous comparez les débuts de la cause à ce qu'elle est aujourd'hui, vous verrez quelle influence rapide exerce la parole divine et que, dès à présent, la cause de Dieu embrasse le monde... Incontestablement, l'humanité entière viendra s'abriter sous son ombre."

(Star of the West, vol. IX, p. 31.)

Il déclara que l'établissement de l'unité mondiale serait réalisé durant ce siècle. Il écrivit dans une de ses tablettes:

"Tous les membres de la famille humaine (peuples ou gouvernements, villes ou villages) sont engagés dans une interdépendance croissante, et il n'est plus, aujourd'hui, personne qui puisse encore se suffire à soi-même. Des liens politiques unissent peuples et nations, tandis que les nœuds du commerce et de l'industrie, de l'agriculture et de l'éducation vont chaque jour en se resserrant. C'est pourquoi, aujourd'hui, l'unité de l'humanité peut être réalisée. En vérité, ceci n'est rien d'autre qu'une des merveilles de ce temps prodigieux et de ce siècle glorieux, merveille dont furent privés les âges du passé. Car ce siècle--le siècle de la lumière--a été doté d'une gloire unique et favorisé d'une illumination et d'un pouvoir sans précédent, d'où l'éclosion d'une nouvelle merveille renouvelée chaque jour. L'avenir montrera combien brillant sera ce flambeau dans les rassemblements humains."

Dans les deux derniers versets du livre de Prophéties de Daniel figurent ces phrases énigmatiques:

"Heureux celui qui attendra et qui arrivera jusqu'à mille trois cent trente-cinq jours! Et toi, poursuis ton chemin: car au bout, tu te reposeras et tu te relèveras pour ton héritage à la fin des jours."

Bien des savants ont multiplié les recherches pour découvrir le sens de ces mots. Un jour où l'auteur dînait à la table de 'Abdu'l-Bahá, celui-ci indiqua que le point de départ de l'accomplissement de la prophétie de Daniel coïncide avec la date du début de l'ère musulmane. Dans ses tablettes, il apparaît clairement que cette prophétie concerne le centième anniversaire de la déclaration de Bahá'u'lláh à Baghdád, soit l'année 1963.

"Maintenant, dit-il, parlons du texte de Daniel dont vous demandez l'interprétation, à savoir: "Heureux celui qui attendra et qui atteindra mille trois cent trente-cinq jours." Ces jours doivent être interprétés comme des années solaires et non pas lunaires. D'après cette méthode de calcul, un siècle doit s'écouler après l'aurore du Soleil de Vérité; à ce moment, les enseignements de Dieu auront été établis fermement sur la terre et la lumière divine inondera le monde, de l'Orient jusqu'à l'Occident. En ce jour, le croyant se réjouira."

14.10. 'Akká et Haïfa

Mírzá Ahmad Sohrab relate dans son journal la prophétie sur 'Akká et Haïfa, faite à Haïfa le 14 février 1914, par 'Abdu'l-Bahá qui, ce jour-là, était assis devant la fenêtre de l'une des maisons des pèlerins:

"De cette maison des pèlerins la vue est très belle, spécialement là où elle embrasse le tombeau sacré de Bahá'u'lláh. Plus tard, l'immense étendue qui sépare 'Akká de Haïfa sera recouverte de bâtiments, les deux cités se rejoindront, se serrant les mains, formant les deux extrémités d'une puissante métropole. En regardant maintenant ce paysage, je vois très clairement qu'il deviendra l'un des premiers centres commerciaux du monde. Cette grande baie semi-circulaire sera transformée en une rade splendide où les vaisseaux de tous pays viendront chercher abri et refuge.

De grands navires venant de partout aborderont dans ce port, leurs ponts chargés de milliers et de milliers d'hommes et de femmes de toutes les parties du globe. La montagne et la plaine seront dotées de palais et d'édifices des plus modernes. Des industries s'y développeront et plusieurs institutions à caractère philanthropique y seront fondées. Les fleurs des diverses civilisations et des cultures de toutes les nations seront implantées ici pour y mêler leurs parfums et illuminer la voie de la fraternité humaine. Des vergers, des jardins, des bosquets et des parcs merveilleux seront aménagés partout. Pendant la nuit, la grande ville sera entièrement illuminée à l'électricité.

Le port de 'Akká à Haïfa formera une traînée lumineuse. Des phares puissants placés des deux côtés du mont Carmel guideront les navires dans la rade. Le mont Carmel lui-même sera submergé de haut en bas par un océan de lumière. Du sommet du mont Carmel et des ponts des paquebots qui s'en approcheront, on assistera au plus sublime et au plus majestueux spectacle du monde.

Des hauteurs de la montagne, la symphonie de louanges "Yá Bahá'u'l-Abhá" résonnera; et dès avant l'aurore, une musique pénétrant l'âme, accompagnée de voix mélodieuses, montera vers le trône du Tout-Puissant.

En vérité, les voies de Dieu sont mystérieuses et impénétrables. Quelle relation apparente existe-t-il entre Shiráz et Tihrán, Baghdád et Constantinople, Andrinople, 'Akká et Haïfa? Dieu a travaillé patiemment, pas à pas, à travers ces diverses villes, selon son propre plan, précis et éternel, afin que s'accomplissent les prophéties et les prédictions des prophètes. Le fil d'or des promesses réservées au millénium messianique se déroule à travers toute la Bible, et il était écrit que Dieu le fît paraître à son heure. Pas un seul mot ne restera privé de sens ni d'accomplissement."

15. REGARD SUR LE PASSÉ ET L'AVENIR

"Je témoigne, ô amis, que la faveur est complète, l'argument confirmé, la preuve manifeste, l'évidence établie. Montrez maintenant quel sera le fruit de vos efforts dans le sentier du détachement. C'est ainsi que la grâce divine s'est pleinement accomplie pour vous et pour tous ceux qui sont au ciel et sur terre. Toutes louanges à Dieu, Seigneur de tous les mondes."

BAHÁ'U'LLÁH
15.1. Progrès de la cause

Il est malheureusement impossible de décrire en détail, dans un ouvrage succinct, les progrès accomplis par la foi bahá'íe dans le monde. On pourrait consacrer bien des chapitres à ce sujet passionnant et raconter maintes histoires émouvantes sur les pionniers et les martyrs de la cause, mais un résumé très bref suffira.

Les premiers adeptes de cette révélation rencontrèrent en Perse la plus violente opposition; ils subirent des persécutions et des supplices de la part de leurs concitoyens mais, à toutes ces calamités, à toutes ces épreuves, ils firent face avec un héroïsme, une fermeté et une patience sublimes. Ils furent baptisés dans leur propre sang, car bien des milliers périrent martyrisés; des milliers d'autres connurent la bastonnade, l'emprisonnement, la destitution de leurs biens; arrachés de leurs foyers, ils furent maltraités de toutes les manières. Durant plus de soixante ans, quiconque, en Perse, osa rendre hommage au Báb et à Bahá'u'lláh risqua la perte de sa fortune, de sa liberté et même de sa vie. Cependant, cette opposition obstinée et féroce n'eut pas plus d'effet sur le progrès de la cause qu'un nuage de poussière sur le lever du soleil.

On trouve maintenant des bahá'ís d'un bout à l'autre de la Perse dans presque toutes les cités, villes ou villages et même parmi les tribus nomades. Dans certains villages, la population entière est bahá'íe, dans d'autres, on trouve une grande proportion de croyants. Issus de sectes nombreuses et diverses, auparavant cruellement opposées, ils forment maintenant une grande communauté d'amis qui pratiquent la fraternité, non seulement entre eux, mais partout, avec tous les humains; ils travaillent à l'unification et au progrès de l'humanité, à la suppression des préjugés et des conflits et à l'établissement du royaume de Dieu sur la terre. Quel miracle pourrait dépasser celui-ci? Un seul: l'achèvement, dans le monde entier, de la tâche à laquelle ces croyants se sont consacrés. Et les signes ne manquent pas, prouvant que ce prodigieux miracle est aussi en voie de s'accomplir.

La foi montre une vitalité étonnante [Dans son ouvrage intitulé "La Perse et la Question persane" publié en 1892, année de la mort de Bahá'u'lláh, Lord Curzon écrit: "Le nombre actuel des Bábís est au minimum d'un demi-million. Je suis même disposé à croire--après des conversations avec des personnes bien placées pour en parler--que le chiffre réel approche du million. Il s'en trouve partout, parmi les ministres et les nobles de la cour, parmi les balayeurs et les grooms; le clergé musulman lui-même n'est pas le champ le plus réduit de leur activité... Si le Bábisme continue à croître à cette allure, on conçoit qu'un jour il supplantera l'islamisme en Perse, ce qui serait impossible, je crois, s'il s'agissait d'une foi hostile. Mais comme il conquiert ses adeptes parmi les meilleurs soldats de la garnison opposée, il a les plus grandes chances de triompher finalement." (Vol. I, pp. 499 à 502.)]: tel un levain, elle transforme les peuples et les sociétés au fur et à mesure qu'elle pénètre la masse de l'humanité. [Le nombre des bahá'ís augmente chaque année et, en 1986, on en trouvait dans plus de 116.700 localités du monde. (Voir épilogue.)]

Le nombre relativement faible des bahá'ís peut sembler encore insignifiant si on le compare à celui des adeptes des religions anciennes; mais les bahá'ís ont la conviction que le divin pouvoir les a bénis et les a investis de ce haut privilège: servir un ordre nouveau vers lequel afflueront prochainement les multitudes de l'Orient et de l'Occident.

C'est pourquoi, bien qu'en tous pays on rencontre des cœurs purs qui réfléchissent la lumière du Saint-Esprit sans même avoir conscience de sa source, et bien qu'on puisse mesurer la croissance de la foi aux nombreuses tentatives effectuées en dehors de la communauté bahá'íe pour promouvoir l'un ou l'autre des enseignements de Bahá'u'lláh, néanmoins les bases précaires sur lesquelles repose l'ordre ancien fournissent cette preuve convaincante: les idéaux du royaume ne peuvent porter leurs fruits que dans le cadre de la communauté bahá'íe.

15.2. Le don de prophétie du Báb et de Bahá'u'lláh

Plus on étudie la vie et les enseignements du Báb et de Bahá'u'lláh, moins on trouve d'explication à leur grandeur sinon par l'inspiration divine. Élevés dans une atmosphère de fanatisme et de bigoterie, ils ne reçurent qu'une éducation des plus élémentaires. Sans contact avec la culture occidentale, sans soutien politique ou financier, ne demandant rien aux hommes, ils ne rencontrèrent qu'injustice et oppression. Les grands de la terre les ont ignorés ou combattus; flagellés, torturés, emprisonnés et soumis aux pires calamités dans l'accomplissement de leur mission, seuls contre le monde, sans autre aide que celle de Dieu, leur triomphe resplendit cependant déjà, manifeste et merveilleux.

L'élévation sublime de leurs idéaux, leur grandeur d'âme et le désintéressement de toute leur vie, leur foi et leur courage inaltérables, leur science et leur sagesse étonnantes, leur prescience des besoins des peuples orientaux et occidentaux, l'étendue et la valeur de leurs enseignements, leur pouvoir d'inspirer à leurs adeptes une dévotion et un enthousiasme débordants, le degré de puissance et de pénétration de leur influence, le progrès de la cause qu'ils ont fondée constituent un ensemble de preuves éclatantes de leur mission de prophètes capables d'entraîner la même conviction que celles fournies par l'histoire des religions du passé.

15.3. Une magnifique vision d'avenir

La bonne nouvelle bahá'íe dévoile une vision de la munificence de Dieu et du progrès futur de l'humanité; c'est certainement la plus grande et la plus glorieuse révélation qui ait jamais été donnée au monde, car c'est le développement et l'accomplissement de toutes celles du passé. Son but n'est autre que la régénération du genre humain, la création de nouveaux cieux et d'une nouvelle terre. C'est à cette même tâche que le Christ et tous les prophètes ont consacré leur vie; aussi n'y a-t-il aucune rivalité entre ces grands instructeurs... Cette œuvre n'est pas celle d'une Manifestation définie ou d'une autre, mais elle sera menée à bien par toutes les manifestations de Dieu, ensemble.

Comme le dit 'Abdu'l-Bahá:

"Il n'est pas nécessaire d'abaisser Abraham pour élever Jésus. Il n'est pas nécessaire d'abaisser Jésus pour reconnaître Bahá'u'lláh. Nous devons accueillir la vérité de Dieu partout où elle paraît. Tous ces grands messagers sont venus pour soulever la bannière des perfections divines; tel est le cœur de l'enseignement. Tous resplendissent comme des astres au même ciel de la volonté divine, tous donnent la lumière au monde."

(Star of the West, vol. III, n° 8, p. 8.)

Cette tâche est celle de Dieu, et Dieu appelle non seulement les prophètes mais toute l'humanité pour collaborer à cette œuvre de création. Si nous nous refusons à son appel, nous n'empêcherons pas le travail de continuer, car la volonté de Dieu s'accomplit inéluctablement. Si nous échouons dans notre tâche, il peut susciter d'autres instruments pour exécuter son dessein; mais quant à nous, nous aurons manqué l'objet, le but réel de notre propre vie. Être un avec Dieu--devenir son adorateur, son serviteur, le canal et l'intermédiaire volontaires de son pouvoir créateur, afin de n'être conscient que de sa vie abondante et divine--qui, suivant l'enseignement bahá'í, représente le couronnement ineffable et glorieux de l'existence.

Cependant, l'être humain possède un cœur pur car, il est fait à l'image et à la ressemblance de Dieu quand, enfin, il comprendra la vérité, il ne s'obstinera plus dans les sentiers de sa folie. Bahá'u'lláh nous affirme que, bientôt, l'appel de Dieu sera universellement entendu et que toute l'humanité s'engagera dans la voie de l'équité et de l'obéissance... Tout chagrin sera changé en joie, toute maladie en santé et les royaumes de ce monde deviendront le royaume de notre Seigneur et de son Christ; et Il régnera pour les siècles des siècles. (Apocalypse, XI, 15.)

Tous les habitants, non seulement ceux de la terre, mais aussi ceux du ciel deviendront un en Dieu et se réjouiront éternellement en Lui.

15.4. Renouveau de la religion

L'état actuel du monde offre certainement la preuve évidente que, à de rares exceptions près, les peuples de toutes les religions ont besoin d'être éveillés de nouveau à la signification réelle de leur religion; ce réveil constitue une partie importante de l'œuvre de Bahá'u'lláh. Il vient pour que les chrétiens soient de meilleurs chrétiens, les musulmans de véritables musulmans, pour rendre tous les croyants fidèles à l'esprit qui anima leurs prophètes. Il accomplit également leur promesse: celle d'une glorieuse Manifestation qui devait apparaître dans la plénitude des temps, pour couronner et consommer leur œuvre. Il développe plus complètement que ses prédécesseurs les vérités spirituelles. Il révèle la volonté de Dieu eu égard à tous les problèmes de la vie sociale et individuelle qui nous assaillent aujourd'hui. Il donne un enseignement universel, base d'une fondation solide sur laquelle une civilisation nouvelle et perfectionnée pourra se construire, enseignement adapté aux besoins du monde dans cette ère nouvelle qui s'ouvre maintenant.

15.5. Le besoin d'une nouvelle révélation

L'unification du genre humain, la fusion des diverses religions, la réconciliation de la religion et de la science, l'établissement de la paix universelle, de l'arbitrage international et d'une cour universelle de justice, l'adoption d'une langue internationale, l'émancipation des femmes, l'éducation universelle, l'abolition de l'esclavage domestique et industriel, l'organisation harmonieuse de tout le globe comprenant le respect des droits et des libertés individuelles constituent des problèmes d'une amplitude gigantesque et d'une prodigieuse difficulté; sur ces problèmes, chrétiens, musulmans et adeptes des autres religions professent les opinions les plus diverses et souvent les plus violemment opposées; mais Bahá'u'lláh a révélé clairement des principes définis qui, adoptés partout, feraient du monde un véritable paradis.

15.6. La vérité pour tous

Bien des gens sont enclins à admettre que les enseignements bahá'ís sont parfaits pour l'Irán et l'Orient, mais qu'ils sont inutiles ou mal adaptés aux besoins des nations occidentales.

À quelqu'un qui, un jour, émit cette opinion, 'Abdu'l-Bahá répondit:

"Tout ce qu'implique la cause de Bahá'u'lláh peut se traduire ainsi: tout ce qui concerne le bien universel est divin et tout ce qui est divin est fait en vue du bien universel. Ce qui est vrai pour l'un l'est pour tous, ce qui ne l'est pas n'est vrai pour personne; on ne peut donc limiter à l'Orient ou à l'Occident la cause divine du bien universel; car le rayonnement du Soleil de Vérité illumine le levant et le couchant; il répand sa chaleur sans distinction sur le pôle Nord comme sur le pôle Sud. À l'époque de la manifestation du Christ, les Romains et les Grecs croyaient sa mission spécialement destinée aux Juifs. Ils trouvaient parfaite leur propre civilisation et considéraient que les enseignements du Christ n'avaient rien à leur apprendre; cette supposition erronée les priva de sa grâce. De même, sachez que les principes du Christ et les commandements de Bahá'u'lláh sont identiques et que leurs voies sont les mêmes. Chaque jour apporte un progrès: il fut un temps où cette institution divine (la révélation progressive) était à l'état embryonnaire; puis elle passa par les stades de l'enfance et de l'adolescence intellectuelles; mais aujourd'hui, elle resplendit de beauté et brille du plus grand éclat. Heureux celui qui pénètre ce mystère et prend place au monde des âmes éclairées.

15.7. Le testament de 'Abdu'l-Bahá

À la mort de son chef bien-aimé, 'Abdu'l-Bahá, la foi bahá'íe entra dans une phase nouvelle de son histoire. Cette phase nouvelle représente un état plus élevé dans la vie de cette même institution spirituelle. Elle correspond à l'expression d'une foi plus développée et requiert par conséquent de la part de ses adhérents une conscience accrue de leurs responsabilités. 'Abdu'l-Bahá voua son énergie surhumaine et ses capacités incomparables à la tâche de communiquer aux pays de l'Est et de l'Ouest son amour pour Bahá'u'lláh. Il alluma le flambeau de la foi en d'innombrables cœurs. Il les guida et les prépara à la conquête des attributs caractéristiques de la vie spirituelle. Eu égard à la très grande importance du testament de 'Abdu'l-Bahá, tenant compte de la gravité des questions qu'il soulève et de la profonde sagesse de ses stipulations, nous en reproduisons ici quelques extraits qui illustrent, d'une manière vivante, l'esprit et les principes directeurs qui animaient 'Abdu'l-Bahá et qui furent, pour ses fidèles disciples, un héritage précieux.

"Ô vous, les bien-aimés du Seigneur! En cette dispensation sacrée, les discordes et les conflits sont formellement interdits; l'agresseur se prive lui-même de la grâce de Dieu. Il incombe à chacun de manifester la droiture, l'honnêteté et l'amour les plus grands et de témoigner une sincère bonté envers tous les peuples et toutes les races, amis ou étrangers. Cet esprit d'amour et de tendre bonté doit être si intense que l'étranger doit se sentir comme un ami, et l'ennemi comme un véritable frère, aucune distinction ne les séparant plus désormais. Car l'universalité vient de Dieu tandis que les limitations viennent de la terre...

Donc, ô mes chers amis! Fréquentez tous les peuples, les races et les adeptes des autres religions en toute sincérité, honnêteté, fidélité, bonté, bonne volonté et amitié, afin que le monde soit plongé dans la sainte extase de la grâce de Bahá; que l'ignorance, l'hostilité, la rancune disparaissent de la terre, que la lumière de l'unité disperse les ténèbres de l'éloignement chez tous les peuples et toutes les races du monde. Si d'autres peuples et d'autres nations se montrent infidèles envers vous, soyez-leur fidèles; s'ils sont injustes envers vous, soyez justes pour eux; s'ils se montrent distants, attirez-les; s'ils font acte d'hostilité, agissez amicalement envers eux; s'ils troublent votre vie, adoucissez leur âme, s'ils vous blessent, soyez un baume pour leurs plaies. Tels sont les attributs des sincères, telles sont les qualités des vrais fidèles...

Ô vous, les bien-aimés du Seigneur! Il vous appartient d'être soumis à tout souverain juste et d'être fidèles envers tout roi équitable. Servez les souverains de la terre en toute fidélité et loyauté; montrez-leur obéissance et portez-leur intérêt. Ne vous mêlez pas des affaires politiques sans leur permission ou leur consentement, car manquer de loyauté envers un souverain juste c'est en manquer envers Dieu Lui-même. Tel est mon conseil, tel est le commandement qui vous vient de Dieu. Heureux sont ceux qui s'y conforment...

Seigneur! Tu le vois, toutes choses pleurent sur moi, et mes proches se réjouissent de mes malheurs. Par ta gloire, ô mon Dieu, même parmi mes ennemis, quelques-uns se sont lamentés devant mes souffrances et ma détresse et, parmi les plus envieux, plusieurs ont versé des larmes sur mes soucis, mon exil et mes afflictions. Tout cela parce qu'ils n'avaient trouvé en moi que sollicitude et affection, ils n'avaient vu que bonté et compassion. Quand ils me virent emporté par un flot de tribulations et d'adversités, exposé, tel une cible, aux flèches du destin, leur cœur s'émut de compassion, des larmes leur montèrent aux yeux et ils déclarèrent: "Dieu est témoin que nous n'avons trouvé en lui que fidélité, générosité et compassion extrême." Mais les briseurs d'alliance, tels des oiseaux de mauvais augure, redoublèrent de violence dans leur rancœur et se réjouirent de me voir en proie à la plus cruelle des épreuves; ils s'acharnèrent contre moi et se divertirent devant les peines déchirantes qui m'assaillaient...

Ô Seigneur, mon Dieu! Par ces paroles, je t'adjure, du fond de mon cœur, de ne pas les payer de retour pour leur cruauté et leurs mauvaises actions, leur ruse et leur perfidie, car ils sont sots et vils et ne savent pas ce qu'ils font. Ils ne savent pas discerner le bien du mal, distinguer le vrai du faux ni la justice de l'injustice. Ils suivent leurs désirs personnels et s'attachent au plus sot et au plus imparfait d'entre eux. Ô mon Seigneur! Aie pitié d'eux, protège-les de toute affliction en ces temps troublés, fais que toutes les épreuves et toutes les oppressions soient le lot de ton serviteur tombé dans ce puits de ténèbres. Choisis-moi entre tous pour subir tous les malheurs et sacrifie-moi pour tous tes bien-aimés. Ô Seigneur, Dieu suprême! Que mon âme, ma vie, ma personnalité, mon esprit, tout mon être leur soit offert. Ô Dieu, mon Dieu! Humble et suppliant, le visage contre terre, je t'invoque et t'implore, de toutes mes forces, de pardonner à tous ceux qui m'ont blessé, à ceux qui ont conspiré contre moi et m'ont offensé, et d'effacer les méfaits de ceux qui ont perpétré l'injustice envers moi. Accorde-leur tes bienfaits, donne-leur la joie, soulage-les de leurs chagrins, dispense-leur la paix et la prospérité, donne-leur ta félicité et répands ta bonté sur eux. Tu es le Puissant, le Clément, le Protecteur dans le danger, celui qui existe par Lui-même.

Les disciples du Christ oublièrent leur moi et toutes les choses de la terre. Ils abandonnèrent toutes leurs affaires et leurs possessions, se purifièrent de tout égoïsme et passion et, avec un absolu détachement, se dispersèrent partout, appelant les peuples à suivre la voie divine jusqu'à ce que, à la fin, ils eussent fait du monde un autre monde et illuminé la surface de la terre. Jusqu'à leur dernière heure, ils firent preuve d'abnégation dans le chemin de ce bien- aimé de Dieu et, finalement, subirent un glorieux martyre en divers pays. Que ceux qui sont hommes d'action suivent leurs traces.

Ô Dieu, mon Dieu! J'en appelle à toi, à tes prophètes, tes messagers, tes saints et tes élus, pour témoigner que j'ai, de façon concluante, exposé tes preuves à tes amis et leur ai clairement expliqué toutes choses, afin qu'ils puissent veiller sur ta foi, garder ton droit chemin et protéger ta loi resplendissante. Tu es en vérité l'Omniscient, l'infiniment Sage!"

(Le Testament de 'Abdu'l-Bahá, pp. 27 à 29, 31, 32, 38, 39, 45, 46, éd. 1970.)

La mort de 'Abdu'l-Bahá donna le signal de l'établissement de l'ordre administratif destiné à servir de modèle et de soutien à cet ordre mondial que la religion de Bahá'u'lláh doit instaurer et qui est sa mission spéciale. Le testament de 'Abdu'l-Bahá marque donc un tournant dans l'histoire bahá'íe: il clôt l'ère d'enfance et d'irresponsabilité pour inaugurer celle où, étendant leur champ d'action du domaine individuel à celui de la coopération et de l'unité, les bahá'ís feront fructifier leur foi spirituelle. Les trois éléments principaux du plan administratif laissé par 'Abdu'l-Bahá sont:

1) Le Gardien de la cause de Dieu.
2) Les Mains de la cause de Dieu.

3) Les maisons de justice locales, nationales et internationale. [Les maisons de justice locales et nationales sont actuellement dénommées assemblées spirituelles locales et nationales comme indiqué ci-avant]

15.8. Le Gardien de la cause de Dieu

'Abdu'l-Bahá a désigné Shoghi Effendi, l'aîné de ses petits-fils, pour supporter le rôle, lourd de responsabilité, de gardien de la cause (Valíyy-i-Amru'lláh). Shoghi Effendi est le fils aîné de Díyá'íyyih Khánum, la fille aînée de 'Abdu'l-Bahá. Son père, Mírzá Hádí, est parent du Báb (quoique descendant indirect, l'unique enfant du Báb étant décédé en bas âge).

Shoghi Effendi, âgé alors de vingt-cinq ans, faisait ses études au collège de Balliol, à Oxford, lors de la mort de son grand-père.

Dans son testament, 'Abdu'l-Bahá exprime ainsi sa volonté:

"Ô mes chers amis! Après la disparition de cet opprimé ['Abdu'l-Bahá se désigne ainsi lui-même (Note du comité de traduction.)], il incombe aux Aghsán. [Aghsán: fils et descendants de Bahá'u'lláh] (Branches), aux Afnán [Afnán: descendants du Báb] (Rameaux) de l'Arbre sacré, aux Mains (piliers) de la cause de Dieu et aux bien-aimés de la Beauté d'Abhá [Beauté d'Abhá, c'est-à-dire Bahá'u'lláh] de se tourner vers Shoghi Effendi (la jeune branche issue des deux Arbres sanctifiés et sacrés, le fruit de l'union des deux descendants de l'Arbre de sainteté) car c'est lui le signe de Dieu, la branche élue, le Gardien de la cause de Dieu, celui vers lequel doivent se tourner tous les Aghsán, les Afnán, les Mains de la cause de Dieu ainsi que ses bien-aimés. Il est l'interprète des paroles de Dieu et, après lui, le premier-né de ses descendants directs lui succédera.

La jeune branche sacrée, le Gardien de la cause de Dieu, ainsi que la Maison Universelle de Justice, qui doit être établie par des élections universelles, sont toutes deux sous la garde et la protection de la Beauté d'Abhá, sous la sauvegarde et l'infaillible direction de Sa Sainteté l'Altesse Suprême [Sa Sainteté l'Altesse Suprême, c'est-à-dire le Báb], que ma vie leur soit offerte à tous deux. Tout ce qu'ils décident vient de Dieu...

Ô vous, les bien-aimés du Seigneur! Il incombe au Gardien de la cause de Dieu de désigner, de son vivant, celui qui deviendra son successeur, afin qu'après sa disparition des différends ne puissent survenir. Celui qui est désigné doit montrer du détachement pour toute chose terrestre; il doit être l'essence de la pureté, manifester la crainte de Dieu, et faire preuve de savoir, de sagesse et de science. Si le premier-né du Gardien de la cause de Dieu ne manifestait pas la vérité des paroles: "L'enfant est l'essence secrète de son père", c'est-à-dire s'il n'héritait pas de l'élément spirituel qui est en lui (le Gardien), et si la noblesse de son caractère ne répondait pas à sa glorieuse origine, alors, il (le Gardien) devrait choisir une autre branche pour lui succéder.

Les Mains de la cause de Dieu doivent élire, au sein de leur groupe, neuf personnes qui seront constamment occupées aux tâches importantes dans le service du Gardien de la cause de Dieu. L'élection de ces neuf personnes doit avoir lieu, soit à l'unanimité, soit à la majorité des voix de l'ensemble des Mains de la cause de Dieu, et ces neuf élus doivent, par un vote unanime ou majoritaire, agréer celui que le Gardien de la cause de Dieu a choisi comme successeur. Cet assentiment doit être donné de telle façon que les votes "pour" ou "contre" ne soient pas connus (c'est-à-dire au scrutin secret)."

(Testament de 'Abdu'l-Bahá, pp. 22 à 26, éd. 1970.)

15.9. Les Mains de la cause de Dieu

De son vivant, Bahá'u'lláh avait désigné quatre amis sûrs et éprouvés pour aider à diriger et encourager les activités dans la cause et leur avait donné le titre de Ayádíyi-Amru'lláh (littéralement, Mains de la cause de Dieu). Dans son testament, 'Abdu'l-Bahá a prévu l'établissement d'un corps permanent qui servira la cause de Dieu et aidera le Gardien de la cause. Il écrit:

"Ô amis! Les Mains de la cause de Dieu doivent être choisies et nommées par le Gardien de la cause de Dieu... Elles ont pour devoir de diffuser les parfums divins, d'édifier les âmes, d'encourager l'étude, d'améliorer le caractère des hommes et d'être, en tout temps et en toutes circonstances, sanctifiées et détachées des choses terrestres. Par leur conduite, leur attitude, leurs actes et leurs paroles, elles doivent manifester la crainte de Dieu.

Ce corps des Mains de la cause est sous la direction du Gardien [Des Mains de la cause nommées par Shoghi Effendi pendant les trente-six années de son ministère, vingt-sept étaient encore en vie lors de son décès. Il institua également en 1954 le corps des auxiliaires dont les membres doivent être désignés par les Mains pour leur servir d'assistants, de délégués et de conseillers] de la cause de Dieu. Il doit les exhorter sans cesse à faire tous les efforts possibles pour diffuser de leur mieux les suaves parfums de Dieu et guider tous les peuples du monde, car c'est la lumière de la direction divine qui cause l'illumination de tout l'univers."

(Testament de 'Abdu'l-Bahá, p. 26.)
15.10. L'ordre administratif

[Ce passage de l'ordre administratif est extrait d'un article d'Horace Holley intitulé The Present-Day Administration of the Bahá'í Faith et a été publié en 1933 dans le Bahá'í World, Volume V, p.191 et suivantes]

Une des caractéristiques communes à toutes les religions a été que leur phase d'organisation s'est toujours accomplie au détriment de leur influence spirituelle. On peut remarquer la constance avec laquelle le passage au stade de l'organisation ne s'est effectué qu'au préjudice de la transmission dans le monde de leur impulsion initiale.

Invariablement, l'organisation consista pour la religion en une substitution, alors qu'elle aurait dû instaurer une méthode de travail ou être un instrument efficace de propagation spirituelle. La ségrégation des peuples en différents systèmes traditionnels, que n'édulcorait aucune communication à caractère pacifique ou constructif, rendait d'ailleurs ce processus inévitable. En fait, aucun fondateur de religion révélée n'a, jusqu'à ce jour, explicitement posé les principes destinés à assurer le fonctionnement administratif de la foi qu'il a établie.

Dans la cause bahá'íe, les principes de l'administration mondiale furent énoncés par Bahá'u'lláh. Ils furent développés dans les écrits de 'Abdu'l-Bahá et spécialement dans son testament.

Cette organisation a pour but de rendre possible une unité réelle et durable entre des races diverses dont les croyances traditionnelles, les intérêts et les caractères sont différents. Une étude approfondie et bienveillante de la cause bahá'íe montrera que le but et la méthode de l'administration bahá'íe sont si parfaitement adaptés à l'esprit fondamental de la révélation que leurs relations peuvent se comparer à celles du corps et de l'âme. Ce qui caractérise les principes administratifs bahá'ís, c'est qu'ils représentent la science de la coopération; mis en application, ils fournissent la base d'un type nouveau de moralité, plus élevé et d'une portée mondiale...

La communauté bahá'íe diffère des autres associations volontaires en ce qu'elle est établie sur des fondations si profondes et si vastes qu'elle peut accueillir en son sein toute âme sincère. Tandis que les autres associations ont un caractère exclusif dans leur méthode et leurs actes, sinon dans leur idéal ou leur intention, l'association bahá'íe est inclusive; elle ne ferme les portes de la fraternité à aucune âme sincère. Dans toute association, il existe une base de sélection, latente ou développée. Dans une religion, elle consiste en une croyance déterminée par la nature historique de son origine; dans la politique, c'est celle d'un parti ou d'un programme; en économie, elle est inspirée par une infortune mutuelle ou un pouvoir commun; dans les arts et les sciences, cette base repose sur des études spéciales, sur des activités ou des intérêts déterminés. En toutes ces questions, plus les bases de sélection sont exclusives, plus le mouvement est puissant, condition diamétralement opposée à celle que l'on trouve dans la cause bahá'íe.

C'est pourquoi, malgré sa puissance potentielle de progrès et de croissance, le nombre de ses adhérents actifs n'augmente que lentement. Car les gens sont habitués à l'exclusivisme et à la division dans toutes les affaires. Et la division a toujours été garantie et justifiée par d'importantes sanctions. Accepter la foi bahá'íe signifie supprimer toutes ces sanctions, attitude qui, invariablement, expose d'abord celui qui l'adopte à des épreuves et à des souffrances nouvelles; car l'égoïsme humain se révolte contre la loi suprême de l'amour universel. Savants, illettrés et esprits simples doivent s'associer; de même riches et pauvres, Blancs et hommes de couleur, partisans de l'esprit et partisans de la lettre, chrétiens et juifs, musulmans et parsis, et ceci de manière à effacer tous les avantages dus aux prétentions et aux privilèges établis de longue date.

Mais cette difficile épreuve apportera de magnifiques compensations. N'oublions pas que l'art devient stérile s'il se détourne de l'humanité en général; que, de même, la philosophie élaborée dans la solitude s'égare dans ses vues et que la politique et la religion échouent toujours si elles s'éloignent des besoins essentiels de l'être humain. Nous ne connaissons pas encore la nature humaine, car nous avons tous vécu dans un état de défense au point de vue mental, émotif ou social, et cette attitude de psychologie défensive mène à l'inhibition. Mais l'amour de Dieu efface la crainte; celle-ci disparue, les pouvoirs latents sont libérés; par l'association avec autrui dans l'amour spirituel, ces facultés sont amenées à une expression vitale positive. La communauté bahá'íe est une association au sein de laquelle, en cette époque, ce processus peut se développer, lentement d'abord, tandis que l'élan nouveau accumule sa force, puis, plus rapidement au fur et à mesure que ses membres prennent conscience des pouvoirs qui font éclore la fleur de l'unité parmi les hommes...

La responsabilité et le contrôle des affaires locales bahá'íes reposent sur l'assemblée spirituelle: ce corps constitué de neuf membres est élu annuellement le 21 avril, premier jour du Ridván (fête qui commémore la déclaration de Bahá'u'lláh), par tous les croyants majeurs et déclarés de la communauté. La liste des votants est établie par l'assemblée sortante. Concernant le caractère et les attributions de cet organisme, 'Abdu'l-Bahá écrit:

"Il incombe à chacun (chaque croyant) de ne prendre aucune mesure (en matière d'activité bahá'íe) sans consulter l'assemblée spirituelle. Il est clair qu'il faut obéir de tout son cœur et de toute son âme à ses avis et s'y soumettre afin que toute chose soit décidée et organisée pour le mieux. Sinon, chacun agirait à sa guise, selon son jugement personnel et ses désirs et nuirait ainsi à la cause.

Les premières qualités requises de ceux qui sont appelés à se consulter sont la pureté d'intention, le rayonnement de l'esprit, le détachement de tout ce qui n'est pas Dieu, l'attirance vers ses divins parfums, l'humilité et l'effacement au milieu des bien-aimés de Dieu, la patience et la force d'âme dans les difficultés et la volonté de servir à son seuil exalté. S'ils sont généreusement aidés et s'ils acquièrent ces vertus, alors la victoire leur sera accordée du royaume invisible de Bahá. Aujourd'hui, les assemblées spirituelles sont des institutions de la plus grande importance; elles sont d'une nécessité vitale. Leur obéir est donc essentiel et obligatoire.

Les membres doivent se consulter, mais de manière telle qu'aucune occasion de malaise ou de discorde ne puisse surgir entre eux. Ce but sera atteint si chacun peut exprimer ses opinions personnelles en toute liberté et faire valoir ses arguments. S'il arrive qu'un autre membre présente des objections, que personne n'en soit offusqué, car c'est seulement lorsque les questions ont été discutées sous tous leurs aspects que la solution juste peut être trouvée. La brillante étincelle de la vérité ne jaillit qu'au choc des opinions différentes. Si, après la discussion, une décision est prise à l'unanimité, tout est pour le mieux; mais si, au contraire, le Seigneur nous en préserve! des différences de vue persistent, il faut statuer à la majorité des voix...

La première condition est que l'amour et l'harmonie règnent parmi les membres de l'assemblée spirituelle. Ils doivent sentir leur cœur battre à l'unisson et manifester l'unité de Dieu, car ils sont les vagues d'un même océan, les gouttes d'une même rivière, les étoiles d'un même firmament, les rayons d'un même soleil, les arbres d'un même verger, les fleurs d'un même jardin. Si l'harmonie de pensée et l'unité absolue n'étaient pas réalisées dans cette assemblée, mieux vaudrait qu'elle cessât d'exister.

Voici la seconde prescription: à l'ouverture de chaque réunion, que chacun tourne ses pensées vers le monde spirituel et demande l'aide du royaume de gloire... Toutes les discussions se limiteront aux sujets spirituels ayant trait à l'éducation et la discipline des âmes, à l'instruction des enfants, au soulagement des pauvres, à l'assistance aux faibles de toutes classes dans tous les pays, à la bienveillance envers tous les peuples, enfin à la diffusion des parfums de Dieu et à l'exaltation de sa parole sacrée. Si chacun s'efforce de remplir ces conditions, la grâce du Saint-Esprit descendra sur cette assemblée et elle deviendra le centre d'attraction des bénédictions de Dieu; les cohortes célestes de la confirmation divine lui viendront en aide et elle recevra toujours davantage l'effusion de l'Esprit."

(Principes de l'administration bahá'íe, pp.50 à 51.)

Commentant ce thème, Shoghi Effendi écrit:

"... Les amis ne doivent rien communiquer au public qui n'ait été auparavant examiné et approuvé par l'assemblée spirituelle de la localité; et si--comme c'est le plus souvent le cas--la question concerne les intérêts de la cause dans ce pays, il appartient alors à l'assemblée spirituelle locale de la soumettre à l'examen et à l'approbation de l'organisme national représentant toutes les assemblées locales. Ceci s'applique non seulement aux publications, mais encore à toute activité, sans exception aucune, qu'elle soit de nature individuelle ou collective, touchant aux intérêts de la cause de cette localité. Il faut toujours se référer exclusivement à l'assemblée spirituelle locale qui prendra la décision, sauf dans les questions d'intérêt national qui seront soumises au corps national (bahá'í). Celui-ci décide également si la question présentée est d'intérêt local ou national. (Par affaires nationales, il ne faut nullement entendre celles qui ont un caractère politique car, dans le monde entier, il est absolument interdit aux amis de Dieu de se mêler en quoi que ce soit des affaires politiques; il s'agit seulement des questions qui concernent les activités spirituelles de l'ensemble des amis résidant sur le territoire.)

Toutefois, il est de la plus haute importance que l'harmonie parfaite et la coopération règnent entre les diverses assemblées locales ainsi qu'entre les membres respectifs et particulièrement entre chaque assemblée et le corps national; car de ces deux conditions dépendent l'unité de la cause de Dieu, la solidarité entre les amis et le rendement maximum rapide et efficace des activités spirituelles de ses bien-aimés..."

(Letters from Shoghi Effendi, pp.23 et 24.)

"L'ensemble des assemblées locales et nationales constitue aujourd'hui l'assise ferme sur laquelle la Maison Universelle de Justice doit, dans l'avenir, être solidement posée et édifiée. Ce n'est que lorsqu'elles auront fait preuve de vigueur et d'harmonie dans leur fonctionnement qu'on pourra espérer voir la fin de la période de transition actuelle... Ayez toujours présent à l'esprit que la note dominante dans la cause de Dieu n'est pas l'autorité dictatoriale mais une attitude modeste et fraternelle, non le pouvoir arbitraire, mais un esprit de consultation dans la franchise et l'amitié. Seul, le véritable esprit bahá'í peut permettre de concilier les principes de miséricorde et de justice, de liberté et de soumission, de respect des droits sacrés de la personne humaine, de renoncement individuel, de vigilance, de discrétion et de prudence d'une part et, de l'autre, la confraternité, la franchise et le courage."

(Principes de l'administration bahá'íe, pp. 49 et 52.)

Les assemblées spirituelles locales d'un même pays sont reliées ensemble et coordonnées par cet autre corps élu de neuf membres: l'Assemblée spirituelle nationale. Cet organisme se compose de membres élus chaque année par les délégués représentant les communautés locales bahá'íes... La Convention nationale groupant les délégués forme un corps électif constitué selon le principe de la représentation proportionnelle... Ces conventions nationales ont lieu autant que possible pendant la période de Ridván, c'est-à-dire pendant ces douze jours, à partir du 21 avril, qui commémorent la déclaration de Bahá'u'lláh au jardin du Ridván près de Baghdád. C'est à l'Assemblée nationale sortante que revient la tâche d'accueillir les délégués.

La réunion de la Convention nationale est une occasion d'approfondir sa connaissance des diverses activités bahá'íes et de se communiquer mutuellement des rapports sur les activités locales et nationales durant l'année écoulée... La tâche d'un délégué bahá'í ne se limite pas à assister à la Convention et à participer à l'élection de la nouvelle Assemblée spirituelle nationale. Tandis qu'ils sont réunis, les délégués constituent une commission consultative qui donne des conseils et dont les recommandations doivent être soigneusement prises en considération par les membres de l'Assemblée spirituelle nationale qui auront été élus...

Le lien qui unit l'Assemblée spirituelle nationale aux assemblées spirituelles locales et à l'ensemble des croyants du pays est ainsi défini dans les lettres du Gardien de la cause:

"En ce qui concerne l'établissement des assemblées nationales, il est d'importance vitale que, dans chaque pays où les conditions sont favorables et où le nombre des amis a pris une ampleur considérable, une assemblée... nationale soit immédiatement constituée pour représenter ceux-ci.

Son but immédiat est de stimuler, unifier et coordonner, au moyen de consultations personnelles fréquentes, les nombreuses activités des amis, aussi bien que celles des assemblées locales et, par un contact étroit et suivi avec la Terre sainte, de prendre l'initiative de certaines mesures et de diriger en général les affaires de la cause dans ce pays.

Elle a encore un autre rôle non moins essentiel que le premier, car elle est destinée, quand le temps sera venu, à se transformer en maison de justice (désignée par 'Abdu'l-Bahá dans son testament comme "la maison secondaire de justice") D'après le texte explicite du testament, sa mission sera d'élire directement, en liaison avec les autres assemblées nationales du monde bahá'í, les membres de la Maison Universelle de Justice, conseil suprême chargé plus tard de diriger, d'organiser et d'unifier les affaires de la cause d'un bout à l'autre du monde...

Cette Assemblée spirituelle nationale qui, pendant la période de formation de la Maison Universelle de Justice, devra être réélue chaque année, assume évidemment de lourdes responsabilités puisqu'elle exerce une pleine autorité sur toutes les assemblées locales de son pays et que c'est à elle qu'incombe le soin de diriger les activités des amis, de sauvegarder avec vigilance la cause de Dieu et, enfin, de contrôler et de surveiller toutes les affaires concernant la cause en général.

Les questions présentant une importance vitale pour les intérêts de la cause dans la contrée, comme les traductions et les publications, le Mashriqu'l-Adhkár, l'enseignement et toutes matières similaires dépassant le cadre des affaires strictement locales, doivent être placées sous le contrôle absolu de l'Assemblée nationale.

Elle devra soumettre chacune de ces questions, comme le font les assemblées locales, à un comité spécial élu par les membres de l'Assemblée spirituelle nationale parmi tous les amis résidant dans ce pays, comité qui se trouve vis-à-vis d'elle dans les mêmes rapports que les comités locaux vis-à-vis de leur assemblée locale respective.

Il lui revient aussi la responsabilité de décider si une question à l'étude est de nature strictement locale, c'est-à-dire du ressort de l'assemblée locale, ou si elle tombe sous sa propre juridiction et nécessite une attention particulière de sa part. (Principes de l'administration bahá'íe, pp. 79 et 80, éd. 1968.)

Dès qu'ils ont été élus par les délégués réunis à la Convention, les membres de l'Assemblée nationale doivent se pénétrer de la pensée que c'est pour eux un devoir strict vis-à-vis de la cause, que nous aimons et servons tous, de rechercher et d'accueillir avec la plus grande déférence, aussi bien individuellement que collectivement, les avis, les opinions mûrement réfléchies et les sentiments véritables exprimés par les délégués assemblés.

Bannissant parmi eux toute attitude de mystère, de réticence injustifiée et de hauteur dictatoriale, ils doivent, spontanément et largement, faire part aux délégués qui les ont élus, de leurs plans, de leurs espoirs et de leurs préoccupations. Ils doivent les familiariser avec les différentes questions qui seront à examiner dans l'année courante, étudier et peser avec calme et conscience les opinions et les jugements de ces délégués. L'Assemblée nationale nouvellement élue, pendant les quelques jours où la Convention tient session et après la dispersion des délégués, doit chercher les moyens d'améliorer la compréhension, de faciliter et de maintenir les échanges de vues, d'accroître la confiance, de prouver enfin de manière évidente et tangible que le service et le progrès du bien commun constituent son plus cher désir...

Cependant, en raison des limitations qu'on est obligé d'apporter à la fréquence des convocations et à la longueur des sessions de la Convention, c'est l'Assemblée spirituelle nationale qui devra statuer en dernier ressort sur toutes les matières concernant les intérêts de la cause... comme par exemple de décider si une assemblée locale s'inspire bien dans son fonctionnement des principes édictés pour la conduite et le progrès de la cause."

(Principes de l'administration bahá'íe, p. 68.)

Le soin de dresser la liste électorale pour les élections locales annuelles est laissé à chaque assemblée spirituelle locale et, pour la guider dans cette responsabilité, le Gardien a donné les instructions suivantes:

"Voici, indiqués très brièvement et de manière aussi satisfaisante que les circonstances actuelles le permettent, les facteurs principaux à prendre en considération avant de décider si quelqu'un peut ou non être tenu pour un croyant véritable: Reconnaissance pleine et entière des rangs respectifs du précurseur, de l'auteur et du modèle par excellence de la foi bahá'íe tels qu'ils ont été définis dans le testament de 'Abdu'l-Bahá; adhésion sans réserve et soumission à tout ce qui a été révélé par leur plume; acceptation loyale et ferme de chaque clause du testament sacré de notre Bien-Aimé et association étroite avec l'esprit aussi bien que la forme de l'administration bahá'íe actuelle, telles sont, à mon sens, les conditions fondamentales et principales dont il faut s'assurer avec loyauté, discrétion et en toute conscience avant de prendre une décision aussi vitale."

(Principes de l'administration bahá'íe, p.15.)

Les instructions de 'Abdu'l-Bahá prévoient le développement ultérieur de l'organisation bahá'íe:

"Et maintenant, en ce qui concerne la Maison de Justice que Dieu a instituée comme source de tout bien et qu'Il a affranchie de toute erreur, elle doit être élue au suffrage universel, c'est-à-dire par tous les croyants. Ses membres doivent être les manifestations de la crainte de Dieu, les aurores du savoir et de la compréhension; ils doivent être fermes dans la foi de Dieu et dévoués à toute l'humanité. Il s'agit ici de la Maison Universelle de Justice, c'est-à-dire que, dans chaque pays, une maison secondaire de justice doit être instituée, et ces maisons secondaires de justice éliront les membres de la Maison Universelle de Justice [La Maison Universelle de Justice fut élue pour la première fois le 21 avril 1963 par les membres de cinquante-six assemblées spirituelles nationales] Toutes choses devront être soumises à cet organisme. C'est lui qui édictera toutes les lois et tous les règlements qui ne se trouvent pas dans le texte sacré explicite. C'est par cet organisme que tous les problèmes difficiles seront résolus, et le Gardien de la cause de Dieu en est le chef sacré, le membre éminent et inamovible.

Cette Maison de Justice édictera les lois, et le gouvernement les appliquera. Le corps législatif doit renforcer l'exécutif, l'exécutif doit aider et assister le corps législatif afin que, grâce à l'union et à l'harmonie de ces deux forces, les bases de la justice et de l'équité soient fortes et solides et que le monde entier devienne un véritable paradis."

(Testament de 'Abdu'l-Bahá, pp. 29 et 30, éd. 1970.)

"Vers le très saint Livre, tous doivent se tourner, et tout ce qui n'y est pas expressément mentionné doit être déféré à la Maison Universelle de Justice. La décision que celle-ci prendra, soit à l'unanimité, soit à la majorité des voix, est réellement la vérité et le dessein de Dieu Lui-même. Quiconque s'en écarte est en vérité de ceux qui affectionnent la discorde; celui-là a fait preuve de malignité et s'est détourné du Seigneur de l'alliance."

(Testament de 'Abdu'l-Bahá, p. 41, éd. 1970.)

Déjà à l'heure actuelle, les bahá'ís de toutes les parties du monde maintiennent entre eux des rapports intimes et cordiaux au moyen de correspondances régulières et de visites individuelles. Ce contact, établi entre des membres de races, de nationalités et de traditions religieuses différentes, prouve de manière tangible que les entraves créées par les préjugés et par les facteurs historiques de division peuvent être entièrement rompues grâce à l'esprit d'unité dispensé par Bahá'u'lláh.

15.11. L'ordre mondial de Bahá'u'lláh

Des explications complémentaires ont été données à ce sujet depuis février 1929 par Shoghi Effendi, dans des communications successives adressées à la communauté bahá'íe:

"Je ne peux me défendre d'adresser un pressant appel à ceux qui désirent s'identifier avec leur foi, afin qu'ils négligent les idées dominantes et les coutumes éphémères de l'époque présente pour comprendre, comme jamais auparavant, à quel point les théories discréditées et les institutions chancelantes de la civilisation actuelle offrent un contraste frappant avec celles préconisées par Dieu et qui sont destinées à s'élever sur leurs ruines...

Car Bahá'u'lláh... n'a pas seulement insufflé à l'humanité un esprit régénérateur nouveau. Il ne s'est pas contenté d'énoncer certains principes universels ou de proposer une philosophie particulière, si puissante, si pure et si universelle qu'elle puisse être. Il a, de plus--et 'Abdu'l-Bahá après lui--édicté un ensemble de lois, établi des institutions définies et donné les fondements essentiels d'une économie divine, ce qu'on ne trouve dans aucune dispensation du passé. Ces lois et ces institutions sont destinées à servir de modèle pour la société future, modèle qui sera l'instrument parfait pour l'établissement de la paix suprême, le facteur de l'unification du monde et de la proclamation du règne du droit et de la justice sur la terre...

Ce que ni la dispensation du Christ ni celle de Muhammad, ni aucune de celles du passé n'ont révélé, les apôtres de Bahá'u'lláh, dans tous les pays où ils travaillent et peinent, le possèdent, exprimé en termes formels, catégoriques et non équivoques: toutes les lois, les réglementations, les principes, les institutions et la direction nécessaires à l'accomplissement de leur tâche... C'est là le trait distinctif de la révélation bahá'íe; de là vient la force de l'unité de la foi, la valeur d'une révélation qui ne se propose pas de détruire ni d'amoindrir les révélations précédentes mais de les relier les unes aux autres, de les unifier et de réaliser pleinement leurs buts.

Si faible que paraisse, à l'heure actuelle, notre foi aux yeux des hommes qui ne voient en elle qu'un rejeton de l'islám ou bien qui l'ignorent dédaigneusement, la confondant avec ces sectes obscures qui abondent en Orient, ce joyau inestimable de la révélation divine, actuellement encore à l'état embryonnaire, se développera à l'abri du rempart de sa loi; il se façonnera sans se diviser ni s'altérer jusqu'à ce qu'il embrasse tout le globe. C'est uniquement à ceux qui ont déjà reconnu le rang suprême de Bahá'u'lláh, dont le cœur est touché par son amour, à ceux qui vivent en contact intime avec la puissance de son esprit qu'est donné le pouvoir d'apprécier comme il convient la valeur de cette économie divine, le don inestimable qu'il a fait à l'humanité."

(SHOGHI EFFENDI, The World Order of Bahá'u'lláh, pp. 19 à 23.)

"C'est vers ce but, celui d'un nouvel ordre mondial d'origine divine, dont la portée embrasse toute chose, équitable en son principe et stimulant dans ses caractéristiques, qu'une humanité harassée doit diriger ses efforts...

Combien pathétiques en effet sont les efforts de ces chefs d'institutions humaines qui, méconnaissant entièrement l'esprit de notre époque, tentent d'appliquer encore les méthodes nationales des âges révolus, où chaque pays était indépendant, à notre âge actuel qui doit réaliser l'unité du monde esquissée par Bahá'u'lláh ou périr. À une heure aussi critique de l'histoire de la civilisation, il convient aux dirigeants de toutes les nations du monde, grandes ou petites, de l'Est comme de l'Ouest, aux vainqueurs comme aux vaincus, de prêter l'oreille à l'appel éclatant de Bahá'u'lláh. Puis, pénétrés jusqu'au fond de l'âme de ce sens de la solidarité mondiale qui est la condition "sine qua non" de la loyauté envers sa cause, qu'ils se lèvent courageusement pour appliquer intégralement le remède efficace que lui, le divin médecin, a prescrit pour l'humanité souffrante.

Qu'ils bannissent définitivement toute idée préconçue, tous préjugés nationaux et qu'ils suivent le conseil sublime donné par 'Abdu'l-Bahá, l'interprète par excellence des enseignements de Bahá'u'lláh. À une haute personnalité du gouvernement fédéral des États-Unis qui lui demandait de quelle manière il pouvait le mieux servir les intérêts de son gouvernement et de ses concitoyens, 'Abdu'l-Bahá répondit [En 1912]: "Vous servirez au mieux votre pays en vous efforçant, suivant votre pouvoir de citoyen du monde, d'aider à étendre éventuellement ce principe de fédéralisme, base du gouvernement de votre pays, aux relations actuelles entre les peuples et les nations du monde..."

Une forme de super-État mondial devra nécessairement être élaborée, en faveur duquel toutes les nations du globe devront, de leur plein gré, abandonner certains droits à lever des impôts, toute prétention à faire la guerre et tous droits à conserver des armements, sauf ceux qui concernent le maintien de l'ordre à l'intérieur de leurs pays respectifs. Un tel État devra inclure dans le cercle de ses fonctions un pouvoir exécutif international capable d'exercer une autorité suprême et irrécusable sur tout membre récalcitrant de la communauté; un parlement mondial dont les membres seront élus par les peuples des pays respectifs, avec la confirmation subséquente des gouvernements correspondants; enfin, un tribunal suprême dont les jugements seront obligatoires, même si les parties en cause n'avaient pas volontairement consenti à soumettre leur cas à son arbitrage.

Dans cette communauté mondiale, toutes les barrières économiques auront été renversées à jamais et l'interdépendance du capital et du travail aura été définitivement reconnue; la clameur du fanatisme et des luttes religieuses se sera calmée pour toujours; la flamme de l'animosité raciale sera définitivement éteinte; un seul code de lois internationales--issu du jugement mûrement réfléchi des États fédérés--disposera, comme moyen de sanction, de l'intervention immédiate et coercitive des forces combinées des unités fédérées; enfin, la frénésie d'un nationalisme capricieux et militant fera place à une conscience durable du droit de cité mondial. En vérité, tel apparaît, dans ses grandes lignes, cet ordre conçu par Bahá'u'lláh, ordre qui sera reconnu comme le fruit le plus beau d'un âge qui mûrit lentement...

Qu'il n'y ait aucune appréhension touchant le but qui anime la loi mondiale de Bahá'u'lláh. Loin de viser à renverser les fondations de la société présente, elle cherche à en élargir les bases, à refondre ses institutions afin qu'elles répondent aux besoins d'un monde en perpétuel changement. Elle ne peut entrer en conflit avec les allégeances légitimes ni miner les loyautés essentielles. Son but n'est pas plus d'étouffer dans le cœur humain la flamme d'un patriotisme sain et intelligent que d'abolir le régime de l'autonomie nationale, indispensable si l'on veut éviter les inconvénients d'une centralisation excessive. Elle n'ignore pas et ne tente pas de supprimer la diversité des origines ethniques, celle du climat, de l'histoire, des langues et des traditions, des pensées et des mœurs, qui différencie les peuples et les nations du monde. Elle demande seulement une fidélité plus large, une aspiration plus vaste que celles qui, jusqu'ici, animèrent la race humaine...

L'appel de Bahá'u'lláh est, avant tout, dirigé contre toutes les formes d'étroitesse d'esprit, tous les particularismes et tous les préjugés... Car les types de lois, les théories politiques et économiques sont uniquement destinés à sauvegarder les intérêts de l'humanité dans son ensemble; celle-ci n'a pas à être crucifiée à seule fin de conserver une loi ou une doctrine particulière quelle qu'elle soit... Le principe de l'unité de l'humanité--pivot des enseignements de Bahá'u'lláh--n'est pas un simple accès de sentimentalité ignorante ni l'expression d'un espoir vague et pieux... Il implique quelque chose de plus profond; sa proclamation est plus importante que celles que les prophètes du passé furent autorisés à formuler. Son message ne s'adresse pas seulement à l'individu; il concerne avant tout la nature de ces rapports essentiels qui doivent relier entre eux tous les États et toutes les nations, comme des membres d'une seule famille humaine...

Il représente la consommation de l'évolution humaine...

Que seule la pression d'une catastrophe mondiale soit capable de hâter l'apparition de cette phase nouvelle de la pensée humaine, cela devient hélas de jour en jour plus évident. Seule, une ardente épreuve de feu, à la fois châtiment et préparation pour l'humanité, pourra réussir à implanter dans les esprits ce sens de la responsabilité que les dirigeants de l'ère nouvelle doivent acquérir...

'Abdu'l-Bahá n'a-t-il pas lui-même déclaré, en termes non équivoques, qu'une autre guerre, plus terrible que la première, éclaterait certainement?

Cet ordre administratif..., à mesure que ses parties constituantes, ses institutions organiques commenceront à fonctionner avec vigueur et efficacité, affirmera sa prétention et prouvera sa qualité à être considéré, non seulement comme le noyau, mais comme le modèle même du nouvel ordre mondial destiné à embrasser, dans la plénitude des temps, l'humanité tout entière...

Seule parmi toutes les révélations antérieures, cette foi a... réussi à édifier une structure que les adeptes égarés de croyances périmées et défaillantes devraient considérer et examiner avec un sens critique pour rechercher, avant qu'il ne soit trop tard, l'invulnérable sécurité de son universelle protection...

À quoi se rapporteraient les paroles de Bahá'u'lláh sinon à la puissance et à la majesté que cet ordre administratif est destiné à déployer, en tant que rudiment de la future communauté universelle bahá'íe?"

(SHOGHI EFFENDI, Le But d'un nouvel ordre mondial, p. 27, éd. 1968.)

"L'équilibre du monde a été détruit sous la poussée vibrante de ce suprême, de ce nouvel ordre mondial. La vie organisée de l'humanité a été révolutionnée par l'action de ce système unique et merveilleux que les yeux des mortels n'ont jamais contemplé...

La communauté bahá'íe de l'avenir dont cet ordre administratif, d'envergure mondiale, forme la seule charpente est, en pratique comme en théorie, non seulement unique dans toute l'histoire des institutions politiques, mais encore sans parallèle dans les annales des divers systèmes religieux du monde. Aucune forme de gouvernement démocratique, aucun mode d'autocratie ou de dictature tant monarchique que républicaine, aucun système intermédiaire d'ordre purement aristocratique ni même aucun type reconnu de théocratie tel que l'État hébreu ou les diverses organisations ecclésiastiques chrétiennes, ou encore l'imamat et le califat dans l'Islám, ne peut être identifié ou déclaré conforme à l'ordre administratif que, de sa main de maître, son parfait architecte a façonné...

Ne permettez à personne, tandis que cet organisme est encore dans son enfance, d'amoindrir sa signification ou de dénaturer ses buts. Les assises sur lesquelles est posé cet ordre administratif sont les desseins immuables de Dieu pour l'humanité de notre époque. La source de son inspiration n'est autre que Bahá'u'lláh lui-même... Le but central sous-jacent qui l'anime est l'établissement du nouvel ordre mondial tel que l'a esquissé Bahá'u'lláh. Les méthodes qu'il applique, la doctrine qu'il inculque ne l'inclinent pas plus vers l'Est que vers l'Ouest, pas davantage vers les juifs que vers les gentils, vers les riches que vers les pauvres, vers les Blancs que vers les hommes de couleur. Son mot d'ordre est l'unification de la race humaine, son drapeau celui de la paix suprême..."

(SHOGHI EFFENDI, La Dispensation de Bahá'u'lláh, pp. 95, 103, éd. 1970.)

"Le contraste est aussi clair que frappant entre, d'une part, les preuves, qui s'accumulent, d'une consolidation constante qui accompagne la croissance de l'ordre administratif de la foi de Dieu et, d'autre part, les forces de désintégration qui battent en brèche l'édifice d'une société accablée par l'effort. Chaque jour les signes et les gages croissent en nombre et en importance, tant dans le monde bahá'í qu'en dehors, présageant d'une manière mystérieuse la naissance de cet ordre mondial qui doit marquer l'apparition de l'âge d'or de la foi de Dieu...

Bientôt, comme le proclament les paroles mêmes de Bahá'u'lláh, le présent ordre de choses sera révolu et un nouvel ordre se déroulera à sa place...

La révélation de Bahá'u'lláh... doit... être considérée comme marquant la venue de l'âge mûr de la race humaine. Il ne faut pas voir en elle simplement une renaissance spirituelle de plus dans la fortune toujours mouvante de l'humanité ni un stade plus élevé dans la chaîne des révélations progressives, ni même le point culminant d'une des séries de cycles prophétiques qui se répètent, mais plutôt le dernier stade, le sommet suprême de l'évolution prodigieuse de la vie collective de l'homme sur cette planète. La naissance d'une communauté mondiale, la conscience d'un civisme mondial, la fondation d'une civilisation et d'une culture communes à tous doivent être considérées, en ce qui concerne cette vie planétaire, comme la limite extrême que puisse atteindre l'organisation de la société humaine, cependant que l'homme, en tant qu'individu, pourra, que dis-je, devra, bien entendu, et en conséquence d'un tel achèvement, continuer à progresser et à se développer indéfiniment...

L'unité de la race humaine, telle qu'elle a été conçue par Bahá'u'lláh, implique l'établissement d'une communauté mondiale dans laquelle toutes les nations, races, croyances et classes sont étroitement et définitivement unies et où l'autonomie des États membres, la liberté et l'initiative personnelles des individus qui la composent sont complètement et pour toujours sauvegardées.

Cette communauté, pour autant que nous puissions l'imaginer, comportera un corps législatif mondial dont les membres, en tant que mandataires de l'humanité entière, auront le contrôle suprême de toutes les ressources des nations membres et édicteront les lois nécessaires pour régler la vie, pourvoir aux besoins et harmoniser les relations de toutes les races et de tous les peuples.

Un pouvoir exécutif mondial, soutenu par une force internationale, exécutera les décisions prises par ce pouvoir législatif, appliquera les lois votées par celui-ci et veillera à la protection de l'unité organique de la communauté tout entière.

Un tribunal international jugera et prononcera un verdict final et sans appel dans tous les différends susceptibles de s'élever entre les divers éléments constitutifs de ce système universel.

Un mécanisme d'intercommunication mondiale sera imaginé; affranchi de toutes les entraves et restrictions d'ordre national, il fonctionnera sur la planète entière avec une rapidité merveilleuse et une parfaite régularité.

Une capitale mondiale, centre nerveux de la civilisation, sera le foyer vers lequel convergeront toutes les forces unificatrices de la vie et d'où rayonneront les influences stimulantes.

Une langue internationale sera inventée ou choisie parmi celles qui existent déjà et elle sera enseignée comme langue auxiliaire de la langue maternelle.

Une écriture et une littérature mondiales, un système uniforme et universel des monnaies et des poids et mesures simplifieront et faciliteront les échanges et la compréhension mutuelle entre les nations et les races humaines.

Dans une société de ce genre, les deux forces les plus puissantes de la vie humaine, la science et la religion, seront réconciliées; elles coopéreront en se développant harmonieusement.

Dans cette organisation, la presse, tout en donnant libre cours à l'expression des vues et des convictions diversifiées du genre humain, cessera d'être maniée de façon nuisible au gré des intérêts privés ou publics; elle sera libérée de l'influence des gouvernements et des peuples en conflit. Les ressources économiques du monde seront aménagées, ses sources de matières premières seront exploitées et utilisées à plein rendement, ses marchés coordonnés et développés, et la distribution des produits sera équitablement réglée.

Rivalités, haines et intrigues cesseront entre les nations; animosités et préjugés raciaux feront place à l'amitié raciale, à la compréhension réciproque et à la coopération.

Les causes de luttes religieuses seront à jamais écartées, les barrières et les restrictions économiques complètement abolies, et les différences excessives entre les classes s'effaceront. Le dénuement d'un côté et l'accumulation des richesses, de l'autre, disparaîtront. L'immense énergie absorbée et gaspillée pour la guerre tant économique que politique sera utilisée à d'autres buts tels que: étendre le champ des inventions humaines et du développement de la technique, accroître la productivité, exterminer la maladie, étendre les recherches scientifiques, relever le niveau de la santé physique, rendre le cerveau humain plus aigu et plus subtil, exploiter les ressources inemployées ou insoupçonnées de la planète, prolonger la vie humaine et développer par tous les moyens possibles tout ce qui peut stimuler la vie intellectuelle, morale et spirituelle de la race humaine tout entière.

Un système de fédération mondiale régissant le globe, exerçant une autorité indiscutable sur ses ressources d'une ampleur inimaginable, mêlant et incorporant à la fois les idéaux de l'Orient et de l'Occident, affranchi des malédictions de la guerre et de ses misères, résolu à exploiter toutes les ressources d'énergie disponibles à la surface de la terre, système dans lequel la force sera mise au service de la justice, dont l'existence reposera sur la reconnaissance universelle d'un Dieu unique et sur l'obéissance à une révélation commune, tel est le but vers lequel se dirige l'humanité, poussée par les forces unificatrices de la vie...

L'humanité tout entière se lamente et meurt du désir d'atteindre à l'unité et d'en finir avec son long martyre. Et cependant, elle refuse obstinément d'accepter la lumière et de reconnaître la souveraine autorité de la seule Puissance qui puisse la tirer de son embarras et lui épargner les calamités effroyables qui menacent de l'engloutir...

L'unification du genre humain est la marque caractéristique du stade d'évolution dont la société approche aujourd'hui. L'unité de la famille, de la tribu, de la cité et de la nation ont été successivement tentées et pleinement réalisées. L'unité du monde est le but que s'efforce d'atteindre une humanité harassée. L'édification des nations est achevée. L'anarchie inhérente à la souveraineté de l'État approche de son point culminant. Un monde progressant vers sa maturité doit renoncer à ce fétiche, reconnaître l'unité et l'intégralité de la famille humaine et établir une fois pour toutes les institutions capables d'incarner au mieux ce principe fondamental de son existence."

(SHOGHI EFFENDI, Vers l'apogée de la race humaine pp. 5 à 56.)

Les lettres ci-dessus ont été publiées en un seul volume intitulé "L'Ordre mondial de Bahá'u'lláh".

16. ÉPILOGUE

Sous la direction inspirée de Shoghi Effendi, la cause bahá'íe continua à se développer régulièrement, et son ordre administratif fut fermement mis en place. C'est ainsi qu'en 1951, onze assemblées spirituelles nationales fonctionnaient. Une fois ce résultat acquis, le Gardien se tourna vers le développement des institutions de la foi au niveau international. Il créa le Conseil International Bahá'í, précurseur de la Maison Universelle de Justice et, peu de temps après, nomma les premières Mains de la cause de Dieu.

Auparavant, Shoghi Effendi avait élevé, à titre posthume, certains bahá'ís éminents au rang de Mains de la cause--l'un d'entre eux étant le Dr John E. Esslemont. Mais ce ne fut qu'en 1951 qu'il estima le temps venu de se consacrer au complet développement de cette importante institution. Très vite, au cours des années 1951 à 1957, il désigna, par des nominations successives, trente-deux Mains de la cause, élargit le champ de leurs activités et institua, dans chaque continent, des corps auxiliaires composés de croyants nommés par les Mains pour être leurs délégués, leurs assistants et leurs conseillers. Vingt-sept de ces Mains étaient en vie lorsque survint le décès du Gardien.

Par un ensemble de lettres, dont certaines adressées aux bahá'ís du monde entier et d'autres aux croyants résidant dans des régions spécifiques, le Gardien approfondit leur compréhension des enseignements, établit les institutions administratives de la foi, apprit aux amis à en faire un usage correct et efficace. En 1937, il confia à la communauté bahá'íe américaine l'exécution du plan divin pour la diffusion du message de Bahá'u'lláh. Ce plan divin avait été révélé par 'Abdu'l-Bahá dans un certain nombre de tablettes écrites au cours de la Première Guerre mondiale, et constitue la charte de la propagation de la foi.

À partir de ce document, plusieurs plans d'enseignement furent mis en œuvre, d'abord dans l'hémisphère occidental, puis en Europe, en Asie, en Australasie et en Afrique. En 1953, le Gardien lança l'appel pour une croisade spirituelle mondiale de dix ans, visant à introduire la foi dans le reste des États indépendants et les principaux protectorats. En 1957, alors que la croisade arrivait à mi-route, le Gardien, épuisé par trente-six années de labeur incessant, mourut au cours d'un séjour à Londres.

Comme Shoghi Effendi n'avait pas d'héritier, les affaires de la foi furent, après novembre 1957, coordonnées et dirigées par les vingt-sept Mains de la cause jusqu'au moment de l'achèvement victorieux de la croisade, en avril 1963. À cette date la première Maison Universelle de Justice fut élue par les membres de cinquante-six assemblées spirituelles nationales, convoqués par les Mains de la cause, au centre bahá'í mondial de Haïfa. Aussitôt après ce suffrage historique, des bahá'ís de toutes les parties du globe se réunirent à Londres en un premier congrès mondial de la foi, afin d'y célébrer le centenaire de la déclaration de Bahá'u'lláh et de fêter l'expansion universelle de sa foi.

L'institution suprême de la foi est aujourd'hui la Maison Universelle de Justice, prescrite par Bahá'u'lláh dans son très saint Livre. Elle est investie de l'autorité de légiférer en toutes matières non traitées par les Écritures bahá'íes, et elle est assurée, par le texte sacré lui-même, de la direction divine. Dans son testament, 'Abdu'l-Bahá expose le mode d'élection de la Maison Universelle de Justice, définit, dans les termes les plus clairs, son rang et ses devoirs, et affirme qu'elle est directement inspirée par le Báb et par Bahá'u'lláh. C'est vers cette institution, ajoute-t-il, que tous doivent se tourner.

L'alliance de Bahá'u'lláh constitue le fait unique et le signe distinctif de la foi bahá'íe; c'est la base sur laquelle la foi élève ses structures et poursuit son développement. Sa particularité consiste en ce que, pour la première fois dans l'histoire religieuse, la manifestation de Dieu prévoit, en un langage clair et sans ambiguïté, une interprétation autorisée de ses paroles et assure la pérennité de l'autorité divinement instituée qui émane de la source de la foi.

L'interprétation des Écritures fut toujours, pour les religions précédentes, la plus féconde des occasions de schisme. Dans le livre de l'alliance, Bahá'u'lláh investit son fils aîné, 'Abdu'l-Bahá, des pleins pouvoirs pour interpréter ses Écrits et assumer la direction de sa cause. 'Abdu'l-Bahá, dans son testament, désigna son petit-fils, Shoghi Effendi, comme gardien de la foi et comme unique interprète des Écritures.

La foi bahá'íe ne possède pas de clergé et personne ne peut s'y prévaloir d'un rang spécial ni prétendre à une direction quelconque. C'est uniquement aux institutions créées par les Écritures bahá'íes qu'est réservée toute autorité.

En vertu de ces précautions exceptionnelles, la foi de Bahá'u'lláh fut préservée des schismes et de toute usurpation de pouvoir et, par-dessus tout, de l'infiltration de théories et de doctrines purement humaines, lesquelles détruisirent l'unité des religions dans le passé.

Pure et intacte, la parole révélée de Bahá'u'lláh et l'exclusivité du droit de l'interpréter restent, d'un bout à l'autre de cette dispensation, la source inviolée et inviolable de la vie spirituelle des hommes.

Dans le but de permettre aux Mains de la cause d'accomplir les fonctions spécifiques de protection et de propagation dont elles sont investies, la Maison Universelle de Justice créa, en 1968, les corps continentaux des conseillers. Chacune de ces institutions consiste en un certain nombre de conseillers nommés par la Maison Universelle de Justice et travaille en étroite collaboration avec les Mains de la cause de Dieu. La désignation et la direction des corps auxiliaires est maintenant du ressort de ces corps de conseillers, et l'activité des Mains--dont six sont encore en vie--a été élargie à l'échelle mondiale.

En juin 1973, la Maison Universelle de Justice fonda, en Terre sainte, un Centre international d'Enseignement qui a pour fonctions principales de coordonner, de stimuler et de diriger les activités du Corps continental des conseillers et de servir de liaison entre eux et la Maison Universelle de Justice.

Certains textes du Gardien font mention de plans d'enseignement mondiaux devant être mis en action par la Maison Universelle de Justice. Le premier de ceux-ci fut un plan de neuf ans lancé en 1964. Il fut suivi par un plan de cinq ans (1974-79), un plan de sept ans (1979-86) et un plan de six ans qui doit se terminer à Ridván 1992. À l'heure actuelle (1989), la foi bahá'íe a été établie dans cent soixante-six États indépendants et quarante-huit départements ou territoires d'Outremer. Il y a des bahá'ís dans plus de cent seize mille sept cents localités disséminées dans le monde entier. La littérature bahá'íe a été traduite dans plus de huit cent langues; le huitième temple bahá'í a récemment été inauguré en Inde en 1986. Les terrains nécessaires à l'érection de cent vingt-six nouveaux temples ont été acquis. Il existe cent cinquante et une assemblées spirituelles nationales et plus de quatre millions de bahá'ís. Les bahá'ís poursuivent actuellement avec énergie la réalisation d'un plan de six ans conçu pour favoriser une plus grande expansion de la foi dans le monde et pour sa consolidation.

Mais le plus encourageant a été la réponse des masses dans des régions comme l'Afrique, l'Inde, le Sud-Est asiatique et l'Amérique latine. Très nombreux sont les habitants de ces contrées qui ont commencé à s'engager dans la cause, inaugurant ainsi une nouvelle phase des activités sociales et administratives de la communauté mondiale bahá'íe.


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