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depositaire : depositaire confiance divine
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Source : www.bahai-biblio.org
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LES DEPOSITAIRES DE LA CONFIANCE DIVINE
Adib Taherzadeh
Sommaire
Introduction
1. LA REVELATION DIVINE
La parole de Dieu
L'alliance de Bahá'u'lláh
L'âge de la formation
2. LES INSTITUTIONS DIVINES
Fonctionnement des assemblées spirituelles
Le rôle de l'individu
Influences de l'ordre ancien
Fermeté dans l'alliance
Valeurs spirituelles
Présence de Bahá'u'lláh
La vraie consultation
Aucun compromis sur les principes
Les principes administratifs
Elections
Autorité des institutions
Responsabilités des membres
Détachement
Unité
Justice - Amour
Soutenir les décisions de l'assemblée
La faveur de servir dans l'assemblée
Equilibre entre forme et esprit
Protection de la foi
3. CONSTRUCTION DE L'ORDRE MONDIAL DE BAHÁ'U'LLÁH
Le nouvel ordre mondial à l'état embryonnaire
Les quatre chartes

Shoghi Effendi - Bâtisseur de l'ordre administratif

Plans nationaux d'enseignement
La croisade de dix ans
Gardiennat des Mains de la cause
Développements au centre mondial
La Maison Universelle de Justice
Le plan de neuf ans

L'analogie de la maison ancienne et de la maison nouvelle

Les cinquante premières années de l'âge de la formation

INTRODUCTION

Le décès de 'Abdu'l-Bahá en 1921 marque, d'une part, la fin de l'âge le plus glorieux de la révélation bahá'íe, l'âge héroïque ou apostolique et, d'autre part, le début de l'âge de la formation, période de transition et prélude à l'âge d'or de la foi, lorsque la souveraineté de Bahá'u'lláh et l'ordre mondial de sa foi seront complètement établis sur cette planète.

L'âge héroïque, qui commença à la déclaration du Báb en 1844 et qui dura septante-sept ans, a été témoin de l'apparition de deux manifestations de Dieu, le Báb et Bahá'u'lláh, ainsi que de l'établissement d'une alliance puissante dont le centre était la personne de 'Abdu'l-Bahá. En cet âge et pendant près de cinquante ans, la révélation de Dieu répandit ses splendeurs sur le monde. Les énergies spirituelles destinées à revitaliser la race humaine tout entière et à établir, dans la plénitude des temps, un nouvel ordre mondial dont les prophètes du passé avaient prédit la gloire, étaient dispensées à l'humanité.

Le prophète-martyr de la foi, le Premier Point par lequel toutes choses créées furent engendrées, dans la première période de cet âge, fit retentir l'appel de la trompette de l'aube d'un nouveau jour et, à la fin, par son martyre, répandit un éclat impérissable sur la cause de Dieu.

C'est dans la seconde période de cet âge que se révéla Bahá'u'lláh, la manifestation suprême de Dieu dont l'avènement mit à l'épreuve les coeurs de l'assemblée entière des prophètes et des messagers de Dieu, en la présence duquel Moïse était impatient de parvenir, pour l'amour duquel l'esprit de Jésus monta au ciel, dont Muhammad avait souhaité ardemment contempler la beauté du visage, et pour l'amour duquel le Báb offrit sa vie et que, par les effusions de

sa révélation, il insuffla une vie nouvelle à chaque être humain. Ce fut au cours de cette période une période qui dura près de quarante ans que furent révélés et promulgués les enseignements, les lois et les ordonnances d'une foi destinée à régler la vie de la race humaine et à diriger le fonctionnement de ses institutions mondiales pendant au moins mille ans.

Après l'ascension de Bahá'u'lláh, ce fut 'Abdu'l-Bahá, le Mystère de Dieu, celui autour de qui tous les noms gravitent, qui, pendant les vingt-neuf années constituant la troisième et dernière période de l'âge héroïque, enrichit et interpréta les Ecrits sacrés, sauvegarda la cause de Dieu dans son âme, la préserva des assauts des briseurs de l'alliance de Bahá'u'lláh, promut ses intérêts malgré une opposition implacable, et propagea son message dans le monde occidental.

Le décès de 'Abdu'l-Bahá marque la naissance de l'ordre administratif et le début de l'âge de la formation. La figure centrale de cet âge est Shoghi Effendi, le Gardien de la cause de Dieu. C'est lui qu'avait exalté 'Abdu'l-Bahá comme étant cette première Branche du Lotus divin et sacré, la perle inestimable et la lumière ... qui brilla de la source de la guidance divine. Pendant trente-six années, Shoghi Effendi guida le monde bahá'í dans la construction des bases de l'ordre administratif dont les caractéristiques étaient clairement décrites par Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá. Il a laissé derrière lui, dans ses écrits volumineux et dans ses lettres aux particuliers et aux assemblées, une grande richesse de directives qui guideront, aideront et inspireront le monde bahá'í dans les multiples tâches auxquelles il devra faire face tout au long de l'âge de la formation.

Les vingt-cinq premières années du ministère du Gardien constituent la première époque de l'âge de la formation. La seconde époque commença en 1946, vit le décès de Shoghi Effendi en 1957, et se termina en 1963, date de la création de la Maison Universelle de Justice.

La Maison Universelle de Justice, cette institution majestueuse destinée par Bahá'u'lláh à être l'organe suprême de la foi, et à laquelle il a conféré une guidance infaillible, dirige aujourd'hui les bahá'ís dans la poursuite de cette tâche qui consiste à établir les institutions de la foi à travers le monde.

En cette dispensation, le plus méritoire de tous les actes a toujours été d'enseigner la cause de Dieu. Toutefois, au cours de chaque période du développement de la cause, les croyants étaient confrontés à une tâche particulière à accomplir qui exigeait leur attention totale et généreuse. Pendant les premiers jours du début de la foi, par exemple, les adeptes du Báb eurent souvent à prendre l'épée et à se défendre contre les assauts féroces lancés par leurs ennemis. L'appel à l'action retentissait souvent, comme en témoigne la phrase immortelle de Mulla Husayn: Enfourchez vos destriers, ô héros de Dieu!

Lors d'une période postérieure, cependant, durant le ministère de Bahá'u'lláh, la tâche des croyants fut toute différente: cette fois, ils durent abandonner l'épée et enseigner la cause avec le plus grand amour et la plus grande sagesse et même offrir volontairement leur vie lorsque les circonstances l'exigeaient. Au cours de cette période, plus d'un but la coupe du martyre avec joie et reconnaissance et, par le sacrifice de sa vie, proclama la cause de Dieu à des multitudes.

Pendant le ministère de 'Abdu'l-Bahá, bien que les croyants continuaient à enseigner la cause de la même manière, l'accent avait changé. Durant cette période, l'alliance de Dieu fut violée, un acte qui amena dans son sillage une crise d'une telle ampleur que la protection de la cause de Dieu contre l'assaut des briseurs d'alliance prit le pas sur toutes les autres tâches. Au cours de cette période, les croyants, se rassemblant autour de 'Abdu'l-Bahá, le Centre de l'alliance, protégèrent, avec détermination et fermeté, la cause de Dieu des attaques des infidèles.

Au cours de l'âge de la formation, la tâche principale assignée aux bahá'ís d'aujourd'hui en sus de l'enseignement et de la proclamation de la cause consiste à édifier l'ordre administratif de Bahá'u'lláh. Les croyants travaillent ensemble à l'établissement d'assemblées spirituelles locales et nationales dans chaque partie du globe. L'accroissement prodigieux du nombre de ces institutions divines et la nécessité de les consolider obligent les bahá'ís à approfondir leurs connaissances des vérités de la foi et des principes de l'ordre administratif. En effet, l'une des responsabilités majeures qui reposent sur les épaules des membres des assemblées spirituelles consiste à bien connaître les principes administratifs de la foi décrits par Bahá'u'lláh, par 'Abdu'l-Bahá et par Shoghi Effendi.

Les pages qui suivent ne traitent pas des questions qui se rattachent à l'administration de la foi ou à la forme de l'ordre administratif en soi: le but en est plutôt de retrouver l'origine de l'ordre administratif, de donner un aperçu des règles et des principes spirituels qui régissent les travaux de l'assemblée spirituelle, d'insister sur l'importance de comprendre l'esprit de l'ordre administratif et de s'y conformer, et enfin de décrire le développement des institutions administratives de la foi au cours des cinquante premières années de l'âge de la formation.

Les normes et les idéaux élevés mentionnés dans le second chapitre de cet ouvrage sont basés sur les écrits de Bahá'u'lláh, de 'Abdu'l-Bahá et de Shoghi Effendi, et non sur les sentiments ou l'expérience de l'auteur, lui-même profondément conscient de ses imperfections au service de la cause de Bahá'u'lláh, une conscience qui n'a fait que croître au cours de la préparation de cet ouvrage.

Adib Taherzadeh
Dun Laoghaire, Co. Dublin, Irlande.
Juillet 1971.
1. LA REVELATION DIVINE
La parole de Dieu

Bahá'u'lláh a proclamé sans équivoque que les religions établies du monde sont d'origine divine et que leurs fondateurs sont les manifestations de Dieu qui, par leur apparition, ont libéré dans le monde, en chaque âge, des énergies spirituelles destinées à élever l'humanité et à favoriser son progrès.

Au cours de chaque dispensation, ces énergies ont été transmises par le Verbe de Dieu révélé par ses manifestations. La parole de celles-ci a été créatrice et, par la vertu de son pouvoir et de son influence, elle a pénétré dans les coeurs, suscitant, dans chaque âge, une nouvelle civilisation et une nouvelle race d'hommes. La révélation des paroles de Dieu peut être comparée à de la pluie. Au moment où elle tombe, elle rafraîchit directement chaque plante par sa force stimulante. Lorsqu'elle cesse de tomber toutefois, l'eau de vie ne peut être obtenue qu'au réservoir créé par l'ondée. De même, la parole de Dieu révélée par chaque Manifestation a donné une vie nouvelle à ceux qui sont entrés en contact direct avec elle. En chaque âge, la force créatrice de la Parole confère la vie éternelle et l'esprit de foi aux disciples qui ont le privilège d'entrer en présence de la manifestation de Dieu. Mais lorsque le prophète disparaît et que les averses printanières de la révélation cessent de se déverser, la masse fidèle des croyants se tourne vers le réceptacle de la parole révélée les Ecritures qu'il a laissées.

Dans les dispensations passées, chaque croyant remplissait son vase à ce réservoir spirituel contenant l'eau de vie. Il buvait d'abord ses eaux vivifiantes avant d'en donner aux autres. C'est ainsi que les religions étaient enseignées et propagées. Pour reprendre l'analogie du réservoir, si les gens pouvaient toucher l'eau de leurs mains, y plonger leurs coupes et leurs vases pour en distribuer aux autres, et s'immerger dans ses profondeurs, après un certain temps, l'eau perdrait sa pureté. Ainsi, en ayant libre accès au réservoir spirituel des enseignements et des paroles de Dieu, en y introduisant des idées, des théories et des interprétations malsaines, et en manipulant de façon malveillante la foi de Dieu, l'homme souille l'eau de vie et sa pureté est perdue à jamais.

Les adeptes de chaque religion recevaient d'abord leur inspiration de leurs Ecritures avant de transmettre le message salutaire de leur prophète. Dans les dispensations anciennes, chaque croyant était libre d'interpréter la parole de Dieu selon sa propre compréhension. L'homme, par conséquent, introduisait dans la foi de Dieu ses propres idées informes. Bientôt, les enseignements perdaient de leur pureté, les adeptes se divisaient et le schisme était introduit dans la religion. Par exemple, le corps de Muhammad n'était pas encore enterré que ses adeptes s'étaient déjà divisés en deux grandes sectes qui allaient bientôt en produire de nombreuses autres. La parole pure et rédemptrice de Dieu tombait entre des mains malveillantes et était manipulée à des fins purement égoïstes. Il en a été ainsi pour les religions du passé.

Dans cette dispensation, qui est le but des religions et des cycles passés et qui introduit l'avènement du jour de Dieu, la révélation de Bahá'u'lláh présente quelques traits uniques qui permettent de sauvegarder l'unité de la communauté. L'un d'eux consiste en l'authenticité et en l'abondance de la parole révélée. Contrairement aux dispensations passées, toutes les paroles de Bahá'u'lláh furent écrites de sa plume au moment de la révélation. Il n'y a donc pas l'ombre d'un doute au sujet de leur authenticité.

Par contraste avec ce qui se réduisait à quelques averses isolées dans les dispensations plus anciennes, la parole de Dieu en cet âge s'est déversée sur l'humanité en torrents puissants pendant non moins de quarante années, laissant derrière elle le vaste océan des Ecritures Bahá'íes. La révélation de la parole de Dieu a été si rapide en ce jour qu'en l'espace d'une heure l'équivalent d'un millier de versets étaient révélés par Bahá'u'lláh. Il certifia lui-même, vers la fin de sa vie terrestre, que si toutes les paroles révélées devaient être compilées, il y en aurait près de cent volumes.

L'alliance de Bahá'u'lláh

Un second trait distinctif de cette dispensation consiste en un don spécial que Bahá'u'lláh a fait à l'humanité. Ce don est la personne de 'Abdu'l-Bahá. Lui qui fut créé spécialement par Dieu pour agir, après le décès de Bahá'u'lláh, comme un réceptacle puissant et un réservoir du grand océan de sa révélation. Car Bahá'u'lláh ne laissa pas sa parole et sa révélation ouvertes à tous après son ascension. Il les confia plutôt à 'Abdu'l-Bahá. Dans son testament, écrit de sa propre main, il désigna 'Abdu'l-Bahá comme le centre de son alliance et enjoignit à tous les croyants de se tourner vers lui pour recevoir leur part des bontés de Dieu accordées à l'humanité par sa révélation. Il refusa à quiconque le droit d'interpréter ses Ecrits, d'ajouter ou de retirer ne fût-ce qu'un iota de ce qui avait été révélé. Seul 'Abdu'l-Bahá pouvait expliquer la signification et le but des paroles de Bahá'u'lláh. Le puissant océan de la révélation laissé par Bahá'u'lláh fut placé en la personne de 'Abdu'l-Bahá. Pour le protéger des mains de l'infidèle, il érigea un mur autour de lui et l'isola de l'interférence humaine. Ainsi, minutieusement, il incarna et entoura la révélation de Bahá'u'lláh dans son âme de sorte que, après l'ascension de Bahá'u'lláh, ce fut seulement par 'Abdu'l-Bahá que la puissance rédemptrice et toutes les énergies spirituelles libérées par lui purent se répandre sur l'humanité.

Bien que n'étant pas une manifestation de Dieu, 'Abdu'l-Bahá en avait l'autorité par le fait qu'il était le récipiendaire de l'océan de la révélation de Bahá'u'lláh. Ce grand océan déferla dans son âme pendant vingt-neuf ans et dispensa ses eaux vivifiantes sur des milliers d'hommes et de femmes en Orient et en Occident. Durant cette période, cependant, il y eut beaucoup de tentatives peu scrupuleuses, à l'intérieur de la communauté, pour détruire la cause de Dieu et casser les murs qui protégeaient cet océan, et plus d'un adepte exceptionnel de la foi se rebella contre le Centre de l'alliance pour promouvoir ses propres désirs égoïstes, pour introduire ses propres idées dans les enseignements, pour diviser la foi de Dieu et, par conséquent, pour contaminer l'eau de vie. Mais l'alliance de Bahá'u'lláh était basée sur des fondations très fermes et les murs autour de l'océan étaient imprenables. De nombreuses âmes héroïques, dévouées et fidèles, servaient 'Abdu'l-Bahá avec la sincérité et la foi les plus grandes; elles se rassemblèrent autour de lui et, comme des lions, défendirent l'alliance de Bahá'u'lláh contre les assauts de l'infidèle de sorte que, finalement, elles transmirent à cette génération, et aux générations encore à naître, la pure parole de Dieu, la pure eau de vie qui, dans la plénitude des temps, revivifiera les âmes de toute l'humanité.

L'âge de la formation

Avec le décès de 'Abdu'l-Bahá en 1921 commença l'âge de la formation. Le printemps s'achevait, l'été commençait. La grande, l'éternelle alliance de Dieu avec l'humanité pour cette dispensation, différente de l'alliance de Bahá'u'lláh avec ses adeptes, était maintenant complète. On peut dire que tout ce que Dieu avait accordé à l'humanité en ce jour consistait en deux choses: l'une, l'océan de la révélation de Bahá'u'lláh (qui comprend aussi celle du Báb), et l'autre, son réceptacle, 'Abdu'l-Bahá. C'était la part de Dieu dans l'alliance.

Comme il le leur était demandé par 'Abdu'l-Bahá dans son testament, les croyants de l'âge de la formation devaient désormais jouer leur rôle dans la construction des institutions qui devaient agir comme des canaux destinés à porter aux quatre coins de la planète l'eau de vie qui constituait l'océan de la révélation de Bahá'u'lláh. C'est le rôle attribué à l'homme dans la grande alliance de Dieu. Connaissant leurs imperfections et leur manque de maturité, 'Abdu'l-Bahá ne laissa pas les croyants seuls face à cette tâche: il leur donna Shoghi Effendi qu'il décrivait comme une perle, unique et inestimable, la première Branche du Lotus divin et sacré, une lumière qui brille de la source de la guidance divine, le signe de Dieu sur terre, le Gardien de la cause de Dieu et l'interprète de sa parole. Pendant le ministère de Shoghi Effendi, les effusions de la révélation de Bahá'u'lláh arrivèrent, pures et intactes, jusqu'aux croyants par l'intermédiaire de l'institution du Gardiennat.

Le schéma des institutions locales, nationales et internationales les canaux destinés à transporter l'eau de vie avait déjà été donné par Bahá'u'lláh et `Abdu'l-Bahá. La tâche de Shoghi Effendi était celle du bâtisseur.

Pour reprendre l'analogie du réservoir et des canaux, on pouvait dire que Shoghi Effendi agissait comme une station de pompage reliant l'océan de la révélation de Bahá'u'lláh à un vaste réseau d'assemblées locales et nationales. De même que l'eau est pompée du réservoir pour se déverser d'abord dans les canaux principaux puis dans les canalisations locales d'où, pure et non polluée, elle coule dans toutes les maisons, de la même manière, les forces de la foi de Bahá'u'lláh, capables de vivifier le monde, étaient puisées au Centre mondial et irriguaient, par l'intermédiaire du Gardien, les assemblées nationales et, via celles-ci, les assemblées locales du monde entier. De cette façon, l'esprit de la foi s'écoulait jusqu'aux hommes sans être corrompu par l'homme. Avec l'établissement de la Maison Universelle de Justice, peu de temps après le décès de Shoghi Effendi, fut érigé l'édifice suprême de l'ordre administratif de Bahá'u'lláh. Aujourd'hui, les forces de la foi, à même de vivifier le monde et contenues dans l'océan de la révélation de Bahá'u'lláh, s'écoulent de la Maison Universelle de Justice dans un vaste réseau d'assemblées spirituelles nationales et locales, donnant la vie spirituelle à des multitudes dans toutes les parties du monde.

2. LES INSTITUTIONS DIVINES
Fonctionnement des assemblées spirituelles

Les assemblées spirituelles sont des institutions divines créées par Bahá'u'lláh. Il a conféré à ceux qui y servent un bienfait inestimable en leur permettant de prendre part à l'érection de la charpente de son ordre mondial, actuellement dans sa forme embryonnaire. Aussi grand que soit ce privilège, les membres de ces institutions sont mis en face de responsabilités stupéfiantes puisqu'ils peuvent soit contribuer à en faire des assemblées fortes et saines, solidement établies et fonctionnant harmonieusement en appliquant les principes spirituels enchâssés dans l'ordre administratif, soit les faire dégénérer en simples corps sans esprit, bien organisés mais pleins de tensions, de problèmes, de frictions et d'incompréhensions.

Les bahá'ís des premiers jours, ceux qui vivaient et travaillaient à l'âge héroïque, n'avaient ni ces responsabilités ni ces problèmes. En contact direct avec la suprême manifestation de Dieu et le Centre de son alliance, ils étaient devenus une nouvelle création, douée de qualités divines, totalement oublieux d'eux-mêmes et entièrement tournés vers Bahá'u'lláh. Enivrées par le vin de ses paroles, lui étant complètement dévouées, ces âmes saintes étaient rafraîchies, telles des plantes au printemps, par les averses printanières de sa révélation. Elles tiraient leur force et leur subsistance, directement et de façon indépendante, du centre de la cause. Ces premiers croyants étaient en communication directe avec Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá, et bon nombre des tablettes dont nous disposons aujourd'hui ont été révélées en réponse à des lettres par lesquelles ils demandaient des conseils ou posaient différentes questions. Aucun motif de ressentiment ou de malentendu, de tension ou de friction n'existait alors parmi les croyants, car ils n'avaient pas de vie communautaire; ce fut à cette époque que la cause produisit ses géants spirituels.

Mais en cet âge de la formation, toutefois, les adeptes de Bahá'u'lláh doivent travailler ensemble au sein de communautés Bahá'íes. Les averses printanières de la révélation de Bahá'u'lláh ont cessé, et l'esprit de la cause de Dieu, cette eau de vie qui animait, à un âge précédent, une troupe de héros divinement enivrés, ne peut désormais atteindre et rafraîchir les croyants que par le biais des institutions d'un ordre divinement ordonné. Le Gardien qui posa les fondations de cet ordre et dont l'esprit dominera indubitablement la période tout entière de l'âge de la formation de la foi, a résumé ce processus en ces termes: Le moment était maintenant venu pour cet Esprit impérissable, cet Esprit vivificateur du monde, qui était né à Shiráz, qui était réapparu à Tihrán, qui s'était enflammé à Baghdád d et à Andrinople, puis avait été porté en Occident et illuminait maintenant les rivages des cinq continents, de s'incarner dans des institutions destinées à canaliser ses énergies débordantes et à stimuler sa croissance (Dieu passe près de nous, Shoghi Effendi, M.E.B., éd. 1976, p. 314.).

Les assemblées spirituelles, nerfs essentiels de la société bahá'íe, appelées à évoluer en maisons de justice locales et nationales, sont en effet les canaux dans lesquels circule l'esprit source de vie de la foi.

L'assemblée spirituelle n'est pas seulement une réunion de neuf membres, elle est plus exactement une institution divine dans laquelle l'homme devient l'instrument de la diffusion de l'esprit.

Les membres des assemblées spirituelles sont souvent d'origines sociale, intellectuelle et spirituelle différentes. Jeunes et vieux, riches et pauvres, lettrés et illettrés, anciens et nouveaux déclarés, tous peuvent y siéger ensemble comme membres de l'assemblée spirituelle.

Cette diversité de pensées, de cultures, de coutumes et d'origines, qui donnerait lieu dans le monde extérieur à une incompatibilité telle qu'elle paralyserait le travail d'une organisation, devient ici source de force et de bénédiction dans l'assemblée spirituelle dont les membres, loin d'insister sur leurs différences d'éducation, de capacité et de compétence, peuvent oeuvrer ensemble, conformément à l'esprit de l'ordre administratif de Bahá'u'lláh, à créer un corps harmonieux et amical, vibrant de l'esprit de la cause et démontrant de ce fait le dynamisme de sa force de cohésion.

Le rôle de l'individu

En reprenant l'analogie qui existe entre les assemblées spirituelles et les canaux qui transportent l'eau de vie, chaque membre pourrait être comparé à une des briques qui constituent ce canal. Construisons un canal de neuf briques, toutes différentes de taille et de forme, et examinons les tensions et les pressions qui s'y exercent alors que l'eau le traverse. Si les neuf pierres sont cimentées ensemble de telle sorte que leurs faces lisses se trouvent à l'intérieur du

canal, l'eau peut alors s'écouler sans heurts. Mais si quelques-unes des pierres font saillie dans le courant, il en résultera des turbulences. Chaque brique sera soumise à de fortes pressions qui risquent, en fin de compte, de démolir le canal. De même, si les membres d'une assemblée spirituelle se réunissent dans un esprit d'harmonie et d'unité, écartent leurs désirs égoïstes, laissent derrière eux leur ego, se mêlent et se fondent en un seul corps par amour pour Bahá'u'lláh, alors cette assemblée devient spirituelle. Elle attirera les libéralités de Bahá'u'lláh et, par son intermédiaire, l'esprit et le pouvoir des enseignements se répandront sur l'humanité. Mais si les membres font preuve d'un sentiment de supériorité, s'enorgueillissent de leurs propres réalisations et cultivent ainsi leur ego, ils feront saillie comme les pierres dans le canal, et alors, conformément aux paroles de 'Abdu'l-Bahá, cette assemblée sera anéantie. L'assemblée deviendra le centre de turbulence, et le canal portant l'esprit de la cause pourra être complètement obstrué. Elle passera par une période de peine, de souffrances et de tensions intenses. Les personnes qui souffrent le plus sont souvent celles-là mêmes qui ont cultivé leur ego. Les forces puissantes de la foi qui coulent à travers l'institution exerceront une forte pression sur ces obstacles et, tout comme les pierres qui font saillie dans le canal sont frappées par le courant et finalement emportées, l'ordre administratif n'est pas un abri pour les personnes vaines et égocentriques. Il exige humilité, effacement, servitude et détachement. Ce qu'il réclame de chaque membre de l'assemblée se résume aux paroles suivantes du Maître, par lesquelles il exhorte les croyants à fouler le sentier de l'humilité et de la servitude: Rends-moi poussière dans le sentier de tes aimés. Dans plusieurs de ses tablettes, Bahá'u'lláh a élevé l'humilité et la servitude au plus haut rang destiné à l'homme. Si méritoire que soit une action, elle ne devient acceptable à Dieu que si son auteur acquiert ces vertus. Quel est par exemple le cadeau le plus acceptable que l'on puisse faire à un ami? Ce sera un objet qu'il ne possède pas encore. Qu'est-ce que l'homme peut donc offrir à Dieu qui lui soit acceptable? Dieu possède tout. Les réalisations de l'homme, son savoir, sa vertu, sa richesse et son pouvoir, s'ils sont offerts à Dieu à la fin d'une vie, ne sont que pur néant comparés à la gloire transcendante de Dieu. Cependant, en vertu de sa souveraineté et de son empire, l'humilité ne fait pas partie de ses attributs et c'est donc à ses yeux le don le plus acceptable que l'homme puisse lui faire. L'humilité et la servitude vis-à-vis des croyants sont les deux qualités essentielles aux membres des assemblées spirituelles. Sans elles, l'esprit d'amour et d'unité qui doit exister au moment de la consultation sera détruit et l'assemblée ne sera pas capable de fonctionner selon l'esprit de l'ordre administratif.

Influences de l'ordre ancien

Parmi les éléments nuisibles susceptibles d'être introduits dans les institutions naissantes de la foi, il y a les mauvaises influences de l'ordre ancien qui a été disloqué depuis que les mises en garde de Bahá'u'lláh aux rois et aux dirigeants sont restées lettre morte. Les porteurs de ces influences nuisibles sont les croyants qui doivent vivre et travailler dans le monde extérieur un monde enveloppé des ténèbres de l'incroyance et de l'impiété, spirituellement affamé, plein de corruption, de préjugés et de conflits, avec ses fausses valeurs et ses institutions vides et usées qui fonctionnent pour la plupart dans un cadre fondé sur les intrigues, la tromperie et la discorde. Les croyants, quoique sincères, risquent, s'ils ne sont pas toujours vigilants, d'introduire dans l'assemblée, sans le vouloir, quelques-unes de ces valeurs et de ces pratiques propres à l'ordre ancien et si étrangères à l'esprit de la foi et de ses institutions divinement ordonnées.

Reprenons l'analogie du canal de neuf briques. Bien que de l'eau pure y circule, le canal lui-même est enterré et entouré de terre. Si l'une de ces briques est fissurée, elle laissera certaines impuretés pénétrer dans le canal où terre et saleté vont contaminer l'eau. Mais si les briques sont solides, dures et inexpugnables, rien ne pourra s'infiltrer de l'extérieur et l'eau du canal restera pure et non polluée.

Il en va de même des membres de l'assemblée spirituelle. La force de l'individu, sa solidarité et sa fermeté dépendent de sa foi en Bahá'u'lláh et de son obéissance à ses commandements. Un croyant tiède et pusillanime, dont la foi en Bahá'u'lláh n'est pas ardente, risque de subir les influences de valeurs relâchées, les théories décadentes et les pratiques corrompues appartenant à un ordre en rapide déclin. Il devient ainsi à l'origine de l'introduction d'éléments pernicieux dans les institutions naissantes de la foi universelle de Bahá'u'lláh.

La foi de Bahá'u'lláh se trouve bien au-delà des craintes, des doutes et des perplexités des institutions anciennes et usées et des doctrines surannées, qu'elles soient sociales, politiques ou religieuses. Elle n'est en aucune façon influencée par les philosophies et les théories humaines et trompeuses des temps modernes, et qui ont misérablement échoué à fournir une solution acceptable aux problèmes de l'humanité. Cependant, les membres de l'assemblée qui ont reconnu le rang de Bahá'u'lláh et sont restés fermes dans son alliance sont à l'abri des influences empoisonnées de l'ordre ancien. Par leur foi inébranlable en Bahá'u'lláh, leur loyauté constante envers 'Abdu'l-Bahá, Shoghi Effendi et la Maison Universelle de Justice, par la rectitude de leur conduite, leur adhésion indéfectible aux lois, aux enseignements et aux ordonnances de Bahá'u'lláh, ces membres sont armés et protégés contre les mauvaises influences extérieures qui exercent une pression sur les institutions divines nouveau-nées. Dans le canal de l'ordre administratif, ces âmes sont, en effet, comparables à des pierres solides et imprenables.

Fermeté dans l'alliance

La foi est un terme relatif et son intensité varie d'une personne à l'autre. Lorsque l'individu reconnaît pour la première fois la vérité de la mission de Bahá'u'lláh, l'étincelle de la foi s'allume dans son coeur. Cette étincelle grandira en une flamme puissante s'il consent à s'éprendre de Bahá'u'lláh, à servir sa cause et à s'immerger dans l'océan de ses paroles. Ce n'est que de cette façon que son coeur recevra une mesure toujours croissante de confirmation et d'assurance.

Aucune histoire des premiers croyants n'est plus émouvante que celle des martyrs de la foi qui, avec intrépidité et grand héroïsme, se levèrent pour propager la cause de Dieu, et qui restèrent fermes même lorsqu'ils furent contraints à témoigner par leur sang de la vérité de la révélation de Bahá'u'lláh. Ces âmes avaient atteint le plus haut degré de foi et incarnaient la certitude et l'assurance. L'histoire de Rhuhu'lláh Varqá est, à cet égard, hautement significative dans les annales de la foi. Enfant martyr de la foi, héros et véritable prodige spirituel, il parvint, à l'âge de huit ans, en présence de Bahá'u'lláh à Saint-Jean-d'Acre et, par son amour pour la Beauté bénie, il démontra une telle maturité et une telle compréhension qu'il inspira et éleva les croyants qui devinaient sa grandeur d'âme. Son dévouement à la cause et son enthousiasme pour la propager le conduisirent, peu après être parvenu en présence de son Seigneur, à la prison de Tihrán où il partagea, avec son illustre père, le poète et remarquable enseignant de la foi, 'Alí Muhammad ( un apôtre de Bahá'u'lláh surnommé Varqá (colombe) par la Plume du Très-Haut) les épreuves et les souffrances de la vie carcérale. Ce fut dans cette prison qu'il vit de ses propres yeux le corps de son père bien-aimé tomber sous le poignard du bourreau. Peu de temps après, refusant d'abjurer sa foi et désireux de rejoindre son père, il fut étranglé et mourut à l'âge de douze ans. 'Abdu'l-Bahá et la très Sainte Feuille avaient une grande admiration et beaucoup d'amour pour Rhuhu'llah et tous avaient plaisir à converser avec lui lorsqu'il était à Saint-Jean-d'Acre. On raconte qu'un jour, 'Abdu'l-Bahá lui demanda comment il passait son temps dans son pays. Rhuhu'llah répondit: Nous enseignons la foi aux gens et les informons de la venue du Promis. Le Maître, visiblement content de converser avec ce jeune garçon merveilleux et désirant l'éprouver, lui demanda ce qu'il ferait si l'on découvrait que le Báb n'était pas le véritable Promis et que le vrai prophète était apparu. Je lui enseignerai la foi répondit-il promptement. Voilà un exemple de foi véritable, de certitude absolue et de fermeté dans l'alliance.

Bien que l'âge héroïque soit aujourd'hui révolu, les épreuves n'en continuent pas moins, en cet âge de la formation, d'affecter les croyants de diverses manières. La réunion de l'assemblée spirituelle est, à cet égard, un terrain d'épreuve où le membre individuel sera testé en pensée, en parole et en action, et où ses qualités et son potentiel seront connus. La meilleure protection pour le croyant est la fermeté dans l'alliance, ce qui, en langage simple signifie obéissance envers Bahá'u'lláh et, après lui, envers `Abdu'l-Bahá, Shoghi Effendi et, aujourd'hui, envers la Maison Universelle de Justice. C'est une question de foi, et chaque bahá'í qui a reconnu Bahá'u'lláh comme la manifestation suprême de Dieu aura déjà accepté ce principe cardinal de la cause.

Nombreux sont les enseignements et les principes de la foi qui suscitent l'adhésion. La foi d'un croyant est toutefois éprouvée lorsqu'il se trouve confronté à une affirmation contraire à sa façon de penser. Dans ce cas, on peut dire que le degré de fermeté dans l'alliance est déterminé par la promptitude avec laquelle il reconnaît sincèrement et du fond du coeur que Bahá'u'lláh et ceux auxquels il a conféré l'infaillibilité sont divinement guidés, que leurs paroles, leurs enseignements et leur guidance sont exempts d'erreur, et que l'esprit de l'homme est limité et son jugement souvent erroné.

Valeurs spirituelles

Une des grandes responsabilités incombant à ceux qui sont appelés à servir au sein des assemblées spirituelles consiste à s'assurer que les principes administratifs révélés par la plume de Bahá'u'lláh, élaborés par 'Abdu'l-Bahá et expliqués en détail par Shoghi Effendi, sont fidèlement appliqués dans le travail de ces institutions.

La consultation au sein de l'assemblée spirituelle constitue un exemple important de ces principes. Le niveau que, selon Bahá'u'lláh et 'Abdu'l-Bahá, les membres des assemblées spirituelles doivent maintenir dans leurs consultations est, en effet, très élevé. Les premières conditions requises de ceux qui se consultent, écrit 'Abdu'l-Bahá, sont la pureté d'intention, le rayonnement de l'esprit, le détachement de tout autre que Dieu, l'attirance vers sa fragrance divine, l'humilité et la modestie parmi ses aimés, la patience et l'endurance dans les difficultés et la servitude à son seuil exalté... La condition première est l'harmonie et l'amour absolus parmi les membres de l'assemblée. Ils doivent se dégager de toute antipathie et doivent manifester en eux l'unité de Dieu, car ils sont les vagues d'une seule mer, les gouttes d'une seule rivière, les étoiles d'un seul ciel, les rayons d'un seul soleil, les arbres d'un seul verger, les fleurs d'un seul jardin (Principles of Bahá'í Administration, B.P.T., London, ed. 1963, pp. 41-42.)

C'est l'application de ces normes spirituelles qui fait de la consultation bahá'íe un terrain d'épreuve pour chaque membre de l'assemblée. Toutes les vertus de l'individu, sa foi, son courage et sa fermeté dans l'alliance subissent un test rigoureux quand l'assemblée s'assied autour de la table pour se consulter. Ici commence dans l'âme de l'individu la bataille spirituelle qui se poursuivra aussi longtemps que l'ego restera le dictateur. Cette bataille peut, en effet, en de nombreux cas, durer toute une vie. Sur ce champ de bataille, les forces de la lumière et celles des ténèbres sont déployées les unes contre les autres. D'un côté se trouve l'entité spirituelle, l'âme du croyant, de l'autre un grand ennemi, le moi ou l'ego.

Le niveau spirituel est exalté par le Maître, et si l'individu tourne son coeur vers le royaume de gloire, il peut parfaitement entendre avec les oreilles de l'esprit, à chaque réunion de l'assemblée, la voix vibrante du Maître l'invitant à

la pureté d'intention,
le rayonnement de l'esprit,
le détachement,
l'attirance vers la fragrance divine,
l'humilité parmi ses aimés,
la patience et l'endurance dans les difficultés,
le service,
l'amour,
l'harmonie,
la dévotion,
la courtoisie,
la dignité,
la sollicitude,
la modération,
se dépouiller de toute antipathie.

Ces attributs et de nombreux autres sont les principales conditions requises pour la consultation bahá'íe. A quelque moment que l'âme prête l'oreille à ces normes élevées établies par 'Abdu'l-Bahá et, lorsque l'occasion l'exige, les applique au cours de la consultation, l'ego vaincu restera à l'arrière-plan. L'âme sort victorieuse de cette bataille et deviendra radieuse de la lumière de la foi et du détachement. L'application de ces principes spirituels doit toutefois être authentique et pas seulement superficielle. Les sentiments d'amour, d'unité, de détachement et d'harmonie doivent venir du coeur. Ils ne doivent pas seulement se manifester sous une forme extérieure. Humilité et servitude, rayonnement, dévotion, courtoisie et patience, accompagnés de toutes les autres vertus, sont des qualités de l'esprit. Elles ne peuvent se manifester par de vaines paroles, ni s'en contenter. Si tel est le cas, l'ego est alors victorieux.

Présence de Bahá'u'lláh

Il n'est peut-être pas facile de parvenir à des normes aussi élevées pendant la consultation bahá'íe. Quelles que soient sa sincérité et sa dévotion, l'homme néglige souvent d'appliquer ces principes aux réunions de l'assemblée. Mais au sein de l'assemblée spirituelle il est une force puissante, souvent négligée, qui peut transformer les échecs et les faiblesses humaines en aspirations nobles et en actions louables.

Elle peut changer l'atmosphère de l'assemblée spirituelle et, d'une atmosphère de tension et de discorde, faire une atmosphère d'amour et d'unité. Libérée de l'enchevêtrement des discussions et des controverses, l'assemblée peut alors devenir un canal parfait pour l'écoulement de l'esprit de la cause vers l'humanité. Cette force puissante est la présence de Bahá'u'lláh dans l'assemblée. Dans le Kitáb-i-Aqdas, il a affirmé que, lorsque les membres s'assemblent dans la chambre du conseil, ils devraient considérer qu'ils sont en présence de Dieu, qui est, en effet, la présence de Bahá'u'lláh. Cette présence est réelle et non imaginaire, car il ne leur demande pas seulement de se considérer comme étant en sa présence, mais de voir celui qui ne peut être vu.

Dans cette vie, certaines choses pourtant réelles sont souvent invisibles à l'oeil humain. Ce monde contingent, et tout ce que l'on peut y voir, n'est qu'une ombre. Le monde de la réalité est spirituel et, pour le comprendre, l'homme a besoin de qualités spirituelles. La présence de Bahá'u'lláh dans l'assemblée spirituelle est plus réelle que tout autre élément de ce corps et, lorsque les membres s'assemblent, ils sont vraiment assis en sa présence, comme il l'a lui-même affirmé. Quand les membres de l'assemblée en prendront pleinement conscience et qu'avec l'oeil de l'esprit ils verront Bahá'u'lláh parmi eux, l'océan d'humilité et d'effacement de soi les submergera, les remplira d'un nouvel esprit, et les rendra radieux. La présence de Bahá'u'lláh fondra les neuf membres en un seul corps et ils ne s'attarderont plus sur leurs fautes ou sur leurs faiblesses. Chaque parole que prononce un membre, chaque idée qu'il avance, chaque contribution à la consultation sera, en réalité, adressée à Bahá'u'lláh dans un esprit d'humilité et de servitude. Dans une telle atmosphère, la consultation bahá'íe devient vraiment constructive et incite chaque membre à offrir ses idées avec franchise et cordialité. Les inhibitions qui, pour diverses raisons, telles que l'éventualité de devenir impopulaire à l'intérieur de la communauté ou d'offenser d'autres membres de l'assemblée, pourraient souvent empêcher un membre d'exprimer son point de vue, disparaîtront et seront remplacées par le courage et la sagesse. En effet, quand l'individu se tournera vers Bahá'u'lláh dans une intention pure, les paroles qu'il prononcera produiront alors un tel effet sur ses auditeurs qu'aucun n'en sera offensé.

La conscience de la présence de Bahá'u'lláh dans l'assemblée créera une atmosphère spirituelle, les âmes deviendront humbles, tout sentiment de supériorité disparaîtra et l'ego sera balayé. Car en présence de Bahá'u'lláh, qui pourrait se considérer comme supérieur à ses collègues ? Qui pourrait, ouvertement ou dans son coeur, déprécier l'opinion d'un autre? Qui pourrait s'emporter, élever la voix, interrompre son ami ou discuter avec lui dans l'assemblée, qui adopterait une attitude ou parlerait d'une façon qui risquerait d'offenser une autre âme?

La vraie consultation

Une assemblée spirituelle qui fonctionne de cette façon est en vérité désignée par Dieu. Ô vous qui êtes fermes dans l'alliance, affirme le Maître en s'adressant aux membres des assemblées spirituelles, 'Abdu'l-Bahá est constamment en communication parfaite avec toute assemblée spirituelle instituée par la bonté divine dont les membres se tournent avec la plus grande dévotion vers le royaume divin et sont fermes dans l'alliance. Il leur est cordialement attaché et il est uni à eux par des liens éternels ( Principles of Bahá'í Administration, B.P.T., London, ed. 1983, p. 38.). La consultation bahá'íe, menée selon l'esprit de l'ordre administratif, est un processus créateur par lequel des opinions et des idées différentes se développent en une décision mûre et bien équilibrée. Les membres de l'assemblée doivent d'abord se familiariser avec les faits ayant trait au sujet considéré, puis, dans une attitude de prière, exprimer franchement et sans détours leurs points de vue et leurs opinions.

Dans cette cause, dit 'Abdu'l-Bahá, la consultation est d'une importance vitale, mais elle suppose un entretien spirituel et non le simple énoncé de points de vue personnels... Le but est d'insister sur l'affirmation que la consultation doit avoir pour objet la recherche de la vérité... L'homme devrait peser ses opinions avec la plus grande sincérité, le plus grand calme et le plus grand sang-froid. Avant d'exprimer son point de vue, chacun devrait considérer avec soin les avis déjà émis par les autres. S'il trouve qu'une opinion exprimée précédemment est plus juste et a plus de valeur, il devrait

l'accepter immédiatement et non s'en tenir obstinément à la sienne... La vraie consultation est donc un entretien spirituel dans une atmosphère et une attitude d'amour. Les membres doivent s'aimer d'amitié pour que de bons résultats en découlent. L'amour et l'amitié sont la base (Bahá'í News, A Periodical, A.S.N. of the Bahá'í of the U.S.A., Wilmette, June 1947.).

Souvent, une idée exprimée par un membre stimule d'autres idées qui, à leur tour, en engendrent d'autres jusqu'à ce qu'elles se cristallisent sous la forme d'une résolution qui est l'enfant de la consultation bahá'íe et est adoptée à l'unanimité. Dans d'autres cas, la résolution est adoptée à la majorité, elle n'en est pas moins valide et tous les membres la soutiennent ardemment pour la simple raison que 'Abdu'l-Bahá a enjoint aux croyants d'agir ainsi. C'est l'un des principes spirituels qui régissent les travaux de l'ordre administratif. Si ce soutien n'est pas donné du fond du coeur, l'individu n'a pas agi selon l'esprit de la foi.

Aucun membre d'une assemblée, s'il est fidèle aux principes de la foi et s'il a progressé spirituellement, ne devrait entretenir dans son esprit la pensée de se donner quelque crédit que ce soit pour ses idées ou ses suggestions, aussi méritoires soient-elles. Être opiniâtre, dogmatique, obstiné et raisonneur au cours de la consultation bahá'íe, c'est s'opposer à l'esprit même de la foi. La pratique, si souvent utilisée dans les institutions de l'ordre ancien, qui consiste à dicter des idées, à influencer et à persuader, est contraire aux enseignements de Bahá'u'lláh.

Aucun compromis sur les principes

Dans leur empressement à résoudre un problème à la satisfaction de tous ou dans leur désir de ne pas offenser les sentiments de certains ou de la communauté dans son ensemble, les membres d'une assemblée spirituelle peuvent, quelquefois inconsciemment ou même instinctivement, arriver à une décision fondée sur le compromis d'un principe de base. Il s'agit là encore de l'influence néfaste de l'ordre ancien qui risque indubitablement de nuire au travail de l'assemblée spirituelle. Si les institutions non Bahá'íes, tant sociales que politiques ou religieuses, ont souvent recours au compromis pour résoudre leurs problèmes, les institutions embryonnaires du nouvel ordre mondial tirent leur force et leur vigueur de la vérité de la parole de Dieu révélée par Bahá'u'lláh.

Les lois, les principes et les enseignements que quarante ans de révélation continue ont accordés à l'humanité et qui doivent régir les travaux de ces institutions pendant au moins mille ans sont tous clairs et explicites et ne sont sujets à aucune altération ni compromis. De plus, pendant les vingt-neuf années de son ministère, 'Abdu'l-Bahá a dévoilé l'esprit intime de ces enseignements et élucidé leur signification. Suivirent trente-six années de Gardiennat pendant lesquelles Shoghi Effendi, à travers sa correspondance avec des particuliers aussi bien qu'avec des assemblées, a non seulement amplifié les interprétations de 'Abdu'l-Bahá, mais a appliqué également la plupart de ces lois et de ces principes à des cas spécifiques. Bien que les membres des assemblées spirituelles soient libres de s'exprimer et d'avoir des initiatives propres pendant les délibérations de l'assemblée, et bien qu'ils aient une grande liberté pour se consulter et arriver à des décisions sur des matières qui tombent sous leur juridiction, ils sont néanmoins obligés de suivre les directives de Bahá'u'lláh, de 'Abdu'l-Bahá, de Shoghi Effendi et de la Maison Universelle de Justice, et de les appliquer à leurs propres situations sans aucun compromis. En effet, ce vaste océan de guidance divine donnera une orientation claire à la consultation bahá'íe à chaque réunion d'assemblée, permettant à ses membres d'éviter de nombreux écueils et d'arriver à des décisions conformes à l'esprit de la foi.

Les principes administratifs

Le fait que Bahá'u'lláh ait révélé une quantité d'enseignements sans équivalent dans les anciennes révélations et qui sont destinés à régler le fonctionnement des institutions administratives de sa cause constitue l'un des traits uniques de la foi. Au cours du cycle prophétique qui s'ouvre avec Adam et s'achève avec Muhammad, et même pendant la révélation Bábíe , le domaine des enseignements spirituels et leur application sont restés presque inchangés.

Le Sermon sur la Montagne, qui résume les enseignements spirituels et moraux du christianisme, peut être considéré comme le modèle de base et l'essence des enseignements spirituels contenus dans toutes les autres religions. Ceux-ci ont exercé une influence profonde et durable sur la vie et les actions des hommes. Ni le passage du temps, ni même le fait que les religions antérieures ne sont plus en mesure d'affronter les problèmes de cet âge n'ont pu effacer des coeurs des hommes certains enseignements spirituels éternels dans lesquels les hommes ont été éduqués et qui sont désormais si enracinés dans leur esprit et dans leur âme qu'ils leur sont presque devenus une seconde nature. Cette influence a été si profonde que, même parmi les déçus, ceux qui ont perdu la foi et qui ont rejoint le rang des agnostiques et des athées, il en est beaucoup que leur conscience pousse à adopter un mode de vie conforme à ces enseignements humanitaires et spirituels.

Jamais auparavant, jusqu'à l'avènement de la révélation bahá'íe, une manifestation de Dieu et le Centre de son alliance n'avaient élargi la portée de ces enseignements spirituels au point d'y inclure une série de principes administratifs destinés à régir les travaux des institutions de son nouvel ordre mondial. Les principes spirituels et administratifs ont été mis sur un même rang et une importance égale leur est accordée. En cet âge, par conséquent, le croyant ne doit pas seulement suivre les enseignements spirituels fondamentaux d'amour, d'honnêteté, de pardon, et tous les autres commandements divins destinés essentiellement à un individu dans ses relations avec autrui, mais il doit également observer ces principes qui définissent son rôle dans la société bahá'íe et qui déterminent sa conduite par rapport à ses institutions.

La force et l'efficacité des institutions de l'ordre mondial embryonnaire de Bahá'u'lláh ne tiennent pas seulement à leur origine divine et à l'esprit de foi qui coule à travers elles, mais dépendent aussi du fait que les croyants observent les principes administratifs comme un acte de foi, qu'ils obéissent de tout leur coeur aux commandements de Bahá'u'lláh relatifs à ces institutions et que, dans l'accomplissement de leurs devoirs administratifs, ils se gardent avec soin d'introduire dans l'ordre administratif tout élément qui risquerait d'entraver sa croissance, de saper sa force ou de rabaisser son rang.

Elections

En matière de principes administratifs, considérons d'abord ceux qui régissent l'élection de l'assemblée spirituelle. Bien qu'il s'agisse d'une fonction administrative, cette élection a une grande signification spirituelle et doit s'effectuer dans un esprit de prière et de dévotion. Le Gardien a désigné les attributs des membres d'une assemblée. L'électeur, en votant pour eux, devrait .... considérer sans la moindre trace de passion ni de préjugé, et sans aucune considération matérielle, les seuls noms de ceux qui savent le mieux combiner les qualités nécessaires de loyauté incontestable, de dévouement exempt d'égoïsme, de discipline, d'une aptitude reconnue, et d'une mûre expérience (Principles of Bahá'í Administration, B.P.T., London, ed. 1963, p. 62.).

Lors des élections Bahá'íes, il ne doit y avoir ni manoeuvre électorale, ni campagne, ni propagande. De telles pratiques vont à l'encontre de l'esprit de la cause de Bahá'u'lláh et sont clairement défendues. Les électeurs ont la liberté de choix, et l'élection se fait à bulletin secret. Il est incorrect que deux personnes, même mari et femme, se consultent ou s'influencent dans leur choix. Ces principes administratifs sont sacrés pour un bahá'í, et enfreindre l'un d'eux revient à enfreindre un principe spirituel.

Autorité des institutions

Un autre principe administratif important nous enjoint d'accepter les décisions de l'assemblée spirituelle, même si elles se révèlent mauvaises! Les assemblées spirituelles ne sont pas des organes infaillibles, mais si leurs membres mettent leur point de vue personnels de côté pour soutenir la décision de tout leur coeur, la vérité se manifestera et l'assemblée sera amenée à revoir sa première décision; le fonctionnement de l'ordre administratif est conçu de telle manière qu'une mauvaise décision peut être corrigée. En effet, les assemblées locales sont liées à leurs assemblées nationales et celles-ci, à leur tour, à la Maison Universelle de Justice. L'Assemblée nationale, en vertu de sa juridiction et de son autorité plus étendues sur les assemblées locales de son ressort, est dans une meilleure position pour attirer l'attention de celles-ci sur une résolution qu'elle estime mauvaise, et pour leur demander de reconsidérer leur décision. Si besoin est, la Maison Universelle de Justice peut intervenir en dernière analyse pour rendre un verdict définitif et infaillible sur la question.

L'autorité dont Bahá'u'lláh, 'Abdu'l-Bahá et Shoghi Effendi ont investi tant les assemblées locales que nationales, est claire et incontestable. Il est enjoint aux croyants d'obéir aux décisions de leur assemblée. Lui désobéir n'est pas permis sous prétexte que sa décision pourrait être mauvaise.

Par ces paroles, Shoghi Effendi a précisé clairement l'autorité de l'Assemblée nationale: Je souhaite réaffirmer en termes clairs et catégoriques le principe déjà énoncé selon lequel l'Assemblée nationale est investie de l'autorité suprême dans toutes les questions qui concernent l'intérêt de la foi. Il ne peut y avoir ni conflit d'autorité, ni dualité sous quelque forme ou dans quelque circonstance que ce soit, dans aucune sphère de la juridiction Bahá'ie, qu'elle soit locale, nationale, ou internationale. L'Assemblée nationale cependant, bien que seule interprète de son statut et de son règlement intérieur, est directement et moralement responsable si elle permet à un organe ou à une institution sous sa juridiction d'abuser de ses privilèges ou de dévier dans l'exercice de ses droits et de ses privilèges. Elle est la gardienne de confiance et le ressort principal des activités multiples et des intérêts de chaque communauté nationale du monde bahá'í. Elle constitue le seul lien qui unit ces communautés à la Maison Universelle de Justice, l'organe administratif suprême de la cause de Bahá'u'lláh (Principles of Bahá'í Administration, B.P.T., London, ed. 1963, p. 74.).

Bien que l'assemblée spirituelle ait reçu l'autorité de traiter des matières qui tombent sous sa juridiction et qu'elle ait le pouvoir de faire valoir ses décisions quand la situation l'exige, et en dépit du fait que ses membres ne sont pas responsables de leurs actes envers ceux qui les ont élus, nonobstant ceci, l'assemblée n'est pas une institution dont les membres agissent avec des pouvoirs dictatoriaux. Au contraire, chaque question abordée dans une réunion d'assemblée doit être traitée dans un esprit de consultation amicale, d'attention et de justice.

Responsabilités des membres

Le Gardien a décrit en ces termes l'attitude et la responsabilité des membres de l'assemblée spirituelle: Leur fonction n'est pas de dicter mais de se consulter, et de se consulter non seulement entre eux mais autant que possible avec les amis qu'ils représentent. Ils ne doivent se considérer que comme des instruments choisis pour représenter plus efficacement et plus dignement la cause de Dieu. Ils ne devraient jamais se laisser aller à penser qu'ils sont les ornements centraux du corps de la cause, intrinsèquement supérieurs aux autres en termes d'aptitude ou de mérite, et les seuls promoteurs de ses enseignements et de ses principes. Ils devraient aborder leur tâche avec extrême humilité et, par leur ouverture d'esprit, leur sens élevé de la justice et du devoir, leur sincérité, leur modestie, leur entier dévouement au bien-être et aux intérêts des amis, de la cause et de l'humanité, s'efforcer de gagner non seulement la confiance, le soutien réel et le respect de ceux qu'ils servent, mais aussi leur estime et leur réelle affection. Ils doivent, en tout temps, éviter l'esprit d'exclusivité, l'atmosphère de secret, se libérer d'une attitude dominatrice et bannir de leurs délibérations toute forme de préjugé et de passion. Ils devraient, dans les limites d'une sage discrétion, se confier aux amis, les tenir au courant de leurs plans, partager avec eux leurs problèmes et leurs inquiétudes, et rechercher leurs avis et leurs conseils. Et lorsqu'il leur est demandé d'arriver à une certaine décision, ils devraient, après une consultation cordiale, pleine de sollicitude et dépourvue de passion, se tourner en prière vers Dieu et enregistrer leur vote avec empressement, conviction et courage, et obéir à la voix de la majorité qui, nous dit le Maître, est la voix de la vérité et ne doit jamais être contestée mais toujours appliquée généreusement. Les amis doivent répondre de bon coeur à cette voix et la considérer comme le seul moyen de pouvoir assurer la protection et le progrès de la cause (Principles of Bahá'í Administration, B.P.T., London, ed. 1963, pp. 43 - 44).

S'il est facile d'accepter une décision que l'on approuve et d'y obéir, il n'est pas toujours aisé de le faire lorsque l'on n'est pas d'accord et que l'on considère la décision comme mauvaise, particulièrement si elle a trait à un problème où l'on est personnellement impliqué. Il s'agit là d'une des épreuves à affronter par les croyants en cet âge et c'est en effet une bataille spirituelle à laquelle de nombreux individus doivent se livrer pour acquérir des qualités spirituelles, se rapprocher de Bahá'u'lláh et se détacher des choses terrestres.

Détachement

C'est souvent l'attachement à ce monde qui obscurcit la vision et rend l'individu orgueilleux, arrogant et centré sur lui-même. L'obéissance à Bahá'u'lláh, l'humilité et la soumission aux institutions finiront par conférer à l'âme des bénédictions inestimables.

L'attachement à ce monde est souvent compris, à tort, comme la possession de biens terrestres. Si un homme, explique Bahá'u'lláh à ses adeptes, désire se parer des ornements de la terre, revêtir ses parures ou prendre part aux bienfaits qu'elle peut procurer, aucun mal ne peut lui advenir s'il ne laisse rien s'interposer entre lui-même et Dieu, car Dieu a ordonné toutes les bonnes choses, qu'elles soient dans les cieux ou sur la terre, pour ceux de ses serviteurs qui croient sincèrement en lui (Avènement de la justice divine, Shoghi Effendi, M.E.B., éd. 1973, p. 47.).

Il est une histoire en persan qui jette quelque lumière sur la nature et la signification du détachement de ce monde. C'est l'histoire du roi et du derviche (Un homme qui renonce au monde pour chercher Dieu et qui subsiste grâce à la charité de ses semblables.). Un roi avait beaucoup de qualités spirituelles mais, dans son coeur, enviait le derviche qui semblait n'avoir aucun attachement à ce monde. Car le derviche n'avait pour tout bien qu'un panier pour transporter sa nourriture. Il passait son temps à parcourir la ville, chantant les louanges de son Seigneur et communiant mystiquement avec Lui. Il n'avait ni maison ni biens, et pourtant il s'estimait aussi riche que si le monde entier lui appartenait. Le roi, séduit par ce mode de vie, invita le derviche dans son palais à lui donner quelques leçons de détachement. Ce dernier se rendit au palais et y resta quelque temps. Finalement, le roi décida de renoncer à son trône et de mener la vie d'un derviche. S'affublant de vieux vêtements, il se déguisa en pauvre et quitta son palais en compagnie de son invité.

Ils avaient parcouru une certaine distance ensemble lorsque soudain le derviche s'aperçut qu'il avait laissé son panier au palais. Il expliqua au roi qu'il ne pouvait s'en aller sans son panier et qu'ils feraient mieux de retourner le chercher. Cet incident mit le derviche à l'épreuve et révéla son attachement à ce monde. Le roi avait abandonné son palais et ses trésors et marchait sur le sentier du détachement alors que le derviche, qui avait prêché cette vertu toute sa vie, s'était montré, à la fin, attaché à son petit panier.

L'attachement est une attitude de l'esprit et n'est pas nécessairement lié aux richesses. L'orgueil qu'un individu peut éprouver de son savoir et de ses connaissances, de ses réalisations dans cette vie, de sa position dans la communauté, de sa célébrité et de sa popularité, de son amour pour lui-même et pour ses biens, pourrait devenir un obstacle entre son âme et Dieu.

Unité

L'unité des membres constitue un autre principe qui joue un rôle important dans le bon fonctionnement de l'assemblée spirituelle. Il ne faudrait pas confondre unité et uniformité ou considérer l'unité comme le fait d'avoir le même point de vue et les mêmes idées en cours de consultation. Au contraire, comme l'a expliqué 'Abdu'l-Bahá, la brillante étincelle de la vérité ne naît que du choc des opinions différentes. Il faut entendre par unité un lien spirituel qui unit les membres et qui tire sa force de cohésion de Bahá'u'lláh. Pour réaliser cette unité, la clé est d'aimer les autres membres avec l'amour de Dieu et non pour eux-mêmes, et de regarder leurs qualités et non leurs défauts. Se préférer aux autres membres et amoindrir leurs opinions, quel que soit leur manque de maturité ou leurs insuffisances, est contraire à l'esprit des enseignements de Bahá'u'lláh et témoigne d'un manque de maturité et d'égoïsme de la part de l'individu concerné.

Justice - Amour

Quand le coeur de l'homme est privé de foi et de croyance en Dieu, l'individu a tendance à être motivé par sa nature animale. C'est alors qu'au lieu de considérer ses semblables avec compassion, il les regarde avec l'oeil de la justice, leur trouve mille défauts et les juge. Par ailleurs, les institutions de l'ordre ancien, dont la fonction principale est supposée être le maintien de la loi, de l'ordre et de la paix à l'intérieur de la société, sont de plus en plus enclines à l'indulgence, au pardon et à la compassion au lieu de tendre vers la fermeté, la justice et l'équité.

La foi de Bahá'u'lláh, par l'influence dynamique qu'elle exerce sur les coeurs des hommes, vise à renverser ce schéma dans la société humaine. Elle enseigne que ce n'est pas à un individu de juger son semblable ou de le considérer d'un oeil critique. Elle affirme clairement que les relations d'un être avec un autre se fondent sur l'amour et la compassion, et que pardonner et ignorer les péchés des autres est une vertu louable, individuellement parlant. En revanche, elle proclame que la base sur laquelle sont établies les assemblées spirituelles les institutions qui, dans la plénitude des temps, évolueront en maisons de justice n'est pas le pardon mais la justice. Ce qui suit est un extrait d'une lettre du Gardien, rédigée par son secrétaire: Comme le Maître avant lui, il (le Gardien) est tellement anxieux de voir les croyants unis dans le service de la foi. Si l'amour véritable fondé sur l'amour de Dieu pouvait devenir manifeste entre les amis, la cause se répandrait très rapidement. L'amour est la valeur qui doit gouverner la conduite d'un croyant envers un autre. L'ordre administratif ne doit pas changer cela, malheureusement les amis confondent parfois les deux et essayent d'être l'un pour l'autre une assemblée spirituelle intégrale avec la discipline, la justice et l'impartialité que cet organisme doit montrer, au lieu de pardonner, d'aimer et de se montrer patients les uns envers les autres en tant qu'individus (Bahá'í Journal, a Periodical, A.S.N. of the Bahá'í of the British Isles, London, August 1963.).

Soutenir les décisions de l'assemblée

Un autre principe, qui protège les institutions de la foi d'un autre mal encore profondément enraciné dans la structure de la société d'aujourd'hui, est celui selon lequel 'Abdu'l-Bahá a interdit aux croyants de s'opposer aux décisions de l'assemblée spirituelle ou de les condamner, que ce soit au cours de la réunion ou en dehors. Dans un monde affligé de nombreux troubles et de nombreuses inquiétudes, où femmes et hommes dans tous les domaines de la vie, individuellement et collectivement, élèvent la voix en protestation contre les actions des autorités, qu'elles soient religieuses ou politiques, et parfois ont recours à la violence pour imposer leur vue à ces autorités, les adeptes de Bahá'u'lláh ne sont pas influencés par les disputes vaines, les passions passagères, les controverses et les complications qui les environnent à l'intérieur de l'ordre ancien; car ils sont tellement remplis de l'esprit de la foi de Bahá'u'lláh qu'ils obéissent avec la plus grande sincérité à ce commandement de 'Abdu'l-Bahá. Par conséquent, un vrai bahá'í ne critiquera et ne condamnera pas les décisions de l'assemblée spirituelle, que ce soit en paroles ou par son attitude. Un membre de l'assemblée spirituelle qui n'accepte pas de tout son coeur une décision prise à la majorité par son assemblée enfreint vraiment un commandement spirituel de la cause de Dieu. Cependant, personne n'est privé du droit d'exposer son point de vue par les canaux adéquats et, s'il n'est pas satisfait, de faire appel d'une décision de l'assemblée. Chacun a toute latitude pour soulever quelque question que ce soit auprès de l'assemblée spirituelle, soit à titre personnel, soit en consultation avec la communauté lors de la Fête des dix-neuf jours. Il a le droit de faire appel d'une décision de l'assemblée locale auprès de l'Assemblée spirituelle nationale, ou d'une décision de l'Assemblée spirituelle nationale auprès de la Maison Universelle de Justice. Mais, en attendant, il continuera d'accepter la décision jusqu'à ce que le résultat de l'appel soit connu. Contester l'autorité de l'assemblée, à quelque moment ou pour quelque motif que ce soit, équivaut à enfreindre un autre principe spirituel fermement établi dans la cause de Dieu.

La faveur de servir dans l'assemblée

Servir au sein de l'assemblée spirituelle est une grande faveur que Bahá'u'lláh a accordée à ses aimés, cela confère à chaque membre non seulement le privilège unique de prendre part à la construction de la charpente de son ordre mondial, mais lui permet aussi d'améliorer son caractère et d'acquérir des qualités par les combats spirituels qu'il doit mener pour se rendre Maître de lui-même et de ses passions pendant la consultation bahá'íe.

Référons-nous une fois de plus à l'analogie du canal formé de neuf briques. Sous l'action de l'eau qui y coule, les briques situées à l'intérieur du canal perdront au bout d'un certain temps leur rugosité et leurs aspérités. De même, les faiblesses et les manquements des uns et des autres feront surface au cours des réunions de l'assemblée et se heurteront aux forces tumultueuses de l'esprit de la cause qui y circule. Par cette action réciproque, ignorance, préjugés et autres défauts humains diminueront progressivement pour faire place à une plus grande mesure de maturité et de sagesse.

Equilibre entre forme et esprit

La qualité de membre de l'assemblée spirituelle confère aussi de grandes responsabilités. Une des responsabilités majeures qui repose sur les épaules des membres de l'assemblée consiste à s'assurer que la gestion des affaires soit menée conformément aux principes spirituels et administratifs énoncés par les figures centrales de la foi et non selon le schéma de théories faites par l'homme, empruntées au monde extérieur.

L'ordre administratif de Bahá'u'lláh se compose de deux éléments: la forme et l'esprit. La relation qui existe entre les deux est semblable à celle qui lie le corps à l'âme. Bien que l'âme en constitue la partie essentielle, cela ne veut pas dire qu'il faille négliger le corps. Il est important de préserver l'équilibre entre les deux. Un aspect essentiel de la forme de l'ordre administratif, qui est nécessaire pour que les assemblées spirituelles se développent à leur manière, est un système d'administration fondé sur l'ordre et l'efficacité. Mais les procédures et les systèmes administratifs devraient seulement être considérés comme les moyens d'arriver à une fin, et non comme le but ultime, qui est, lui, le flot de l'esprit de la cause au travers des institutions embryonnaires de l'ordre mondial de Bahá'u'lláh.

Il est donc de la responsabilité de chaque membre de l'assemblée de se garder d'essayer de parfaire le mécanisme administratif au risque d'en perdre l'esprit, et de faire de l'assemblée, après un certain temps, un organe rigide, efficace dans l'administration mais esclave des règles et des règlements, hautement organisé mais dépourvu de l'esprit d'amour et de coopération qui est le trait distinctif du nouvel ordre mondial.

Protection de la foi

A mesure que l'ordre administratif de Bahá'u'lláh se développe, certaines de ses caractéristiques uniques apparaissent progressivement et, le modèle du développement de ses institutions devient plus évident avec le passage du temps. Une de ces caractéristiques est la façon dont le fonctionnement sain des assemblées spirituelles, tant locales que nationales, doit être sauvegardé. Cette responsabilité n'incombe pas seulement aux membres des assemblées locales et nationales, mais aussi à une institution qui joue un rôle important dans l'ordre administratif et qui en constitue une partie vitale, à savoir l'institution des Mains de la cause de Dieu.

Cette institution ainsi que celle du corps des conseillers ces derniers assurant la continuité de deux des fonctions des Mains de la cause, la protection et la propagation de la foi ont été constituées par nominations et non par élection. Le pouvoir et l'autorité appartiennent seulement aux assemblées spirituelles locales et nationales, et la direction des affaires de la cause dans leur sphère respective leur est confiée. Les conseillers ne sont pas des administrateurs et leur fonction n'est donc pas d'administrer les affaires de la foi mais plutôt, par les conseils et les avis qu'ils prodiguent aux assemblées nationales, par la sollicitude pleine d'amour et l'assistance qu'eux-mêmes et leurs membres auxiliaires dispensent aux assemblées locales, en inspirant les croyants et en les encourageant à remplir leurs devoirs administratifs, ce corps joue un rôle majeur dans la protection de la foi et le fonctionnement sain des institutions de l'ordre mondial embryonnaire de Bahá'u'lláh.

En dernière analyse toutefois, la vigueur et la vitalité d'une assemblée dépendent de ses membres, car c'est par leur sincérité et leur dévotion envers la foi que tous les idéaux et tous les principes élevés énoncés par la Beauté bénie et le Centre de son alliance sont appliqués au travail de l'assemblée spirituelle. Une étude plus approfondie des écrits de Shoghi Effendi sur l'administration bahá'íe permettra à chacun de s'apercevoir qu'en cette période de l'âge de la formation de la foi le but des membres de l'assemblée ne devrait pas être essentiellement celui de devenir des administrateurs efficaces ou des spécialistes capables de résoudre les problèmes complexes de la communauté, mais plutôt celui de créer, durant leurs réunions, une atmosphère spirituelle de façon que les confirmations de Bahá'u'lláh puissent les atteindre de toutes parts et que, par son assistance, ils puissent résoudre leurs problèmes.

Comme il a déjà été affirmé, c'est par la fermeté de la foi de chacun en Bahá'u'lláh et par la loyauté envers son alliance, par la suppression de l'ego, par la pureté d'intention ... l'humilité et la modestie parmi ses aimés ... et la servitude envers son seuil exalté, que l'on peut y arriver. Tel est le défi auquel doivent faire face en cet âge ceux qui ont la confiance du Miséricordieux.

3. CONSTRUCTION DE L'ORDRE MONDIAL DE BAHÁ'U'LLÁH
Le nouvel ordre mondial à l'état embryonnaire

A une époque où les forces de la destruction balaient la surface de la terre, plongeant la race humaine tout entière dans le chaos et la consternation et déracinant ses institutions antiques et vénérées, la communauté comparativement petite du plus Grand Nom comprenant hommes et femmes de toutes conditions sociales, jeunes et vieux, riches et pauvres, lettrés et illettrés, armés de l'invincible pouvoir de la foi, renforcés par le soutien infaillible et les confirmations du Seigneur des armées et confiants en l'ultime victoire est occupée à ériger la charpente de nouvelles institutions englobant la planète tout entière, destinées, dans la plénitude des temps, à évoluer en un nouvel ordre mondial à établir au nom de Bahá'u'lláh. Cet ordre mondial, appelé à accéder, dans le futur, à la plénitude de sa gloire, et dont l'établissement signalera à la fois l'apparition de la confédération bahá'íe, la levée de la bannière de la plus grande paix et l'avènement du royaume de Dieu sur la terre, se développe aujourd'hui dans sa forme embryonnaire et sous l'appellation de l'ordre administratif. Celui-ci s'est développé systématiquement à l'intérieur de la communauté bahá'íe dès le début de l'âge de la formation.

Les quatre chartes

'Abdu'l-Bahá a laissé à la postérité son testament qui peut être considéré comme l'enfant de l'alliance et la charte du nouvel ordre mondial. Il y a décrit les caractéristiques de l'ordre administratif, posé ses principes, défini ses fonctions et appelé les bahá'ís à commencer à ériger ses institutions. Une autre série importante de tablettes, quatorze en tout, adressées par 'Abdu'l-Bahá aux croyants américains, Les Tablettes du plan divin, jouent un rôle majeur dans la propagation de la foi à toutes les nations et à tous les peuples du monde, et constituent la charte de l'enseignement de la cause de Dieu d'un bout à l'autre de la planète. Dans ces tablettes, 'Abdu'l-Bahá exhorte les bahá'ís à se détacher des choses terrestres, à sanctifier leur âme des scories de ce monde, à se lever dans un esprit d'amour et d'unité et à voyager aux quatre coins du globe pour faire avancer la cause de Dieu. Il y cite 120 pays, Îles et territoires où les enseignants bahá'ís devraient se rendre pour enseigner le message de Bahá'u'lláh et établir sa foi.

Ces deux documents, ajoutés au Kitáb-i-Aqdas, le très saint Livre de Bahá'u'lláh considéré comme la charte de la future civilisation mondiale, et à la" Tablette du Carmel , la charte pour la construction du centre mondial de la foi, révélée par Bahá'u'lláh à proximité de la grotte d'Elie, constituent les instruments majeurs qui doivent aussi bien guider les institutions Bahá'íes qu'inspirer les croyants dans leur tâche commune, celle de construire un nouvel ordre mondial pour l'humanité.

Shoghi Effendi - Bâtisseur de l'ordre administratif

Ce fut Shoghi Effendi qui jeta les fondements de l'ordre administratif et qui construisit ses premières institutions. Dans un premier temps, il concentra toute son attention à enseigner aux croyants comment construire les assemblées spirituelles locales et comment travailler en leur sein. Pendant non moins de quinze ans, il consacra son temps à la tâche ardue d'enseigner aux bahá'ís les principes de l'administration bahá'íe. Il expliqua la fonction, la portée et le but ultime des institutions locales et nationales. Il façonna l'ordre administratif en posant les fondations des assemblées spirituelles locales sur une base solide et en érigeant ensuite, sur celles-ci, les assemblées spirituelles nationales qui soutiennent et supportent aujourd'hui l'édifice puissant de la Maison Universelle de Justice de Bahá'u'lláh.

Au moment du décès du Maître, les croyants avaient des idées quelque peu rudimentaires sur la foi et n'étaient pas suffisamment mûrs. Ils n'avaient pas un sens adéquat de la vie communautaire. Ce fut Shoghi Effendi qui, par ses traductions éloquentes des Ecrits de Bahá'u'lláh et de 'Abdu'l-Bahá, par ses propres écrits magistraux, par sa guidance et son administration des affaires des assemblées locales et nationales dans le monde, par son encouragement constant et sa persévérance pendant plus de trois décennies, dévoila à leurs yeux avec patience et efficacité, la foi de Bahá'u'lláh. Il plaça dans une juste perspective tout ce que la cause comportait: ses fondateurs, ses lois, ses ordonnances, ses enseignements, ses principes et ses institutions chaque chose fut mise à sa place, comme dans un puzzle. Il permit aux croyants d'acquérir une nouvelle conception de la vie communautaire, de l'unité et de la solidarité.

A l'âge héroïque de la foi, les croyants étaient si attirés par Bahá'u'lláh qu'ils ne faisaient pas très attention à quoi que ce soit d'autre. Ils étaient épris de lui et complètement enivrés par le vin de sa présence. Mais vint le moment de construire le nouvel ordre mondial et ce fut par les efforts de Shoghi Effendi et sous sa guidance que la vision des bahá'ís s'élargit. Ils commencèrent à apprécier la foi sous un autre éclairage et beaucoup se levèrent pour construire des institutions locales et nationales dans le monde.

Les quinze premières années du Gardiennat

Pendant les quinze premières années du Gardiennat, pas moins de huit assemblées spirituelles nationales furent formées et trente Etats souverains de plus entrèrent dans le giron de la foi. Parmi les événements exceptionnels qui ont marqué cette période, il y a eu notamment:

le décès de la très Sainte Feuille, soeur de 'Abdu'l-Bahá, en 1932;

la reconnaissance du statut indépendant de la foi en Egypte;

la saisie de la maison de Bahá'u'lláh à Baghdád, à la suite de quoi une pétition fut soumise à la Société des Nations qui adopta une résolution favorable à la revendication de la communauté bahá'íe vis-à-vis de cette maison;

les exploits de Martha Root en matière d'enseignement au cours de ses quatre voyages autour du globe, culminant par l'adhésion à la foi de la première tête couronnée, la reine Marie de Roumanie;

la création du Bureau international bahá'í à Genève, en 1925;

l'application de l'ordonnance de Bahá'u'lláh relative à l'institution de la Fête des dix-neuf jours;

le développement des activités organisées de jeunes;

l'agrandissement des dotations et des propriétés Bahá'íes en Terre sainte, aux Etats-Unis et en Perse;

l'acquisition d'emplacements historiques en Perse;

l'établissement des Archives internationales Bahá'íes.

Dans le berceau de la foi où, durant cette période, les adeptes du plus Grand Nom étaient encore opprimés par les autorités et étaient soumis à des accès de persécutions sporadiques qui entraînèrent le martyre d'un grand nombre d'entre eux, Shoghi Effendi dirigea son attention vers les institutions de la foi qui fonctionnaient alors d'un bout à l'autre de ce pays. Il leur demanda d'accomplir une tâche particulière, de grande importance pour la cause, à savoir la mise en application dans la communauté bahá'íe de certaines lois du Kitáb-i-Aqdas, la chaîne et la trame de l'ordre mondial de Bahá'u'lláh. Il amena les assemblées spirituelles de Perse à commencer la mise en vigueur de ces lois dans la communauté bahá'íe lois qui, bien que connues des croyants de ce pays, n'avaient pas été observées auparavant. Au cours de son ministère, il s'attarda longuement à expliquer l'application de ces lois, élucida de nombreux détails et de nombreuses complications qui y étaient liés, pria instamment les assemblées spirituelles de ne jamais faire de compromis en appliquant les lois et leur conseilla de maintenir, dans tous les cas, les principes de la justice et de l'impartialité. Il créa ainsi dans ce domaine particulier un réservoir important de connaissances et d'expériences d'une immense valeur pour l'avenir.

Plans nationaux d'enseignement

Aux Etats-Unis d'Amérique et au Canada le lieu de la mise en place du schéma de l'ordre administratif les institutions de la foi avaient grandi et s'étaient développées à un tel point que le Gardien put lancer, en 1937, le premier plan de sept ans une entreprise de grande importance qui inaugure la phase initiale de la première époque de formation dans la continuation du mandat divin conféré par 'Abdu'l-Bahá aux croyants nord-américains, et qui marque un tournant dans l'histoire de l'ordre administratif de la foi.

Au moment où ce plan s'était achevé triomphalement en 1944, date qui coïncidait avec la célébration mondiale du centenaire de la naissance de la foi, le nombre d'assemblées spirituelles locales aux Etats-Unis avait presque doublé, celui des localités où résidaient des bahá'ís s'était fortement accru, et le noyau des institutions de la foi avait été établi dans chaque république d'Amérique latine. Ce résultat prodigieux, ainsi que l'achèvement de l'ornementation extérieure de la très sainte maison d'adoration dans le monde bahá'í, révéla aux bahá'ís des autres pays la signification de ces événements survenus aux Etats-Unis et au Canada et leur ouvrit les yeux sur le modèle d'expansion et de consolidation systématiques de la foi qui s'était développé en conséquence directe de ce premier plan historique, instauré par le Gardien et exécuté par les disciples de Bahá'u'lláh dans le berceau de l'ordre administratif de la foi.

Un triomphe aussi glorieux pour la cause suscita un déferlement d'ardeur et de dévouement, de confiance et d'enthousiasme dans le coeur des croyants d'autres pays. Eux aussi étaient impatients d'escalader des sommets plus élevés au service de la cause.

A mesure que chaque Assemblée nationale était prête, le Gardien lui prodiguait ses encouragements et lui donnait son approbation pour la formulation de plans nationaux destinés principalement à accroître le nombre des assemblées spirituelles locales, à les consolider et à multiplier les centres bahá'ís en deçà et au-delà des limites nationales. La première assemblée à se tourner vers le Gardien en vue d'obtenir un plan fut celle de la communauté britannique qui reçut un plan de six ans en 1941. D'autres plans suivirent au cours des deux ou trois années suivantes. Chacun d'eux avait une certaine durée et se terminait soit en 1950, date du centième anniversaire du martyre du Báb, soit en 1953, l'année sainte, le centenaire de la naissance de la révélation de Bahá'u'lláh dans le Síyáh-Chál de Tihrán.

Parmi ceux-ci, il y eut tout d'abord le deuxième plan de sept ans attribué aux bahá'ís de l'Amérique du Nord, dont la durée marque la seconde phase de la période initiale des Tablettes du plan divin. Ce plan, qui comprenait certains buts internationaux majeurs dont l'établissement d'assemblées spirituelles locales dans 10 pays d'Europe occidentale, la formation de trois assemblées nationales dans l'hémisphère occidental et la décoration intérieure du Mashriqu'l-Adhkár des Etats-Unis, fut achevé avec succès en 1953. Il y eut aussi le plan indien de quatre ans et demi suivi d'un plan de dix-neuf mois, le plan persan de quarante-cinq mois, le plan australien de six ans, le plan irakien de trois ans, le plan égyptien de cinq ans, le plan allemand de cinq ans, le plan canadien de cinq ans qui devrait être considéré comme la continuation du second plan de sept ans du continent nord-américain et enfin le deuxième plan britannique de deux ans selon lequel six assemblées spirituelles nationales devaient associer leurs efforts pour établir la foi sur le continent africain. Ce dernier plan joua un rôle significatif dans la mesure où il fut à l'origine de la structure de la future coopération internationale et des projets inter-assemblées un prélude au lancement de plans à vocation mondiale à travers la planète.

Outre ces plans qui avaient créé un déferlement d'activités dans toutes les communautés nationales Bahá'íes et qui avaient poussé de nombreux croyants à se lever comme pionniers et à s'établir dans des villes-buts ou dans des territoires vierges, d'autres développements majeurs prirent place pendant cette période, préparant la voie pour l'extension et la progression de l'ordre administratif de Bahá'u'lláh. Au premier rang de ces développements, il y eut la nomination par Shoghi Effendi, en 1951, du premier contingent de Mains de la cause de Dieu dont le nombre fut bientôt augmenté, la formation, la même année, du Conseil international bahá'í destiné à devenir, par étapes successives, la Maison Universelle de Justice, la participation des délégués bahá'ís aux organisations non gouvernementales des Nations Unies, et la croissance spectaculaire de la foi en Afrique, le premier continent à être témoin d'une entrée en grand nombre dans la foi.

Ces réalisations de grande envergure, ajoutées à la conclusion triomphale de tous les plans nationaux, dotaient la communauté du plus Grand Nom de potentialités prodigieuses pour l'expansion et la consolidation de la foi à une échelle mondiale. Les communautés nationales avaient désormais acquis la vision et la capacité nécessaires pour prendre part au premier plan international.

La croisade de dix ans

Shoghi Effendi lança ce plan en 1953. Connu sous le nom de la croisade mondiale de dix ans, ce plan historique qui, selon le Gardien, était la plus grande croisade spirituelle que le monde ait jamais connue, marque à la fois l'ouverture de la troisième et dernière phase de la période initiale des Tablettes du plan divin et la naissance de la communauté internationale bahá'íe, rassemblant les douze assemblées nationales existant alors dans le monde bahá'í pour implanter la bannière de la foi dans tous les territoires encore vierges du globe, multiplier le nombre des assemblées spirituelles locales et nationales dans le monde et accomplir de nombreux autres objectifs spécifiés dans le plan.

Au moment de l'annonce des buts de cette puissante croisade, les adeptes de Bahá'u'lláh, dans chaque pays, furent atterrés par l'immensité des tâches auxquelles ils étaient confrontés. Très vite cependant, ils virent, avec gratitude, respect et émerveillement que dès la première année du plan, 100 territoires vierges avaient été ouverts à la foi.

Cette expansion prodigieuse de la cause, dans la phase initiale du plan qui inspira à l'armée des pionniers et des enseignants bahá'ís d'atteindre des hauteurs plus élevées d'héroïsme et de sacrifice, les rendant capables de gagner plus de victoires pour la cause et d'accomplir tous les buts majeurs du plan dans les années qui suivirent, ne peut être attribuée qu'à la loyauté et à la dévotion avec lesquelles les Mains de la cause de Dieu et leurs membres auxiliaires, les assemblées locales et nationales, les pionniers, les enseignants, tous et chacun se tournèrent vers Shoghi Effendi, le Gardien de la cause et le signe de Dieu sur terre. Ce fut à mi-chemin de ce plan, cependant, que la main de Dieu l'enleva soudainement et laissa les croyants comme des orphelins, accablés de douleur, seuls et sans aide.

Gardiennat des Mains de la cause

Bien que Shoghi Effendi fût mort et que, dans sa sagesse, il n'eût laissé aucun testament, l'alliance de Bahá'u'lláh resta intacte. Les croyants se regroupèrent autour des Mains de la cause de Dieu, les gestionnaires principaux de la confédération mondiale embryonnaire de Bahá'u'lláh qui assumaient maintenant la fonction de guider le monde bahá'í. Ils accomplirent cette tâche en suivant strictement les directives et les instructions esquissées par Shoghi Effendi dans sa croisade de dix ans. Cette période de cinq années, allant de la mort de Shoghi Effendi, en 1957, jusqu'à l'élection de la Maison Universelle de Justice en 1963, peut être considérée comme la phase la plus provocante de l'histoire de l'âge de la formation de la foi. Ce fut une période au cours de laquelle l'alliance de Bahá'u'lláh fut rigoureusement et complètement éprouvée et s'avéra absolument invincible, car Bahá'u'lláh n'avait pas promis de guidance infaillible aux Mains de la cause, comme il l'avait fait pour la Maison Universelle de Justice. Cependant, de par leur loyauté envers lui et en raison de leur fermeté dans son alliance, ils guidèrent le monde bahá'í exactement dans la direction précise que Shoghi Effendi avait tracée dans ses écrits, et ne dévièrent pas, même de l'épaisseur d'un cheveu, du chemin qu'il avait montré.

Contrairement aux leaders des religions précédentes qui introduisirent tellement d'idées conçues par l'homme dans les enseignements de leurs prophètes, les Mains de la cause, en cette période de gardiennat de la foi de Bahá'u'lláh, se gardèrent bien d'ajouter ne serait-ce qu'une seule de leurs opinions à la cause et n'introduisirent aucune innovation dans le fonctionnement de ses institutions. Non seulement elles guidèrent et assistèrent les croyants pendant la croisade qu'elles amenèrent à sa conclusion triomphante en 1963, lorsque la communauté bahá'íe démontra, à l'occasion de la célébration de la déclaration de Bahá'u'lláh, son universalité et sa force de cohésion, mais, en même temps, elles transmirent la cause de Dieu, pure et sans tache, au corps élu de la Maison Universelle de Justice à laquelle Bahá'u'lláh a conféré l'infaillibilité et la guidance divine.

A ce moment, la foi, qui comptait seulement quelques communautés nationales en 1952, était désormais une vaste communauté répandue dans le monde; des multitudes avaient répondu à l'appel de Bahá'u'lláh, reconnaissaient son rang et entraient en grand nombre dans la cause. Le nombre de pays, d'Îles et de territoires ouverts à la foi, qui était de 128 en 1952, s'élevait à 259 en 1963. En outre, de 600 assemblées spirituelles locales en 1952, on était passé à plus de 3.400; quant aux assemblées spirituelles nationales, dont les membres élurent la Maison Universelle de Justice en 1963, de 12 en 1953 elles étaient 56 en 1962. Les localités où résidaient des bahá'ís passèrent d'environ 2.400 à plus de 11.000, et le nombre de langues dans lesquelles la littérature bahá'íe était traduite s'accrut de 89 à plus de 300. En de nombreux cas, le progrès de la foi dépassa de beaucoup les buts originels fixés par le plan. Ce fut également pendant cette période que trois Mashriqu'l-Adhkárs (maisons d'adoration) furent construites sur les continents africain, australien et européen, que 46 terrains supplémentaires furent acquis pour l'édification de futures maisons d'adoration et que 49 autres Hazíratu'l-Quds (centres bahá'í furent établis dans le monde.

Développements au centre mondial

En Terre sainte, le processus de construction du centre mondial de la foi, qui tirait son origine de Bahá'u'lláh dans la Tablette du Carmel et dont la main du Centre de son alliance avait jeté les bases en édifiant le mausolée originel du Báb, avait acquis une telle vitesse pendant le ministère de Shoghi Effendi qu'au soir de sa vie terrestre, la gloire du Carmel prédite par les prophètes du passé était devenue manifeste. La superstructure du tombeau du Báb, la Reine du Carmel, vêtue de blanc chatoyant, couronnée d'or scintillant et ceinte de vert émeraude qui enchantait chaque regard, qu'il vienne de l'air, de la mer, de la plaine ou de la colline (Bahá'í World, Vol. XII, an International Record, B.P.T., Wilmette, ed.

1956, p. 35.), avait été dressée majestueusement. A proximité, érigés comme il convient, les monuments signalant les tombes de la très Sainte Feuille, de la Branche la plus pure, de la mère et de l'épouse de 'Abdu'l-Bahá, destinés à devenir le point focal d'un ensemble de constructions situées autour d'un arc, qui doit constituer le centre administratif international de la foi. Le premier de cette série le bâtiment des Archives internationales dans les murs duquel sont conservées les plus précieuses reliques des figures centrales de la foi, avait été achevé. Les neuf terrasses reliant la ville de

Haïfa au tombeau du Báb avaient été complétées, et les jardins entourant le tombeau et les bâtiments attenants avaient été agrandis et embellis. Les propriétés internationales de la foi, qui s'étendent de la base au sommet du mont Carmel sur une superficie de plus de 350.000 m, avaient été acquises. Enfin, après de longues et fastidieuses négociations, un morceau de terrain d'environ 36.000m avait finalement été acheté, destiné à l'érection d'un Mashriqu'l-Adhkár sur le mont Carmel, et situé dans le voisinage immédiat du lieu sanctifié par les pas de Bahá'u'lláh, près de la grotte vénérée d'Elie, et associé à la révélation de la" Tablette du Carmel , la charte des centres spirituel et administratif mondiaux de la foi sur cette montagne (Idem p. 37.).

A Bahjí, le lieu le plus saint du monde bahá'í, autour du tombeau de Bahá'u'lláh, sur une surface d'environ 60.000 m, des jardins magnifiques avaient été plantés et, à l'intérieur de ces jardins où, à l'avenir, un magnifique mausolée serait construit sur la tombe de Bahá'u'lláh, un sanctuaire extérieur (appelé le Haram-i-Aqda)destiné à environner ce saint édifice avait été créé. Ces réalisations de toute beauté entreprises en Terre sainte pendant les premières années de l'âge de la formation de la foi ainsi que la description détaillée du plan de la construction du centre mondial de la foi, qui établit le modèle de son développement futur, seront à jamais comptées au nombre des ouvrages les plus nobles associés au ministère de Shoghi Effendi.

La Maison Universelle de Justice

La conclusion triomphale de la croisade de dix ans, ainsi que la fin de la période intérimaire du gardiennat des Mains de la cause, marquent, d'une part, la fin d'une époque de l'âge de la formation, et d'autre part l'ouverture d'une nouvelle époque, avec la naissance de la Maison Universelle de Justice. Une institution divinement ordonnée, guidée de façon infaillible par Bahá'u'lláh et par le Báb, dont l'établissement avait été prévu par l'Ancienne Beauté dans la Tablette du Carmel comme le lancement de l'arche de Dieu et dont elle a clairement défini les fonctions dans plusieurs tablettes, la Maison Universelle de Justice a été qualifiée par 'Abdu'l-Bahá de source de tout bien, à l'abri de l'erreur et mentionnée par le Gardien comme étant la cime de l'ordre administratif bahá'í, l'organe suprême de la confédération bahá'íe et le dernier refuge d'une civilisation chancelante.

En un langage des plus clairs et des plus vigoureux, 'Abdu'l-Bahá a confirmé l'autorité de la Maison Universelle de Justice dans le passage suivant: Chacun doit se tourner vers le très saint Livre, et pour tout ce qui n'y est pas expressément mentionné il faut se référer à la Maison Universelle de Justice. Ce que cette institution décide, que ce soit à l'unanimité ou à la majorité, est la vérité et le dessein de Dieu Lui-même. Quiconque s'en écarte est assurément de ceux qui chérissent la discorde, il a fait preuve de malveillance et s'est détourné du Seigneur de l'alliance (Covenant of Bahá'u'lláh, a Compilation, B.P.T., London, ed. 1963, p. 109.). Et encore: Tous doivent rechercher la guidance du centre de la cause et de la Maison de Justice et se tourner vers eux. Et quiconque se tourne vers quoi que ce soit d'autre commet, en vérité, une grave erreur (Idem, p. 116.).

Avec l'établissement de la Maison Universelle de Justice était né le dernier et suprême édifice de la structure de l'ordre administratif de Bahá'u'lláh, et l'effusion de la guidance divine avait été rétablie. En considérant l'histoire de la foi, du décès de Shoghi Effendi à la naissance de la Maison Universelle de Justice, une période remplie de nombreux dangers et d'incertitudes, nous pouvons voir clairement que seul le pouvoir de l'alliance a permis à la communauté bahá'íe

de préserver son unité et sa solidarité. Bien qu'éparpillée à travers le monde et issue de milieux culturels et linguistiques différents, la masse des croyants resta ferme dans l'alliance et se tourna vers le centre de la cause de Dieu, la Maison Universelle de Justice. En effet, tout ce qui est contenu dans le testament de Bahá'u'lláh et dans celui de 'Abdu'l-Bahá, pour ce qui concerne le croyant individuel, peut se résumer à un mot clé, et de ce mot dépendent non seulement la vie spirituelle et le salut de chacun, mais aussi l'unité de la communauté bahá'íe. Il s'agit du terme se tourner. Bahá'u'lláh a enjoint à ses adeptes de se tourner vers 'Abdu'l-Bahá après son ascension. 'Abdu'l-Bahá a fait de même en leur ordonnant de se tourner vers Shoghi Effendi et la Maison Universelle de Justice.

Avec une dévotion et une loyauté qui rappellent les premiers jours du Gardiennat, quand les bahá'ís inébranlables se rassemblèrent autour de Shoghi Effendi, les croyants du monde entier se tournaient en ce jour vers la Maison Universelle de Justice. Les messages merveilleux de cet organe auguste qui, peu après son instauration, se mirent à affluer du Centre mondial, inspirèrent le monde bahá'í tout entier et suscitèrent joie et gratitude dans le coeur des croyants, témoins du pouvoir, de l'autorité et de la guidance infaillible dont cette institution suprême était pleinement investie.

Le plan de neuf ans

En 1964, la Maison Universelle de Justice lança un plan mondial de neuf ans, premier d'une série de plans devant se suivre au cours des époques successives de l'âge de la formation comme de l'âge d'or de la foi. Ce plan inaugure la seconde époque des Tablettes du plan divin et appelle à l'expansion de la foi et à l'établissement de ses institutions à une échelle beaucoup plus vaste que jamais atteinte auparavant. Entre autres choses, il a pour but de porter pour la fin du plan, en 1973, le nombre de localités où résident des bahá'ís à plus de 54.000, le nombre d'assemblées spirituelles nationales à 114, et le nombre d'assemblées spirituelles locales à près de 14.000. (Au moment de l'impression, en 1991, ces chiffres sont nettement dépassés. La foi s'est largement répandue à travers le monde depuis la première publication de ce livre. Selon l'Encyclopédie Britannique dans son Britannica Book of the Year de 1988, la foi baha'ie est la seconde religion la plus largement répandue géographiquement après le christianisme.)

Avec un zèle et un enthousiasme aussi ardents et émouvants, et avec une détermination aussi inflexible que l'étaient les sentiments qui avaient inspiré les bahá'ís d'une époque précédente de l'âge de la formation, des milliers de croyants du monde entier se sont alors levés pour accomplir les buts de ce plan mondial. A force de dévouement, de sacrifices, en partant comme pionniers et en enseignant, ils ont remporté des victoires mémorables pour la cause de Dieu. Ce plan touche aujourd'hui à sa fin, la plupart de ses buts sont déjà réalisés et, dans certains cas, les premiers objectifs fixés par la Maison Universelle de Justice ont été dépassés. Le processus des entrées en troupes dans la foi de Dieu, prédit par 'Abdu'l-Bahá, se poursuit avec un élan toujours croissant dans certaines parties du monde. Les messages pertinents de Bahá'u'lláh adressés aux rois et aux dirigeants du monde en son jour, par lesquels il les exhorte à reconnaître son rang et à embrasser sa cause, ont été dignement présentés à la grande majorité des chefs d'Etat actuels. Quant au processus de la proclamation de son message à l'ensemble des hommes, qui ouvre la voie à l'émergence complète de la foi de Dieu de l'obscurité et la conduit vers son émancipation des entraves de l'orthodoxie religieuse et sa reconnaissance comme religion indépendante, il s'est accéléré.

Depuis l'établissement de la Maison Universelle de Justice, le centre mondial de la foi a fait de gros efforts pour réaliser de nombreux objectifs importants comprenant la codification du Kitáb-i-Aqdas, la formulation de la constitution de la Maison Universelle de Justice, le prolongement, dans l'avenir, des fonctions de protection et de propagation assumées par les Mains de la cause grâce à la nomination de plusieurs corps de conseillers, le collationnement et la classification des écrits de Bahá'u'lláh, de 'Abdu'l-Bahá et de Shoghi Effendi, l'extension des propriétés Bahá'íes en Terre sainte, le développement et l'embellissement des jardins entourant les tombeaux sacrés. Quelques-unes de ces tâches ont déjà été accomplies et tout est mis en oeuvre pour que les autres soient achevées d'ici la fin du plan de neuf ans.

Le dessein de ce plan et des autres qui suivent est de diffuser la lumière de la foi de Bahá'u'lláh dans le monde et de construire un nouvel ordre mondial pour toute l'humanité. A l'image d'un embryon, ce nouvel ordre est en train de se développer dans le tumulte et le chaos d'un ordre en voie de déliquescence qui court rapidement à sa ruine et à sa destruction.

L'analogie de la maison ancienne et de la maison nouvelle

Le vieil ordre peut être comparé à une vieille maison qui aurait servi d'abri aux êtres humains pendant des siècles et dans les nombreuses pièces de laquelle les nations du monde auraient vécu dans un isolement relatif jusqu'à la venue de Bahá'u'lláh, lorsqu'une vie nouvelle a été insufflée en toutes choses créées et qu'une Ère nouvelle s'est levée sur l'humanité. Dans ses tablettes, en termes évidents, Bahá'u'lláh proclama aux peuples du monde: Bientôt le présent ordre des choses sera révolu et un nouvel ordre le supplantera. Il les avertit que la vieille maison n'offrirait plus pour longtemps un abri sûr pour l'humanité et qu'elle s'effondrerait sous peu. Il invita les peuples du monde à la quitter et, sous sa guidance, à commencer la construction de la nouvelle. Mais l'appel de clairon de Bahá'u'lláh tomba dans des oreilles sourdes. Au début, seule une poignée de ses compatriotes le reconnut comme le rédempteur de l'humanité et l'architecte de la nouvelle maison, ce nouvel ordre mondial. Ils quittèrent la vieille demeure et ils préparèrent la voie pour construire une nouvelle demeure.

Le premier temps et le plus important de toute construction est la pose de ses fondations, et à cet égard, la première étape est celle de l'excavation. C'est une phase où chaque chose est démolie au lieu de s'élever et où le labeur n'apparaît pas constructif. Aux premiers jours de la foi, le monde extérieur ne pouvait apprécier le glorieux ouvrage d'un petit groupe d'âmes héroïques qui travaillaient avec un héroïsme et un sacrifice de soi incomparables pour préparer la construction d'une maison nouvelle cet ordre encerclant le monde. Ce fut une période de persécution et de martyre, pendant laquelle, selon les termes de notre analogie, des tempêtes de poussière s'élevèrent au cours de l'excavation des fondations de la nouvelle maison, et l'humanité dans son ensemble estimait l'opération inutile. En effet, des récits d'héroïsme et de martyre parvinrent aux oreilles des Orientaux et des Occidentaux, et cependant l'humanité dans son ensemble occupante de la vieille maison absorbée par ses propres affaires et dépourvue de vision spirituelle, ne vit rien de la gloire et de la grandeur de ces septante années qui marquèrent la durée de l'âge héroïque et préparèrent le terrain pour la pose des fondations du nouvel ordre mondial de Bahá'u'lláh à une époque ultérieure.

Avec l'avènement de l'âge de la formation en 1921, le moment était enfin venu d'aborder la construction de la maison nouvelle. Les bahá'ís du monde, sous la guidance de Shoghi Effendi, leur Gardien bien-aimé, avaient commencé à en poser les fondations. Après cinquante ans de service dévoué, de peine et de travail de la part des bâtisseurs de l'ordre mondial de Bahá'u'lláh, la silhouette et la charpente de la maison nouvelle, destinée, dans la plénitude des temps, à abriter dans ses murs l'ensemble de l'humanité, ont commencé à émerger peu à peu des ruines de l'ordre ancien, attirant chaque jour vers elles, en nombre toujours croissant, des hommes de tous milieux, déçus de l'ancienne demeure.

Le reste de l'humanité, qui en constitue la majorité, est hélas, selon les paroles de Bahá'u'lláh, privé du discernement qui lui permettrait de voir Dieu de ses propres yeux, ou d'entendre sa mélodie de ses propres oreilles. Chargés de traditions séculaires et captifs des griffes d'un ordre souffrant, les occupants de la vieille maison ont la vision brouillée par de nombreux voiles qui sont placés devant leurs yeux. Ces voiles sont ceux du matérialisme et des préjugés, de l'orgueil et de la vanité, qui les empêchent de percevoir la grandeur et la beauté de la nouvelle maison qui est en train de s'élever majestueusement au milieu du chaos d'un monde divisé.

Aujourd'hui, les forces de destruction balaient la face de la terre et ébranlent la vieille maison jusque dans ses fondements. A l'intérieur, dans la détresse et la confusion, l'humanité s'efforce désespérément de réparer, en vain, une structure qui se désintègre rapidement et qui a dépassé le stade de toute possibilité de réparation. Le monde est en travail, écrivait Bahá'u'lláh il y a près de cent ans, et son agitation croît de jour en jour. Sa face est tournée vers l'égarement et l'incroyance. Son sort sera tel qu'il ne serait ni opportun ni convenable de le dévoiler maintenant. Sa perversité continuera longtemps. Et quand l'heure prévue viendra, apparaîtra soudain ce qui fera trembler les membres de l'humanité. Alors, et alors seulement, la bannière divine sera déployée et le rossignol du paradis fera entendre sa mélodie (World Order of Bahá'u'lláh, Shoghi Effendi, B.P.T., Wilmette, ed. 1982, p. 33.).

Conscients que l'ancienne maison est irréparable et qu'elle finira tôt ou tard par s'écrouler, les adeptes de Bahá'u'lláh oeuvrent dans tous les pays avec le dévouement le plus grand et un sentiment d'extrême urgence à la construction de la nouvelle demeure. Bien qu'anxieux de tendre une main secourable aux infortunés et aux opprimés, et avides d'alléger la misère et la souffrance de leurs semblables restés dans la vieille maison, les bahá'ís savent néanmoins que le vieil ordre est voué à l'échec, qu'une telle assistance ne sera que d'une valeur très limitée et ne résoudra pas, en définitive, les problèmes de l'humanité. Ils voient clairement que, quand le monde souffre de maux si nombreux, la seule tâche valable est de revivifier ses peuples et de donner une orientation complètement nouvelle à la société humaine. A l'image des hommes qui vont travailler chaque jour et reviennent chez eux le soir, les fidèles de Bahá'u'lláh dépensent toute leur énergie à la construction de la maison nouvelle. Ils ne font que dormir, si l'on peut dire, dans la vieille maison et ne participent donc pas, avec ses occupants, à l'élaboration de la politique qui la concerne. Les bahá'ís restent loyaux envers leurs gouvernements respectifs, ne prennent pas part et n'interfèrent pas dans les affaires politiques des Etats ou des nations du monde quels qu'ils soient. Ce n'est que de cette façon qu'ils peuvent demeurer fidèles à la mission qui leur a été confiée par Bahá'u'lláh, celle de construire, au cours de l'âge de la formation, un nouvel ordre mondial pour l'humanité.

Les cinquante premières années de l'âge de la formation

Grand en effet est le spectacle qui se dévoile à nous lorsque nous embrassons du regard les événements importants des cinquante premières années de l'âge de la formation de la foi un âge qui a été témoin, à la veille du décès du Maître, de la naissance de l'ordre administratif de Bahá'u'lláh. Une rétrospective rapide de l'histoire de la cause démontrera que cette foi opprimée dès son apparition dans le pays de sa naissance, qui avait subi un coup très douloureux avec le martyre de son hérault, qui avait souffert des tribulations insupportables qui ont accablé son auteur, qui avait vu le martyre de non moins de vingt mille de ses fidèles, et dont le nom, conformément aux prédictions de son royal adversaire, Nasiri'd-Dín Sháh, devait avoir été à jamais effacé des pages de l'histoire a acquis, pendant les cinquante premières années de son âge de formation, une telle vitalité et une telle ampleur et a accompli des progrès si prodigieux qu'ils ont étonné tant ses adeptes déclarés que ses adversaires.

La lumière de la foi qui s'était allumée dans le Síyáh-Chál de Tihrán, dont l'éclat s'était pleinement révélé à Andrinople, et dont les rayons avaient illuminé en partie les continents américain, européen et australien au cours du ministère du Maître, a été systématiquement diffusée pendant la première période de l'âge de formation dans près de 50.000 localités du monde. L'armée de lumière formée de pionniers, d'enseignants et d'administrateurs issus de toutes races, classes et couleurs, et proclamant à l'humanité l'avènement du Seigneur des armées a encerclé le globe. La foi de Bahá'u'lláh a atteint presque toutes les couches de la société humaine. Ses vérités fondamentales, son histoire, ses enseignements, son pouvoir de transformation et son dessein ont été, et continuent d'être portés de façon croissante à l'attention d'une humanité tourmentée. Les institutions en pleine expansion de son ordre administratif divinement guidé ont été établies; et au centre mondial, à proximité de ses tombeaux sacrés, l'édifice suprême de ce même ordre la Maison Universelle de Justice qui, dans la plénitude des temps, dévoilera à l'humanité son rang glorieux et manifestera la souveraineté de Bahá'u'lláh a été majestueusement érigé.

Les victoires aussi mémorables de la cause remportées en un laps de temps aussi court, présageant des réalisations encore plus grandes à venir, sont essentiellement dues à l'avancement de l'ordre administratif dont Shoghi Effendi a exalté la signification en ces termes: Que personne, tant que ce système en sera encore au stade de l'enfance, ne se méprenne sur son caractère, n'en amoindrisse l'importance ni ne nuise à son objectif. Le fondement sur lequel cet ordre administratif repose est le dessein immuable de Dieu pour l'humanité en ce jour. La source où elle puise son inspiration n'est autre que Bahá'u'lláh lui-même. Son bouclier et son défenseur sont les légions du royaume d'Abhá. Sa semence est le sang de non moins de vingt mille martyrs qui ont offert leur vie pour qu'il puisse naître et prospérer. L'axe autour duquel gravitent ses institutions est l'ensemble des dispositions authentiques du testament de 'Abdu'l-Bahá. Ses principes directeurs sont les vérités, si clairement énoncées dans ses discours publics en Occident par celui qui est l'infaillible interprète des enseignements de notre foi. Les lois qui régissent son fonctionnement et limitent ses fonctions sont celles que prescrit expressément le Kitáb-i-Aqdas. Le trône autour duquel ses activités spirituelles, humanitaires et administratives se regrouperont est le Mashriqu'l-Adhkár et ses dépendances. Les piliers qui soutiennent son autorité et étayent sa structure sont les institutions jumelles du Gardiennat et de la Maison Universelle de Justice. La motivation centrale et sous-jacente qui l'anime est l'établissement du nouvel ordre mondial tel que l'a esquissé Bahá'u'lláh. Les méthodes qu'il emploie, les critères qu'il inculque ne le font pencher ni vers l'Orient ni vers l'Occident, ni vers les juifs ni vers les gentils, ni vers les riches ni vers les pauvres, ni vers les Blancs ni vers les hommes de couleur. Son mot d'ordre est l'unification de la race humaine; sa bannière la" plus grande Paix ; son apogée l'avènement du millenium d'or le jour où les royaumes de ce monde auront fait place au royaume de Dieu Lui-même, le royaume de Bahá'u'lláh

(World Order of Bahá'u'lláh, Shoghi Effendi, B.P.T., Wilmette, ed. 1982, pp. 156 - 157.).

Légendes
Abréviations

A.J.D. - L'Avènement de la justice divine, Shoghi Effendi, Maison d'Editions Bahá'íes, Bruxelles, 1973.

B.J. - Bahá'í Journal, périodique, the National Spiritual Assembly of the Bahá'ís of the British Isles, Londres.

B.N. - Bahá'í News, périodique, the National Spiritual Assembly of the Bahá'ís of the U.S.A., Wilmette.

B.W. - Bahá'í World, Vol. XII, Rapports Internationaux, Bahá'í Publishing Trust, Wilmette, 1956.

C.B. - L'Alliance (de Bahá'u'lláh), une compilation. Maison d'Editions Bahá'íes, Bruxelles.

D.P.P.N. - Dieu passe près de nous, Shoghi Effendi, Assemblée Spirituelle Nationale des Bahá'ís de France, Paris, 1970.

P.A.R. - Les Principes de l'administration bahá'íe, une compilation. Assemblée Spirituelle Nationale des Bahá'ís de France. Paris, 1968.

W.O.B. - World Order of Bahá'u'lláh. Shoghi Effendi. Bahá'í Publishing Committee Wilmette, 1941.

Maison d'Editions Bahá'íes
205, rue du Trône
1050 Bruxelles
D/1547/1991/2
ISBN 2-87203-025-5
Imprimé en Belgique

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