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Appel aux Nations
Dieu passe pres de nous - Glossaire
Dieu passe pres de nous - Index
Dieu passe pres de nous - Introduction
Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 01
Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 02
Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 03
Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 04
Dieu passe pres de nous - Partie 1 - Chapitre 05
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 06
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 07
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 08
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 09
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 10
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 11
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 12
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 13
Dieu passe pres de nous - Partie 2 - Chapitre 14
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 15
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 16
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 17
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 18
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 19
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 20
Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 21
Dieu passe pres de nous - Partie 4 - Chapitre 22
Dieu passe pres de nous - Partie 4 - Chapitre 23
Dieu passe pres de nous - Partie 4 - Chapitre 24
Dieu passe pres de nous - Partie 4 - Chapitre 25
Dieu passe pres de nous - Partie 4 - Chapitre 26
Dieu passe pres de nous - Preface
Dieu passe pres de nous - Sommaire
L'avenement de la justice divine
L'Ordre mondial de Baha'u'llah
La chronique de Nabil
La Dispensation de Baha'u'llah
Le Jour promis est venu
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Shoghi Effendi : Le Jour promis est venu
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Source : www.bahai-biblio.org
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LE JOUR PROMIS EST VENU
Shoghi Effendi
Table des matières
Préface

1. Amis et frères héritiers du Royaume de Bahá'u'lláh

2. Ce jugement de Dieu
3. Quelle réponse à son appel ?
4. Eléments de ce drame émouvant
5. Un monde éloigné de Lui
6. Les destinataires du message
7. Tablettes aux rois
8. La très grande loi révélée
9. Révélé au Pape
10. Que l'oppresseur renonce
11. Le Vicaire de Dieu sur terre
12. L'humiliation immédiate et totale
13. La montée du Bolchevisme
14. La fin de l'Empire romain
15. Qu'advint-il de la Turquie et de la Perse ?
16. Le funeste destin de la Turquie impériale
17. Le châtiment divin de la Dynastie Qájár
18. La destinée déclinante de la royauté
19. Reconnaissance de la royauté
20. L'effondrement de l'orthodoxie religieuse

21. Paroles adressées aux ecclésiastiques musulmans

22. Le destin déclinant de l'Islam shí'ih
23. L'effondrement du Califat
24. Un avertissement à toutes les nations
25. Ses messages aux leaders chrétiens

26. Des nations chrétiennes contre des nations chrétiennes

27. La continuité de la révélation
28. Les trois faux Dieux
29. Les piliers affaiblis de la religion
30. Le dessein de Dieu
31. Le grand âge à venir
32. Religion et évolution sociale
33. La loyauté plus large, globale
34. La Communauté mondiale
PREFACE

(Shoghi Effendi, arrière petit-fils de Bahá'u'lláh, fondateur de la Foi Bahá'íe, fut le chef spirituel de la Communauté Bahá'íe mondiale de 1921 jusqu'à sa mort en 1957. Le commentaire suivant sur l'origine et les objectifs de la Foi Bahá'íe est extrait d'une déclaration qu'il a préparée en 1948 à l'intention du Comité spécial pour la Palestine de l'Organisation des Nations Unies.)

Le principe fondamental énoncé par Bahá'u'lláh ... est que la vérité religieuse n'est pas absolue mais relative, que la Révélation divine est un processus continu et progressif, que toutes les grandes religions du monde sont d'origine divine, que leurs principes de base sont en complète harmonie, que leurs buts et leurs objectifs sont un et unique, que leurs enseignements ne sont que des facettes d'une seule vérité, que leurs fonctions sont complémentaires, qu'elles ne diffèrent qu'au niveau d'aspects secondaires de leur doctrine, et que leurs missions représentent des étapes successives de l'évolution spirituelle de la société humaine...

...Sa mission est de proclamer que la race humaine a dépassé le stade de la petite enfance et de l'enfance, que les convulsions liées à son stade actuel de l'adolescence la préparent lentement et péniblement à atteindre l'âge adulte et annoncent la venue de l'Age des Ages, où les glaives s'enfonceront dans le soc des charrues, où le Royaume promis par Jésus-Christ sera établi, et où la paix de la planète sera définitivement et continuellement assurée. Et Bahá'u'lláh ne proclame pas l'irrévocabilité de sa propre Révélation, mais précise plutôt qu'une plus grande part de la vérité qu'il a pour mission du Tout-Puissant de transmettre à l'humanité, à un moment si critique de sa destinée, sera immanquablement dévoilée à des étapes ultérieures de l'évolution constante et infinie des hommes.

La Foi Bahá'íe soutient l'unité de Dieu, reconnaît l'unité de ses Prophètes et inculque le principe de l'unicité et de l'intégrité de toute la race humaine. Elle proclame qu'il est nécessaire et inéluctable d'unifier l'humanité, affirme que cette unification approche, et atteste que seul l'esprit transformateur de Dieu, qui oeuvre à travers les hérauts qu'Il s'est choisis en ces jours, est finalement capable de la réaliser. Elle impose en outre à ses disciples, comme devoir premier,de rechercher la vérité en toute liberté, condamne toute forme de préjugé et de superstition, déclare que le but de la religion est de promouvoir l'amitié et la concorde, proclame qu'elle doit être en harmonie avec la science et y voit l'agent indispensable à la pacification et au progrès régulier de la société humaine...

Mírzá Husayn-`Alí, surnommé Bahá'u'lláh (la Gloire de Dieu), originaire de Mázindarán et dont l'avènement fut prédit par le Báb (Héraut et Précurseur de Bahá'u'lláh), ... fut emprisonné à Tihrán, fut banni en 1852 de son pays natal et exilé à Baghdád, puis à Constantinople et à Andrinople, et finalement emprisonné dans la cité prison d''Akká où il resta incarcéré pendant non moins de 24 ans et c'est près de cette cité qu'il mourut en 1892. Pendant son bannissement, surtout pendant la période passée à Andrinople et à 'Akká, il formula les lois et les ordonnances de sa Dispensation, exposa dans plus de cent volumes les principes de sa Foi, proclama son Message aux rois et aux dirigeants de l'Est et de l'Ouest, Chrétiens et Musulmans, s'adressa au Pape, au Calife de l'Islám, aux Magistrats en chef des républiques du continent américain, à l'ordre sacerdotal chrétien tout entier, aux dirigeants musulmans Shí'ihtes et Sunnítes et aux prêtres supérieurs de la religion de Zoroastre. Dans ces écrits, il proclama sa Révélation, il pria ceux à qui il s'adressait d'écouter son Appel et d'épouser sa Foi, les mit en garde quant aux conséquences de leur refus et dénonça dans certains cas leur arrogance et leur tyrannie....

La Foi que cet ordre sert, protège et promouvoit est...essentiellement surnaturelle, supranationale, tout à fait apolitique, non partisane et diamétralement opposée à toute politique ou à toute école de pensée cherchant à exalter une race, une classe ou une nation particulière. Elle est libre de tout esprit clérical, n'a ni prêtres, ni rites, et est entièrement soutenue financièrement par les contributions volontaires de ses adeptes déclarés. Tout en étant loyaux vis-à-vis de leurs gouvernements respectifs, imprégnés de l'amour de leur patrie et désireux de promouvoir en tous temps ses meilleurs intérêts, les disciples de la Foi Bahá'íe, considérant l'humanité comme une seule entité et profondément attachés à ses intérêts vitaux, n'hésiteront pas cependant à subordonner tout intérêt particulier, qu'il soit personnel, régional ou national, aux intérêts premiers de l'humanité tout entière sachant très bien que, dans un monde composé de peuples et de nations interdépendants, le profit de l'un se réalise mieux par le profit de tous et qu'aucun résultat durable n'est possible pour aucune des parties composantes si les intérêts généraux de tous sont négligés...

Shoghi Effendi.

1. Amis et frères héritiers du Royaume de Bahá'u'lláh

Une tempête d'une violence sans précédent, d'une trajectoire imprévisible, aux effets immédiats catastrophiques, aux conséquences finales incroyablement glorieuses, balaie aujourd'hui la surface de la terre. Sa force motrice gagne impitoyablement en ampleur et en puissance. Sa force purificatrice cependant, bien que largement insoupçonnée, s'accroît de jour en jour. L'humanité prise aux griffes de sa puissance dévastatrice est frappée par les signes de sa fureur irrésistible. Elle ne peut ni en percevoir l'origine, ni en sonder l'importance, ni en discerner l'issue. Abasourdie, angoissée et impuissante, elle regarde ce grand et puissant vent de Dieu envahir les régions les plus éloignées et les plus belles de la terre, faire trembler ses fondations et basculer son équilibre, séparer ses nations, détruire les foyers de ses habitants, ravager ses cités, mener ses rois à l'exil, détruire ses avenues, déraciner ses institutions, ternir sa lumière et harceler les âmes de ses habitants.

La plume prophétique de Bahá'u'lláh a proclamé : Le temps de la destruction du monde et de ses peuples est arrivé. Il affirme particulièrement : L'heure de la plus grande convulsion approche. Le jour promis est arrivé, le jour où surgiront au-dessus de vos têtes et sous vos pieds des jugements lancinant disant : "Goûtez ce que vos mains ont accompli !" Bientôt les souffles de son châtiment vous fouetteront et vous serez enseveli sous la poussière de l'enfer. Il dit aussi : Et lorsqu'arrivera l'heure dite apparaîtra soudain ce qui fera trembler les membres de l'humanité. Le jour approche où son feu [de civilisation] dévorera les cités, où la Langue de Grandeur proclamera : "Le Royaume est à Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Loué !" Et se référant aux insensés sur la terre, il a écrit : Le jour viendra bientôt où ils appelleront à l'aide et ne recevront pas de réponse. Il a en outre prophétisé : Le jour approche où la colère furieuse du Tout-Puissant s'emparera d'eux. Il est en vérité l'Omnipotent, le Maître de tout, le très Puissant. Il lavera la terre de la souillure de leur corruption et la donnera en héritage à ceux de ses serviteurs qui sont proches de Lui.

Et parlant de "ceux que renient celui qui est la porte sublime de Dieu", le Báb pour sa part affirme dans le Qayyúm-i-Asmá` : Nous leur avons réservé un douloureux supplice, comme décrété justement par Dieu. Et Dieu est le Fort, le Sage. Et plus loin : O peuples de la terre ! Je jure par notre Seigneur ! Vous agirez comme ont agi les générations précédentes. Prenez donc garde alors de la terrible, de la très cruelle vengeance de Dieu. Car Dieu est en vérité puissant sur toutes choses. Et encore : Par ma gloire ! Je ferai goûter aux infidèles, des mains de mon pouvoir, des châtiments inconnus de tout autre que Moi et Je répandrai sur les fidèles ces brises au parfum de musc que J'ai bercé au coeur même de mon trône.

Chers amis ! Les intenses maneuvres de ce soulèvement titanique ne sont compréhensibles que pour ceux qui ont reconnu les affirmations de Bahá'u'lláh et du Báb. Leurs disciples savent très bien d'où cela provient et ce à quoi cela mènera finalement. Bien qu'ignorant l'ampleur que ce phénomène atteindra, ils discernent clairement sa genèse, sont conscients de sa direction, reconnaissent sa nécessité, observent avec confiance ses processus mystérieux, prient ardemment pour adoucir sa sévérité, oeuvrent intelligemment à apaiser sa fureur et anticipent avec clairvoyance la fin des craintes et des espoirs qu'il engendrera nécessairement.

2. Ce jugement de Dieu

Ce jugement de Dieu, tel qu'il est vu par ceux qui ont reconnu en Bahá'u'lláh son porte-parole et son plus grand messager sur terre, est à la fois un désastre justicier et un acte de discipline divine et suprême. C'est aussi bien un châtiment de Dieu qu'un processus de purification pour toute l'humanité. Son feu punit la perversité de la race humaine et soude les parties qui la composent en une seule communauté organique, indivisible, mondiale. En ces années fatidiques qui marquent la fin du premier siècle de l'ère de Bahá'u'lláh et en annoncent un nouveau, l'humanité, comme l'a ordonné Celui qui est le Juge et le Rédempteur de la race humaine, est à la fois appelée à rendre compte de ses actions passées, à se purifir et à se préparer en vue de sa mission future. Elle ne peut ni échapper aux responsabilités du passé, ni se soustraire à celles du futur. Dieu, le Vigilant, le Juste, l'Aimant, l'Ordonnateur plein de sagesse, ne peut permettre dans sa dispensation suprême que les péchés, par omission ou en actions, d'une humanité non régénérée restent impunis et Il ne voudra pas non plus abandonner ses enfants à leur sort et leur refuser cette étape culminante et heureuse dans leur longue, dans leur lente et pénible évolution à travers les âges, ce qui est à la fois leur droit indéniable et leur vraie destinée.

D'une part Bahá'u'lláh lui-même lance cette inquiétante mise en garde : Secouez-vous, O peuples, dans l'attente des jours de la justice divine car l'heure promise a maintenant sonné. Abandonnez ce que vous possédez et saisissez ce que Dieu a apporté, Lui qui fait courber la nuque des hommes. Soyez certains que si vous ne vous détournez pas de ce que vous avez commis, le châtiment vous assaillira de toutes parts et vous verrez des choses plus cruelles que celles que vous avez vues auparavant. Et aussi : Nous avons déterminé un moment pour vous, O peuples ! Si vous n'arrivez pas, à l'heure convenue, à vous tourner vers Dieu, en vérité, Il vous saisira violemment et fera s'abattre sur vous, de toutes les directions, de grands malheurs. O combien sévère en réalité est le châtiment que votre Seigneur vous affligera ! Et aussi : Dieu assurément maîtrise la vie de ceux qui nous ont opprimé et est tout à fait conscient de leurs actes. Il leur fera très certainement payer leurs péchés. Il est en vérité le plus féroce des vengeurs. Et enfin : O vous peuples du monde ! Sachez en vérité qu'un malheur invisible vous suit et qu'un châtiment douloureux vous attend. Ne croyez pas que ce que vous avez commis ait été effacé de ma vue. Par ma Beauté ! Tous vos actes, ma plume les a gravés en grands lettres sur des tablettes de chrysolite.

D'autre part, Bahá'u'lláh annonçant l'avenir lumineux réservé à un monde enveloppé maintenant dans l'obscurité affirme avec emphase : La terre entière est à présent en état de gestation. Le jour approche où elle aura produit ses fruits les plus nobles, où les arbres les plus hauts, les fleurs les plus enchanteresses, les grâces les plus divines auront surgi de ses entrailles. Le temps approche où toutes les choses créées auront jeté leur fardeau. Que Dieu soit glorifié, Lui qui a accordé cette grâce qui embrasse toutes choses, visibles et invisibles ! Il a écrit en outre, préfigurant l'âge d'or de l'humanité : Ces grandes oppressions la préparent à l'avènement de la très grande Justice. Cette très grande Justice est en fait la justice sur laquelle seule la très grande Paix peut, et finalement doit, reposer alors qu'à son tour la très grande Paix annoncera cette très grande, cette Civilisation mondiale qui restera pour toujours associée à Celui qui porte le très grand Nom.

Amis aimés ! Presque cent ans se sont écoulés depuis que la révélation de Bahá'u'lláh s'est levée sur le monde - une révélation dont, comme il l'a lui-même affirmé, la nature n'a jamais été entièrement saisie par aucune des manifestations d'autrefois, si ce n'est jusqu'à un certain point . Dieu a donné un siècle à l'humanité pour reconnaître le fondateur d'une telle révélation, épouser sa Cause, proclamer sa grandeur et établir son ordre. Dans une centaine de volumes qui sont les dépositaires de préceptes inestimables, de lois puissantes, de principes uniques, d'exhortations passionnées, de mises en garde répétées, de prophéties inouïes, d'invocations sublimes et de commentaires importants, le porteur d'un tel message a proclamé, comme aucun prophète avant lui ne l'avait encore fait, la mission que Dieu lui avait confiée. Pendant près de cinquante ans et dans les circonstances les plus tragiques, il a envoyé aux empereurs, aux rois, aux princes et aux potentats, aux dirigeants, aux gouvernements, au clergé et aux peuples qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, qu'ils soient chrétiens, juifs, musulmans ou zoroastriens, ces perles de la connaissance et de la sagesse qui gisent cachées dans l'océan de sa parole incomparable. Renonçant à la célébrité et à la fortune, acceptant l'emprisonnement et l'exil, peu soucieux de l'ostracisme et de la calomnie, soumis à des humiliations physiques et à des privations cruelles, il a accepté, lui, le représentant de Dieu sur terre, d'être banni de lieu en lieu, de pays en pays, jusqu'à ce qu'enfin, dans la très grande prison, il offre son fils martyr en rançon pour la rédemption et l'unification de toute l'humanité. Il a lui-même affirmé : En vérité nous avons failli à notre devoir qui était d'exhorter les hommes et de transmettre ce que Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Loué, m'avait ordonné de transmettre. M'auraient-ils écouté qu'ils auraient vu la terre différemment (?). Et aussi : Reste-t-il une seule excuse pour quelqu'un dans cette révélation ? Non, par Dieu, le Seigneur du trône puissant ! Mes signes ont embrassé la terre, mon pouvoir a enveloppé l'humanité entière et pourtant, les peuples sont plongés dans un étrange sommeil !

3. Quelle réponse à son appel ?

Comment le monde, pourrions-nous nous demander, objet d'une telle sollicitude divine, a-t-il récompensé celui qui a tout sacrifié pour lui ? Comment l'a-t-il accueilli et quelle réponse suscita son appel ? Une clameur, inégalée dans l'histoire de l'Islám Shí'ih, salua dans son pays d'origine la lumière infantile de la Foi, parmi un peuple connu pour son ignorance crasse, son fanatisme féroce, sa cruauté barbare, ses préjugés enracinés et l'emprise absolue exercée sur les masses par une hiérarchie ecclésiastique fermement retranchée. Une persécution suscitant un courage inégalé, comme l'a affirmé une sommité aussi éminente que feu Lord Curzon de Kedleston, par celui qu'évoquent les bûchers de Smithfield avaient allumé, faucha, avec une rapidité tragique, pas moins de vingt mille de ses adeptes héroïques refusant d'échanger leur nouvelle foi contre les honneurs et la sécurité fugaces d'une vie mortelle.

Aux tortures physiques infligées à ces victimes vinrent s'ajouter les accusations tant imméritées de nihilisme, d'occultisme, d'anarchisme, d'éclectisme, d'immoralité, de sectarisme, d'hérésie, de partialité politique - chacune de ces charges étant totalement réfutée par les principes de la Foi elle-même et par la conduite de ses disciples - gonflant ainsi le nombre de ceux qui, inconsciemment ou à dessein, offensaient sa cause.

L'évidente indifférence des hommes éminents et de haut rang; la haine inexorable de la part des dignitaires ecclésiastiques de la Foi dont elle était issue; le sarcasme dédaigneux du peuple où elle prit naissance, le mépris total affiché par la plupart des rois et des dirigeants auxquels son auteur s'était adressés; les condamnations prononcées, les menaces proférées et les bannissements décrétés par ceux sous la domination desquels elle apparut et commença à se répandre; la distorsion apportée à ses principes et à ses lois par les envieux et les malveillants, dans des pays et parmi des peuples bien au-delà de son pays d'origine - tout cela n'est que preuves du traitement infligé par une génération noyée dans l'auto-satisfaction, insoucieuse de son Dieu, et oublieuse des présages, des prophéties, des mises en garde et des avertissements révélés par ses messagers.

Cependant les coups portés si durement aux disciples d'une Foi si précieuse, si glorieuse, si puissante, n'ont pu assouvir l'animosité qui brûlait en ses détracteurs. De même, les fausses déclarations délibérées et malveillantes concernant ses enseignements fondamentaux, ses buts et ses desseins, ses espoirs et ses aspirations, ses institutions et ses activités, ne suffirent pas à arrêter la main de l'oppresseur et du calomniateur cherchant par tous les moyens en leur pouvoir à abolir son nom et à détruire entièrement son système. La main qui s'était abattue sur un si grand nombre de ses adorateurs et de ses innocents et humbles adorateurs se levait à présent pour administrer à ses fondateurs les coups les plus durs et les plus cruels.

Le Báb - le Point, comme l'a affirmé Bahá'u'lláh, autour duquel gravitent les réalités des prophètes et des messagers - fut le premier balayé par le cyclone qui emporta ses partisans. Arrestation subite et emprisonnement la toute première année de sa courte et spectaculaire carrière; affront public délibérément infligé en présence des dignitaires ecclésiastiques de Shíráz; incarcération sévère et prolongée dans la triste forteresse des montagnes d'Adhirbáyján; dédaigneuse indifférence et lâche jalousie respectivement de la part du Magistrat suprême du royaume et du premier ministre de son gouvernement; l'interrogatoire grotesque soigneusement mis en scène en présence de l'héritier du trône et des distingués ecclésiastiques de Tabríz; la déshonorante vexation de la bastonnade dans la maison des prières, des mains du Shaykhu'l-Islám de cette ville; et pour finir, la suspension dans la cour des casernes de Tabríz et tir d'une rafale de plus de sept cents balles sur sa jeune poitrine, sous les yeux d'une foule insensible de quelque dix mille hommes, avec en plus l'exposition honteuse de son corps mutilé sur le bord de la douve en-dehors des portes de la ville - voilà les étapes successives du tragique et tumultueux ministère de celui dont le temps a marqué la fin des temps et dont la révélation a rempli la promesse de toutes les révélations.

Je jure par Dieu ! écrit le Báb lui-même dans sa tablette à Muhammad Sháh Si tu savais tout ce qui m'est arrivé, en l'espace de ces quatre années, aux mains de ton peuple et de ton armée, tu retiendrais ton souffle par crainte de Dieu.... Hélas, hélas, pour les choses qui m'ont touché ! ... Je jure par le très grand Seigneur ! Si l'on t'avait dit le lieu où je vivais, tu aurais été le premier à avoir pitié de moi. Au coeur de la montagne, il y a une forteresse [Mákú]... dont les seuls habitants sont deux gardes et quatre chiens. Imagine alors ma situation ... Sur cette montagne, je suis resté seul, et j'en suis arrivé à un tel point qu'aucun de ceux partis avant moi n'a souffert ce que j'ai souffert, qu'aucun pécheur n'a enduré ce que j'ai enduré !

Il a révélé dans le Bayán, parlant avec la voix de Dieu, O mes créatures, comme vous êtes voilées,... vous qui, sans aucun droit, l'avez relégué sur une montagne [Mákú] dont aucun des habitants ne vaut la peine d'être mentionné... Avec lui c'est-à-dire avec moi, il n'y a personne à part celui qui est une des Lettres de la Vie de mon Livre. En sa présence c'est-à-dire en ma présence, il n'y a même pas une lumière allumée la nuit ! Et pourtant, d'innombrables lumières brillent dans les lieux [de culte] qui, à des degrés divers, se tendent vers lui ! Tout ce qui est sur terre a été créé pour lui et tous participent avec joie à ses bienfaits, et pourtant, ils sont tellement voilés de lui que même une lampe, ils la lui refusent !

Et qu'en est-il de Bahá'u'lláh dont le germe de la révélation, comme l'affirmait le Báb, est empreint d'une puissance supérieure aux forces combinées de la religion(dispensation) Bábí ? Ne fut-il pas l'objet - lui pour qui le Báb avait connu la souffrance et la mort dans des circonstances si tragiques et miraculeuses - d'une conspiration systématique et concertée pendant près d'une moitié de siècle et sous la domination de deux plus grandes puissances de l'Est, une conspiration qui, dans ses effets et dans sa durée, fut rarement égalée par aucune autre religion précédente ?

Lui-même, dans sa douleur, s'est écrié : Les cruautés infligées par mes oppresseurs m'ont fait courber le dos et ont blanchi mes cheveux. Si tu te présentais devant mon trône, tu ne pourrais pas reconnaître la Beauté éternelle car la fraîcheur de sa face s'est altérée et son éclat s'est fané en raison de l'oppression des infidèles. Je jure par Dieu ! Son coeur, son âme et ses organes vitaux sont dissous ! Il déclare également : Si tu entendais avec mes oreilles, tu entendrais combien 'Alí (le Báb) se lamente sur mon sort en présence du glorieux compagnon, et combien Muhammad pleure sur moi dans l'horizon le plus haut, et combien l'esprit [Jésus] se frappe la tête dans le ciel de mon décret, à cause de ce qui est arrivé à cet Opprimé aux mains de tous les pécheurs impies. Ailleurs il a écrit : Devant moi se dresse le serpent de la colère, les mâchoires grandes ouvertes, prêtes à m'engloutir, et derrière moi s'avance majestueusement le lion du courroux, prêt à me déchiqueter, et au-dessus de moi, O mon Bien-Aimé, il y a les nuages de ton décret, déversant sur moi des averses d'épreuves alors qu'en-dessous de moi se dressent les lances du malheur, prêtes à blesser mes membres et mon corps. Il affirme plus loin : Si l'on te racontait ce qu'a connu la Beauté éternelle, tu t'enfuirais dans le désert et pleurerais à chaudes larmes. Dans ta douleur, tu te martèlerais la tête, tu crierais comme mordu par une vipère ... Par la justice de Dieu ! Chaque matin quand je me levais, je découvrais les légions de malheurs innombrables massés derrière ma porte, et chaque soir, lorsque je me couchais, voilà ! mon coeur se tordait d'angoisse à cause de ce qu'il avait souffert par la cruauté diabolique de ses ennemis. A chaque morceau de pain rompu, la Beauté éternelle doit subir l'assaut d'une nouvelle épreuve et à chaque goutte bue, se mélange l'amertume de la plus triste des souffrances. Chacun de ses pas est précédé d'une armée de malheurs invisibles alors que suivent dans son sillage des légions de douleurs angoissées.

N'est-ce pas lui qui, dès l'âge de vingt-sept ans, se leva spontanément pour soutenir la cause naissante du Báb, en tant que simple disciple ? N'est-ce pas lui qui, en assumant la direction actuelle d'une secte interdite et harcelée, s'exposa lui-même et exposa les siens, ses possessions, son rang et sa réputation à de graves dangers, à des attaques sanglantes, à un pillage général et à des injures furieuses de la part du gouvernement et du peuple ? N'est-ce pas lui - le Porteur d'une révélation dont chaque prophète a annoncé la venue, de qui s'est langui l'âme de tous les messagers divins, et en qui Dieu a éprouvé le coeur de tous ses messagers et de tous ses prophètes - , n'est-ce pas le porteur d'une telle révélation qui fut, à l'instigation des ecclésiastiques Shí'ih et sur l'ordre du Sháh lui-même, forcé pendant non moins de quatre mois de respirer, dans l'obscurité totale, en compagnie des criminels les plus vils et meurtri par des chaînes, l'air pestilentiel du cachot sous-terrain infesté de vermine de Tihrán - un lieu qui, comme il l'a ensuite déclaré, se transforma mystérieusement en l'endroit même où Dieu lui annonça qu'il serait prophète ?

Dans son "Epître au Fils du Loup" il écrivit : Nous fûmes incarcérés pendant quatre mois dans un lieu infecte dépassant toute comparaison. Une fosse sombre et étroite eut été préférable au cachot où furent enfermés cet Opprimé et d'autres victimes.... Le cachot était plongé dans une épaisse obscurité, et nous étions quelque cent cinquante prisonniers : voleurs, assassins et bandits. Bien que bondé, il n'avait pas d'autre issue que le passage par lequel nous étions entrés. Aucune plume ne peut dépeindre ce lieu, aucune langue ne peut décrire son odeur nauséabonde. La plupart de ces hommes n'avaient ni vêtements à se mettre, ni couche pour s'allonger. Dieu seul sait ce que nous avons connu dans cet endroit fétide et obscur ! Le Dr. J.E. Esslemont écrit : "Abdu'l-Bahá raconte comment un jour il put entrer dans la cour de la prison pour voir son père bien-aimé lorsqu'il sortait pour son exercice quotidien. Bahá'u'lláh avait terriblement changé, il était tellement malade qu'il pouvait à peine marcher. Les cheveux et la barbe hirsutes, le cou blessé et gonflé par la pression exercée par un gros collier d'acier, le corps plié sous le poids de ses chaînes." "Pendant trois jours et trois nuits" rapporte Nabíl dans sa chronique "on ne donna rien à manger et à boire à Bahá'u'lláh. Il lui était impossible de se reposer ou de dormir. L'endroit était infesté de vermine, et la puanteur de cette obscure demeure suffisait à broyer le moral de ceux qui étaient condamnés à souffrir ses horreurs." "Ses souffrances furent si grandes que son corps garda les marques de cette cruauté tous les jours de sa vie."

Et les épreuves qu'il dut subir avant et juste après ce tragique épisode ? Et son emprisonnement dans la maison d'un des kad-khudás de Tihrán ? Et la violence sauvage avec laquelle il fut assailli par le peuple en colère près du village de Níálá ? Et son incarcération par les émissaires de l'armée du Sháh à Mázindarán, et la bastonnade qu'il reçut sur l'ordre et en présence des siyyids et des mujtahids assemblés à qui il avait été livré par les autorités civiles d'Amul ? Et les huées moqueuses et injurieuses d'une foule de brutes qui le poursuivirent ensuite ? Et l'accusation monstrueuse portée contre lui par la maison impériale, par la court et par le peuple lors de la tentative d'assassinat du Sháh Násiri'd-Dín ? Et l'humiliation infamante, les injures et les railleries dont il fut victime lorsqu'il fut arrêté par les officiers responsables du gouvernement, amené de Níyávarán, à pied et enchaîné, la tête et les pieds nus, et exposé aux rayons féroces du soleil de midi à la Síyáh-Chál de Tihrán ? Et l'avidité avec laquelle les fonctionnaires corrompus ont mis à sac sa maison, emporté tout ce qu'il possédait et disposé de sa fortune ? Et le cruel édit qui l'arracha aux quelques disciples du Báb, perdus, chassés et sans berger, qui le sépara de ses parents et de ses amis, et qui le bannit en 'Iráq, en plein hiver, dépouillé et sali ?

Aussi grandes furent ces épreuves qui se succédèrent les unes après les autres, à un rythme effréné, à la suite des attaques préméditées et des machinations systématiques de la court, du clergé, du gouvernement et du peuple, elles n'en furent pas moins que le prélude à une captivité longue et poignante que cet édit avait officiellement fait commencer. Ce long bannissement de plus de quarante ans, qui l'a porté successivement en 'Iráq, dans le Sulaymáníyyih, à Constantinople, à Andrinople et enfin à la colonie pénitencière d''Akká, prit finalement fin à sa mort, à plus de soixante-dix ans, mettant un terme à une captivité qui, par son rang, par sa durée et par la diversité et la sévérité de ses tourments, est sans précédent dans l'histoire des religions (dispensations) précédentes.

Nul besoin de s'étendre sur les épisodes particuliers qui jettent une lueur blafarde sur les annales émouvantes de ces années. Nul besoin d'insister sur la personnalité et les actions des hommes, des dirigeants et des ecclésiastiques qui ont participé et contribué à accroître la violence des scènes de ce drame le plus grand jamais vu dans l'histoire spirituelle du monde.

4. Eléments de ce drame émouvant

Il suffira d'évoquer quelques faits saillants de ce drame bouleversant pour rappeler au lecteur de ces pages, déjà au courant de l'histoire de la Foi, les vicissitudes qu'elle a connues et que le monde a considérées avec une indifférence glaciale. La retraite forcée et soudaine de Bahá'u'lláh dans les montagnes de Sulaymáníyyih et les tristes conséquences de ce repli total qui a duré deux ans; les intrigues incessantes menées par les interprètes de l'Islám Shí'ih à Najaf et à Karbilá, travaillant en étroite et constante collaboration avec leurs homologues en Perse; l'intensification des mesures de répression décrétées par le Sultán 'Abdu'l-'Azíz qui ont forcé certains membres en vue de la communauté exilée à l'apostasie; l'exécution d'un bannissement supplémentaire encore, sur ordre du même Sultán, cette fois dans la lointaine et la plus désolée des cités, causant un désespoir tel qu'il mena deux des exilés à tenter de se suicider; la surveillance sans relâche à laquelle ils furent soumis à leur arrivée à 'Akká de la part de fonctionnaires hostiles, et l'emprisonnement intolérable pendant deux ans dans la caserne de cette ville; l'interrogatoire que le pashá turc fit ensuite subir à son prisonnier au quartier général du gouvernement; sa réclusion pendant non moins de huit années dans une humble demeure dans l'atmosphère souillée de cette ville, sa seule distraction se résumant à faire les cents pas dans l'espace étroit de sa chambre - tout cela ainsi que d'autres tribulations montrent d'une part la nature des épreuves et des humiliations qu'il dut subir et d'autre part lèvent un doigt accusateur vers ces puissants de la terre qui l'ont soit si durement maltraité, ou qui lui ont délibérément refusé leur aide.

Il n'est pas étonnant que ces paroles aient été révélées par la plume de celui qui supporta cette douleur avec une patience si sublime : Celui qui est le Seigneur du visible et de l'invisible est maintenant manifeste pour tous les hommes. Son être béni a subi de tels maux que même si toutes les mers, visibles et invisibles, se transformaient en encre, même si tout ce qui est dans le royaume se transformait en plumes et tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre en scribes, ils seraient incapables d'en faire le rapport. Et aussi : J'ai passé le plus clair des jours de ma vie comme un esclave, assis sous un glaive pendu à un fil, ne sachant pas s'il allait tomber sur lui bientôt ou plus tard. Tout ce que cette génération a su nous offrir affirme-t-il ne furent que blessures de ses flèches, la seule coupe qu'elle aie porté à nos lèvres fut celle de son venin. Nous avons encore au cou les cicatrices des chaînes et notre corps porte la marque d'une cruauté obstiné. O rois, a-t-il écrit au sommet de sa mission, s'adressant aux rois de la chrétienté, vingt années se sont écoulées pendant lesquelles nous avons chaque jour goûté au supplice d'une nouvelle épreuve. Aucun de ceux qui étaient avant nous n'avait enduré les choses que nous avons endurées. Si seulement vous pouviez le percevoir ! Ceux qui se levèrent contre nous nous ont mis à mort, ont répandu notre sang, ont pillé notre propriété et violé notre honneur. Bien que conscients de la plupart de nos malheurs, vous n'avez pas cependant arrêté la main de l'agresseur. Car n'est-il pas de votre devoir évident de freiner la tyrannie de l'oppresseur et de traiter équitablement vos sujets pour que vous puissiez ainsi démontrer votre sens aigu de la justice à toute l'humanité ?

On peut vraiment se demander quel dirigeant, de l'Est ou de l'Ouest, s'est empressé, depuis l'apparition d'une révélation aussi transcendante, d'élever la voix soit pour la louer, soit pour combattre ceux qui la persécutaient ? Qui, pendant cette si longue captivité, a voulu se lever et endiguer le déferlement de telles tribulations ? Quel souverain, à l'exception d'une seule femme resplendissant d'une gloire solitaire, s'est senti obligé, dans quelque mesure que ce soit, de répondre à l'appel poignant de Bahá'u'lláh ? Qui parmi les grands de cette terre fut tenté d'octroyer à cette foi de Dieu naissante le bénéfice de sa reconnaissance ou de son appui ? Parmi la multitude de croyances, de sectes, de races, de partis et de classes, parmi les écoles humanistes très diversifiées, qui a cru nécessaire de diriger son regard vers la lumière naissante de la Foi, de contempler son système se dépliant, de méditer sur ses processus cachés, d'apprécier son message important, de reconnaître son pouvoir régénérant, d'embrasser son dogme salutaire ou de proclamer ses vérités éternelles ? Qui parmi les sages du monde et les hommes que l'on dit avisés et éclairés peut en toute honnêteté affirmer,après près d'un siècle, avoir approché son thème de façon désintéressée, avoir examiné avec impartialité ses revendications, avoir pris suffisamment la peine de fouiller sa littérature, avoir recherché assidûment à séparer les faits de la fiction, ou avoir accordé à sa cause le traitement qu'elle mérite ? Où sont les remarquables représentants, des arts ou des sciences, exception faite de quelques cas isolés, qui ont levé un doigt ou murmuré une éloge pour défendre ou louer une Foi qui a apporté au monde un bienfait tellement inestimable, qui a si longtemps et si durement souffert, et qui recèle en son sein (dans sa coquille) une promesse si séduisante pour un monde si lamentablement meurtri, si manifestement perdu ?

A la marée montante de procès qui ont terrassé le Báb, aux malheurs sans fin qui se sont abattus sur Bahá'u'lláh, aux mises en garde prononcées par le héraut et par l'auteur de la révélation bahá'ie, il faut ajouter les souffrances qui, pendant plus de soixante-dix ans, ont été infligées à 'Abdu'l-Bahá, ainsi que ses suppliques et ses prières, prononcées au soir de sa vie, au sujet des dangers menaçant de plus en plus l'humanité entière. Né l'année même de la naissance de la révélation bábí; baptisé avec les premiers feux de la persécution qui faisaient rage autour de cette Cause naissante; témoin à l'âge de huit ans des violents soulèvements qui bercèrent la Foi que son père avait épousée; partageant avec lui la honte, les dangers et les rigueurs dus aux bannissements successifs de sa région natale vers des pays bien au-delà de ses frontières; arrêté et forcé de subir, dans une sombre cellule l'humiliation de l'incarcération juste après son arrivée à 'Akká; objet d'enquêtes répétées et cible d'attaques incessantes sous le règne despotique du Sultán 'Abdu'l-Hamíd, et ensuite sous l'impitoyable dictature militaire du suspicieux et implacable Jamál Páshá - celui qui fut le centre et la cheville ouvrière de l'incomparable alliance de Bahá'u'lláh, l'exemple parfait de ses enseignements, dut aussi goûter, aux mains des potentats, des ecclésiastiques, des gouvernements et des peuples, à la coupe du malheur que le Báb et Bahá'u'lláh ainsi que tant de leurs disciples avaient bu jusqu'à la lie.

Ceux qui oeuvrent à répandre la Foi de son père dans le monde occidental connaissent bien les mises en garde que sa plume et sa voix ont lancées dans d'innombrables tablettes et discours durant une incarcération qui dura presqu'une vie et au cours de ses voyages prolongés sur les continents européen et américain. Combien de fois et avec quelle ardeur ne demanda-t-il pas à ceux qui possèdent l'autorité et au grand public d'examiner sans passion les préceptes énoncés par son père ? Avec quelle précision et quelle emphase il expliqua le système de la Foi qu'il exposait, il élucida ses vérités fondamentales, il mit l'accent sur ses éléments distinctifs et proclama le caractère rédempteur de ses principes ! Avec quelle insistance il annonça les désordres imminents, les soulèvements à venir, l'embrasement universel qui, à la fin de sa vie, ne faisait que préfigurer l'importance de sa force et la signification de son impact sur la société humaine !

Partageant les affligeantes accusations et les frustrations passagères dont furent victimes le Báb et Bahá'u'lláh; récoltant sa vie durant des résultats tout à fait disproportionnés face aux efforts sublimes, incessants et acharnés qu'il fournit; vivant les premières perturbations de la catastrophe mondiale réservée à une humanité incrédule; courbé sous le poids des ans, les yeux obscurcis par la tempête grossissante que soulevait l'accueil réservé à la Cause de son père par une génération incrédule, et le coeur saignant à la vue de la destinée immédiate des enfants rebelles de Dieu - il sombra finalement sous le poids des malheurs et ceux qui les avaient infligés à lui-même et à ceux partis avant lui en furent rapidement et sévèrement jugés.

Hâte O mon Dieu ! s'écria-t-il à une époque où l'adversité l'avait cruellement assailli, le moment de mon ascension vers Toi, de mon arrivée devant Toi, de mon entrée en ta présence, afin que je sois délivré des ténèbres de la cruauté qu'ils m'infligent, que je pénètre dans l'atmosphère lumineuse de ta proximité, O mon Seigneur, le Tout-Glorieux, et me repose à l'ombre de ta très grande miséricorde. Yá Bahá'u'l-Abhá [O toi la gloire des gloires]! écrit-il dans une tablette révélée la dernière semaine de sa vie, J'ai renoncé au monde et à ses habitants, j'ai le coeur brisé et je suis cruellement affligé à cause de l'infidèle. Dans la cage de ce monde, je bas des ailes tel un oiseau effrayé et j'aspire chaque jour à prendre mon envol vers ton royaume. Yá Bahá'u'l-Abhá ! Fais-moi boire la coupe du sacrifice et libère-moi. Délivre-moi de ces peines et de ces épreuves, de ces afflictions et de ces malheurs.

Chers amis ! Hélas, mille fois hélas, qu'une révélation si incomparablement grande, si infiniment précieuse, si fortement puissante, si manifestement innocente, fut traitée de façon si infamante par une génération si aveugle et si perverse ! O mes serviteurs ! affirme Bahá'u'lláh lui-même, le seul vrai Dieu est mon témoin ! Ce très grand, cet insondable et houleux océan est proche, étonnement proche de vous. Voyez, il est plus proche de vous que votre propre sang (?) ! En un clin d'oeil vous pouvez, si vous le désirez, atteindre et partager cette faveur éternelle, cette grâce donnée par Dieu, ce don incorruptible, cette très puissante et indiciblement glorieuse grâce.

5. Un monde éloigné de Lui

Après près d'un siècle, si l'on étudie la scène internationale et si l'on se penche sur les tout premiers débuts de l'histoire bahá'íe, que rencontre l'oeil ? Un monde qui se tord d'angoisse face aux systèmes, aux races et aux nations en lutte, empêtré dans les mailles de ses erreurs accumulées, s'éloignant de plus en plus de Celui qui est le seul Auteur de ses destinées, et sombrant de plus en plus profondément dans un carnage suicidaire qu'ont précipité sa négligence envers Celui qui est son Rédempteur et sa persécution. Une Foi toujours interdite et cependant jaillissant de sa chrysalide, émergeant de l'obscurité d'un siècle de persécution, confrontée aux redoutables manifestations de la grande colère de Dieu et destinée à s'élever au-dessus des ruines d'une civilisation en état de choc. Un monde spirituellement démissionnaire, moralement détruit, politiquement disloqué, socialement ébranlé, économiquement paralysé, crispé, ensanglanté, anéanti sous la baguette vengeresse de Dieu. Une Foi dont l'appel resta sans réponse, dont les affirmations furent rejetées, dont les mises en garde furent balayées, dont les disciples furent fauchés, dont les buts et desseins furent calomniés, dont les appels aux dirigeants de la terre furent ignorés, dont le héraut but jusqu'à la lie la coupe du martyre, dont l'auteur fut submergé d'une mer d'épreuves sans précédent, et dont le modèle sombra sous le poids de peines qui durèrent une vie et de terribles malheurs. Un monde qui est désorienté, où la flamme brillante de la religion s'éteint rapidement, où les forces d'un nationalisme et d'un racisme criards ont usurpé les droits et les prérogatives de Dieu Lui-même, où un matérialisme flagrant - la conséquence directe de l'irréligion - a levé sa tête triomphante et impose ses vilains concepts, où la "la majesté de la royauté" est en disgrâce et où ceux qui en portent les emblèmes ont été détrônés pour la plupart, où les autorités hiérarchiques ecclésiastiques de l'Islám jadis toutes-puissantes et, dans une moindre mesure , du Christianisme se sont discréditées et où le virus des préjugés et de la corruption ronge les organes vitaux d'une société déjà gravement malade. Une Foi dont les institutions - modèle et gloire suprême de l'âge à venir - ont été ignorées et dans certains cas, piétinées et arrachées, dont le système qui se déroule a été bafoué et partiellement supprimé et amputé, dont l'ordre nouveau - le seul refuge d'une civilisation aux prises avec le destin - a été repoussé et défié, dont le temple mère a été saisi et dilapidé, et dont la "maison" - la "Petite Ourse d'un monde en adoration" - a été livrée aux mains de ses implacables ennemis à la suite d'une grossière erreur de justice, comme en témoigne le plus haut tribunal du monde, et violée par eux.

Nous vivons en fait une époque qui, si nous voulions la décrire correctement, peut être considérée comme une époque témoin d'un double phénomène. Le premier marque l'agonie d'un ordre, caduc et impie, qui a obstinément refusé, malgré les signes et les prédictions d'une révélation vieille de cent ans, d'accorder ses processus aux préceptes et aux idéaux que cette Foi venue du ciel lui offrait. Le second proclame la naissance d'un ordre, divin et rédempteur, qui supplantera immanquablement le précédent, et dans la structure administrative duquel une civilisation embryonnaire, incomparable et mondiale, arrive imperceptiblement à maturité. L'un se meurt et s'enfonce dans l'oppression, le sang et la ruine. L'autre ouvre des perspectives d'une justice, d'une unité, d'une paix, d'une culture comme nulle époque ne les a encore connues. L'ancien a dépensé ses forces, démontré sa fausseté et son vide, perdu irrémédiablement son occasion, et court à sa perte. Le nouveau, viril et invincible, brise ses chaînes et revendique son titre de seul refuge où une humanité durement éprouvée, purifiée de son impureté, peut accomplir sa destinée.

Bahá'u'lláh lui-même a prophétisé : Bientôt, l'ordre actuel touchera sa fin et un nouvel ordre surgira à sa place. Et aussi : "Par moi-même ! Le jour approche où nous aurons supplanté le monde et tout ce qui s'y trouve et établi un nouvel ordre à sa place. Le jour approche où Dieu suscitera un peuple qui se souviendra de nos jours, qui racontera l'histoire de nos malheurs, qui demandera la restitution de nos droits à ceux qui, sans l'ombre d'une preuve, nous ont traité avec une flagrante injustice.

Chers amis ! Ceux aux mains desquels furent remises les rênes de l'autorité civile et ecclésiastique portent une responsabilité effroyable et inéluctable dans les épreuves infligées à la Foi de Bahá'u'lláh. Les rois de la terre et les dirigeants religieux du monde sont les premiers à devoir soutenir le poids d'une si terrible responsabilité. Bahá'u'lláh lui-même affirme : Tout le monde sait très bien que tous les rois se sont détournés de Lui et que toutes les religions se sont opposées à Lui. Depuis des temps immémoriaux, déclare-t-il, ceux qui ont été investis en apparence de l'autorité ont empêché les hommes de tourner leur visage vers Dieu. Ils n'appréciaient pas que les hommes puissent se réunir autour du très grand Océan car ils considéraient et considèrent encore qu'un tel rassemblement peut constituer la cause et le motif d'une dislocation de leur souveraineté. Les rois écrit-il en outre, ont reconnu qu'il n'était pas dans leur intérêt de me reconnaître et il en fut de même pour les ministres et les religieux, bien que mon dessein ait été explicitement révélé dans les Tablettes et les Livres divins, et que le Véritable ait clairement proclamé que cette très grande révélation était apparue pour améliorer le monde et exalter les nations. Dieu de grâce ! écrit le Báb dans le Dalá'il-i-Sab`ih (les Sept Preuves) se référant aux "sept puissants souverains dominant le monde" en son jour, Aucun d'entre eux n'a été informé de sa manifestation [celle du Báb] et s'ils l'étaient, aucun n'a cru en lui. Qui sait, peut-être quitteront-ils ce monde d'en-bas remplis de désir et sans avoir pris conscience que ce qu'ils attendaient était passé. C'est ce qu'il advint aux monarques qui s'accrochèrent à l'Evangile. Ils attendaient la venue du prophète de Dieu [Muhammad] et lorsqu'il apparut, ils n'ont pu le reconnaître. Voyez les sommes que dépensent ces souverains sans même penser à nommer un responsable chargé de leur faire prendre connaissance de la manifestation de Dieu dans leur propre royaume ! Ils auraient de cette façon poursuivi le but pour lequel ils avaient été créés. Toutes leurs aspirations se sont résumées et se résument encore à laisser derrière eux des traces de leur nom. Le Báb en outre, dans ce même traité, condamnant l'incapacité des théologiens de la religion chrétienne de reconnaître la vérité de la mission de Muhammad, fait cette lumineuse déclaration : La faute en est à leurs docteurs (théologiens) car s'ils avaient cru, ils auraient été suivis par la grande masse de leurs concitoyens. Voyez alors ce qui est arrivé ! Les érudits de la chrétienté sont considérés comme tels parce qu'ils sauvegardent les enseignements du Christ et voyez cependant comme ils ont été eux-mêmes la cause de l'incapacité des hommes à accepter la Foi et à atteindre le salut !

6. Les destinataires du message

Il ne faut pas oublier que c'était avant tout les rois de la terre et les responsables religieux du monde qui étaient, plus que toute autre catégorie sociale, les destinataires directs du message proclamé par le Báb et par Bahá'u'lláh. C'étaient eux qui étaient délibérément visés dans de nombreuses Tablettes historiques, eux à qui l'ont demandait de répondre à l'appel de Dieu, eux à qui s'adressaient, dans un langage clair et énergique, les prières, les remontrances et les mises en garde de ses messagers persécutés. C'étaient eux qui, lorsque naquit la Foi et plus tard, lorsque sa mission fut proclamée, possédaient encore, pour la plupart, une autorité civile et ecclésiastique incontestée et absolue sur leurs sujets et leurs disciples. C'étaient eux qui, se glorifiant dans le faste et l'apparat d'une royauté rarement peu limitée constitutionnellement, ou retranchés dans les forteresses d'un pouvoir ecclésiastique apparemment inviolable, assumaient la responsabilité finale de tout dommage infligé par ceux dont ils contrôlaient la destinée immédiate. Ce ne serait pas exagérer que de dire que dans la plupart des pays de l'Europe et de l'Asie, l'absolutisme d'une part, et la subordination totale aux autorités ecclésiastiques d'autre part, constituaient encore les faits marquants de la vie politique et religieuse des masses. Celles-ci, dominées et prisonnières, étaient dépouillées de la liberté nécessaire qui leur aurait permis soit d'évaluer les revendications et les mérites du message qui leur était délivré, soit d'embrasser sans réserve sa vérité.

Pas étonnant alors que l'auteur de la Foi bahá'íe et, dans une moindre mesure, son héraut, aient adressé aux plus hauts dirigeants et responsables religieux la pleine force de leurs messages, leur aient destinés certaines de leurs Tablettes très sublimes, et les aient invités, dans un langage clair et insistant, à écouter leur appel. Peu étonnant qu'ils aient pris la peine de dévoiler à leurs yeux les vérités de leurs révélations respectives et qu'ils se soient étendus sur leurs malheurs et leurs souffrances. Peu étonnant qu'ils aient souligné la valeur de cette occasion que ces dirigeants et responsables avaient le pouvoir de saisir, qu'ils les aient mis en garde, sur un ton inquiétant, contre les grandes responsabilités qu'entraînerait le rejet du message de Dieu, et qu'ils leur aient prédit, lorsqu'ils furent repoussés et rejetés, les terribles conséquences qu'un tel rejet impliquait. Peu étonnant que celui qui est le roi des rois et le vice-régent de Dieu Lui-même aient prononcé cette prophétie épigrammatique et capitale, alors qu'il était abandonné, méprisé et persécuté : Le pouvoir a été saisi par deux catégories d'hommes : les rois et les religieux.

L'attitude vis-à-vis de la Foi de Bahá'u'lláh des rois et des empereurs qui, non seulement symbolisaient en eux la majesté de l'autorité terrestre, mais qui, aussi, pour la plupart, détenaient véritablement un pouvoir sans égal sur la masse de leurs sujets, constitue l'un des épisodes les plus éclairants dans l'histoire des âges héroïques et formateurs de cette Foi. L'appel divin qui s'adressait à un si grand nombre de têtes couronnées d'Europe et d'Asie; le sujet et le langage des messages qui les mettaient en contact direct avec la source de la révélation de Dieu; la nature de leur réaction à un choc aussi extraordinaire; les conséquences qui s'ensuivirent et qui sont encore visibles aujourd'hui, sont les faits saillants d'un sujet que je ne peux qu'approcher partiellement et qui sera complètement et correctement traité par les futurs historiens bahá'ís.

L'Empereur des Français, le dirigeant le plus puissant à l'époque en Europe, Napoléon III; le Pape Pie IX, chef suprême de la plus grande église de la chrétienté, détenteur de l'autorité à la fois temporelle et spirituelle; le Tsar tout-puissant du vaste empire russe, Alexandre II; la célèbre Reine Victoria, dont la souveraineté s'étendait sur la plus grande association politique que le monde ait connu; William I, le conquérant de Napoléon III, Roi de Prusse et nouveau monarque acclamé d'une Allemagne unifiée; François Joseph, le roi-empereur autocratique de la monarchie austro-hongroise, l'héritier du très célèbre Saint Empire Romain; le tyrannique 'Abdu'l-`Azíz, incarnation du pouvoir concentré revêtu dans les sultanats et les califats; le fameux Násiri'd-Dín Sháh, le despotique dirigeant de la Perse et le plus puissant potentat de l'Islám Shí'ih - bref, la plupart des incarnations du pouvoir et de la souveraineté en son jour, furent, l'un après l'autre, l'objet de l'attention particulière de Bahá'u'lláh et durent soutenir, à des degrés divers, le poids de la force communiquée par ses appels et ses mises en garde.

Il faut cependant savoir que Bahá'u'lláh n'a pas limité la portée de son message à quelques souverains isolés, quelle que soit la puissance du sceptre que chacun d'eux détenait et quelle que soit la grandeur des espaces qu'ils dirigeaient. Sa Plume s'est adressée collectivement à tous les rois de la terre, les a interpellés, les a mis en garde, à une époque où l'étoile de sa révélation atteignait son zénith et alors qu'Il n'était qu'un prisonnier aux mains de son royal ennemi, et à proximité de sa court. Dans une Tablette mémorable, appelée le Súriy-i-Mulúk (Sourate des rois), qui est destinée spécifiquement au Sultán lui-même et à ses ministres, aux rois de la chrétienté, aux ambassadeurs français et persans accrédités à la Porte sublime, aux dirigeants religieux musulmans de Constantinople, à ses sages et à ses habitants, au peuple de Perse et aux philosophes du monde, et qui les admoneste, il adresse ainsi ses paroles à tous les monarques de l'Est et de l'Ouest :

7. Tablettes aux rois

O rois de la terre ! Prêtez l'oreille à la voix de Dieu appelant de cet Arbre sublime, chargé de fruits, qui a surgi sur la colline pourpre qui domine la sainte plaine en proférant ces paroles : "Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui, le Fort, le Tout-Puissant, le très-Sage"... Craignez Dieu, O rassemblement de rois, et ne souffrez pas d'être privés de cette grâce très sublime. Rejetez donc ce que vous possédez et saisissez fermement la prise de Dieu, l'Exalté, le Grand. Tournez votre coeur vers la face de Dieu, abandonnez ce que vos désirs vous ont ordonné de suivre et ne soyez pas parmi ceux qui périssent. Raconte-leur, O serviteur, l'histoire d'`Alí [le Báb], lorsqu'il vint à eux avec la vérité, tenant son Livre glorieux et important, avec, dans les mains, un témoignage et une preuve de Dieu et des signes bénis et sacrés venant de Lui. Et pourtant, O rois, vous n'avez pu écouter le souvenir de Dieu en ses jours et vous laisser guider par les lumières naissantes s'élevant au-dessus de l'horizon d'un ciel resplendissant. Vous n'avez pas examiné sa Cause alors que cela eut mieux valu pour vous que tout ce sur quoi le soleil brille, si seulement vous vous en rendiez compte. Vous êtes restés impassibles lorsque les théologiens de Perse - ces hommes cruels - l'ont jugé et injustement massacré. Son esprit monta vers Dieu et les yeux des habitants du Paradis et des anges qui sont près de Lui pleurèrent amèrement devant cette cruauté. Prenez garde de ne plus être dorénavant aussi insouciants que vous ne l'avez été auparavant. Retournez alors à Dieu, votre Créateur, et ne soyez pas du nombre des imprudents... Ma face est apparue à travers les voiles et a illuminé tout ce qui est dans le ciel et sur terre; et pourtant vous ne vous êtes pas tournés vers Lui, O rois, malgré que vous ayez été créé pour Lui ! Alors suivez ce que je vous dis et écoutez avec votre coeur, ne soyez pas du nombre de ceux qui se sont détournés. Car votre gloire ne réside pas en votre souveraineté mais bien en votre proximité de Dieu, en votre obéissance à ses commandements envoyés dans ses Tablettes saintes et conservées. Si l'un d'entre vous devait régner sur toute la terre et sur tout ce qui existe dedans et au-dessus, sur ses mers, ses territoires, ses montagnes et ses plaines, et être pourtant ignoré de Dieu, tout cela ne lui serait d'aucun profit, si seulement vous le saviez...Alors levez-vous, tenez-vous fermement sur vos pieds, réparez ce qui vous a échappé et tournez-vous vers sa sainte cour, sur le rivage de son puissant océan afin que les perles de la connaissance et de la sagesse que Dieu a gardées dans le coquillage de son coeur lumineux vous soient révélées.... Prenez garde de ne pas empêcher la brise de Dieu de souffler sur votre coeur, cette brise qui ranime le coeur de ceux qui se sont tournés vers Lui....

Dans cette même Tablette, il a révélé : N'ignorez pas la peur de Dieu, rois de la terre, et veillez à ne pas transgresser les frontières fixées par le Tout-Puissant. Obéissez aux injonctions qui vous sont adressées dans son Livre et prenez bien soin de ne point outrepasser leurs limites. Soyez vigilants afin de ne point commettre d'injustice envers quiconque, même aussi légère et infime qu'un grain de moutarde. Marchez sur le chemin de la justice car il est en vérité le droit chemin. Accommodez-vous de vos différences et réduisez vos armements afin que le poids de vos dépenses en soit allégé et que votre esprit et votre coeur retrouvent la quiétude. Guérissez les dissensions qui vous divisent et vous n'aurez plus besoin d'armes si ce n'est pour la protection de vos villes et de vos territoires. Craignez Dieu, prenez garde de ne point dépasser les frontières de la modération et de ne point compter parmi les déraisonnables. Nous avons appris que vous augmentiez vos dépenses chaque année et que vous en faisiez porter le fardeau à vos sujets. Ceci en vérité est plus que ce qu'ils peuvent supporter et c'est une grave injustice. Décidez avec équité parmi les hommes et soyez pour eux les symboles de la justice. Il vous appartient de juger équitablement, cela sied à votre rang.

Prenez garde de ne point traiter injustement l'homme qui en appelle à vous et qui entre sous votre protection. Marchez dans la peur de Dieu et soyez parmi ceux qui vivent pieusement. Ne vous reposez pas sur votre puissance, sur vos armées et sur vos trésors. Mettez toute votre confiance et votre espoir en Dieu qui vous a créés et recherchez son aide en toutes circonstances. Le secours ne vient que de Lui seul. Il sauve qui Il veut avec les armées des cieux et de la terre.

Sachez que les pauvres sont l'espoir de Dieu parmi vous. Veillez à ne pas trahir sa confiance, à ne pas les traiter injustement et à ne pas marcher sur le chemin du traître. Vous devrez plus que certainement répondre de sa confiance le jour où la balance de la justice sera utilisée, le jour où chacun recevra son dû, le jour où les actions de tous les hommes seront pesées, qu'ils soient riches ou pauvres.

Si vous n'écoutez pas les conseils que nous avons révélés dans cette Tablette, dans un langage incomparable et sans équivoque, le châtiment divin s'abattra sur vous de toutes parts et vous serez condamnés par sa justice. Ce jour-là, vous n'aurez aucun pouvoir pour Lui résister et vous reconnaîtrez votre propre impuissance. Ayez pitié de vous et de ceux en-dessous de vous et jugez-les en suivant les préceptes prescrits par Dieu dans sa très sublime et très exalté Tablette, une Tablette où Il a attribué à chacun et à chaque chose sa propre mesure, où Il a clairement expliqué toutes choses et qui est en soi un avertissement pour ceux qui croient en Lui.

Examinez notre Cause, voyez ce qui nous est arrivé, choisissez équitablement entre nous et nos ennemis et soyez parmi ceux qui agissent avec justice envers leurs voisins. Si vous n'arrêtez pas la main de l'oppresseur, si vous n'arrivez pas à sauvegarder les droits des opprimés, quel droit auriez-vous de vous glorifier alors parmi les hommes ? De quoi pourriez-vous à juste titre vous vanter ? Est-ce de votre nourriture ou de vos boissons que vous vous glorifiez, des richesses que vous entassez dans vos trésors, de la diversité et du coût des ornements dont vous vous couvrez ? Si la vraie gloire consistait à posséder de tels objets périssables, alors la terre sur laquelle nous marchons serait certainement plus louable que vous car elle vous fournit, elle vous accorde ces objets mêmes, comme l'a décrété le Tout-Puissant. Ses entrailles recèlent, comme Dieu l'a ordonné, tout ce que vous possédez. D'elle, en signe de sa grâce, vous retirez vos richesses. Voyez alors votre état, ce dont vous vous glorifiez ! Serait-il possible que vous le perceviez ? Non ! Par Celui qui tient entre ses mains le royaume de la création toute entière ! Votre véritable gloire, votre gloire immuable ne réside qu'en votre ferme adhésion aux préceptes de Dieu, en votre sincère obéissance à ses lois, en votre volonté de veiller à ce qu'elles ne restent pas ignorées et de suivre obstinément le droit chemin....

Et de nouveau, dans cette même Tablette : Vingt années se sont écoulées, O rois, pendant lesquelles nous avons chaque jour connu l'angoisse d'une nouvelle épreuve. Nul parmi ceux qui nous ont précédé n'a enduré les choses que nous avons endurées. Si seulement vous pouviez le percevoir ! Ceux qui se sont élevés contre nous nous ont condamné à mort, ont répandu notre sang, ont pillé notre propriété et ont violé notre honneur. Bien que conscients de la plupart de nos malheurs, vous n'avez pu cependant arrêter la main de l'agresseur. Car n'est-il pas clairement de votre devoir évident de contenir la tyrannie de l'oppresseur et de traiter équitablement vos sujets, de telle sorte que votre sens aigu de la justice soit pleinement démontré face à l'humanité toute entière ?

Dieu a déposé entre vos mains les rênes du gouvernement sur les peuples afin que vous les dirigiez avec justice, que vous sauvegardiez les droits des opprimés et punissiez les injustes. Si vous négligez les devoirs que Dieu vous a destinés dans son Livre, Il comptera votre nom parmi ceux des injustes à sa vue. Et votre erreur sera grande en fait. Restez-vous fidèles à ce que votre imagination a inventé et rejetez-vous les commandements de Dieu, le très Exalté, l'Inaccessible, l'Irrésistible, le Tout-Puissant ? Abandonnez ce que vous possédez et accrochez-vous à ce que Dieu vous a ordonné d'observer. Recherchez sa grâce, car celui qui la recherche marche sur le droit chemin.

Regardez l'état où nous nous trouvons et voyez les maux et les malheurs que nous avons connus. Ne nous négligez pas, ne serait-ce qu'un moment, et jugez équitablement entre nous et nos ennemis. Ceci représentera certainement pour vous un avantage manifeste. C'est pourquoi nous vous racontons notre histoire et rapportons les choses qui nous sont arrivées afin que vous adoucissiez nos maux et allégiez notre fardeau. Laissez celui qui le désire nous soulager de notre épreuve; et pour celui qui ne le désire pas, mon Seigneur est assurément le meilleur des sauveurs.

Préviens les hommes, O serviteur, et fais-leur connaître les choses que nous t'avons envoyées, ne laisse la peur de personne t'ébranler et ne sois pas parmi ceux qui tremblotent. Le jour approche où Dieu exaltera sa Cause et magnifiera son témoignage aux yeux de tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre. Mets en toutes circonstances ta totale confiance en ton Seigneur, fixe ton regard sur Lui et détourne-toi de tous ceux qui nient sa vérité. Laisse Dieu, ton Seigneur, être ton seul Rédempteur et Sauveur. Nous nous sommes engagés à assurer ton triomphe sur terre et à élever notre Cause au-dessus de tous les hommes, bien qu'on ne puisse trouver aucun roi qui tournerait son visage vers Toi...

Dans le Kitáb-i-Aqdas (le très saint Livre), ce trésor incomparable contenant pour toujours les productions les plus brillantes de l'esprit de Bahá'u'lláh, la charte de son ordre mondial, le principal dépositaire de ses lois, le messager de son alliance, l'oeuvre essentielle renfermant certaines de ses plus nobles exhortations, de ses plus importantes déclarations et de funestes prophéties, ce Livre qui fut révélé pendant toute l'époque de ses tribulations, alors que les dirigeants de la terre l'avaient définitivement abandonné - dans ce Livre, nous lisons ce qui suit :

O rois de la terre ! Celui qui est le Seigneur souverain de tous est arrivé. Le royaume est à Dieu, le Protecteur omnipotent, Celui qui subsiste par Lui-même. Ne vénérez que Dieu et, le coeur rayonnant, levez le visage vers votre Seigneur, le Seigneur de tous les noms. Ceci est une révélation à laquelle rien de ce que vous possédez ne peut être comparé, si seulement vous le saviez. Nous vous voyons vous réjouir de ce que vous avez amassé pour d'autres et vous exclure des mondes que seule ma Tablette modérée peut compter. Les trésors que vous avez amassés vous ont éloignés de votre but ultime. Ce mal vous appartient, puissiez-vous seulement le comprendre. Lavez votre coeur de toute profanation terrestre et hâtez-vous d'entrer dans le royaume de votre Seigneur, le Créateur de la terre et du ciel, celui qui fait trembler le monde et gémir tous ses peuples sauf ceux qui ont renoncé à tout et qui se sont attachés à ce qu'a ordonné la Tablette cachée....

8. La très grande loi révélée

Plus loin : O rois de la terre ! La très grande loi a été révélée en ce lieu, sur cette scène d'un éclat transcendant. Tout ce qui était caché a été mis en lumière, suivant la volonté de l'Ordonnateur suprême, Celui qui a annoncé la dernière heure, Celui qui a fait se disloquer la lune, et qui a exposé tous les décrets irrévocables ont été exposés.

Vous n'êtes que des vassaux O rois de la terre ! Celui qui est le Roi des rois est apparu, couronné de sa très prodigieuse gloire, et Il vous appelle à Lui, le Secours dans le péril, Celui qui subsiste par Lui-même. Prenez garde que la fierté ne vous empêche de reconnaître la source de la révélation; que les choses de ce monde ne vous retiennent, comme un voile, loin de Celui qui est le Créateur des cieux. Levez-vous et servez Celui qui est le Désir de toutes les nations, celui qui vous a créés d'un seul mot de sa bouche et qui a voulu que vous soyez, en tous temps, les emblèmes de sa souveraineté.

Par la justice de Dieu ! Nous ne désirons pas faire main basse sur votre royaume. Notre mission est de saisir et de posséder le coeur des hommes. Les yeux de Bahá sont fixés sur eux. Le royaume des noms en témoigne, puissiez-vous seulement le comprendre ! Quiconque suit son Seigneur renoncera au monde et à tout ce qui s'y trouve; alors O combien supérieur doit être le détachement de celui qui occupe un rang si auguste ! Abandonnez vos palaces et hâtez-vous d'entrer en son royaume. Cela en réalité vous sera profitable en ce monde et dans le monde à venir. Le Seigneur du royaume des cieux en témoigne, puissiez-vous seulement le savoir.

Qu'elle est grande la bénédiction qui attend le roi qui se lèvera pour aider ma Cause en mon royaume, qui se détachera de tout sauf de moi ! Un tel roi est compté parmi les compagnons de l'Arche pourpre, l'Arche que Dieu a préparée pour le peuple de Bahá. Tous doivent glorifier son nom, vénérer son rang et l'aider à ouvrir les cités avec les clés de mon nom, le tout-puissant Protecteur de tous les habitants des royaumes visibles et invisibles. Un tel roi est l'oeil même de l'humanité, le lumineux ornement du front de la création, la source de bénédictions pour le monde entier. O peuple de Bahá, offrez votre fortune, non, votre vie même, pour l'aider.

Et plus loin, dans ce même Livre, cette accusation : Nous ne vous avons rien demandé. Pour l'amour de Dieu en vérité nous vous exhortons et nous ferons preuve de la même patience envers vous qu'envers ce qui nous est arrivé entre vos mains, O rassemblement de rois !

De plus, dans sa Tablette à la Reine Victoria, Bahá'u'lláh s'adresse en ces termes aux rois de la terre, les appelant à la moindre paix, qui diffère de la très grande paix que seuls ceux qui sont pleinement conscients du pouvoir de sa révélation et qui professent ouvertement les principes de sa foi proclament et finiront par établir :

O rois de la terre ! Nous vous voyons accroître chaque année vos dépenses et en faire porter le fardeau par vos sujets. Ceci en vérité est complètement et grossièrement injuste. Craignez les soupirs et les larmes de cet Opprimé et ne soumettez pas votre peuple à des fardeaux excessifs. Ne les volez pas pour vous ériger des palais; mais choisissez plutôt pour eux ce que vous choisiriez pour vous-même. Ainsi dévoilons-nous à vos yeux ce qui vous est profitable, puissiez-vous seulement le percevoir. Votre peuple est votre trésor. Prenez garde que vos décisions ne soient pas en violation avec les commandements de Dieu et que vous ne remettiez pas votre tutelle aux mains des voleurs. C'est par eux qui vous dirigez, grâce à leurs mains que vous subsistez, grâce à leur soutien que vous conquérez. Et pourtant, comme vous les considérez avec dédain ! Comme cela est étrange, vraiment très étrange !

Maintenant que vous avez refusé la très grande paix, adoptez la moindre paix afin de pouvoir peut-être, dans une certaine mesure, améliorer votre propre condition et celle de ceux qui dépendent de vous.

O dirigeants du monde ! Réconciliez-vous afin que vous n'ayez plus besoin d'armes si ce n'est pour défendre vos territoires et vos possessions. Prenez garde de ne pas ignorer le conseil de l'Omniscient, du Loyal.

Soyez unis, O rois de la terre, car de cette façon la tempête de la discorde s'apaisera et votre peuple trouvera le repos, puissiez-vous être parmi ceux qui comprennent. Si l'un d'entre vous devait prendre les armes contre un autre, levez-vous tous contre lui car ceci n'est que pure justice.

Aux rois chrétiens, Bahá'u'lláh en outre adresse plus particulièrement son blâme et, dans un langage sans équivoque, il dévoile le vrai caractère de sa révélation :

O rois de la chrétienté ! N'avez-vous pas entendu les paroles de Jésus, l'Esprit de Dieu "Je m'en vais et reviendrai parmi vous" ? Pourquoi alors n'avez-vous pu, lorsqu'il revint vers vous dans les nuages des cieux, vous rapprocher de lui afin de contempler sa face et d'être parmi ceux qui atteignent sa présence ? Dans un autre passage il dit : "Lorsque celui qui est l'Esprit de la vérité arrivera, il vous guidera vers toutes les vérités". Et pourtant, voyez comment, lorsqu'il apporta la vérité, vous avez refusé de tourner votre visage vers lui et vous avez persisté à vous amuser à vos loisirs et à vos fantaisies. Vous ne l'avez pas accueilli, vous n'avez pas recherché sa présence pour entendre les versets de Dieu de sa propre bouche et partager la sagesse infiniment variée du Tout-Puissant, du Tout-Glorieux, du Très-Sage. Vous avez empêché par votre faute le souffle de Dieu de vous transporter et la douceur de son parfum d'enivrer votre âme. Vous continuez à errer avec délices dans la vallée de vos désirs corrompus. Vous et tout ce que vous possédez disparaîtra. Vous retournerez assurément à Dieu et vous aurez à répondre de vos actes en présence de Celui qui rassemblera la création toute entière...

En outre le Báb, dans le Qayyúm-i-Asmá', son célèbre commentaire sur la sourate de Joseph, révélé la première année de sa mission et considéré par Bahá'u'lláh comme le premier, le plus grand, le plus puissant de tous les livres de la dispensation bábí, a lancé cet appel poignant aux rois et aux princes de la terre :

O rassemblement de rois et de fils de rois ! Désintéressez-vous une fois pour toutes de votre pouvoir qui appartient à Dieu .... Vain en réalité est votre pouvoir car Dieu a rejeté les possessions terrestres de ceux qui L'ont renié.... O rassemblement de rois ! Récitez avec vérité et diligence les versets que nous avons envoyés aux peuples de Turquie et des Indes et au-delà, avec pouvoir et vérité, aux pays de l'est et de l'ouest.... Par Dieu ! Si vous agissez bien, c'est dans votre propre intérêt; et si vous reniez Dieu et ses signes, nous pouvons très bien, en toute vérité, en ayant Dieu, nous passer de toutes les créatures et de tout pouvoir terrestre.

Ensuite : Craignez Dieu O rassemblement de rois, craignez de rester loin de celui qui est son souvenir [le Báb] après que la vérité soit venue avec un Livre et des signes de Dieu, révélée par la langue merveilleuse de celui qui est son souvenir. Recherchez la grâce de Dieu car Dieu vous a réservé, après que vous ayez cru en Lui, un jardin aussi vaste que le paradis.

Voilà pour les mises en garde et les conseils de l'époque formulés à la fois par le Báb et Bahá'u'lláh aux souverains de la terre et plus particulièrement adressés aux rois de la chrétienté. Je serais incomplet si j'ignorais ou même si j'écartais rapidement ces interpellations individuelles, audacieuses, prophétiques, de monarques, qui, rois ou empereurs, ont soit considéré avec une froide indifférence les tribulations des deux fondateurs de notre foi, soit rejeté avec mépris leurs mises en garde. Je ne peux citer aussi complètement que je le désirerais les quelque deux mille versets et plus qui ont coulé de la plume de Bahá'u'lláh et, dans une moindre mesure, de celle du Báb, adressés individuellement aux monarques d'Europe et d'Asie, et je n'ai pas non plus l'intention de m'étendre sur les circonstances qui ont entraîné ces paroles stupéfiantes ou sur les conséquences qui en ont découlé. Les futurs historiens, ayant une vue plus large et plus complète des événements marquants de l'époque apostolique et formative de la foi de Bahá'u'lláh, pourront sans nul doute évaluer avec précision et décrire de façon circonstanciée les causes, les implications et les effets de ces messages divins dont la portée et l'impression sont tout à fait sans précédent dans les annales religieuses de l'humanité.

A l'Empereur français Napoléon III, Bahá'u'lláh adressa ces mots : O Roi de Paris ! Dis aux prêtres de ne plus sonner les cloches. Par Dieu, le Véritable ! La cloche la plus puissante est apparue sous la forme de celui qui est le très grand nom et les doigts de la volonté de ton Seigneur, le très Exalté, le très Haut, la font retentir dans le ciel de l'immortalité, en son nom, le Tout-Glorieux. Ainsi les versets puissants de ton Seigneur t'ont-ils à nouveau été envoyés, afin que tu te lèves pour te souvenir de Dieu, le Créateur de la terre et du ciel, à cette époque où tous les peuples de la terre se lamentent, où les fondations des villes tremblent, et où la poussière de l'incroyance recouvre tous les hommes sauf ceux qu'il a plu à ton Seigneur, l'Omniscient, le Sage, d'épargner....

Ecoute O Roi la voix qui s'élève du feu qui brûle dans cet arbre verdoyant sur ce Sinaï au-dessus de cet endroit sanctifié et immaculé, au-delà de la cité éternelle : "En vérité il n'y a pas d'autre Dieu que Moi, Celui qui toujours pardonne, le très Miséricordieux !" En vérité nous avons envoyé celui que nous avons aidé avec l'Esprit Saint [Jésus] afin qu'il vous annonce cette lumière qui est apparue à l'horizon de la volonté de votre Seigneur, le très Exalté, le Tout-Glorieux, et dont les signes ont été révélés à l'ouest afin que vous tourniez votre visage vers lui [Bahá'u'lláh] en ce jour que Dieu a exalté au-dessus de tous les autres jours et où le Tout-Miséricordieux a fait briller l'éclat de sa gloire resplendissante sur tous ceux qui sont dans le ciel et sur la terre. Lève-toi pour servir Dieu et pour aider sa Cause. Il t'aidera en vérité avec les armées visibles et invisibles et te fera roi de tout ce sur quoi le soleil se lève. Ton Seigneur en vérité est le Tout-Puissant, l'Omnipotent.... Orne ton temple de mon nom, ta bouche de mon souvenir, ton coeur d'amour pour Moi, le Tout-Puissant, le très Haut. Nous ne voulons rien d'autre pour toi que ce qui t'est plus profitable que ce que tu possèdes et que tous les trésors de la terre ! Ton Seigneur en vérité sait tout, est informé de tout....

O Roi ! Nous avons entendu ce que tu as répondu au Tsar de Russie au sujet de la décision prise sur la guerre [la guerre de Crimée]. Ton Seigneur en vérité sait tout, Il est informé de tout. Tu as dit : "J'étais endormi sur mon lit quand les cris des opprimés que l'on noyaient dans la Mer Noire m'ont réveillé" C'est ce que nous t'avons entendu dire et en vérité ton Seigneur m'en est témoin. Nous affirmons que ce qui t'a réveillé ce n'était pas leurs cris, mais bien les élans de tes propres passions car nous t'avons testé et t'avons trouvé en défaut. Comprends la signification de mes paroles et sois parmi ceux qui ont du discernement.... Si tes paroles avaient été sincères, tu n'aurais pas rejeté derrière toi le Livre de Dieu lorsqu'il te fut envoyé par celui qui est le Tout-Puissant, le Très-Sage. Nous t'avons ainsi éprouvé et nous t'avons trouvé autre que ce que tu affirmes être. Lève-toi et répare ce qui t'a échappé. Bientôt le monde et tout ce que tu possèdes périra et le royaume restera à Dieu, ton Seigneur et le Seigneur de tes pères jadis. Il t'appartient de ne point mener tes affaires en suivant les diktats de tes désirs. Crains les soupirs de cet Opprimé et protège-le des javelots de ceux qui agissent avec injustice. A cause de ce que tu as fait, ton royaume sera jeté dans le tumulte et ton empire t'échappera pour te punir de tes actes. Alors tu sauras combien tu as vraiment erré. La confusion s'emparera de tous le peuple de ce pays à moins que tu ne te lèves pour aider cette Cause et que tu ne suives celui qui est l'Esprit de Dieu [Jésus] sur le droit chemin. Ton faste a-t-il fait ta fierté ? Par ma vie ! Cela ne durera pas; non, cela cessera bientôt, à moins que tu ne saisisses cette corde ferme. Nous voyons l'humiliation se hâter vers toi, alors que tu te trouves parmi les insouciants.... Abandonne tes palais aux hommes des tombeaux et ton empire à quiconque le désire, et tourne-toi alors vers le royaume. Ceci en vérité est ce que Dieu a choisi pour toi, si seulement tu étais parmi ceux qui se tournent vers Lui.... Si tu désires porter le poids de ton empire, porte-le alors pour aider la Cause de ton Seigneur. Glorifié soit ce rang où quiconque l'atteint, accède de ce fait à tout le bien qui provient de Celui qui est l'Omniscient, le Très-Sage.... Exultes-tu face aux trésors que tu possèdes, tout en sachant qu'ils périront ? Te réjouis-tu de gouverner un petit morceau de la terre alors que le monde entier, d'après le peuple de Bahá, ne vaut pas plus que le noir dans l'oeil d'une fourmi morte ? Abandonne cela à ceux qui s'y attachent et tourne-toi vers celui qui est le Désir du monde. Où s'ont passés les fiers et leurs palais ? Contemple leur tombeau afin de tirer profit de cet exemple car nous en avons fait une leçon pour ceux qui en sont témoins. Si les brises de la révélation devaient te saisir, tu fuirais le monde, tu te tournerais vers le royaume, tu dépenserais tout ce que tu possèdes pour t'approcher de cette sublime vision.

9. Révélé au Pape

Bahá'u'lláh révéla ce qui suit au Pape Pie IX : O pape ! Déchire les voiles. Celui qui est le Seigneur des seigneurs est arrivé couronné de nuages et Dieu, le Tout-Puissant, l'Indépendant, a rempli le décret.... Il est en vérité revenu des cieux tout comme il était déjà venu la première fois. Prends garde de ne point Le contester tout comme les Pharisiens l'avaient contesté [Jésus] sans aucune preuve ni aucun indice réel. Dans sa main droite coule les eaux vivifiantes de la grâce et dans sa main gauche le grand vin de la justice alors que devant Lui marchent les anges du paradis portant les étendards de ses signes.Prends garde qu'aucun nom ne te prive de Dieu, le Créateur de la terre et du ciel. Laisse le monde derrière toi et tourne-toi vers ton Seigneur à travers lequel la terre entière fut illuminée....Habites-tu dans des palais alors que celui qui est le roi de la révélation vit dans l'endroit le plus désolé ? Laisse-les à ceux qui les désirent et tourne ton visage avec joie et délice vers le royaume.... Lève-toi au nom de ton Seigneur, le Dieu de miséricorde, parmi les peuples de la terre, saisis la coupe de la vie avec les mains de la confiance, bois-en le premier et tends-la ensuite à ceux qui se tournent vers elle parmi les peuples de toutes les fois....

Rappelle-toi celui qui fut l'Esprit [Jésus] et qui, lorsqu'il vint, fut condamné par les plus érudits de son époque dans son propre pays, alors qu'un simple pêcheur a cru en lui. Prenez donc garde, vous qui avez un coeur qui comprend ! Tu es en vérité un des soleils du firmament de ses noms. Fais que l'obscurité n'étende pas ses voiles sur toi et ne t'éloigne de sa lumière.... Vois ceux qui s'opposèrent au Fils [Jésus] lorsqu'il vint à eux avec souveraineté et puissance. Combien de Pharisiens n'attendaient pas de le contempler et ne se lamentaient pas d'être séparés de lui ! Et pourtant, lorsque le parfum de sa venue se répandit sur eux, lorsque sa beauté se dévoila, ils se détournèrent de lui et le contestèrent.... Personne, hormis une poignée d'hommes sans pouvoir, ne se tourna vers sa face. Et pourtant aujourd'hui toute homme investi du pouvoir et de la souveraineté se glorifie de son nom ! De même, vois comme ils sont nombreux aujourd'hui les moines qui se sont reclus dans leurs églises en mon nom et qui, lorsqu'arriva le moment voulu et lorsque nous dévoilâmes notre beauté, ne nous reconnurent pas bien qu'ils m'invoquaient au coucher et au lever....

La parole dissimulée par le Fils est rendue manifeste. Elle a été envoyée sous la forme du temple humain en ce jour. Béni soit le Seigneur qui est le Père ! Dans sa majesté très grande Il est en vérité venu aux nations . Tournez votre visage vers lui, O rassemblement de justes !... Voici le jour où la Pierre [Pierre] appelle, s'écrie et célèbre la louange de son Seigneur, Celui qui possède tout, le très Haut, disant : "Voilà ! Le Père est venu et ce qui vous avait été promis dans le royaume s'est réalisé !..." Mon corps se languit de la croix et ma tête attend les coups de lance sur le chemin du Tout-Miséricordieux, afin que le monde soit purifié de ses transgressions....

O Pontife suprême ! Penche l'oreille vers ce que le Façonneur des os qui tombent en poussières te conseille, comme l'a dit celui qui est son très grand nom. Vends tous les beaux ornements que tu possèdes et dépense-les sur le chemin de Dieu qui fait tourner la nuit en jour et le jour en nuit. Abandonne ton royaume aux rois, sors de ta demeure, le visage tourné vers le royaume, détaché du monde et prononce alors les louanges de ton Seigneur entre la terre et le ciel. Ainsi te l'a ordonné Celui qui possède les noms, de la part de ton Seigneur, le Tout-Puissant, l'Omniscient. Exhorte les rois et dis : "Agissez équitablement envers les hommes. Veillez à ne point transgresser les limites fixées dans le Livre" C'est ce qu'il t'appartient de faire. Prends garde de ne point t'approprier les choses du monde et ses richesses. Laisse-les à ceux qui les désirent et sois fidèle à ce que celui qui est le Seigneur de la création t'a ordonné. Si quelqu'un devait t'offrir tous les trésors de la terre, refus de même les regarder. Sois comme ton Seigneur a été. La langue de la révélation a ainsi parlé de ce dont Dieu a fait l'ornement du livre de la création....Si le vin de mes versets pouvait t'enivrer, tu serais déterminé à te présenter devant le trône de ton Seigneur, le Créateur de la terre et du ciel, à prendre mon amour pour vêtement, et ton souvenir protecteur de moi, et ton plein de confiance en Dieu, le Révélateur de tout pouvoir... En vérité, le jour est arrivé de rentrer la moisson et toutes les choses ont été séparées les unes des autres. Il a engrangé ce qu'Il a choisi sur les vaisseaux de la justice et mis au feu ce qui le méritait. Ainsi en a-t-il été décrété par votre Seigneur, le Puissant, l'Aimant, en ce jour promis. Il ordonne en vérité ce qui Lui plaît. Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui, le Tout-Puissant, l'Irrésistible.

Dans la Tablette adressé à Alexandre II, Tsar de Russie, nous lisons : O Tsar de Russie. Tends l'oreille à la voix de Dieu, le Roi, le Saint, et tourne-toi vers le paradis, l'endroit où demeure Celui qui porte les titres les plus hauts parmi le concours céleste et que l'on appelle Dieu, le Resplendissant, le Tout-Glorieux, dans le royaume de la création. Prends garde que ton désir ne t'empêche de te tourner vers la face de ton Seigneur, le Compatissant, le très Miséricordieux. Nous avons en vérité entendu l'objet de tes suppliques à ton Seigneur lorsque tu communiais secrètement avec Lui. C'est pourquoi la brise de ma tendre bonté s'est levée, la mer de ma miséricorde a surgi et nous t'avons répondu en vérité. Ton Seigneur est en vérité l'Omniscient, le Très-Sage. Alors que je gisais lié et enchaîné dans la prison, un de tes ministres m'a offert son aide. C'est pourquoi Dieu t'a réservé un rang que nulle connaissance ne peut appréhender si ce n'est la sienne. Prends garde de ne point échanger ce rang sublime.... Prends garde que ta souveraineté ne t'éloigne de Celui qui est le Souverain suprême. Il est en vérité venu avec son royaume et tous les atomes s'écrient "Voilà ! Le Seigneur est venu dans sa grande majesté !" Celui qui est le Père est venu et le Fils [Jésus] crie dans la sainte vallée "Me voici, me voici, O Seigneur mon Dieu !" alors que le Sinaï entoure la Maison, et que le Buisson ardent s'écrie "Le Bienfaisant est venu, à cheval sur les nuages ! Béni celui qui est près de Lui et malheur à ceux qui en sont éloignés"

Lève-toi parmi les hommes au nom de cette Cause irrésistible et appelle alors les nations à Dieu, l'Exalté, le Grand. Ne sois pas comme ceux qui invoquaient Dieu sous l'un de ses noms mais qui, lorsque celui qui est l'objet de tous les noms apparut, le renièrent, se détournèrent de lui et, finalement, le condamnèrent avec une injustice manifeste. Considère et rappelle-toi l'époque où l'Esprit de Dieu [Jésus] apparut et qu'Hérode le condamna. Dieu cependant l'aida avec les armées de l'invisible, le protégea avec vérité et l'envoya vers un autre pays, comme Il l'avait promis. Il ordonne en vérité ce qui Lui plaît. Ton Seigneur épargne en vérité qui Il veut, qu'il soit au milieu des mers ou dans la gueule du serpent ou sous l'épée de l'oppresseur....

Et je dis encore "Ecoute ma voix qui appelle de ma prison afin qu'elle te fasse connaître ce qui est arrivé à ma beauté aux mains de ceux qui sont les manifestations de ma gloire, et afin que tu perçoives combien ma patience fut grande, sans parler de ma force, et combien mon endurance fut immense, sans parler de mon pouvoir. Par ma vie ! Si tu pouvais seulement savoir ce que ma Plume a dicté et découvrir les trésors de ma Cause, les perles de mes mystères qui gisent cachés dans les mers de mes noms et dans les coupes de mes paroles, tu offrirais ta vie sur mon chemin dans ton amour pour mon nom et dans ton attente de mon royaume glorieux et sublime. Sache que, quand bien même mon corps serait sous le glaive de mes ennemis et mes membres soumis à d'innombrables épreuves, mon esprit est rempli d'un bonheur que toutes les joies de la terre ne pourront jamais égaler.

Place ton coeur vers Celui qui est le Point d'adoration du monde et dis : O peuples de la terre ! Avez-vous renié celui sur le chemin duquel celui qui vint avec la vérité, apportant l'annonciation de votre Seigneur, l'Exalté, le Grand, souffrit le martyre ? Dis : Ceci est une annonciation qui a réjoui le coeur des prophètes et des messagers. Voici celui dont le coeur du monde se souvient, qui est promis dans les Livres de Dieu, le Fort, le Très-Sage. Dans leur désir de me rencontrer, les messagers avaient levé leurs mains vers Dieu, le Fort, le Glorifié.... Certains se lamentèrent de leur séparation de moi, d'autres connurent les privations sur mon chemin, d'autres encore offrirent leur vie pour l'amour de ma beauté, si seulement vous le saviez. Dis : En vérité, je n'ai pas cherché à célébrer mon propre être, mais bien Dieu Lui-même, si vous pouviez juger avec équité. On ne peut voir en moi rien d'autre que Dieu et sa Cause, si vous pouviez le percevoir. Je suis celui que la langue d'Isaiah a loué, celui dont le nom a orné la Torah et l'Evangile.... Béni le roi dont la souveraineté ne l'a pas retenu loin de son Souverain et qui s'est tourné vers Dieu avec son coeur. Il est compté en vérité parmi ceux qui ont atteint ce que Dieu, le Fort, le Très-Sage, a voulu. Très bientôt il se retrouvera avec les monarques des domaines du Royaume. Ton Seigneur est en vérité puissant sur toutes choses. Il donne ce qu'Il veut à qui Il veut et refuse ce qui Lui plaît à qui Il veut. Il est en vérité le Tout-Puissant, l'Omnipotent.

A la Reine Victoria, Bahá'u'lláh a écrit : O Reine qui est à Londres ! Tends l'oreille à la voix de ton Seigneur, le Seigneur de toute l'humanité, qui appelle de l'Arbre divin : En vérité, il n'y a pas d'autre Dieu que Moi, le Tout-Puissant, le Très-Sage ! Rejette tout ce qui est sur terre et orne la tête de ton royaume de la couronne du souvenir de ton Seigneur, le Tout-Glorieux. Il est arrivé dans le monde dans sa très grande gloire et tout ce qui a été écrit dans l'Evangile s'est réalisé. La terre de Syrie a été honorée des pas de son Seigneur, le Seigneur de tous les hommes, et le nord et le sud sont tous deux enivrés du vin de sa présence. Béni l'homme qui a respiré le parfum du très Miséricordieux et s'est tourné vers le lever de sa beauté, en cette aurore resplendissante. La Mosquée d'Aqsá vibre aux souffles de son Seigneur, le Tout-Glorieux, alors que Bathá [La Mecque] tremble au son de la voix de Dieu, l'Exalté, le très Haut. Alors, chacune de leurs pierres célèbre la louange du Seigneur, à travers ce grand nom.

Abandonne ton désir et tourne alors ton coeur vers ton Seigneur, l'Ancien des jours. Nous t'avons mentionnée à l'intention de Dieu et nous souhaitons que ton nom soit exalté grâce à ton souvenir de Dieu, le Créateur de la terre et du ciel. Il est en vérité témoin de ce que je dis. Nous avons été informé que tu as interdit le commerce d'esclaves, hommes et femmes. Ceci en vérité est ce que Dieu a ordonné dans cette merveilleuse révélation. Pour cela, Dieu t'a justement réservé une récompense. Il attribuera en vérité à celui qui fait le bien la récompense qu'il mérite, si seulement tu suivais ce qui t'a été envoyé par Celui qui est l'Omniscient, Celui qui est informé de tout. De même, Dieu réduira à néant l'oeuvre de celui qui se détourne et se gonfle d'orgueil après que les signes manifestes lui aient été adressés par le Révélateur des signes. Il a en vérité tout pouvoir sur tout. Les actions de l'homme ne sont acceptables qu'après qu'il l'ait reconnu [la Manifestation]. Celui qui se détourne du Véritable est en réalité celui qui se voile le plus parmi ses créatures. Ainsi en a-t-il été décrété par Celui qui est le Très-Fort, le Tout-Puissant.

Nous avons également appris que tu avais remis les rênes du conseil aux mains des représentants du peuple. Tu as en réalité bien agi car ainsi les fondations de l'édifice de tes affaires en seront renforcées, et le coeur de tous ceux qui sont sous ton ombre, grands ou petits, sera apaisé. Il leur appartient cependant d'être fidèles parmi ses serviteurs et de se considérer comme les représentants de tous ceux qui vivent sur terre. C'est ce que leur conseille dans cette Tablette Celui qui est le Maître, le Très-Sage..... Béni celui qui entre dans l'assemblée pour l'amour de Dieu et qui est parmi les hommes un juge de grande justice. Il est en réalité parmi les bienheureux....

Tourne-toi vers Dieu et dis : O mon Seigneur souverain ! Je ne suis que ta vassale et Tu es en vérité le Roi des rois. J'ai levé mes mains suppliantes vers le ciel de ta grâce et de tes bontés. Envois vers moi alors des nuages de ta générosité ce qui me débarrassera de tout sauf de Toi et me rapprochera de Toi. Je T'implore O mon Seigneur, par ton nom dont Tu as fait le roi des noms et la manifestation de ton Etre pour tous ceux qui sont au ciel et sur la terre, de mettre en pièces les voiles qui se sont interposés entre moi et l'aurore de tes signes et l'aube de ta révélation. Tu es en vérité le Tout-Puissant, l'Omnipotent, le Tout-Bienfaisant. Ne me prive pas O mon Seigneur du parfum de l'habit de ta miséricorde en tes jours et écris pour moi ce que Tu as écrit pour tes servantes qui ont cru en Toi et en tes signes, qui T'ont reconnu et qui ont tourné leur coeur vers l'horizon de ta Cause. Tu es en vérité le Seigneur des mondes et de ceux qui font preuve de pitié envers le très Miséricordieux. Aide-moi alors, O mon Dieu, à célébrer ton souvenir parmi tes servantes et à aider ta Cause sur tes terres. Accepte alors ce qui m'a échappé lorsque la lumière de ta face est apparue. Tu as en vérité pouvoir sur toutes choses. Gloire à Toi, O Toi dans la main duquel repose le royaume des cieux et de la terre."

Dans le Kitáb-i-Aqdas, son très saint Livre, Bahá'u'lláh s'adresse en ces termes à l'Empereur d'Allemagne Guillaume 1er : Dis : O Roi de Berlin ! Prête l'oreille à la voix qui appelle de ce temple manifeste : En vérité il n'y a pas d'autre Dieu que Moi, l'Eternel, l'Incomparable, l'Ancien des jours. Prends soin que la fierté ne t'empêche de reconnaître l'aurore de la divine révélation, que les désirs terrestres ne te coupent, comme par un voile, du Seigneur du trône céleste et terrestre. C'est ce que te conseille la plume du très Haut. Il est en vérité le très Gracieux, le Tout-Bienfaisant. Te rappelles-tu de celui dont la puissance dépassait ta puissance [Napoléon III] et dont le rang surpassait ton rang ? Où est-il ? Où s'en est allé tout ce qu'il possédait ? Prends garde et ne sois pas parmi ceux qui dorment profondément. Ce fut lui qui rejeta derrière lui la Tablette de Dieu lorsque nous lui fîmes savoir ce que les armées de la tyrannie nous avaient fait subir. Alors la disgrâce s'abattit sur lui de toutes parts et il mordit la poussière, perdant tout. Réfléchis bien, O Roi, à lui et à ceux qui, comme lui, ont conquis des villes et gouverné des hommes. Le Tout-Miséricordieux les a fait descendre de leur palais à la tombe. Sois averti, sois parmi ceux qui réfléchissent.

Et plus loin, dans le même Livre, on trouve cette prophétie remarquable : O rives du Rhin ! Nous vous avons vues ensanglantées car les épées de la vengeance s'étaient levées contre vous ; et cela vous arrivera encore. Et nous entendons les lamentations de Berlin bien qu'aujourd'hui, sa gloire soit manifeste. (voir Bahá'u'lláh et l'Ere Nouvelle p. 249.)

Dans le Kitáb-i-Aqdas encore, on trouve ces paroles à l'attention de l'Empereur François-Joseph : O Empereur d'Autriche ! Celui qui est l'aurore de la lumière de Dieu vivait dans la prison de `Akká lors de ta visite à la Mosquée d'Aqsá [Jérusalem]. Tu l'as négligé et tu ne t'es pas enquis de celui grâce auquel chaque maison est exaltée et chaque grande porte déverrouillée. Nous en avons fait en vérité [de Jérusalem] un endroit vers lequel le monde devrait se tourner afin qu'ils se souviennent de Moi et pourtant tu as rejeté celui qui est l'objet de ce souvenir lorsqu'il apparut avec le royaume de Dieu, ton Seigneur et le Seigneur des mondes. Nous avons été en tous temps avec toi et t'avons trouvé accroché à la Branche, sans te soucier de la Racine. Ton Seigneur en vérité est témoin de ce que je dis. Cela nous affligeait de te voir tourner autour de notre nom, sans le savoir, malgré que nous étions devant ton visage. Ouvre les yeux pour contempler cette glorieuse vision, reconnaître Celui que tu invoques jour et nuit, et fixer la lumière qui brille au-dessus de cet horizon lumineux.

Dans le Súriy-i-Mulúk, il s'adresse au Sultán `Abdu'l-`Azíz de la façon suivante : Ecoute O roi le discours de celui qui dit la vérité, celui qui ne te demande pas de le récompenser avec ce que Dieu a choisi de t'accorder, celui qui marche infailliblement sur le droit chemin. C'est lui qui t'appelle à Dieu, ton Seigneur, qui te montre la voie à suivre, le chemin qui mène au vrai bonheur afin que tu sois peut-être parmi ceux pour lesquels tout ira bien... Dieu sera assurément avec celui qui se donne entièrement à Lui ; et Dieu protègera en vérité celui qui place toute sa confiance en Lui de tout ce qui pourrait le blesser et l'abrite de la méchanceté de tous les conspirateurs du mal.

Si tu prêtais l'oreille à mon discours et si tu suivais mon conseil, Dieu t'exalterait à un rang si élevé que jamais les menées de qui que ce soit sur la terre entière ne pourraient t'atteindre ou te blesser. Observe, O roi, de tout ton coeur et de tout ton être, les préceptes de Dieu et ne marche pas sur les traces de l'oppresseur. Saisis et maintiens fermement dans les mains de ta puissance les rênes des affaires de ton peuple et examine personnellement tout ce qui les concerne. Ne laisse rien t'échapper car c'est là que réside le plus grand bien.

Remercie Dieu de t'avoir choisi parmi le monde entier et de t'avoir fait roi de ceux qui professe ta foi. Il t'appartient d'apprécier les faveurs merveilleuses que Dieu t'a accordées et de sans cesse magnifier son nom. La meilleure façon de Le louer pour toi c'est d'aimer ses aimés et de préserver et protéger ses serviteurs des méfaits des traîtres afin qu'ils ne puissent plus les opprimer. Tu devrais en outre te lever pour faire appliquer la loi de Dieu parmi eux afin que tu sois parmi ceux qui sont fermes dans sa loi.

Si grâce à toi les rivières de la justice répandaient leurs eaux parmi tes sujets, Dieu enverrait assurément à ton aide les armées visibles et invisibles et te fortifierait dans ton entreprise. Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui. Toute création et tout empire lui appartiennent. C'est à Lui que reviennent les oeuvres des fidèles.

Ne mets pas ta confiance en tes trésors. Remets-en toi entièrement à la grâce de Dieu ton Seigneur. Qu'Il soit ton espoir en quoi que tu fasses et sois de ceux qui se sont soumis à sa volonté. Qu'Il soit ton secours et enrichis-toi de ses trésors car c'est avec Lui que gisent les trésors des cieux et de la terre. Il les donne à qui Il veut et les refuse à qui Il le désire. Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui, Celui qui possède tout, le Tout-Loué. Tous les hommes ne sont que des mendiants à la porte de sa grâce ; ils sont impuissants face à la révélation de sa souveraineté et implorent ses faveurs.

N'outrepasse pas les limites de la modération et agis avec justice envers ceux qui te servent. Donne-leur selon leurs besoins et non pour qu'ils amassent des richesses pour eux-mêmes pour couvrir leur personne, embellir leur maison, acquérir des choses qui ne leur sont d'aucun profit et compter parmi les dépensiers. Sois d'une justice infaillible envers eux afin qu'aucun d'entre eux ne connaisse le besoin ou ne se vautre dans le luxe. Ceci n'est que simple justice. Ne permets pas que le vil gouverne et domine ceux qui sont nobles et honorables et ne souffre pas que le magnanime soit à la merci de l'indigne et du vaurien car c'est ce que nous avons vu à notre entrée dans la Ville [Constantinople] et nous en sommes témoin....

Mets devant tes yeux la balance infaillible de Dieu et, comme si tu étais en sa présence, pèses-y tes actions chaque jour, à chaque moment de ta vie. Rends des comptes sans attendre ton appel au jugement, le jour où aucun homme n'aura la force de se tenir debout par crainte de Dieu, le jour où le coeur des insouciants se mettra à trembler....

Tu es l'ombre de Dieu sur terre. Efforce-toi alors d'agir de façon qui convienne à un rang aussi élevé, aussi auguste. Si tu t'écartes et ne suis pas ce que nous avons fait descendre sur toi et ce que nous t'avons enseigné, tu seras sans nul doute privé de ce grand et inestimable honneur. Retourne alors à Dieu, sois-Lui tout à fait fidèle, purifie ton coeur du monde et de toutes ses vanités et ne permets pas à l'amour d'un étranger d'y entrer et d'y vivre. L'éclat de la lumière de Dieu ne pourra étendre ses rayons sur ton coeur que si tu le purifies de toute trace d'un tel amour car Dieu n'a donné à personne plus qu'un coeur. Ceci en vérité a été décrété et écrit dans son Livre ancien. Et puisque le coeur de l'homme, tel qu'il a été créé par Dieu, est un et indivisible, il t'appartient de veiller à ce que son affection soit également une et indivisible. Accroche-toi alors à son amour, avec toute la passion de ton coeur, et détache-le de l'amour de tout autre que Lui afin qu'Il t'aide à t'immerger dans l'océan de son unité et te permette de devenir un vrai défenseur de son unicité....

10. Que l'oppresseur renonce

Que ton oreille soit attentive, O Roi, aux paroles que nous t'avons adressées. Que l'oppresseur renonce à sa tyrannie et ne compte pas les fauteurs d'injustices parmi ceux qui professent ta foi. Par la justice de Dieu ! Les épreuves que nous avons subies sont telles que la plume qui en rendrait compte ne pourrait qu'être submergée de douleur. Aucun de ceux qui croient sincèrement en l'unité de Dieu et la soutiennent ne peuvent supporter le poids de leur récit. Nos souffrances ont été si grandes que même les yeux de nos ennemis ont pleuré sur nous et au-delà, ceux de toute personne de discernement. Et nous avons été soumis à toutes ces tribulations malgré notre action pour t'approcher et inviter le peuple à entrer sous ton ombre afin que tu sois comme une forteresse pour ceux qui croient et défendent l'unité de Dieu.

T'ai jamais désobéi O Roi ? Ai-je jamais transgressé l'une de tes lois ? Un seul de tes ministres qui te représentent en `Iráq peut-il brandir une preuve qui établisse ma déloyauté à ton égard ? Non, par Celui qui est le Seigneur de tous les mondes ! Je ne me sui jamais, ne serait-ce qu'un seul instant, rebellé contre toi ni contre aucun de tes ministres. Jamais, Dieu le veut, nous ne nous révolterons contre toi, quand bien même nous serions soumis à des épreuves plus lourdes encore que celles que nous avons déjà connues. Jour et nuit, matin et soir, nous prions Dieu en ton nom pour qu'Il t'aide dans sa grâce à Lui obéir et à observer ses commandements afin qu'Il te protège des armées des mauvais. Alors agis comme bon te semble et traite-nous comme il convient à ton rang et à ta souveraineté. N'oublie pas la loi de Dieu quelque soit ce que tu désires entreprendre, maintenant et dans les jours à venir. Dis : Que Dieu, le Seigneur de tous les mondes, soit loué.

En outre, dans le Kitáb-i-Aqdas, il interpelle avec véhémence Constantinople : O endroit situé sur la rive des deux mers ! En vérité le trône de la tyrannie s'est établi en toi et le feu de la haine s'est allumé en ton sein de façon telle que le concours des cieux et ceux qui entourent le trône exalté ont pleuré et se sont lamentés. Nous voyons chez toi les insensés gouverner les sages, l'obscurité se vanter de la lumière. Tu es en fait remplie d'un orgueil manifeste. Ta splendeur extérieure t'a-t-elle rendue vaniteuse ? Par Celui qui est le Seigneur de l'humanité ! Cela périra bientôt et tes filles, tes veuves et toutes les familles qui vivent en tes murs se lamenteront. C'est ainsi que t'informe l'Omniscient, le Très-Sage.

Quant à Násiri'd-Dín Sháh, le Lawh-i-Sultán, qui lui fut expédié d'`Akká et qui constitue la plus longue lettre de Bahá'u'lláh, proclame : O Roi ! Je n'étais qu'un homme comme les autres, endormi sur mon lit, lorsque subitement les brises du Tout-Glorieux soufflèrent sur moi et me donnèrent la connaissance de tout ce qui a été. Cela ne vient pas de moi, mais de Celui qui est tout-puissant et omniscient. Et Il m'ordonna d'élever ma voix entre la terre et le ciel et pour cela, il m'arriva ce qui a fait couler les larmes de tous les hommes de compréhension. Je n'ai pas étudié les enseignements qui ont cours parmi les hommes ; je ne suis pas allé dans leurs écoles. Demande dans la ville où je vécus afin de t'assurer que je suis pas de ceux qui mentent. Ceci n'est qu'une feuille que les vents de la volonté de ton Seigneur, le Tout-Puissant, le Tout-Loué, ont fait bouger. Peut-elle ne point remuer alors que soufflent les vents de la tempête ? Non, par Celui qui est le Seigneur de tous les noms et de tous les attributs ! Ils la font trembler comme bon leur semble. L'éphémère n'est rien devant Celui qui est l'Eternel. Ses appels irrésistibles me sont parvenus et m'ont fait célébrer sa louange parmi tous les hommes. J'étais en fait comme mort lorsque son ordre fut prononcé. La main de la volonté de ton Seigneur, le Compatissant, le Miséricordieux, me transforma. Un homme peut-il exprimer, de son plein gré, ce qui fera se lever contre lui tous les hommes, grand et petits ? Non, par Celui qui a enseigné à la Plume les mystères éternels, sauf celui que la grâce du Tout-Puissant, de l'Omnipotent, a fortifié. La Plume du très Haut s'est adressée à moi en disant : Ne crains rien. Raconte à sa Majesté le Sháh ce qui t'est arrivé. Son coeur en vérité est entre les doigts de ton Seigneur, le Dieu de miséricorde, afin que le soleil de la justice et de la bonté luise peut-être au-dessus de l'horizon de son coeur. Ainsi le décret a-t-il été fixé par Celui qui est le Très-Sage.

Regarde ce jeune avec les yeux de la justice, O Roi ; juge alors avec vérité ce qui lui est arrivé. D'une vérité, Dieu t'a fait son ombre parmi les hommes et le signe de son pouvoir pour tous ceux qui vivent sur terre. Prononce-toi entre nous et ceux qui nous ont opprimé sans aucune preuve et sans un Livre d'explication. Ceux qui t'entourent t'aiment dans leur propre intérêt alors que ce jeune t'aime pour toi et n'a d'autre désir que celui de te rapprocher du siège de la grâce et de te tourner vers la main droite de la justice. Ton Seigneur m'est témoin de ce que je déclare.

O Roi ! Si tu tendais l'oreille au crissement de la Plume de gloire et au roucoulement de la Colombe de l'éternité qui, sur les branches de l'Arbre divin au-dessus duquel on ne peut passer, chante les louanges de Dieu, l'Auteur de tous les noms et le Créateur de la terre et du ciel, tu atteindrais un rang d'où tu ne verrais dans le monde de l'être que la splendeur de l'Adoré et tu considérerais ta souveraineté comme la plus éphémère de tes possessions, l'abandonnant à qui la désire et tournant ton visage vers l'horizon embrasé de la lumière de sa face. Tu ne voudrais jamais non plus porter le fardeau du pouvoir si ce n'est pour aider ton Seigneur, l'Exalté, le très Haut. Alors le concours des cieux te bénirait. O combien parfait est ce rang sublime auquel tu pourrais parvenir par le pouvoir d'une souveraineté reconnue comme émanant du nom de Dieu !...

O Roi de l'époque ! Les yeux de ces réfugiés sont tournés vers la pitié du très Miséricordieux et la fixent. Il ne fait aucun doute que ces tribulations seront suivies par des débordements de la grâce suprême et que ces terribles adversités finiront en une prospérité abondante. Nous aimerions espérer cependant que sa Majesté le Sháh examinera lui-même ces affaires et apportera l'espoir aux coeurs. Ce que nous avons soumis à ta Majesté, l'a été en réalité pour ton plus grand bien. Et Dieu en vérité est un témoin suffisant pour moi....

O si seulement tu me permettais O Sháh de t'envoyer ce qui réjouirait les yeux, apaiserait les esprits et persuaderait tous les hommes justes que c'est avec Lui que se trouve la connaissance du Livre.... Mais en ce qui concerne le renvoi des insensé et la complicité des théologiens, j'aurais prononcé un discours qui aurait fait frémir les coeurs et les aurait transportés vers un royaume dont on aurait entendu le murmure des vents : Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui !...

O Sháh, j'ai vu sur le chemin de Dieu ce que l'oeil n'a pas vu et ce que l'oreille n'a pas entendu.... Innombrables sont les épreuves qui se sont abattues sur moi et qui s'abattront encore sur moi ! J'avance, le visage tourné vers Celui qui est le Tout-Puissant, le Tout-Généreux alors que derrière moi glisse le serpent. Mes yeux ont pleuré jusqu'à tremper mon lit de larmes. Je ne me plains pas cependant. Par Dieu ! Ma tête attend le glaive avec impatience par amour pour son Seigneur. Jamais je ne suis passé près d'un arbre sans que mon coeur ne s'adresse à lui en disant : "O si tu pouvais être coupé en mon nom et si mon corps pouvait être crucifié sur ton bois, sur le chemin de mon Seigneur !"... Par Dieu ! Bien que l'ennui me terrasse et que la faim me consume, que je n'aie pour seul lit que la pierre nue et pour compagnons que les bêtes des champs, je ne me plaindrai pas et souffrirai patiemment comme ceux qui sont constants et fermes ont souffert patiemment grâce au pouvoir de Dieu, le Roi éternel et le Créateur des nations et je rendrai grâce à Dieu en toutes circonstances. Nous prions pour que, dans sa bonté - qu'Il soit exalté -, Il libère par cet emprisonnement les chaînes et les entraves des nuques des hommes et les fasse se tourner avec un visage plein de sincérité vers sa face, Lui qui est le Puissant, le Bon. Il est prêt à répondre à quiconque L'appelle et Il est proche de ceux qui communient avec Lui.

Dans le Qayyúm-i-Asmá, le Báb pour sa part s'adresse ainsi au Sháh Muhammad : O Roi de l'Islám ! Après avoir aidé le Livre, aide, avec la vérité, celui qui est notre très grand souvenir car pour le jour du jugement, Dieu t'a réservé en vérité, ainsi qu'à ceux qui t'entourent, un rang de responsabilité sur son chemin. Je jure par Dieu, O Sháh ! Si tu fais preuve d'animosité à l'égard de celui qui est son souvenir, Dieu te condamnera devant les rois, le jour de la résurrection, au feu de l'enfer et en vérité tu ne trouveras en ce jour aucun secours si ce n'est celui de Dieu, l'Exalté. O Sháh, purifie le pays sacré [Tihrán] de ceux qui ont renié le Livre avant le jour où le souvenir de Dieu arrivera, tout à coup et de terrible façon, avec sa Cause puissante, par la feuille de Dieu, le très Haut. Dieu en vérité t'a ordonné de te soumettre à celui qui est son souvenir et à sa Cause et d'assujettir, avec la vérité et par sa feuille, les pays car tu as été gracieusement investi en ce monde de souveraineté et tu demeureras dans le monde suivant près du siège de la sainteté avec les habitants du paradis de son bon plaisir. Ne laisse pas ta souveraineté t'abuser O Sháh car chaque âme connaîtra la mort et ceci en vérité a été rédigé comme un décret de Dieu.

Dans sa Tablette au Sháh Muhammad, le Báb a en outre révélé : Je suis le Premier Point d'où sont issues toutes les choses créées. Je suis la face de Dieu dont jamais l'éclat ne pourra se ternir, la lumière de Dieu dont jamais le rayonnement ne s'évanouira.... Dieu a choisi de mettre dans ma main droite toutes les clés des cieux et dans ma main gauche celles de l'enfer.... Je suis l'un des piliers de soutien de la parole fondamentale de Dieu. Quiconque m'a reconnu a pris connaissance de ce qui est vrai et juste et est parvenu à ce qui est bon et convenable....La matière avec laquelle Dieu m'a créé n'est pas l'argile avec laquelle Il a formé les autres. Il m'a attribué ce que les sages du monde ne pourront jamais saisir, ce que les fidèles ne pourront jamais découvrir....

Par ma vie ! Si ce n'était pour reconnaître la Cause de celui qui est la preuve de Dieu..., je ne t'aurais pas annoncé cela.... La même année [en l'an 60], je t'ai envoyé un messager et un livre afin que tu agisses envers la Cause de celui qui est la preuve de Dieu d'une façon qui convienne au rang de ta souveraineté....

Je jure par la vérité de Dieu ! Si celui qui a voulu me traiter de telle manière savait qui il avait ainsi traité, en vérité, il ne serait plus jamais heureux pour le restant de ses jours. Non - en vérité je te fais part de la réalité de la situation - c'est comme s'il avait emprisonné tous les prophètes, tous les hommes de vérité, et tous les élus.... Malheur à celui dont les mains accomplissent le mal et béni l'homme dont les mains font le bien....

Je jure par Dieu ! Je ne recherche pas de toi des biens terrestres, même aussi petits qu'un grain de moutarde.... Je jure par la vérité de Dieu ! Si tu savais ce que je sais, tu abandonnerais la souveraineté de ce monde et du suivant pour atteindre mon bon plaisir grâce à ta soumission au Véritable.... Si tu refusais, le Seigneur du monde choisirait un homme qui exalterait sa Cause et en vérité le commandement de Dieu serait suivi.

11. Le Vicaire de Dieu sur terre

Chers amis ! Quel vaste panorama déroulent devant nous ces déclarations semblables à une pierre précieuse, pénétrantes et divinement prononcées ! Quels souvenirs elles évoquent ! Qu'ils sont sublimes les principes qu'elles inculquent ! Quels espoirs elles font naître ! Quelles appréhensions elles suscitent ! Et pourtant, comme les paroles ci-dessus, utilisées dans le but premier d'illustrer mon thème, paraissent fragmentaires comparées à la majesté déferlante que seule la lecture du texte entier peut dégager ! Celui qui était le vicaire de Dieu sur terre, s'adressant, au moment le plus critique, lorsque sa révélation atteignait son apogée, à ceux qui concentraient dans leur personne la splendeur, la souveraineté et la force de l'empire terrestre, ne pouvait certainement pas diminuer d'un iota la puissance et la force que demandait la présentation d'un message si historique. Ni les dangers qui l'entourèrent rapidement, ni le formidable pouvoir que le système de la souveraineté absolue conférait à l'époque aux empereurs de l'ouest et aux potentats de l'est, n'avaient empêché l'exilé et le prisonnier d'Andrinople de communiquer toute la portée de son message à ses deux persécuteurs impériaux ainsi qu'au reste de leurs collègues souverains.

L'ampleur et la diversité du thème, le bien-fondé du raisonnement, la transcendance et l'audace du langage, attirent notre attention et étonnent notre esprit. Des empereurs, des rois et des princes, des chanceliers et des ministres, le Pape lui-même, les prêtres, des moines et des philosophes, les dispensateurs du savoir, les parlementaires et les députés, les riches de la terre, les disciples de toutes les religions et le peuple de Bahá - tous sont à la portée de l'auteur de ces messages et reçoivent conseils et remontrances selon leurs mérites. La diversité des sujets traités dans ces Tablettes est toute aussi surprenante. Elles louent la majesté transcendante et l'unité d'un Dieu incognoscible et inaccessible, proclament et affirment l'unicité de ses messagers. Elles soulignent l'unité, l'universalité et les potentialités de la Foi bahá'íe et dévoilent le but et le caractère de la révélation bábíe. Elles découvrent la signification du bannissement et des souffrances de Bahá'u'lláh, reconnaissent les tribulations qui se sont abattues sur son héraut et sur celui qui porte son nom et s'en lamentent. Elles font écho de sa propre aspiration à porter la couronne du martyre, qu'ils ont tous deux soi mystérieusement gagnée, et annoncent les gloires et les merveilles ineffables que sa propre dispensation réserve. Elles rapportent des épisodes, à la fois émouvants et merveilleux, de différentes étapes de son ministère et affirment sans cesse, avec détermination, le caractère transitoire du faste, du renom, des richesses et de la souveraineté dans le monde. Elles appellent avec énergie et insistance l'application des principes les plus nobles dans les relations humaines et internationales et prescrivent d'abandonner les pratiques et les usages indignes qui portent préjudice au bonheur, à la croissance, à la prospérité et à l'unité de la race humaine. Elles critiquent des rois, accusent des dignitaires ecclésiastiques, condamnent des ministres et des plénipotentiaires, admettent sans équivoque et annoncent à maintes reprises son avènement avec la venue du Père Lui-même. Elles prédisent la chute violente de quelques-uns de ces rois et empereurs, défient ouvertement deux d'entre eux, avertissent la plupart, font appel à tous et les exhortent.

Dans le Lawh-i-Sultán (Tablette au Sháh de Perse), Bahá'u'lláh déclare : Si seulement le désir qui orne le monde de sa majesté décidait que ce serviteur soit confronté aux prêtres de l'époque, qu'il fournisse des preuves et des témoignages en présence de sa majesté le Sháh ! Ce serviteur est prêt et met son espoir en Dieu pour qu'une telle rencontre se réalise afin que la vérité à ce sujet soit rendue évidente et manifeste devant sa majesté le Sháh. C'est donc à toi de commander et je me tiens prêt devant le trône de ta souveraineté. Décide alors pour ou contre moi.

En outre, Bahá'u'lláh, se remémorant dans le Lawh-i-Ra'ís, sa conversation avec l'officier turc chargé de veiller au respect de son bannissement à la cité prison d''Akká, a écrit : Il y a une chose que je te demande de soumettre, si cela t'est possible, à sa majesté le Sultán, c'est qu'il permette à ce jeune de le rencontrer afin qu'il puisse lui demander tout ce qu'il juge être un témoignage suffisant et considère comme une preuve de la véracité de celui qui est la vérité. Si Dieu lui permettait de la produire, alors qu'il libère ces opprimés

et les laisse à eux-mêmes. Bahá'u'lláh ajoute dans cette Tablette : Il promit de transmettre ce message et de nous donner sa réponse. Nous n'avons cependant reçu aucune nouvelle de lui. Bien qu'il ne sied point à celui qui est la vérité de se présenter devant qui que ce soit, puisque tous ont été créé pour lui obéir, nous avons cependant donné notre accord à ce sujet, voyant la situation de ces petits enfants et de nombreuses femmes si éloignées de leurs amis et de leur pays. Malgré cela, il n'y eut aucune résultat. 'Umar lui-même est vivant et abordable. Renseignez-vous auprès de lui pour connaître la vérité.

Se référant à ces Tablettes écrites aux souverains de la terre et accueillies comme un "miracle" par 'Abdu'l-Bahá, Bahá'u'lláh a écrit : Chacun d'entre eux a reçu un nom particulier. Le premier fut appelé "celui qui gronde", le deuxième, "celui qui souffle", le troisième, "l'inévitable", le quatrième, "le plat", le cinquième, "la catastrophe", et les autres, "le coup de trompette étourdissant", "l'événement proche", "la grande terreur", "la trompette", "le clairon", etc, afin que tous les peuples de la terre sachent avec certitude et soient témoins avec leurs yeux intérieurs et extérieurs que Celui qui est le Seigneur des noms a régné et continuera de régner, en toutes circonstances, sur tous les hommes.... Jamais depuis le commencement du monde le message n'a été proclamé si ouvertement.... Gloire à sa puissance qui a lui et enveloppé les mondes ! Cet acte de l'Auteur des causes a eu deux effets lorsqu'il fut révélé. Il a immédiatement aiguisé les glaives des infidèles et délié les langues de ceux qui se sont tournés vers Lui, dans son souvenir et sa louange. Ceci est l'effet des vents fertilisants qui ont été mentionnés auparavant dans le Lawh-i-Haykal. Toute la terre est à présent enceinte. Le jour approche où elle donnera ses fruits les plus nobles, où elle fera surgir les arbres les plus hauts, les fleurs les plus enchanteresses, les grâces les plus divines. Incommensurablement exaltée est la brise qui se dégage du vêtement de ton Seigneur, le Glorifié ! Car voilà, il en a respiré le parfum et rendu toutes choses neuves ! Heureux ceux qui comprennent. Il est tout à fait clair et manifeste que, dans ces choses, celui qui est le seigneur de la révélation n'a rien recherché pour lui-même. Bien que conscient que cela mènerait à des épreuves, serait la cause de troubles et de douloureux procès, il a fermé les yeux sur son propre bien-être et supporté ce que personne n'avait supporté ni ne supportera jamais, simplement en gage de sa tendre bonté et de sa grâce et pour réveiller les morts, rendre la Cause du Seigneur de tous les noms et de tous les attributs manifeste et sauver tous ceux qui sont sur terre.

Bahá'u'lláh ordonna que la plus importante de ses Tablettes adressées individuellement aux souverains soient écrites sous forme de pentagramme symbolisant le temple de l'homme et comprenant, en guise de conclusion, les paroles suivantes qui montrent l'importance qu'il accordait à ces messages et qui indiquent leur lien direct avec la prophétie de l'ancien Testament : Ainsi avons-nous construit le temple avec les mains du pouvoir et de la puissance, si seulement vous le saviez. Ceci est le temple que le Livre vous promettait. Approchez-vous en. Voici ce qui vous est profitable, si seulement vous le compreniez. Soyez justes, O peuples de la terre ! Lequel est préférable, ceci ou un temple fait d'argile ? Tournez votre visage vers lui. C'est ce que vous ordonne Dieu, le Secours dans le péril, Celui qui subsiste par Lui-même. Suivez son commandement et louez Dieu, votre Seigneur pour ce qu'Il vous a accordé. Il est en vérité la Vérité. Il n'y a pas d'autre Dieu que Lui. Il révèle ce qui Lui plaît par ses paroles "Sois et cela est".

Sur le même sujet, dans une de ses Tablettes, il s'adresse ainsi aux disciples de Jésus-Christ : O rassemblement de disciples du Fils ! En vérité, ce sont les mains de la volonté de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Munificent, qui ont bâti le temple. Alors témoignez, O peuple, de ce que je dis : lequel est préférable, le temple fait d'argile, ou celui bâti des mains de votre Seigneur, le Révélateur des versets ? Voici le temple qui vous était promis dans les Tablettes. Il s'écrie : "O disciples des religions ! Hâtez-vous d'atteindre Celui qui est la Source de toutes les causes et ne suivez pas tous les infidèles et ceux qui doutent."

Il ne faut pas oublier qu'à part ces Tablettes spécifiques qui s'adressent individuellement et collectivement aux rois de la terre, Bahá'u'lláh a révélé d'autres Tablettes - le Lawh-i-Ra'ís en étant un exemple frappant - et émaillé la masse de ses volumineux écrits d'innombrables passages où il s'adressait directement et se référait à des ministres, à des gouvernements et à leurs représentants accrédités. Je ne m'occupe cependant pas des passages et des références qui, bien qu'essentiels, ne peuvent être considérés comme empreints de cette fécondité particulière que doivent avoir les messages directs et spécifiques prononcés par la manifestation de Dieu et s'adressant aux principaux magistrats du monde.

Chers amis ! On a décrit en suffisance les tribulations qui submergèrent pendant si longtemps les fondateurs d'une révélation si remarquable et que le monde a ignorées de façon si désastreuse. On s'est aussi suffisamment intéressé aux messages adressés à ces dirigeants souverains qui, dans l'exercice de leur autorité illimitée, ont provoqué sciemment ces souffrances, ou qui dans la plénitude de leur pouvoir, auraient pu se dresser pour adoucir leur effet ou dévier leur cours tragique. Voyons maintenant les conséquences qui en découlèrent. La réaction de ces monarques était, comme cela a déjà été dit, variée et claire et, au fur et à mesure que les événements se succédaient, elle avait des conséquences désastreuses. Un des plus éminents de ces souverains montra même un grossier irrespect vis-à-vis des appels divins, y mettant fin par une réponse brève et insolente écrite par un de ses ministres. Un autre s'empara avec violence du porteur du message, le tortura, le marqua aux fers et le tua brutalement. D'autres préférèrent garder un silence méprisant. Tous manquèrent totalement à leur devoir qui était de se lever et d'apporter leur aide. Deux d'entre eux particulièrement, poussés par la double impulsion de la peur et de la colère, resserrèrent leur emprise sur la Cause qu'ils avaient ensemble décidé de déraciner. L'un condamna son prisonnier divin à un bannissement supplémentaire, dans la plus laide des cités, au climat le plus détestable et à l'eau la plus nauséabonde, alors que l'autre, incapable de mettre la main sur le premier moteur d'une Foi haïe, en soumit les membres qui étaient en son pouvoir à des cruautés abjectes et sauvages. Le récit des souffrances de Bahá'u'lláh, repris dans ces messages, n'arriva pas à éveiller de la compassions dans leur coeur. Ses appels, sans précédents dans les annales de la chrétienté, et dans celles de l'Islam, furent rejetés avec dédain. Les sombres mises en garde qu'il prononça furent dédaigneusement méprisées. Les défis audacieux qu'il lança furent ignorés. Les châtiments qu'il prédit furent balayés d'un air moqueur.

Alors - devons-nous nous demander - qu'est-il arrivé après un rejet si total et honteux et que se passe-t-il encore maintenant, et particulièrement en ces dernières années du premier siècle bahá'í, un siècle chargé de tant de souffrances tumultueuses et de violents outrages pour la Foi persécutée de Bahá'u'lláh ? Des empires tombés en poussières, des royaumes renversés, des dynasties éteintes, la royauté salie, des rois assassinés, empoisonnés, exilés, soumis dans leur propre royaume, alors que les quelques trônes restants tremblent devant les répercussions de la chute de leurs semblables.

On peut dire que ce processus si gigantesque, si catastrophique, a commencé en cette nuit mémorable où, dans un coin obscur de Shíráz, le Báb, en présence de la première lettre à croire en lui, révéla le premier chapitre de son célèbre commentaire sur la sourate de Joseph (le Qayyúm-i-Asmá') dans lequel il claironna son appel aux souverains et aux princes de la terre. Il passa de l'incubation à la manifestation visible lorsque les prophéties de Bahá'u'lláh, serties pour la nuit des temps dans le Súriy-i-Haykal et prononcées avant la chute dramatique de Napoléon III et l'emprisonnement volontaire du Pape Pie IX au Vatican, se réalisèrent. Il prit de la force lorsque, à l'époque d''Abdu'l-Bahá, la Grande Guerre mit fin aux dynasties des Romanov, des Hohenzollern et des Habsbourg et transforma de puissantes monarchies séculaires en républiques. Il s'accéléra, juste après la mort d''Abdu'l-Bahá, avec la fin de la dynastie Qájár à bout de souffle en Perse et le formidable effondrement du sultanat et du califat. Il se poursuit encore, sous nos propres yeux, quand nous regardons le sort qui s'abat successivement sur les têtes couronnées du continent européen, au cours de cette lutte gigantesque et dévastatrice. Il est certain que quiconque regarderait sans passion les manifestations de ce processus révolutionnaire impitoyable pendant une période comparativement si brève ne pourrait que conclure que ces cent dernières années apparaissent comme l'une des périodes les plus cataclysmiques dans l'histoire de l'humanité en ce qui concerne le destin de la royauté.

12. L'humiliation immédiate et totale

De tous les monarques de la terre, à l'époque où Bahá'u'lláh, leur délivrant son message, révélait le Súriy-i-Mulúk à Andrinople,l'Empereur français et le Pontife suprême étaient les plus augustes et les plus influents. Ils occupaient tous deux le premier rang, l'un dans la sphère politique, l'autre dans la religieuse, et l'humiliation qu'ils subirent tous deux fut à la fois immédiate et totale.

Napoléon III, fils de Louis Bonaparte (frère de Napoléon I) était le plus éminent des monarques de son époque à l'ouest, peu d'historiens le nieront. "L'Empereur" disait-on de lui "est l'état". La capitale française était la capitale la plus attrayante d'Europe, et la cour française "la plus brillante et luxueuse du XIXème siècle". Possédant une ambition ferme et indestructible, il aspirait à rivaliser avec l'exemple et à terminer le travail interrompu de son oncle impérial. Rêveur, conspirateur, d'une nature changeante, hypocrite et téméraire, tirant profit de la politique menée visant à encourager l'intérêt renaissant vis-à-vis de la carrière de son grand modèle, il chercha, lui l'héritier du trône napoléonien, à renverser la monarchie. Manquant sa tentative, il fut déporté en Amérique, capturé ensuite au cours d'une tentative d'invasion de la France, condamné à la captivité à perpétuité, il s'enfuit à Londres jusqu'à ce qu'en 1848, la révolution entraîne son retour et lui permette de renverser la constitution, après quoi il fut proclamé empereur. Bien que capable de faire naître des mouvements de grande envergure, il n'avait ni la sagacité, ni le courage nécessaire pour les contrôler.

A cet homme, le dernier empereur des Français, qui, par des conquêtes étrangères, s'était efforcé de rendre sa dynastie populaire, qui même avait pour idéal de faire de la France le centre d'un nouvel Empire romain - à cet homme, l'exilé d''Akká, déjà banni à trois reprises par le Sultán 'Abdu'l-'Azíz, avait fait parvenir de derrière les murs de la caserne où il était emprisonné une épître qui contenait cette accusation tout à fait claire et cette prophétie menaçante : Nous affirmons que ce qui te réveilla, ce ne furent pas leurs cris [des Turcs noyés dans la Mer Noire], mais l'impulsion de tes propres passions car nous t'avons mis à l'épreuve et nous t'avons trouvé faible.... Si tes paroles avaient été sincères, tu n'aurais pas rejeté derrière toi le Livre de Dieu [Tablette précédente] quand il t'a été envoyé par Celui qui est le Tout-Puissant, le Très-Sage.... A cause de ce que tu as fait, ton royaume sera jeté dans la confusion et ton empire t'échappera des mains, en punition de ce que tu as accompli.

Le message précédent de Bahá'u'lláh, transmis à l'empereur par l'un des ministres français, avait reçu un accueil dont la nature peut être devinée à partir des mots repris dans "L'Epître au Fils du Loup" : A cela [la première Tablette], il ne répondit cependant pas. Après notre arrivée dans la très grande prison, nous reçûmes une lettre de son ministre dont la première partie était en persan, et la seconde de sa propre écriture. Il y était chaleureux et écrivait ce qui suit : "J'ai remis votre lettre comme vous me l'aviez demandé et n'ai reçu jusqu'à présent aucune réponse. Pourtant, nous avions donné les recommandations nécessaires à notre ministre à Constantinople et à nos consuls dans ces régions. Si vous désirez que nous fassions quoi que ce soit, faites-le nous savoir et nous le ferons." De ces mots, il sembla clair qu'il comprenait que ce serviteur recherchait une assistance matérielle.

Dans sa première Tablette, Bahá'u'lláh, désirant tester la sincérité des motivations de l'empereur et adoptant délibérément un ton humble et non provocant, s'était adressé à lui dans les termes suivants, après avoir parlé des souffrances qu'il avait endurées : Deux déclarations gracieusement prononcées par le roi de l'époque sont parvenues aux oreilles de ces opprimés. Elles sont en vérité les reines de toutes les déclarations et l'on n'en a jamais entendu de semblables de la part de n'importe quel souverain. La première fut la réponse donnée au gouvernement russe lorsqu'il demanda pourquoi la guerre [de Crimée] s'abattait sur lui. Tu lui répondis : "Les cris des opprimés qui, sans faute ni offense, furent noyés dans la Mer Noire m'ont réveillé le matin. C'est pourquoi j'ai pris les armes contre toi." Ces opprimés cependant ont souffert de plus grands maux et sont dans une plus grande détresse. Alors que les épreuves infligées à ces gens ne durèrent qu'un seul jour, les tourments supportés par ces serviteurs ont duré vingt cinq ans dont chaque moment a représenté pour nous une peine douloureuse. L'autre déclaration importante qui fut en fait une déclaration incroyable est la suivante : "Il est de notre responsabilité de venger les opprimés et de secourir les faibles." La renommée de la justice et de l'équité de l'empereur a donné l'espoir à de nombreuses âmes. Il convient au roi de l'époque de s'enquérir des conditions de ceux qui ont été maltraités et il lui appartient d'étendre son assistance aux faibles. En vérité il n'y a pas eu et il n'y a toujours pas sur terre quelqu'un qui soit aussi maltraité que nous ni aussi faible que ces vagabonds.

On rapporte que lorsqu'il reçut ce premier message, ce monarque superficiel, rusé et plein d'orgueil jeta la Tablette en disant : "Si cet homme est Dieu, alors, je suis deux dieux !" Il est clairement établi que celui qui a transmis la seconde Tablette, l'avait cachée dans son chapeau afin d'échapper à la stricte surveillance des gardes, et put la remettre à un agent français qui demeurait à Akká et qui, comme l'a affirmé Nabíl dans son récit, l'a traduite en français et envoyée à l'empereur, devenant lui-même croyant lorsqu'il vit par la suite la réalisation d'une prophétie si remarquable.

La signification des paroles sombres et lourdes de sens de Bahá'u'lláh dans sa seconde Tablette fut bientôt révélée. Celui qui fut poussé à provoquer la guerre de Crimée à cause de ses désirs égoïstes, mû par une rancune personnelle à l'égard de l'empereur russe, impatient de déchirer le traité de 1815 afin de venger le désastre de Moscou et cherchant à couvrir son trône d'une gloire militaire, fut bientôt lui-même englouti dans une catastrophe qui le précipita dans la poussière et fit plonger la France de sa position dominante parmi les nations au rang de quatrième puissance en Europe.

La Bataille de Sedan scella en 1870 le sort de l'empereur français. Toute son armée fut détruite et se rendit, ce qui constitua la plus grande capitulation jamais vue dans l'histoire moderne. Une indemnité écrasante fut exigée. Il fut lui-même fait prisonnier. Son fils unique, le prince impérial, fut tué quelques années plus tard dans la guerre contre les Zoulous. L'empire disparut, son programme non réalisé. La République fut proclamée. Paris par conséquent fut assiégé et capitula. Puis vint "l'année terrible" marquée par la guerre civile, dépassant en férocité la guerre franco-germanique. Guillaume Ier, le roi de Prusse, fut proclamé empereur allemand dans le palais même où s'élevait un "monument puissant, symbole du pouvoir et de l'orgueil de Louis XIV, un pouvoir qui avait été consolidé dans une certaine mesure par l'humiliation de l'Allemagne." Démis par un désastre "si effroyable qu'il résonna à travers le monde", ce monarque faux et vantard dut supporter à la fin de sa vie et jusqu'à sa mort le même exil qu'il avait si impitoyablement ignoré dans le cas de Bahá'u'lláh.

Une humiliation moins spectaculaire et pourtant historiquement plus importante attendait le Pape Pie IX. Ce fut à lui qui se considérait comme le vicaire du Christ que Bahá'u'lláh écrit que la parole que le Fils [Jésus] a cachée est maintenant rendue manifeste, qu'elle a été envoyée sous la forme du temple humain, que la parole, c'était Lui et qu'Il était Lui-même le Père. Ce fut à celui qui se qualifiait lui-même de "serviteur des serviteurs de Dieu" que le Promis de tous les temps, dévoilant son rang dans sa plénitude, annonça que Celui qui est le Seigneur des seigneurs est arrivé couvert de nuages. Ce fut à lui qui clamait être le successeur de Saint Pierre que Bahá'u'lláh rappela que voici le jour où la pierre [Pierre] appelle et s'écrie...., disant : voilà, le père est arrivé et ce qui vous était promis dans le royaume s'est accompli. Ce fut à lui, le porteur de la triple couronne qui devint par la suite le premier prisonnier du Vatican, que le divin prisonnier d'Akká ordonna d'abandonner ses palais à qui les désirent, de vendre tous les riches ornements qu'il possédait, de les dépenser sur le chemin de Dieu, d'abandonner son royaume aux rois et de sortir de sa demeure le visage tourné vers le royaume.

Le Comte Mastai-Ferretti, Evêque d'Imola, 254ème pape depuis le début du primat de St Pierre, élevé au rang apostolique deux ans après la déclaration du Báb, et dont le pontificat dura plus longtemps que ses prédécesseurs, sera à jamais reconnu comme l'auteur de la Bulle qui déclarait l'immaculée conception de la Vierge Marie (1854) à laquelle le Kitáb-i-Iqán fait référence comme étant une doctrine de l'Eglise, et comme le promulgateur du nouveau dogme de l'infaillibilité du Pape (1870). Autoritaire de nature, homme d'état médiocre, peu enclin à la conciliation, déterminé à préserver toute son autorité, il ne put finalement, alors qu'il parvenait par une attitude ultramontaine à davantage définir sa position et à renforcer son autorité spirituelle, maintenir ce pouvoir temporel que les chefs de l'Eglise catholique avaient exercé pendant tant de siècles.

Ce pouvoir temporel se réduisit à travers les âges à des proportions insignifiantes. Les décades précédant sa disparition connurent les plus grandes vicissitudes. A mesure que le soleil de la révélation de Bahá'u'lláh atteignait son plein éclat du midi, les ombres assaillant le patrimoine affaibli de Saint Pierre s'épaississaient. La Tablette adressée par Bahá'u'lláh à Pie IX précipita sa disparition. Un coup d'oeil rapide sur l'évolution de sa destinée en déclin pendant ces décades suffira. Napoléon I avait chassé le Pape de ses propriétés. Le Congrès de Vienne avait rétabli son pouvoir et mis l'administration aux mains des prêtres. La corruption, la désorganisation, l'incapacité d'assurer la sécurité intérieure, la restauration de l'inquisition, avaient amené un historien à affirmer qu'"aucune région d'Italie, peut-être même d'Europe, mis à part la Turquie n'est dirigée comme l'est cet état ecclésiastique". Rome était une "ville en ruines tant matérielle que morale". Les insurrections amenèrent l'Autriche à intervenir. Cinq grandes puissances demandèrent d'introduire des réformes de grande envergure, le Pape promit mais n'y arriva pas. L'Autriche s'imposa à nouveau mais se heurta à la France. Toutes deux s'observèrent sur le sol papal jusqu'en 1838 lorsqu'à leur retrait, l'absolutisme fut restauré. Le pouvoir temporel du Pape fut alors dénoncé par certains de ses propres sujets, annonçant sa disparition en 1870. Des complications d'ordre intérieur le contraignirent à s'enfuir de Rome, alors proclamée république, dans la nuit noire, déguisé en humble prêtre. Il reçut par la suite des Français son ancien statut. La création du royaume d'Italie, la politique changeante de Napoléon III, le désastre de Sedan, les mauvaises actions du gouvernement papal dénoncées par Clarendon au Congrès de Paris mettant fin à la Guerre de Crimée comme étant une "honte pour l'Europe", scellèrent le destin de cette autorité chancelante.

En 1870, après que Bahá'u'lláh ait révélé son épître au Pape Pie IX, le Roi Victor Emmanuel II déclara la guerre aux états papaux, ses troupes entrèrent à Rome et s'en emparèrent. La veille de son occupation, le Pape se rendit à la Basilique de Latran et, malgré son âge, le visage baigné de larmes, il monta la Scala Santa sur les genoux. Le lendemain matin, comme les cannons commençaient à résonner, il fit hisser le drapeau blanc sur le dôme de Saint Pierre. Spolié, il refusa de reconnaître cette "création de la révolution", excommunia les envahisseurs de son état, traita le Roi Victor Emmanuel de "roi voleur", "qui oublie tous les principes religieux, dédaigne tous les droits, piétine toutes les lois". Rome, la "Cité éternelle sur laquelle reposent vingt-cinq siècles de gloire", dirigée sans partage par les papes pendant dix siècles, devint finalement le siège du nouveau royaume, le lieu de cette humiliation prévue par Bahá'u'lláh et provoquée par le prisonnier du Vatican lui-même.

"Les dernières années de la vie du vieux Pape furent douloureuses" écrit un commentateur de sa vie. "A ses infirmités physiques venait s'ajouter la peine de voir bien trop souvent la foi bafouée au coeur même de Rome, les ordres religieux spoliés et persécutés, les évêques et les prêtres privés de l'exercice de leurs fonctions".

Tous les efforts pour réparer la situation créée en 1870 furent vains. L'archevêque de Posen se rendit à Versailles pour solliciter au nom du Pape l'intervention de Bismarck, mais il fut reçut froidement. Un parti catholique fut ensuite mis sur pied en Allemagne afin d'exercer une pression politique sur le Chancelier allemand. Tout cependant fut vain. Le processus puissant dont nous avons déjà parlé devait poursuivre inexorablement sa course. Même maintenant, après plus d'un demi-siècle, la soi-disante restauration de la souveraineté temporelle n'a servi qu'à amplifier l'impuissance de ce prince jadis puissant dont le nom faisait trembler les rois qui se soumettaient volontairement à sa double souveraineté. Cette souveraineté temporelle, pratiquement réduite à la minuscule Cité du Vatican, laissant Rome propriété incontestée d'une monarchie séculaire, s'obtint au prix d'une reconnaissance sans réserve, si longtemps refusée, du royaume d'Italie. Le Traité de Latran, qui affirme avoir résolu une fois pour toutes la Question romaine, a en fait assuré à un pouvoir séculaire, dans le respect de la Cité enclavée, une liberté d'action empreinte d'incertitudes et de dangers. "Les deux âmes de la Cité éternelle" a observé un écrivain catholique "ont été séparées l'une de l'autre pour mieux s'affronter encore qu'auparavant".

Le souverain pontife peut bien rappeler le règne du plus puissant de ses prédécesseurs, Innocent III, qui, durant les dix-huit années de son pontificat, a couronné et déposé des rois et des empereurs, dont les interdits ont empêché des nations de pratiquer le culte chrétien, dont le légat a reçu à ses pieds la couronne du roi d'Angleterre et à la voix duquel furent entreprises les quatrième et cinquième croisades.

Le processus auquel il a déjà été fait référence aurait-il pu ne pas entraîner, pendant son développement, pendant les tumultueuses années réservées à l'humanité, dans ce même domaine, une commotion encore plus dévastatrice que celle déjà provoquée ?

L'effondrement dramatique du troisième Empire et de la dynastie de Napoléon, la disparition virtuelle de la souveraineté temporelle du souverain pontife pendant la vie de Bahá'u'lláh ne furent que des signes précurseurs de catastrophes encore plus grandes qui ont marqué peut-on dire le ministère d'Abdu'l-Bahá. Les forces libérées par un conflit dont la pleine signification reste encore insondée et constituant, on peut le dire, un prélude à la plus dévastatrice de toutes les guerres peuvent très bien être considérés comme la cause de ces terribles catastrophes. La progression de la Guerre 1914-1918 détrôna la Maison des Romanov et sa fin précipita la chute de la dynastie des Habsbourg ainsi que de celle des Hohenzollern.

13. La montée du Bolchevisme

La montée du Bolchevisme, né parmi les feux de cette lutte indécise, ébranla le trône des tsars et le renversa. Alexandre II Nicolaevitch à qui Bahá'u'lláh avait ordonné dans sa Tablette de se lever... et d'appeler les nations à Dieu, qui, à trois reprises, fut prévenu : prends garde que tes désirs ne t'empêchent de te tourner vers la face de ton Seigneur, prends garde de ne point troquer ce rang sublime, prends garde que ta souveraineté ne te retienne loin de Celui qui est le Souverain suprême, ne fut pas en fait le dernier des tsars à diriger son pays mais plutôt l'initiateur d'une politique rétrograde qui s'avéra finalement fatale tant pour lui-même que pour sa dynastie.

Dans les dernières années de son règne, il introduisit une politique réactionnaire qui, en suscitant une désillusion largement répandue, fit naître le nihilisme qui, en se propageant, marqua le début d'une période de terrorisme d'une violence sans précédent, menant à son tour à plusieurs attentats contre sa vie, et culminant par son assassinat. La politique de son successeur Alexandre III, qui "adopta une attitude de méfiante hostilité à l'égard des innovateurs et des libéraux" fut guidée par une sévère répression. La tradition d'absolutisme inconditionné, d'orthodoxie religieuse extrême, fut poursuivie par l'encore plus sévère Nicolas II, le dernier des tsars qui, guidé par les conseils d'un homme qui était "l'incarnation même d'un despotisme borné, obstiné", assisté par une bureaucratie corrompue et humilié par les effets désastreux d'une guerre étrangère, fit s'accroître le mécontentement général des masses, aussi bien des intellectuels que des paysans. Pour un temps cantonné à des filières souterraines et intensifié par des revers militaires, ce mouvement explosa finalement au milieu de la Grande Guerre sous forme d'une révolution qui ne connut guère de pareil dans l'histoire moderne, par les principes qu'elle défiait, par les institutions qu'elle renversait et par les ravages qu'elle entraînait.

Les fondations de ce pays furent saisies et secouées par un grand tremblement. La lumière de la religion s'affaiblit. Les institutions ecclésiastiques de tous noms furent balayées. L'état religieux fut privé de ses dotations, persécuté et aboli. Un vaste empire fut démembré. Un prolétariat militant, triomphant, exila les intellectuels, dépouilla et massacra la noblesse. La guerre civile et la maladie décimèrent une population déjà en proie aux souffrances et au désespoir. Et finalement, le maître d'un puissant empire, ainsi que son épouse, sa famille, sa dynastie, furent précipités dans le tourbillon de cette grande convulsion et périrent.

Le jugement même qui amoncela tant de terribles malheurs sur l'empire des tsars aboutit dans son stade ultime à la chute du puissant Kaiser allemand ainsi qu'à celle de l'héritier du jadis célèbre saint Empire romain. Il brisa tout l'édifice de l'Allemagne impériale qui avait émergé du désastre qui engloutit la dynastie napoléonienne, et porta un coup fatal à la double monarchie.

Près d'un demi siècle auparavant, Bahá'u'lláh qui avait prédit en des termes clairs et retentissants la chute honteuse du successeur du grand Napoléon avait lancé dans le Kitáb-i-Aqdas un avertissement non moins significatif au Kaiser Guillaume Ier, le récent vainqueur, et avait prophétisé, dans son apostrophe aux rives du Rhin, en des termes tout aussi clairs, le deuil qui allait envahir la capitale du nouvel empire fédéré.

Bahá'u'lláh s'adressa à lui en ces termes : Te souviens-tu de celui dont la puissance dépassait ta puissance [Napoléon] et dont le rang dépassait ton rang .... O roi, songe à lui et à ceux qui, comme toi, ont conquis des villes et régné sur des hommes. Et aussi : O rives du Rhin ! Nous vous avons vues couvertes de sang, car les épées du châtiment étaient tirées contre vous. Et cela se produira encore. Et nous entendons les lamentations de Berlin bien que, en ce jour, sa gloire soit évidente.

Sur celui qui, dans sa vieillesse, connut deux attentats à sa vie perpétrés par les partisans de la vague montante du socialisme; sur son fils Frédéric III, dont le règne de trois mois fut éclipsé par une maladie mortelle; et enfin sur son petit-fils, Guillaume II, l'obstiné et présomptueux monarque, destructeur de son propre empire - sur eux retomba, à des degrés divers, tout le poids des responsabilités résultant de ces terribles discours.

Guillaume Ier, premier empereur d'Allemagne et septième roi de Prusse, qui passa toute sa vie à l'armée, jusqu'à son accession au pouvoir, était un dirigeant militariste, autocratique, rempli d'idées dépassées, qui, aidé par un homme d'état considéré à juste titre comme "l'un des génies de ce siècle", initia une politique qui inaugura, on peut le dire, une nouvelle ère non seulement pour la Prusse, mais pour le monde. Cette politique fut menée avec une conscience caractéristique et parachevée par les mesures répressives prises pour la défendre et la soutenir, par les guerres déclarées pour la réaliser et par les coalitions politiques formées ensuite pour l'exalter et la renforcer, coalitions qui eurent tant de conséquences désastreuses pour le continent européen.

Guillaume II, d'un tempérament dictatorial, politiquement inexpérimenté, militairement belliqueux, religieusement hypocrite, se fit passer pour l'apôtre de la paix en Europe tout en insistant en fait sur "la main gantelée" et "l'armure luisante". Irresponsable, imprudent, démesurément ambitieux, sa première action fut de démettre de ses fonctions cet homme d'état avisé, le véritable fondateur de son empire, à qui Bahá'u'lláh rendit hommage pour son intelligence et dont 'Abdu'l-Bahá confirma la stupidité de son maître impérial et ingrat. La guerre en réalité devint une religion dans son pays et en élargissant la portée de ses activités diverses, il oeuvra à préparer la voie à cette catastrophe finale qui devait le détrôner lui et sa dynastie. Et lorsqu'éclata la guerre, que la puissance de ses armées parut surpasser ses adversaires et que la nouvelle de ses triomphes se répandit au loin, résonnant aussi loin qu'en Perse, des voix se levèrent pour ridiculiser les passages du Kitáb-i-Aqdas qui prédisaient si clairement les malheurs qui devaient s'abattre sur sa capitale. Soudainement cependant, des revers rapides et imprévisibles le frappèrent mortellement. La révolution éclata. Guillaume II, désertant ses armées, s'enfuit honteusement en Hollande, suivi par le prince impérial. Les princes des états allemands abdiquèrent. Une période de chaos s'ensuivit. Le drapeau communiste fut hissé dans la capitale qui devint un chaudron de confusion et de contestation civile. Le Kaiser signa son abdication. La constitution de Weimar établit la république, brisant sur le sol la terrible structure élaborée avec tant de soins par une politique de sang et de fer. Tous les efforts, qui, par une législation intérieure et par des guerres extérieures, avaient été consentis depuis l'accession de Guillaume Ier au trône de la Prusse, furent réduits à néant. Les lamentations de Berlin, torturée par les termes d'un traité odieux dans sa sévérité, s'élevèrent, faisant contraste avec les cris de victoire hilares qui résonnèrent un demi siècle auparavant dans la salle des miroirs du Palais de Versailles.

Le monarque Habsbourg, héritier de siècles d'histoire glorieuse, dégringola en même temps de son trône. C'était François Joseph, à qui Bahá'u'lláh reprocha dans le Kitáb-i-Aqdas d'avoir manqué à son devoir qui était d'examiner sa Cause, sans même rechercher sa présence, alors qu'il lui était si accessible lors de sa visite en terre sainte. Tu es passé près de lui reproche-t-il à l'empereur pèlerin, et tu ne t'es pas enquis de lui.... Nous avons été de tous temps avec toi et nous t'avons trouvé accroché à la branche sans te soucier de la racine.... Ouvre les yeux afin de contempler cette glorieuse vision, de reconnaître Celui que tu invoques jour et nuit et de fixer la lumière qui brille au-dessus de cet horizon lumineux.

Dès que ces mots furent prononcés, la maison des Habsbourg où le titre impérial était resté de façon presqu'héréditaire pendant près de cinq siècles fut de plus en plus menacée par les forces de la désintégration intérieure, sema les graines d'un conflit extérieur et finit par succomber à ces deux situations. François Joseph, empereur d'Autriche, roi de Hongrie et dirigeant réactionnaire, rétablit les anciens abus, ignora les droits des nationalités et restaura cette centralisation bureaucratique qui s'avéra finalement si préjudiciable à son empire. Des tragédies répétées assombrirent son règne. Son frère Maximilien fut abattu à Mexico. Le prince impérial Rodolphe mourut dans une affaire déshonorante. L'impératrice fut assassinée à Genève. L'archiduc François Ferdinand et sa femme furent tués à Sarajevo, allumant une guerre au milieu de laquelle l'empereur lui-même mourut, mettant fin à un règne sans précédent au niveau des malheurs qu'il apporta à la nation.

14. La fin de l'Empire romain

Des efforts tardifs furent consentis pour stabiliser son trône chancelant. "L'empire délabré", mélange d'états, de races et de langues, se désintégra néanmoins implacablement et rapidement. La situation politique et économique était désespérée. La défaite de l'Autriche et de la Hongrie, dans la même guerre, sonna le glas de l'empire et provoqua son démembrement. La Hongrie coupa ses liens. L'empire congloméré se morcela et tout ce qu'il resta du Saint Empire Romain naguère redoutable, se réduisit à une république rétrécie qui mena une existence misérable jusqu'à disparaître complètement plus récemment, contrairement à sa nation soeur, jusqu'à être balayée de la carte politique de l'Europe.

Tel fut le destin de l'empire de Napoléon, des Romanov, des Hohenzollern et des Habsbourg dont les dirigeants, de même que l'occupant souverain du trône papal, furent individuellement apostrophés par la Plume du Très Haut et tour à tour corrigés, prévenus, condamnés, blâmés et admonestés. Et que dire du destin de ces souverains qui, exerçant une compétence politique directe sur la Foi, sur ses fondateurs et sur ses disciples, ayant vu naître et se répandre cette Foi dans les limites de leurs circonscriptions, se permirent de crucifier son héraut, de bannir son fondateur et de massacrer ses disciples ?

15. Qu'advint-il de la Turquie et de la Perse ?

Déjà du vivant de Bahá'u'lláh et ensuite, pendant le ministère d''Abdu'l-Bahá, les premiers coups d'un châtiment lent mais néanmoins stable et impitoyable tombèrent tant sur les dirigeants de la maison turque des Ottomans que sur la dynastie Qajár en Perse - ennemis jurés de cette nouvelle Foi de Dieu. Le sultan 'Abdu'l-'Azíz fut déchu du pouvoir et assassiné peu après que Bahá'u'lláh ait été banni d'Andrinople alors que le Sháh Násiri'd-Dín succomba aux balles d'un assassin alors qu''Abdu'l-Bahá était incarcéré à la cité-prison d''Akká. Ce fut cependant réservé à la période formative de la Foi de Dieu - période de la naissance et de l'apparition de son ordre administratif - dont le déroulement apporte, comme mentionné dans une communication précédente, un tel tumulte dans le monde, de connaître non seulement la disparition de ces deux dynasties, mais aussi l'abolition des deux institutions jumelles que sont le sultanat et le califat.

Des deux despotes, 'Abdu'l''Azíz était le plus puissant, son rang était le plus élevé, sa culpabilité la plus grande et c'était lui le plus concerné par les épreuves et les malheurs du fondateur de notre Foi. Ce fut lui qui, par ses farmáns, bannit Bahá'u'lláh à trois reprises, et ce fut sur ses terres que la manifestation de Dieu passa la plupart de ses quarante années de captivité. Ce fut pendant son règne et pendant celui de son neveu et successeur, 'Abdu'l-Hamíd II, que le centre de l'Alliance de Dieu dut endurer pendant plus de quarante ans, dans la cité prison d''Akká, une incarcération semée de si nombreux dangers, humiliations et privations.

Voici les appels lancés au sultan 'Abdu'l-'Azíz par Bahá'u'lláh : Ecoute O roi le discours de celui qui dit la vérité, celui qui ne te demande pas de le récompenser avec les choses que Dieu a choisi de t'accorder, celui qui suit sans dévier le droit chemin.... Observe O roi, du plus profond de ton coeur et de tout ton être, les préceptes de Dieu, et ne suis pas les traces de l'oppresseur.... Ne mets pas ta confiance dans tes trésors. Place-la entièrement dans la grâce de Dieu, ton Seigneur.... Ne transgresse pas les limites de la modération, et sois juste envers ceux qui te servent.... Place devant tes yeux la balance infaillible de Dieu et, comme si tu étais en sa présence, pèses-y tes actions chaque jour, à chaque moment de ta vie. Juge-toi toi-même avant d'être appelé au jugement le Jour où aucun homme n'aura la force de se tenir debout, par crainte de Dieu, le Jour où le coeur des insouciants se mettra à trembler.

Dans le Lawh-i-Ra'ís, Bahá'u'lláh prophétise en ces termes : Le jour est proche où la terre du mystère [Andrinople] et ses alentours changeront et échapperont des mains du roi; des troubles apparaîtront et la voix des lamentations s'élèvera; les preuves du mal seront révélées de toutes parts, la confusion s'étendra à cause de ce que les armées de l'oppression infligèrent à ces captifs. Le cours des choses changera et la situation évoluera si mal que le sable même des collines désertées se lamentera, que les arbres sur la montagne pleureront et que le sang jaillira de tout. Alors tu verras ton peuple dans une grande détresse.

Il a en outre écrit : Bientôt Il vous saisira dans sa violente colère, la révolte fomentera au milieu de vous et vos territoires seront disloqués. Alors vous pleurerez et vous lamenterez et vous ne trouverez personne pour vous aider ou vous secourir.... A plusieurs reprises le malheur vous a frappés et pourtant vous n'y avez jamais pris garde. L'un d'entre eux fut l'incendie qui dévasta presque toute la ville [Constantinople] avec les flammes de la justice et sur lequel furent composés de nombreux poèmes qui affirmèrent que jamais on n'avait assisté à un tel incendie. Et pourtant vous vous êtes enfoncés dans l'insouciance.... La peste également éclata et vous n'y avez toujours pas pris garde ! Soyez dans l'expectative cependant car la colère de Dieu est prête à s'abattre sur vous. Bientôt vous verrez ce qui vous a été envoyé par la Plume de mon commandement.

Dans une autre Tablette, anticipant la chute du sultanat et du califat, il blâme en ces termes les forces combinées de l'Islam sunnite et chiite : Vos actes ont humilié le rang exalté du peuple, ont renversé l'étendard de l'Islam et fait choir son trône puissant.

Enfin, dans le Kitáb-i-Aqdas, révélé peu de temps après que Bahá'u'lláh ait été banni à 'Akká, il apostrophe ainsi le siège du pouvoir impérial turc : O lieu situé sur la rive des deux mers ! En vérité c'est sur toi que s'est établi le trône de la tyrannie et c'est en ton sein que s'est allumé le feu de la haine.... Tu es en réalité imbu d'un orgueil manifeste. Ton apparente splendeur t'a-t-elle rendu vaniteux ? Par Celui qui est le Seigneur de l'humanité ! Cela bientôt périra et tes filles, tes veuves et toutes les familles qui vivent en toi se lamenteront. Ainsi t'informe l'Omniscient, le Très-Sage.

En réalité, dans un passage très remarquable du Lawh-i-Fu'ád où il est fait mention de la mort du Páshá 'Fu'ád, ministre turc des affaires étrangères, la chute du sultan lui-même est clairement annoncée : Bientôt nous démettrons celui qui était comme lui, nous nous emparerons de leur chef qui dirige le pays et en vérité je suis le Tout-Puissant, l'Irrésistible.

La réaction du sultan à ces mots se rapportant à sa personne, à son empire, à son trône, à sa capitale et à ses ministres se devine au récit des souffrances qu'il infligea à Bahá'u'lláh et dont il est déjà fait mention au début de ces pages. La disparition de cette splendeur superficielle entourant ce siège orgueilleux du pouvoir impérial est le sujet que je m'apprête maintenant à traiter.

16. Le funeste destin de la Turquie impériale

Un processus tenant du cataclysme, l'un des plus remarquables dans l'histoire moderne, se mit en mouvement dès que Bahá'u'lláh, prisonnier à Constantinople, remit à un fonctionnaire turc sa Tablette adressée au sultan 'Abdu'l-'Azíz et à ses ministres afin qu'elle soit transmise à 'Alí Páshá, le Grand Vizir. Comme l'affirma ce fonctionnaire et le confirma Nabíl dans sa chronique, ce fut cette Tablette qui affecta si profondément le Vizir qu'il pâlit en la lisant. Ce processus reçut une nouvelle impulsion après que le Lawh-i-Ra'ís fut révélé au lendemain du bannissement définitif de son auteur d'Andrinople à 'Akká. Inexorablement, dévastateur et d'une force toujours croissante, il se développa sinistrement, portant atteinte au prestige de l'empire, démantelant ses territoires, détrônant ses sultans, renversant leur dynastie, dépouillant et déposant son calife, séparant sa religion et éteignant sa gloire. "L'homme malade" de l'Europe, dont l'état avait été diagnostiqué avec assurance par le Docteur divin et dont l'issue avait été jugée inévitable, fut saisi, pendant le règne de cinq sultans successifs, tous abâtardis, tous démis, d'une série de convulsions qui eurent finalement raison de sa vie. La Turquie impériale qui avait été admise, sous 'Abdu'l-Majíd, dans le concert européen et qui était sortie victorieuse de la Guerre de Crimée, entra, sous son successeur 'Abdu'l-Azíz dans une période de déclin rapide qui culmina juste après la mort d''Abdu'l-Bahá avec le tragique destin que le jugement de Dieu avait prononcé contre elle.

Des soulèvements en Crète et dans les Balkans marquèrent le règne de ce 32ème sultan de sa dynastie, un despote à l'esprit niais, à la témérité extrême, à l'extravagance débridée. La question orientale (?) entra dans une phase critique. Sa mauvaise administration flagrante fit naître des mouvements qui eurent des conséquences incalculables sur son royaume alors que ses emprunts continus et énormes, menant à un état de semi-banqueroute, introduisirent le principe du contrôle étranger sur les finances de son empire. Une conspiration, menant à une révolution de palais le démit finalement. Une fatvá du muftí dénonça son incapacité et son extravagance. Il fut assassiné quatre jours plus tard et son neveu Murád V, à l'esprit détruit par l'alcoolisme et par un long emprisonnement dans la cage lui succéda. Déclaré stupide, il fut déposé après un règne de trois mois et c'est le subtil, l'ingénieux, le méfiant et le tyrannique 'Abdu'l-Hamíd qui lui succéda et "s'avéra être le plus mesquin, le plus fourbe, le plus déloyal et le plus cruel intrigant de la longue dynastie Ottomane". "Personne ne savait" a-t-on écrit de lui "d'un jour à l'autre qui, d'une favorite de son harem, d'un eunuque, d'un quelconque derviche fanatique, d'un astrologue ou d'un espion allait émettre le conseil qui coifferait celui de ses soi-disants ministres." Les atrocités bulgares annoncèrent le règne noir de ce "grand assassin" qui fit trembler l'Europe d'horreur et qui fut décrit par Gladstone comme "le plus vil et le plus noir des crimes connus en ce [XIXème] siècle". La guerre de 1877-78 accéléra le processus du démembrement de l'empire. Plus de onze millions de personnes furent libérées du joug turc. Les troupes russes occupèrent Andrinople. La Serbie, le Monténégro et la Roumanie proclamèrent leur indépendance. La Bulgarie devint un état auto-géré, tributaire du sultan. Chypre et l'Egypte furent occupés. Les Français exerçaient un protectorat sur Tunis. La Roumélie orientale fut cédée à la Bulgarie. Les massacres organisés des Arméniens, concernant directement ou indirectement cent mille âmes, ne furent qu'un avant-goût des bains de sang encore plus vastes qui devaient sévir dans un règne ultérieur. L'Autriche perdit la Bosnie et l'Herzégovine. La Bulgarie obtint son indépendance. Le mépris universel et la haine d'un souverain abominable, partagés aussi bien par ses sujets chrétiens que musulmans, culminèrent finalement en une révolution rapide et générale. Le Comité des jeunes Turcs reçut de l'Islam Shaykhu'l la condamnation du sultan. Abandonné et sans amis, haï de ses sujets et méprisé de ses pairs dirigeants, il dut abdiquer et fut fait prisonnier d'état, mettant ainsi fin à un règne "plus désastreux au niveau des pertes de territoires immédiates et de la certitude d'en perdre d'autres, plus marquant au niveau de la détérioration des conditions de ses sujets, que celui de n'importe lequel de ses vingt-trois autres prédécesseurs abâtardis depuis à la mort de Soliman le Magnifique."

La fin d'un règne si déshonorant ne fut que le début d'une nouvelle ère qui, bien que favorablement accueillie au départ, était destinée à connaître l'effondrement de l'état ottoman délabré et rongé de l'intérieur. Muhammad V, un frère d''Abdu'l-Hamíd II, d'une insignifiance totale, ne réussit pas à améliorer le statut de ses sujets. Les folies de son gouvernement finirent par sceller le destin tragique de l'empire. La Guerre de 1914-1918 fournit l'occasion. Des revers militaires firent émerger les forces qui minaient ses fondations. Alors que l'on se battait encore, la défection du Shérif de La Mecque et la révolte des provinces arabes annoncèrent la convulsion qui allait saisir le trône turc. La fuite précipitée et la destruction complète de l'armée de Jamál Páshá, commandant en chef en Syrie - lui qui, après son retour triomphant d'Egypte, avait juré de raser la tombe de Bahá'u'lláh et de crucifier publiquement le centre de son Alliance sur une place publique de Constantinople - donnèrent le signal du némésis (de la vengeance) qui devait s'abattre sur un empire en détresse. Les neuf dixièmes des grandes armées turques avaient fondu. Un quart de la population totale avait trouvé la mort dans la guerre, dans la maladie, la famine et les massacres.

Un nouveau dirigeant, Muhammad VI, le dernier des vingt-cinq sultans dégénérés qui se sont succédés, avait entre-temps succédé à son pitoyable frère. L'édifice de l'empire tremblait à présent et menaçait de tomber. Mustafá Kamál lui assena le coup final. La Turquie qui était déjà réduite à un petit état asiatique devint une république. Le sultan fut déposé, le sultanat Ottoman prit fin, un pouvoir qui avait été respecté pendant six siècles et demi s'éteignit. Un empire qui s'était étendu du centre de la Hongrie au Golfe persique et au Soudan, et de la Mer Caspienne à Oran en Afrique, se réduisait maintenant à une petite république asiatique. Même Constantinople, honorée après la chute de Byzance comme étant la splendide métropole de l'Empire romain et devenue capitale du gouvernement ottoman, fut abandonnée par ses conquérants et dépouillée de son faste et de sa gloire - un rappel muet de l'ignoble tyrannie qui avait si longtemps entaché son trône.

Ainsi furent, dans les grandes lignes, les terribles preuves de cette justice vengeresse qui tourmenta si tragiquement 'Abdu'l-'Azíz, ses successeurs, son trône et sa dynastie. Que dire du Sháh Násiri'd-Dín, l'autre associé de cette conspiration impériale qui chercha à extirper, racines et branches, la Foi bourgeonnante de Dieu ? Sa réaction au message divin qui lui fut apporté par le courageux Badí', la "fierté des martyrs", qui s'était spontanément offert pour cette mission, fut caractéristique de cette haine implacable qui, tout au long de son règne, brûla si vivement dans sa poitrine.

17. Le châtiment divin de la Dynastie Qájár

L'Empereur français avait, cela fut rapporté, lancé au loin la Tablette de Bahá'u'lláh et ordonné à son ministre, Bahá'u'lláh lui-même l'affirme, d'envoyer à son auteur une réponse irrespectueuse. Le grand Vizir d''Abdu'l-'Azíz, tient-on de source sûre, pâlit à la lecture du message adressé à son maître impérial et à ses ministres et fit le commentaire suivant : "C'est comme si le roi des rois envoyait ses ordres au plus humble de ses rois vassaux et lui dictait sa conduite !" On dit que la Reine Victoria fit la remarque suivante à la lecture de la Tablette révélée pour elle : "Si cela vient de Dieu, cela durera; si tel n'est pas le cas, cela ne peut faire aucun mal." Poussé par les théologiens, ce fut cependant le Sháh Násiri'd-Dín qui assouvit sa vengeance sur quelqu'un qu'il ne pouvait plus personnellement châtier, en faisant arrêter son messager, un garçon de dix-sept ans environ, en le chargeant de chaînes, en lui faisant subir le supplice du chevalet, et en le mettant finalement à mort.

A ce souverain despotique, qu'il appela lui-même prince des oppresseurs et dont il dit qu'il serait bientôt devenu un objet de leçon pour le monde, Bahá'u'lláh avait écrit : Regarde ce jeune, o roi, avec les yeux de la justice; juge alors avec vérité ce qui lui est arrivé. D'une vérité, Dieu a fait de toi une ombre parmi les hommes et le signe de sa puissance pour tous ceux qui vivent sur terre. Et aussi : O roi ! Si tu penchais l'oreille au crissement de la Plume de gloire et au roucoulement de la Colombe de l'éternité, ... tu atteindrais un rang d'où tu ne verrais dans le monde de l'existence que l'éclat de l'Adoré et où tu considérerais ta souveraineté comme la plus méprisable de tes possessions, l'abandonnant à quiconque la désirerait et tournant ton visage vers l'horizon embrasé de la lumière de sa face. Et aussi : Nous aimerions espérer cependant que sa majesté le Sháh examinera elle-même ces affaires et qu'elle apportera l'espoir aux coeurs. Ce que nous t'avons soumis, c'est en réalité pour ton plus grand bien.

Cet espoir cependant ne fut jamais rencontré. Il fut en fait brisé par un règne qui débuta avec l'exécution du Báb et l'emprisonnement de Bahá'u'lláh dans le Síyáh-Chál de Téhéran, par un souverain maintes fois à l'origine des bannissements successifs de Bahá'u'lláh, et par une dynastie souillée par le massacre de plus de vingt mille de ses disciples. L'assassinat dramatique du Sháh, l'ignoble règne des derniers souverains de la maison des Qájár, et l'extinction de cette dynastie, furent des exemples remarquables du châtiment divin que ces horribles atrocités avaient provoqué.

Les Qájár, membres de la tribu étrangère turcomane, avaient en fait usurpé le trône de la Perse. Aqá Muhammad Khán, l'eunuque du Sháh et fondateur de la dynastie, était un tyran si effroyable, avare et assoiffé de sang que sa mémoire est la plus détestée et la plus universellement haïe de Perse. Le rapport de son règne et de celui de ses successeurs immédiats est un rapport de vandalisme, de guerre civile, de chefs de clans rebelles et récalcitrants, de brigandage et d'oppression médiévale, alors que les annales du règne du dernier des Qájár sont marquées par la stagnation de la nation, l'analphabétisme de la population, la corruption et l'incompétence du gouvernement, les scandaleuses intrigues de la cour, la décadence des princes, l'irresponsabilité et l'extravagance du souverain et sa subordination abjecte à un ordre clérical connu pour sa déchéance.

Le successeur d'Aqá Muhammad Khán, le Sháh Fath-'Alí, obnubilé par les femmes et prolifique (?) (uxorieux et philo-progénitif), appelé le "Darius de l'époque", était un grigou futile, arrogant et sans scrupules, connu pour le grand nombre de ses épouses et concubines, qui s'élevait à plus de mille, pour sa progéniture incalculable et pour les désastres que son règne apporta dans son pays. Ce fut lui qui ordonna que son vizir, à qui il devait son trône, soit jeté dans un chaudron d'huile bouillante. Quant à son successeur, le fanatique Sháh Muhammad, un de ses premiers actes, catégoriquement condamné par la plume de Bahá'u'lláh, fut d'ordonner d'étrangler son premier ministre, l'illustre Qá'im-Maqám, immortalisé par la même plume comme étant le prince de la cité de l'art de gouverner et de l'accomplissement littéraire, et de le remplacer par ce grossier, par cette fieffée fripouille de Hájí Mírzá Aqásí qui amena le pays au bord de la banqueroute et de la révolution. Ce fut ce même Sháh qui refusa de parler avec le Báb et l'emprisonna à Adhirbáyján et qui, à l'âge de quarante ans, fut affligé de toute une série de maladies auxquelles il succomba, précipitant le funeste destin prédit dans ces mots tirés du Qayyúm-i-Asmá : Je jure par Dieu, O Sháh ! Si tu fais preuve de haine envers celui qui est son souvenir, Dieu te condamnera, au jour du jugement dernier, aux feux de l'enfer, devant les rois, et tu ne trouveras aucun secours en ce jour, en toute vérité, si ce n'est de Dieu, l'Exalté.

Le Sháh Násiri'd-Dín, un monarque égoïste, capricieux et arrogant, succéda au trône et resta, pendant un demi siècle, seul juge de ce qu'il advenait de ce malheureux pays. Un obscurantisme désastreux, une administration chaotique dans les provinces, la désorganisation des finances du royaume, les intrigues, l'esprit de vengeance et la débauche de courtisans gavés et avides bourdonnant et pullulant autour de son trône, son propre despotisme qui aurait été encore plus cruel et sauvage si ce n'étaient la crainte de l'opinion publique européenne et le désir d'être bien considéré dans les capitales occidentales, voilà les traits saillants du règne sanglant de celui qui se nommait lui-même "chemin du ciel" et "refuge de l'univers". Une triple obscurité faite de chaos, de banqueroute et d'oppression enveloppa le pays. Son propre assassinat fut le premier mauvais présage de la révolution qui devait réduire les prérogatives de son fils et successeur, déposer les deux derniers monarques de la maison des Qájár et éteindre leur dynastie. A la veille de son jubilé qui devait inaugurer une nouvelle époque et dont la célébration avait été minutieusement préparée, il tomba dans le mausolée du Sháh 'Abdu'l-'Azím, victime du pistolet d'un assassin, son corps étant ramené dans son capitole, soutenu dans l'attelage royal face à son grand vizir afin de retarder la nouvelle de son meurtre.

Un témoin oculaire de la cérémonie et de son assassinat écrit : "On murmurait que le jour de la célébration du Sháh serait le plus grand dans l'histoire de la Perse.... Les prisonniers seraient libérés sans conditions et une amnistie générale serait proclamée; les paysans seraient exemptés de taxes pendant au moins deux ans,... les pauvres seraient nourris pendant des mois. Les ministres et les fonctionnaires étaient déjà en train d'intriguer pour obtenir des honneurs et une pension de la part du Sháh. Les mausolées et les lieux sacrés devaient ouvrir leurs portes à tous les voyageurs et pèlerins, et les siyyids et les mullás prenaient des remèdes contre la toux afin de s'éclaircir la gorge pour chanter et célébrer les louanges du Sháh de leur tribune. Les mosquées furent balayées et préparées pour des réunions générales et des prières publiques au nom du souverain.... On élargit les fontaines sacrées pour qu'elles puissent contenir plus d'eau bénie, et les autorités légitimes avaient prévu que de nombreux miracles s'accompliraient le jour du jubilé, grâce à ces fontaines.... Le Sháh avait déclaré... qu'il renoncerait à ses prérogatives de despote et se proclamerait "père majestueux de tous les Persans." L'autorité communale devait relâcher sa surveillance vigilante. On ne prendrait aucun renseignement sur les étrangers qui se hâteraient vers les caravansérails et la population serait libre d'errer dans les rues pendant la nuit entière." Même les grands mujtahids, d'après ce qui avait été dit au même témoin oculaire, "avaient décidé pour le moment de suspendre la persécution des Bábís et des autres infidèles."

Ainsi tomba un des règnes qui restera pour toujours associé au crime le plus odieux dans l'histoire - le martyre de celui que la manifestation suprême de Dieu proclama comme le Point autour duquel gravitent les réalités des prophètes et des messagers. Dans une Tablette où la plume de Bahá'u'lláh le condamne, nous lisons : Parmi eux [les rois de la terre] se trouve le roi de Perse qui suspendit celui qui est le temple de la Cause [le Báb] et le mit à mort avec tant de cruauté que toutes les choses créées, les habitants du Paradis et le concours des cieux pleurèrent pour lui. Il massacra en outre certain de nos frères, pilla nos propriétés et fit nos familles prisonnières aux mains des oppresseurs. Il m'emprisonna à plusieurs reprises. Par Dieu, le Véritable ! Personne ne peut rendre compte de ce qui m'est arrivé en prison si ce n'est Dieu, le Juge, l'Omniscient, le Tout-Puissant. Ensuite il me bannit de mon pays, moi et ma famille, et nous sommes alors arrivés en Irak avec une peine évidente. Nous restâmes là jusqu'au moment où le roi des Roums [le sultan de Turquie] s'éleva contre nous et nous appela au siège de sa souveraineté. Lorsque nous y arrivâmes, nous fûmes submergés par ce qui fit se réjouir le roi de Perse. Plus tard nous entrâmes dans cette prison où les mains de nos aimés furent arrachées du bord de notre robe. C'est ainsi que nous fûmes traité !

Les jours de la dynastie Qájár étaient à présent comptés. La torpeur dans laquelle se trouvait la conscience nationale s'était évanouie. Le règne du successeur du Sháh Násiri'd-Dín, le Sháh Muzaffari'd-Dín, créature faible et timide, prodigue et dépensier avec ses courtisans, conduisit le pays sur la grand route de la ruine. Le mouvement favorable à une constitution qui limiterait les prérogatives du souverain prit de l'ampleur et culmina avec la signature de la constitution par le Sháh agonisant, qui mourut quelques jours plus tard. Le Sháh Muhammad-'Alí, un despote de la pire espèce, sans principe et avare, succéda sur le trône. Hostile à la constitution, il provoqua une révolution, par son action expéditive consistant à bombarder le Baháristán où l'assemblée se réunissait, qui entraîna sa déposition imposée par les nationalistes. Acceptant, après de nombreuses palabres, une pension confortable, il s'enfuit lâchement en Russie. L'enfant-roi, le Sháh Ahmad, qui lui succéda était une nullité, peu soucieux de ses devoirs. Les besoins criants de son pays continuèrent à être ignorés. L'anarchie croissante, l'incapacité du gouvernement central, l'état des finances nationales, la détérioration progressive de la situation générale du pays pratiquement abandonné par un souverain qui préférait les amusements et les frivolités de la vie de société dans les capitales européennes à la prise en charge des responsabilités sévères et urgentes que réclamait la situation de son pays, sonna le glas d'une dynastie qui, c'était le sentiment général, avait perdu la couronne. Alors qu'il était à l'étranger, pendant une de ses visites périodiques, le parlement le déposa et proclama la fin de sa dynastie qui avait occupé le trône de Perse pendant cent trente ans, dont les dirigeants prétendaient être rien de moins que les descendants de Japhet, fils de Noah, et dont les différents monarques, à une exception près, furent soit assassinés, soit déposés, ou terrassés par une maladie mortelle.

Leur innombrable progéniture, véritable "ruche à princes", "race de frelons royaux", représentait une disgrâce et une menace pour leurs concitoyens. Maintenant cependant, ces malheureux descendants d'une maison déchue, privés de tout pouvoir, réduits pour certain à la mendicité, montrent clairement dans leur détresse les conséquences qu'ont eues les abominations perpétrées par leurs aïeux. Gonflant les rangs des infortunés rejetons de la maison ottomane, des souverains des dynasties des Romanov, des Hohenzollern et des Habsbourg et de la dynastie napoléonienne, ils sillonnent la surface de la terre, à peine conscients des forces qui ont provoqué une si tragique révolution dans leur vie et qui ont si puissamment contribué à leur situation actuelle.

Les petits-fils du Sháh Násiri'd-Dín et du Sultan 'Abdu'l-'Azíz se sont déjà tournés, dans leur incapacité et leur destitution, vers le Centre mondial de la Foi de Bahá'u'lláh et ont recherché respectivement une aide politique et une assistance financière. En ce qui concerne la première demande, leur requête fut immédiatement et fermement rejetée, alors que, pour la seconde, l'aide fut offerte sans aucune hésitation.

18. La destinée déclinante de la royauté

Et lorsque nous examinons, dans d'autres domaines, la destinée déclinante de la royauté, que ce soit pendant les années juste avant la Grande Guerre ou après, lorsque nous contemplons le sort qui fut réservé à l'Empire de Chine, aux monarchies portugaise et espagnole, et, plus récemment, les vicissitudes qu'ont connu et que connaissent encore les souverains de Norvège, du Danemark et de Hollande, lorsque nous voyons l'impuissance de leurs homologues souverains, lorsque nous observons la crainte et le tremblement qui ont saisi leur trône, on ne peut que mettre en rapport leur situation avec les passages d'ouverture du Súriy-i-Mulúk que je me sens poussé à citer une seconde fois, en raison de leur signification capitale : Craignez Dieu, O rassemblement de rois, et ne souffrez pas d'être privés de cette grâce très sublime.... Tournez votre coeur vers la face de Dieu, abandonnez ce que vos désirs vous ont ordonné de suivre et ne soyez pas parmi ceux qui périssent.... Vous n'avez pas examiné sa Cause [du Báb] lorsque cela aurait mieux valu pour vous que tout ce sur quoi le soleil luit, si seulement vous le perceviez.... Prenez garde de ne plus être dorénavant nonchalants comme vous l'avez été jusqu'à présent.... Ma face s'est dévoilée et a brillé sur tout ce qui est dans le ciel et sur terre, et pourtant, vous ne vous êtes pas tournés vers Lui.... Alors levez-vous... et réparez ce qui vous a échappé.... Si vous ne prêtez pas attention aux conseils que nous avons révélés dans cette Tablette, dans un langage sans pareil et sans équivoque, le châtiment divin s'abattra sur vous de partout et sa justice vous condamnera.... Vingt années se sont écoulées O rois pendant lesquelles, chaque jour, nous avons goûté aux douleurs d'une nouvelle épreuve.... Bien que conscients de notre sort, vous n'avez pas cependant arrêté la main de l'agresseur. Car n'est-il pas de votre devoir d'empêcher la tyrannie de l'oppresseur et d'agir équitablement envers vos sujets afin de démontrer votre sens aigu de la justice à toute l'humanité ?

Peu étonnant que Bahá'u'lláh, en raison du traitement que lui infligèrent les souverains de la terre, ait écrit ces mots, déjà cités : Le pouvoir a été ravi à deux classes : aux rois et aux ecclésiastiques. Il va même plus loin et affirme dans sa Tablette adressée à Shaykh Salmán : Un des signes de maturité du monde est que personne n'accepte de porter le poids de la royauté. Personne ne voudra en supporter seul le poids. Ce jour sera le jour où la sagesse se manifestera dans l'humanité. Ce n'est que pour proclamer la Cause de Dieu et répandre au loin sa Foi que quelqu'un acceptera ce lourd fardeau. Heureux celui qui, par amour pour Dieu et sa Cause, et dans le but de proclamer sa Foi, s'exposera à ce grand danger et acceptera ce lourd travail et ce tourment.

19. Reconnaissance de la royauté

Que personne cependant ne se trompe ni ne se méprenne sur l'objectif de Bahá'u'lláh. Aussi sévère qu'ait pu être la condamnation qu'il prononça contre ces souverains qui le persécutèrent et malgré la dureté des reproches qu'il adressa collectivement à ceux qui manquèrent à leur devoir évident d'examiner la vérité de sa Foi et de retenir la main des mauvais, ses enseignements ne contiennent aucun principe qui puisse d'une quelconque manière être considéré comme une répudiation ou même comme une dépréciation, même voilée, de l'institution que constitue la royauté. La chute catastrophique et l'extinction de dynasties et d'empires dont les monarques connurent la fin désastreuse qu'il avait clairement prophétisée, et le sort déclinant des souverains de sa propre génération qu'il réprouvait en général - ces deux événements représentant une phase transitoire dans l'évolution de la Foi - ne doivent en aucune façon être confondus avec la condition future de cette institution. En fait, si nous fouillons dans les écrits de l'auteur de la Foi bahá'íe, nous ne manquons pas de découvrir d'innombrables passages dans lesquels, en des termes que l'on ne peut plus explicites, le principe de la royauté est mis en valeur, le rang et la conduite de rois justes et équitables sont vantés, la montée de monarques gouvernant avec justice et professant même sa Foi est envisagée et le devoir solennel de se lever et d'assurer le triomphe de souverains bahá'ís est inculqué. Ses disciples préconiseraient ou anticiperaient l'extinction définitive de l'institution qu'est la royauté en guise de conclusion aux paroles citées ci-dessus et adressées par Bahá'u'lláh aux souverains de la terre, et à l'énumération des désastres déplorables qui ont frappé tant d'entre eux, que cela reviendrait en fait à trahir son enseignement.

Je ne peux que citer certaines affirmations de Bahá'u'lláh lui-même, laissant au lecteur le soin de se forger son propre jugement quant à la fausseté d'une telle déduction. Dans son "Epître au Fils du Loup", il indique la source réelle de la royauté : La considération envers le rang des souverains est divinement ordonnée, comme cela est clairement affirmé par les paroles des prophètes de Dieu et de ses élus. Celui qui est l'Esprit [Jésus] - que la paix soit sur lui - fut interrogé : "O Esprit de Dieu ! Est-il légal ou pas de payer un tribut à César ?" Et il répondit : "Oui, rendez à César ce qui est à César et à Dieu les choses qui sont à Dieu." Il ne l'interdit point. Ces deux paroles ne font qu'une dans l'appréciation des hommes d'intuition, car si ce qui appartenait à César ne venait pas de Dieu, il l'aurait interdit. De même dans le verset sacré : "Obéissez à Dieu et obéissez à l'apôtre et à ceux parmi vous investis d'autorité." Par "ceux investis d'autorité", il entend tout d'abord et plus spécialement les Imáms - que les bénédictions de Dieu soient sur eux. Ils sont en vérité les manifestations du pouvoir de Dieu, les sources de son autorité, les dépositaires de sa connaissance et les aurores de ses commandements. Ensuite ces mots se réfèrent aux rois et aux dirigeants - les horizons du monde resplendissent et brillent de l'éclat de leur justice.

Et encore : Dans l'épître aux Romains, Saint Paul a écrit : "Que chaque âme soit soumise aux plus hauts pouvoirs. Car il n'est pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu ; les pouvoirs qui existent sont accordés par Dieu. Quiconque dès lors résiste au pouvoir résiste au commandement de Dieu. Et plus loin : Car il est le ministre de Dieu, un vengeur qui se met en colère contre celui qui fait le mal. Il dit que l'apparence des rois, leur majesté et leur pouvoir viennent de Dieu.

Et encore : Un roi juste jouit d'un accès plus proche à Dieu que n'importe qui d'autre. De cela atteste celui qui parle dans sa très grande prison.

De même, dans le Bishárát (Bonnes Nouvelles), Bahá'u'lláh affirme que la majesté de la royauté est un des signes de Dieu. Il ajoute nous ne désirons pas que les pays du monde en soient privés.

Dans le Kitáb-i-Aqdas, il expose son but et loue le roi qui professera sa Foi : Par la justice de Dieu ! Notre volonté n'est pas de mettre la main sur vos royaumes. Notre mission est de saisir et de posséder le coeur des hommes. Les yeux de Bahá sont rivés sur eux. De cela atteste le royaume des noms, si seulement vous le compreniez. Quiconque suit son Seigneur renoncera au monde et à tout ce qui s'y trouve ; comme il doit être grand alors le détachement de celui qui occupe un rang si auguste ! Quelle sera grande la bénédiction qui attend le roi qui se lèvera pour soutenir ma Cause en mon royaume, qui se détachera de tout sauf de moi ! Un tel roi est compté parmi les compagnons de l'Arche pourpre - l''Arche que Dieu a préparée pour le peuple de Bahá. Tous doivent glorifier son nom, respecter son rang et l'aider à ouvrir les cités avec les clés de mon nom, le Protecteur omnipotent de tout ce qui habite les royaumes visibles et invisibles. Un tel roi est l'oeil même de l'humanité, le lumineux ornement du front de la création, la source de bénédictions pour le monde entier. O peuple de Bahá, offrez votre corps, vos vies même, pour l'aider.

Dans le Lawh-i-Sultán, Bahá'u'lláh révèle en outre ce que signifie la royauté : Un roi juste est l'ombre de Dieu sur terre. Tous devraient chercher refuge sous l'ombre de sa justice, et se reposer dans la pénombre de sa faveur. Ceci n'est pas un fait qui soit spécifique ou limité dans sa portée pour que l'on puisse le restreindre à l'une ou l'autre personne puisque l'ombre parle de Celui qui la projette. Dieu, que son souvenir soit glorifié, s'est Lui-même appelé le Seigneur des mondes car Il a nourri et nourrit encore chacun. Glorifiée soit sa grâce qui a précédé toutes les choses créées, et sa miséricorde qui surpasse les mondes.

Dans une de ses Tablettes, Bahá'u'lláh a également écrit : Le seul véritable Dieu, que sa gloire soit exaltée, a remis le gouvernement de la terre aux rois. Personne n'a le droit d'agir d'une façon, quelle qu'elle soit, qui irait à l'encontre des intentions formulées par ceux qui ont l'autorité. Ce qu'Il s'est réservé, ce sont les cités du coeur des hommes ; et de ces cités, les aimés de Celui qui est la Vérité souveraine en ce jour sont les clés.

Dans le passage suivant, il exprime ce désir : Nous chérissons l'espoir qu'un des rois de la terre se lèvera, par amour pour Dieu, pour le triomphe de ce peuple opprimé, tyrannisé. Un tel roi sera éternellement loué et glorifié. Dieu a inculqué à ce peuple le devoir d'aider quiconque l'aidera, de servir ses intérêts les meilleurs, et de faire preuve envers lui d'une loyauté immuable.

Dans le Lawh-i-Ra'ís, il annonce effectivement et catégoriquement l'arrivée d'un tel roi : Bientôt Dieu fera se lever parmi les rois l'un d'entre eux qui aidera ses aimés. Il enveloppe en vérité toutes choses. Il imprègnera les coeurs de l'amour de ses aimés. Ceci est décrété de façon irrévocable par Celui qui est le Tout-Puissant, le Bienfaisant. Dans le Ridvánu'l-'Adl, où la vertu de la justice est exaltée, il fait une prédiction parallèle : Bientôt, Dieu rendra manifestes sur terre des rois qui se reposeront sur le lit de la justice et qui dirigeront les hommes comme ils se dirigeraient eux-mêmes. Ils sont en réalité parmi les plus précieuses de mes créatures dans la création toute entière.

Dans le Kitáb-i-Aqdas, il visualise en ces termes la montée au trône dans sa ville natale, la mère du monde et l'aurore de la lumière, d'un roi qui sera vêtu du double ornement de la justice et de la dévotion à sa Foi : Que rien ne te désole, O pays de Tá, car Dieu t'a choisi pour être la source de joie de toute l'humanité. Il bénira, si cela est sa volonté, ton trône avec un homme qui gouvernera avec justice, qui rassemblera le troupeau de Dieu dispersé par les loups. Un tel dirigeant tournera avec joie et bonheur son visage vers le peuple de Bahá et lui accordera ses faveurs. Il est en réalité considéré par Dieu comme un joyau parmi les hommes. Sur lui repose pour toujours la gloire de Dieu et la gloire de tous ceux qui vivent dans le royaume de sa révélation.

20. L'effondrement de l'orthodoxie religieuse

Chers amis ! Le sort déclinant des détenteurs couronnés du pouvoir temporel fut accompagné par une diminution non moins fulgurante de l'influence exercée par les dirigeants spirituels du monde. Aux événements gigantesques qui annoncèrent la dissolution de tant de royaumes et d'empires a presque coïncidé la détérioration des forteresses apparemment inviolables de l'orthodoxie religieuse. Ce même processus qui, rapidement et tragiquement, scella le destin de rois et d'empereurs et mit fin à leur dynastie, a agi sur les dirigeants ecclésiastiques du christianisme et de l'islam, diminuant leur prestige et, dans certains cas, renversant leurs plus hautes institutions. Le pouvoir a été en réalité ravi à la fois aux rois et aux ecclésiastiques. La gloire des premiers s'est éteinte, le pouvoir des seconds a été irrémédiablement perdu.

Ces responsables qui dirigeaient et contrôlaient les hiérarchies ecclésiastiques de leur religion respective, avaient aussi été interpellés, prévenus et désapprouvés par Bahá'u'lláh en des termes non moins clairs que ceux utilisés pour les souverains présidant aux destinées de leurs sujets. Eux aussi, et plus particulièrement les chefs des ordres ecclésiastiques musulmans ont, avec les despotes et les puissants, assailli et maudit les fondateurs de la Foi de Dieu, ses disciples, ses principes et ses institutions. Les religieux persans ne furent-ils pas les premiers à hisser l'étendard de la révolte, à enflammer les masses ignorantes et soumises contre elle et à pousser les autorités civiles, par leur clameur, par leurs menaces, leurs mensonges, leurs calomnies et leurs dénonciations, à décréter les bannissements, à promulguer les lois, à lancer les campagnes punitives et à commettre les exécutions et les massacres qui remplissent les pages de son histoire ? La boucherie qui eut lieu en un seul jour, à l'instigation de ces hommes de religion, fut si abominable et sauvage, si caractéristique de "l'insensibilité de la brute et de l'ingéniosité du diable" que Renan dans "Les Apôtres" décrivit ce jour comme "peut-être sans précédent dans l'histoire du monde."

Ce furent ces hommes de religion qui, par leurs actes mêmes, semèrent les graines de la désintégration de leurs propres institutions qui étaient si puissantes, si renommées et qui apparaissaient si invulnérables à la naissance de la Foi. Ce furent eux qui, en prenant des responsabilités si graves avec tant de légèreté et d'insouciance, furent les premiers responsables du déclenchement de ces influences violentes et subversives qui ont libéré des désastres aussi catastrophiques que ceux qui ont renversé des rois, des dynasties et des empires et qui constituent les événements les plus marquants dans l'histoire du premier siècle de l'ère de Bahá'u'lláh.

Ce processus de détérioration , bien que foudroyant dans ses premières manifestations, agit toujours avec une force intacte, et, tout comme l'opposition à la Foi de Dieu, de diverses sources et dans des domaines variés, se renforcera, il s'accélérera encore et montrera des signes plus frappants de son pouvoir dévastateur. Je ne peux, vu les proportions qu'a déjà prises cette communication, discourir aussi longtemps que je le désirerais sur les aspects de ce thème important qui, avec la réaction des souverain de la terre au message de Bahá'u'lláh, est l'un des épisodes les plus fascinants et édifiants dans l'histoire dramatique de sa Foi. Je ne ferai que considérer les conséquences des violents assauts commis par les dirigeants ecclésiastiques de l'islam et, dans une moindre mesure, par certains défenseurs de l'orthodoxie chrétienne, sur leurs institutions respectives. En guise de préface à ces observations, je citerai certains passages glanés dans la grande masse des Tablettes de Bahá'u'lláh qui, directement ou indirectement, font référence aux théologiens musulmans et chrétiens et qui jettent une lumière si puissante sur les tristes malheurs qui se sont abattus et s'abattent encore sur la hiérarchie ecclésiastique des deux religions que la Foi a directement concerné.

Il ne faut cependant pas déduire que Bahá'u'lláh dirigeait ses appels historiques aux seuls dirigeants de l'islam et de la christianisme, ni que l'impact d'une Foi dominant tout sur les forteresses de l'orthodoxie religieuse se limite aux institutions de ces deux systèmes religieux. Bahá'u'lláh affirme : Le temps annoncé aux peuples et aux familles de la terre est à présent arrivé. Les promesses de Dieu, reprises dans les Ecritures saintes, ont été toutes remplies.... Voici le jour que la Plume du très Haut a glorifié dans toutes les Ecritures saintes. Il n'est aucun verset qui ne proclame la gloire de son saint nom, aucun livre qui ne témoigne de l'élévation de ce thème très exalté. Il ajoute : Si nous devions mentionner tout ce qui a été révélé dans ces livres célestes et dans ces saintes Ecritures au sujet de cette révélation, cette Tablette aurait des dimensions impossibles. Comme la promesse de la Foi de Bahá'u'lláh est enchâssée dans toutes les écritures des religions passées, son auteur s'adresse lui-même à leurs disciples et plus spécialement à leurs dirigeants responsables qui se sont interposés entre lui et leurs congrégations respectives. Bahá'u'lláh écrit : A un moment, nous nous adressons au peuple de la Torah et l'appelons à celui qui est le révélateur des versets, qui est venu de Celui qui fait courber la nuque des hommes.... A un autre moment, nous nous adressons au peuple de l'Evangile et disons : "Le Tout-Glorieux est venu en ce nom qui a fait souffler la brise de Dieu sur toutes les régions."... A un autre moment encore, nous nous adressons au peuple du Coran en disant : Craignez le Tout-Miséricordieux et ne critiquez pas Celui qui a fondé toutes les religions.... Sache en outre que nous avons adressé nos Tablettes aux mages et que nous les avons ornées de notre loi.... Nous y avons révélé l'essence de toutes les insinuations et allusions contenues dans leurs livres. Le Seigneur en vérité est le Tout-Puissant, l'Omniscient.

S'adressant au peuple juif Bahá'u'lláh a écrit : La très grande Loi est arrivée, et la Beauté éternelle règne sur le trône de David. Ainsi ma Plume a exprimé ce qu'ont décrit les histoires de jadis. Cette fois cependant David s'écrie et dit : O mon tendre Seigneur ! Compte-moi parmi ceux qui sont restés fermes dans ta Cause, O Toi grâce à qui les visages se sont illuminés et les pas ont glissé ! Et aussi : Le souffle s'est répandu, la brise a soufflé, de Zion est apparu ce qui était caché et de Jérusalem s'élève la voix de Dieu, l'Unique, l'Incomparable, l'Omniscient. Plus loin, dans son Epître au Fils du Loup, Bahá'u'lláh a révélé : Tends l'oreille au chant de David. Il dit : Qui m'amènera dans la ville forte ? La ville forte c'est 'Akká, appelée la très grande prison et possédant une forteresse et de puissants remparts. O Shaykh ! Examine ce qu'Isaïe a dit dans son livre. Il dit : "Monte sur la montagne élevée, O Zion, qui apporte la bonne nouvelle ; élève la voix avec force, O Jérusalem, qui apporte la bonne nouvelle. Elève-la, n'aie pas peur ; dis aux villes de Juda : Voyez votre Dieu ! Voyez le Seigneur Dieu arrivera, la main forte, et son bras règnera pour Lui." Ce jour, tous les signes sont apparus. Une grande cité est descendue des cieux et Zion tremble et exulte de joie devant la révélation de Dieu, car il a entendu la voix de Dieu de toutes parts.

Cette même voix, s'identifiant à celle du Sháh-Bahrám promis a déclaré à la caste des prêtes détenant la suprématie sacerdotale sur les disciples de la Foi de Zoroastre : O grands prêtres ! On vous a donné des oreilles pour pouvoir entendre le mystère de Celui qui dépend de Lui-même, des yeux pour pouvoir Le contempler. Pourquoi fuyez-vous ? L'Ami incomparable est manifeste. Il dit ce en quoi repose le salut. Si vous découvriez O grands prêtres le parfum de la roseraie de la compréhension, vous ne rechercheriez nul autre que Lui, vous reconnaîtriez dans son nouvel habit le Très-Sage, l'Incomparable, vous détourneriez les yeux du monde et de tous ceux qui le cherche et vous vous lèveriez pour L'aider. Bahá'u'lláh, dans une réponse à un Zoroastrien qui s'était enquis du Sháh-Bahrám promis, a écrit : Tout ce qui a été annoncé dans les livres a été révélé et éclairci. De toutes parts, les signes se sont manifestés. L'Omnipotent appelle en ce jour et annonce l'apparition du Ciel suprême. Ceci n'est pas le jour, déclare-t-il dans une autre Tablette, où les grands prêtres peuvent commander et exercer leur autorité. Dans votre livre, il est dit que les grands prêtres égareront les hommes ce jour-là et les empêcheront de s'approcher de Lui. Il est en fait un grand prêtre qui a vu la lumière et s'est hâté sur le chemin menant à l'Aimé. S'adressant une nouvelle fois à eux il dit : Dites, O grands prêtres ! La main de la toute-puissance s'étend de derrière les nuages ; regardez-la d'un oeil nouveau. Les signes de sa majesté et de sa grandeur sont dévoilés ; contemplez-les d'un oeil pur.... Dites, O grands prêtres ! Vous vénérez mon nom et pourtant vous me fuyez ! Vous êtes les grands prêtres du temple. Si vous aviez été les grands prêtres de l'Omnipotent, vous vous seriez unis à Lui et vous L'auriez reconnu.... Dites, O grands prêtres ! Les actes de l'homme ne seront acceptables en ce jour que s'il abandonne l'humanité et tout ce que les hommes possèdent et tourne son visage vers l'Omnipotent.

Ce n'est pas cependant à l'une ou l'autre de ces deux Fois que nous nous attachons principalement. C'est à l'islam et, dans une moindre mesure, au christianisme que mon thème se rapporte directement. L'islam, d'où a surgi la Foi de Bahá'u'lláh, tout comme le christianisme l'a fait du judaïsme, est la religion dans le giron de laquelle la Foi est tout d'abord apparue et s'est développée, des rangs de laquelle la plupart des adhérents bahá'ís ont été recrutés, et dont les dirigeants ont persécuté et continuent en fait à persécuter les disciples. D'un autre côté, le christianisme est la religion à laquelle appartient la grande majorité des Bahá'ís d'origine non-islamique, dans le domaine spirituel de laquelle l'Ordre administratif de la Foi de Dieu progresse rapidement et dont les interprètes ecclésiastiques assaillent de plus en plus cet Ordre. Contrairement à l'hindouisme, au bouddhisme, au judaïsme et même au zoroastrisme qui, pour la plupart, sont toujours inconscients des potentialités de la Cause de Dieu et dont la réponse à son message est jusqu'à présent négligeable, les Fois de Mahommed et du Christ peuvent être considérées comme deux systèmes religieux qui reçoivent, à ce stade formatif de son évolution, tout l'impact d'une révélation si immense.

Voyons alors ce que les fondateurs de la Foi bahá'íe ont dit aux chefs reconnus de l'islam et du christianisme, ou ont écrit à leur sujet. Nous avons déjà examiné les passages faisant référence aux rois de l'islam, que ce soient les califes régnant à Constantinople ou les Sháhs en Perse qui dirigeaient le royaume en tant que mandataires temporaires de l'Imám attendu. Nous avons également mentionné la Tablette que Bahá'u'lláh a révélée spécifiquement pour le Pontife romain et le message plus général dans le Súriy-i-Mulúk adressé aux rois de la chrétienté. Non moins hardie et inquiétante est la voix qui a mis en garde et demandé des comptes aux théologiens de Mahommed et au clergé chrétien.

Le jugement clair et universel prononcé par Bahá'u'lláh dans le Kitáb-i-Iqán est : Les chefs religieux ont de tous temps empêché leur peuple d'atteindre les rives du salut éternel car ils détenaient les rênes de l'autorité dans leur poigne puissante. Certains par soif de pouvoir, d'autres par désir de connaissance et de compréhension, ont été la cause de la destitution du peuple. Leur condamnation et leur autorité ont fait boire le calice du sacrifice à chaque prophète de Dieu et l'ont fait s'élancer vers les sommets de gloire. Quelles cruautés indescriptibles ont infligé ceux qui étaient assis sur le siège de l'autorité et du savoir aux vrais monarques du monde, ces joyaux de la vertu divine ! Se contentant d'une autorité éphémère, ils se sont privés d'une souveraineté éternelle. Et aussi, dans le même livre : Parmi ces voiles de gloire, il y a les théologiens et les docteurs qui ont vécu à l'époque de la manifestation de Dieu et qui, à cause de leur volonté de discernement, de leur amour et de leur passion du commandement, n'ont pas réussi à se soumettre à la Cause de Dieu et ont même refusé de tendre l'oreille à la mélodie divine. "Ils se sont enfoncés les doigts dans les oreilles." Et les gens aussi, qui, ignorant tout à fait Dieu et les prenant pour leurs maîtres, se sont placés sans réserve sous l'autorité de ces chefs pompeux et hypocrites car ils n'ont pas de vue, pas d'ouïe, pas de coeur à eux pour distinguer la vérité du mensonge. Sans tenir compte des exhortations divinement inspirées de tous les prophètes, des saints et des élus de Dieu, qui enjoignaient les hommes à voir avec leurs propres yeux et à entendre avec leurs propres oreilles, ils ont rejeté avec dédain leurs conseils et ont aveuglément suivi les dirigeants de leur Foi et continueront à le faire. Si un personnage pauvre et obscur, dépourvu de l'habit des hommes de savoir s'adressait à eux en disant : "Suivez O peuple les messagers de Dieu", ils répliqueraient, extrêmement surpris par de telles paroles : "Quoi ! Insinues-tu que tous ces théologiens, tous ces détenteurs du savoir, avec toute leur autorité, leur faste et leur apparat ont erré et n'ont pu distinguer la vérité du mensonge ? Prétends-tu, toi et ceux de ton espèce, avoir compris ce qu'eux n'ont pas compris ? " Si le nombre et la qualité des parures sont considérés comme étant le critère du savoir et de la vérité, alors les hommes de jadis que ceux d'aujourd'hui n'ont jamais surpassés en nombre, en pompe et en pouvoir doivent indubitablement être considérés comme des hommes supérieurs et meilleurs. Et encore : Pas un seul prophète de Dieu ne s'est manifesté sans être victime de la haine implacable, de la dénonciation, de la dénégation et de l'exécration des ecclésiastiques de son époque ! Malheur à eux pour les injustices que leurs mains ont autrefois commises ! Malheur à eux pour ce qu'ils font à présent ! Quels voiles de gloire plus lamentables que ces incarnations de l'erreur ! Par la justice de Dieu ! Percer de tels voiles est le plus puissant des actes et les mettre en pièces est la plus méritoire des actions ! Il a en outre écrit : Sur leur langue, la mention de Dieu est devenue un mot creux ; parmi eux, sa sainte parole est lettre morte. L'emprise de leurs désirs est telle, que la lampe de la conscience et de la raison s'est éteinte dans leur coeur.... Impossible d'en trouver deux qui acceptent la même et unique loi car ils ne recherchent pas Dieu mais bien leur propre désir et ne foulent aucun autre chemin que celui de l'erreur. Diriger est le seul objet de leurs préoccupations et ils considèrent la fierté et l'arrogance comme les plus grandes réalisations du désir de leur coeur. Ils ont placé leurs machinations sordides au-dessus du décret divin, ils ont renoncé à se soumettre à la volonté de Dieu, se consacrant à d'égoïstes calculs, et ont marché sur les pas des hypocrites. Ils tentent, de tout leur pouvoir et de toute leur force, de réaliser leurs visées étriquées, craignant que le moindre discrédit ne mine leur autorité ou ne fasse pâlir le spectacle de leur munificence.

Dans une autre Tablette, Bahá'u'lláh a affirmé : Les théologiens ont été la source et l'origine de la tyrannie. A cause des condamnations prononcées par ces âmes hautaines et fantasques, les dirigeants de la terre ont accompli ce que vous avez entendu.... Les rênes des masses insouciantes ont été et sont encore entre les mains des interprètes d'idées creuses et de vaines chimères. Ils décident ce que bon leur semble. Dieu en vérité se dégage d'eux et nous aussi nous en faisons de même, tout comme ceux qui ont témoigné de ce que la Plume du très Haut a déclaré dans ce rang glorieux.

De même il a affirmé : Les dirigeants des hommes les ont, depuis des temps immémoriaux, empêché de se tourner vers le très grand Océan. L'ami de Dieu [Abraham] fut jeté au feu à cause de la condamnation prononcée par les théologiens de l'époque et l'on attribua des mensonges et des calomnies a celui qui parla avec Dieu [Moïse]. Réfléchissez à celui qui fut l'esprit de Dieu [Jésus]. Bien qu'il ait fait preuve de la plus grande compassion et tendresse, ils se sont élevés contre cette essence de l'être, ce seigneur du visible et de l'invisible, de façon telle qu'il ne put trouver refuge où se reposer. Chaque jour il se déplaçait en un nouvel endroit et recherchait un nouvel abri. Regardez le sceau des prophètes [Muhammad] - que toutes les âmes sauf la sienne lui soit sacrifiées ! Comme ce seigneur de tous les êtres a souffert aux mains des prêtres de l'idolâtrie et des docteurs juifs après avoir prononcé les paroles sacrées proclamant l'unité de Dieu ! Par ma vie ! Ma plume gémit et toutes les choses créées pleurent à cause des choses qui lui sont arrivées aux mains de ceux qui ont brisé l'Alliance de Dieu et son Testament, qui ont renié son témoignage et démenti ses signes.

Une autre Tablette déclare : Les théologiens insensés ont mis de côté le Livre de Dieu et ne s'intéressent qu'à ce qu'eux-mêmes ont façonné. L'Océan de la connaissance est révélé et le crissement de la Plume du très Haut se fait entendre et pourtant, comme des lombrics, ils sont entourés de l'argile de leurs chimères et de leurs imaginations. Ils sont élevés à cause de leur relation avec le seul vrai Dieu et pourtant ils se sont détournés de Lui ! Grâce à Lui ils sont devenus célèbres et pourtant ils sont coupés de Lui comme par un voile !

Dans une autre Tablette encore il est écrit : Les prêtres païens et les théologiens juifs et chrétiens ont commis précisément ce que les théologiens de l'époque, dans cette dispensation, ont commis et commettent encore. Non, ils ont fait preuve d'une cruauté plus grande et d'une malveillance plus féroce. Chaque atome est témoin de ce que je dis.

A ces dirigeants qui s'estiment être les meilleures de toutes les créatures et sont considérés par Celui qui est la Vérité comme les plus viles d'entre elles, qui occupent les sièges du savoir et de la connaissance et qui ont appelé l'ignorance connaissance et l'oppression justice, et qui ne vénèrent aucun autre Dieu que leur propre désir, ne prêtent allégeance qu'à l'or, sont enveloppés dans les plus denses des voiles du savoir et, empêtrés par son obscurité, sont perdus dans les déserts de l'erreur - à eux, Bahá'u'lláh a choisi d'adresser ces mots : O rassemblement de théologiens ! Dorénavant vous ne pourrez plus vous dire investis d'un pouvoir quelconque car nous vous l'avons retiré et l'avons destiné à ceux qui ont cru en Dieu, le Seul, le Tout-Puissant, le Libre.

Dans le Kitáb-i-Aqdas, nous lisons ce qui suit : Dis : O chefs religieux ! Ne mesurez pas le Livre de Dieu avec les poids et les sciences qui ont cours parmi vous car le Livre lui-même est la balance infaillible qui s'élève parmi les hommes. Dans cette balance la plus parfaite, tout ce que les peuples et les familles de la terre possèdent est pesé et la mesure de son poids est évaluée selon son propre étalon, si seulement vous le saviez. L'oeil de ma tendre bonté pleure amèrement sur vous car vous avez échoué à reconnaître l'Unique que vous appeliez, jour et nuit, matin et soir.... O vous chefs religieux ! Lequel d'entre vous peut rivaliser avec moi en termes de vision ou d'intuition ? Où peut-on trouver celui qui affirme être mon égal en paroles ou en sagesse ? Non, par mon Seigneur, le Tout-Miséricordieux ! Tout périra sur terre ; et ceci est le visage de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Bien-Aimé.... Dis : Ceci en vérité est le ciel où est précieusement gardé le Livre Mère, si seulement vous le compreniez. Il est celui qui a fait crier la pierre, qui a fait élever la voix du buisson ardent sur la montagne qui se dresse dans la terre sacrée et proclamer : "Le royaume est à Dieu, le Seigneur souverain de tous, le Tout-Puissant, l'Aimant !" Nous n'avons pas fréquenté l'école, ni lu aucune de vos dissertations. Tendez l'oreille aux paroles de cet illettré qui vous appellent à Dieu, l'éternel Immuable. Ceci est meilleur pour vous que tous les trésors de la terre, si seulement vous le compreniez.

Il a en outre écrit : O rassemblement de théologiens ! Quand mes versets ont été envoyés et mes signes évidents révélés, nous vous avons trouvés derrière les voiles. Ceci en vérité est étrange... Nous avons déchiré les voiles. Prenez garde de ne point enfermer les hommes dans un autre voile. Arrachez les chaînes des vaines imaginations au nom du Seigneur de tous les hommes et ne soyez pas parmi les fourbes. Tournez-vous vers Dieu, embrassez sa Cause, n'y semez pas le désordre et ne mesurez pas le Livre de Dieu à vos désirs égoïstes. Ceci en vérité est le conseil de Dieu avant et après.... Si vous aviez cru en Dieu lorsqu'Il s'est révélé, les hommes ne se seraient pas détournés de Lui et ce que vous voyez aujourd'hui ne nous serait pas arrivé. Craignez Dieu et ne soyez pas parmi les insouciants.... Ceci est la Cause qui a fait trembler toutes vos superstitions et vos idoles.... O rassemblement de théologiens ! Prenez garde de ne pas être la cause de conflits dans le pays tout comme vous avez été la cause du rejet de la Foi dans ses premiers temps. Rassemblez les hommes autour de cette parole qui a fait crier aux cailloux : "Le royaume est à Dieu, l'Aurore de tous les signes "... Déchirez les voiles de façon telle que les habitants du royaume les entendront se déchirer. Ceci est le commandement de Dieu pour les jours passés, et pour les jours à venir. Béni l'homme qui obéit à ce qui lui est ordonné et malheur au nonchalant.

Et de nouveau : O rassemblement de théologiens, combien de temps encore brandirez-vous la lance de la haine devant la face de Bahá ? Retenez vos plumes. Voilà, la Plume très sublime parle entre la terre et le ciel. Craignez Dieu et ne suivez pas vos désirs qui ont altéré la face de la création. Purifiez vos oreilles pour qu'elles entendent la voix de Dieu. Par Dieu ! C'est pareil au feu qui consume les voiles et à l'eau qui lave l'âme de tous ceux qui sont dans l'univers.

Il leur dit plus loin : Dis : O rassemblement de théologiens ! Un seul d'entre vous peut-il rivaliser avec le divin jeune dans l'arène de la sagesse et de la parole, ou s'élever avec lui dans le ciel de la signification intérieure et de l'explication ? Non, par mon Seigneur, le Dieu de miséricorde ! Tous se sont évanouis en ce jour devant la parole de ton Seigneur. Ils sont comme morts et inanimés, sauf celui que ton Seigneur, le Tout-Puissant, le Libre, a décidé d'épargner. Il est en vérité parmi ceux qui sont dotés de connaissance aux yeux de Celui qui est l'Omniscient. Les habitants du paradis et des replis sacrés le bénissent matin et soir. Celui qui a des jambes de bois peut-il résister à celui que Dieu a doté de pieds d'acier ? Non, par Celui qui illumine toute la création !

Il fait remarquer à juste titre : Si nous regardons avec attention, nous voyons que nos ennemis sont, pour la plupart, des théologiens. Parmi les hommes il y a ceux qui ont dit : "Il a répudié les théologiens." Dites : "Oui, par mon Seigneur ! J'ai été en toute vérité celui qui a aboli les idoles !" En vérité, nous avons sonné la trompette qui est notre Plume très sublime et voilà, les hommes de religion et de savoir, les docteurs et les dirigeants se sont évanouis, sauf ceux que Dieu préserva en signe de sa grâce, et Il est en vérité le Tout-Bon, l'Eternel.

O rassemblement de théologiens ! Chassez les vaines chimères et imaginations et tournez-vous alors vers l'horizon de la certitude. Je jure par Dieu ! Tout ce que vous possédez ne vous sera d'aucun profit, de même que tous les trésors de la terre ou le pouvoir que vous avez usurpé. Craignez Dieu et ne soyez pas parmi les hommes perdus. Dis : O rassemblement de théologiens ! Enlevez tous vos voiles et vos enveloppes. Prêtez l'oreille à ce à quoi vous appelle la Plume très sublime en ce jour merveilleux.... Le monde est rempli de poussières à cause de vos vaines imaginations et le coeur de ceux qui jouissent d'une proximité d'accès à Dieu est ému devant votre cruauté. Craignez Dieu et soyez de ceux qui jugent équitablement.

O vous aurores de la connaissance ! les exhorte-t-il alors, prenez garde de ne pas changer car si vous changez, la plupart des hommes changeront, tout comme vous. Ceci est en vérité une injustice pour vous-mêmes et pour les autres.... Vous êtes semblables à une source. Si elle s'altère, les ruisseaux qui en jaillissent seront altérés. Craignez Dieu et soyez parmi les pieux. De même, si le coeur de l'homme est corrompu, ses membres le seront aussi. Et si la racine d'un arbre est mauvaise, ses branches, ses ramifications, ses feuilles et ses fruits seront mauvais.

Dites : O rassemblement de théologiens ! s'adresse-t-il ainsi à eux, soyez justes, je vous en conjure par Dieu et n'annulez pas la vérité avec les choses que vous possédez. Examinez attentivement ce que nous vous avons envoyé avec vérité. Cela vous aidera en vérité et vous rapprochera de Dieu, le Puissant, le Grand. Voyez et rappelez-vous comment, lorsque Muhammad, l'apôtre de Dieu, est apparu, les gens l'ont renié. Ils lui infligèrent ce qui fit se lamenter l'esprit [Jésus] dans son rang très sublime et crier l'esprit fidèle. Considérez en outre ce qu'il advint aux apôtres et aux messagers de Dieu avant lui à cause de ce qu'ont fait les mains des injustes. Nous faisons mention de vous pour l'amour de Dieu, nous vous rappelons ses signes et vous annonçons les choses réservées à ceux qui sont près de Lui dans le paradis très sublime et dans le ciel le plus haut, et je suis en vérité l'Annonciateur, l'Omniscient. Il est venu pour votre salut et a supporté des épreuves pour que vous puissiez monter par l'échelle de la parole vers le sommet de la compréhension.... Examinez avec équité et justice ce qui a été envoyé. En réalité cela vous exaltera, à travers la vérité et vous permettra de boire de son vin pétillant.

21. Paroles adressées aux ecclésiastiques musulmans

Voyons maintenant plus en détail les références particulières faites aux ecclésiastiques musulmans et les paroles qui leur furent directement adressées par le Báb et par Bahá'u'lláh. Comme on peut le voir dans le Kitáb-i-Iqán, le Báb a révélé une épître spécifiquement adressée aux théologiens toutes les villes où il a clairement exposé la nature de leur déni et de leur désaveu. Alors qu'il était à Isfahán, cette vénérable forteresse du cléricalisme musulman, il invita les théologiens de cette ville, par l'intermédiaire de son gouverneur Manúchir Khán, à argumenter avec lui afin, comme il l'exprime lui-même, d'établir la vérité et de dissiper le mensonge. Pas un seul des nombreux théologiens qui encombraient ce grand siège de la connaissance n'a eu le courage de relever ce défi. Bahá'u'lláh de son côté, alors qu'il était à Andrinople, et comme cela est confirmé dans sa propre Tablette au Sháh de Perse, exprima son désir d'être confronté avec les théologiens de l'époque et de fournir des preuves et des témoignages devant sa Majesté le Sháh. Cette proposition fut qualifiée de "bien présomptueuse et d'étonnamment audacieuse" par les théologiens de Téhéran qui, dans leur crainte, conseillèrent à leur souverain de punir immédiatement le porteur de cette Tablette. Auparavant, alors qu'il était à Bagdad, Bahá'u'lláh affirma que, si les théologiens de Najaf et Karbilá - les villes jumelles les plus saintes après de La Mecque et Medine, aux yeux des Shí'ihs - se réunissaient et convenaient d'un miracle auquel ils désireraient assister, s'ils apposaient leur signature et leur sceau sur une déclaration affirmant qu'en cas de réalisation de ce miracle ils reconnaîtraient la vérité de sa mission, il était prêt à réaliser immédiatement ce miracle. Comme 'Abdu'l-Bahá l'a rapporté dans "Certains répondaient aux questions", ils ne purent offrir meilleure réplique à cette proposition que : "Cet homme est un ensorceleur ; peut-être réalisera-t-il un ensorcellement et alors nous n'aurons plus rien à dire." Bahá'u'lláh lui-même a déclaré : Nous avons vécu pendant douze ans à Bagdad. Autant nous désirions un grand rassemblement de théologiens et d'hommes équitables afin de distinguer la vérité du mensonge et de la démontrer entièrement, aucune action ne fut prise. Et encore : De même, lorsque nous étions en Irak, nous souhaitions nous réunir avec les théologiens de Perse. Dès qu'ils en entendirent parler, ils s'enfuirent et dirent : "C'est assurément un véritable sorcier !" Ce sont les mots qui sortirent jadis de la bouche de ceux qui leur ressemblent. Ils [les théologiens] critiquaient ce qu'ils disaient mais ils répètent à présent les mêmes mots que ceux prononcés avant eux et ils ne le comprennent pas. Par ma vie ! Ils ne sont que cendres aux yeux de ton Seigneur. S'Il le désirait, des vents de tempête souffleraient sur eux et les réduiraient en poussières. Ton Seigneur en vérité fait ce qu'Il Lui plaît.

Ces religieux shí'ihs, faux, cruels et lâches, sans qui, comme le déclarait Bahá'u'lláh, la Perse aurait été soumise au pouvoir de Dieu en moins de deux ans, ont été alors interpellés dans le Qayyúm-i-Asmá : O rassemblement de théologiens ! Craignez Dieu dorénavant dans les idées que vous avancez car Celui qui est notre souvenir est parmi vous et Celui qui vient de nous est en vérité le Juge et le Témoin. Détournez-vous de ce que vous détenez et que le Livre de Dieu, le Véritable, n'a pas sanctionné car, au Jour de la résurrection, sur le Pont, vous devrez répondre en vérité du rang que vous occupiez.

Dans le même livre, le Báb s'adresse ainsi aux shí'hs ainsi qu'à tous les disciples du prophète : O rassemblement de shí'hs ! Craignez Dieu et notre Cause qui concerne Celui qui est le très grand souvenir de Dieu. Car grand est son feu, comme le décrète le Livre Mère. O peuple du Coran ! Vous n'êtes rien si vous ne vous soumettez pas au souvenir de Dieu et à ce Livre. Si vous suivez la Cause de Dieu, nous vous pardonnerons vos péchés, et si vous vous détournez de notre commandement, en vérité nous condamnerons votre âme, dans notre Livre, au très grand feu. En vérité nous n'agissons pas injustement envers les hommes, même pas dans la mesure d'une petite tache sur le noyau d'une datte.

Et enfin, dans le même commentaire, il y a cette prophétie renversante : Bientôt en vérité, nous affligerons à ceux qui ont fait la guerre à Husayn [Imám Husayn] dans le pays de l'Euphrate, la plus pénible souffrance et la punition la plus dure et exemplaire. Dans le même livre, se référant aux mêmes personnes, il a écrit : Bientôt, Dieu se vengera d'eux au moment de notre retour, et Il leur a réservé en vérité, dans le monde à venir, une rude souffrance.

Quant à Bahá'u'lláh, les passages que je cite dans ces pages ne sont qu'une partie des références faites aux théologiens musulmans, innombrables dans ses écrits. L'Arbre sacré au-delà duquel nul ne peut passer, s'exclame-t-il, s'écrie devant la cruauté des théologiens. Il s'exclame et se lamente. Depuis l'apparition de cette secte [shí'ih], a-t-il écrit dans "L'Epître au Fils du Loup", jusqu'à ce jour, il est apparu tant de théologiens, et aucun d'entre eux n'a pris connaissance de la nature de cette révélation. Quelle a bien pu être la cause de cet entêtement ? Si nous devions le mentionner, leurs membres se casseraient. Ils doivent méditer, méditer pendant mille milliers d'années afin de recueillir peut-être quelques gouttes de l'océan de la connaissance et de découvrir les choses qu'ils ignorent en ce jour. Je marchais dans le pays de Tá [Téhéran] - l'aurore des signes de ton Seigneur - lorsque j'entendis les lamentations s'élever des chaires de prédication et la voix des suppliques qu'ils adressaient à Dieu, qu'Il soit béni et glorifié ! Ils s'écriaient et disaient : "O Dieu du monde et Seigneur des nations ! Tu vois notre état et ce qui nous est arrivé à cause de la cruauté de tes serviteurs. Tu nous as créé et Tu nous a révélés pour Te glorifier et Te louer. Tu entends à présent ce que les rebelles disent de nous en tes jours. Par ta puissance ! Notre âme fond et nos membres tremblent. Hélas, hélas ! Si seulement nous n'avions jamais été créés et révélés par Toi !" Ces mots consument le coeur de ceux qui sont près de Dieu et font pleurer ceux qui Lui sont dévoués.

Dans la même Epître, il a déclaré : Ces épais nuages sont les orateurs des chimères et des vaines imaginations qui ne sont rien d'autre que les théologiens de Perse. Dans le passage cité ci-dessus, dans le même contexte, il explique : Par "théologiens", j'entends ces hommes qui, extérieurement, se parent du vêtement de la connaissance mais qui, intérieurement, en sont dépourvus. A ce sujet, nous citons, de la Tablette adressée à sa majesté le Sháh, certains passages des "Paroles cachées" révélées par la plume d'Abhá sous le nom de "Livre de Fátimih", que Dieu la bénisse ! "O vous qui êtes fous et portez pourtant un nom qui devrait vous rendre sages ! Pourquoi vous déguiser en bergers alors qu'au fond de vous vous êtes devenus des loups, guettant mon troupeau ? Vous êtes comme l'étoile qui se lève avant l'aurore et qui, bien qu'apparemment brillante et lumineuse, égare les voyageurs de ma ville et les mène sur les chemins de la perdition." De même il dit : "O vous, apparemment justes et pourtant réellement déloyaux ! Vous êtes pareils à de l'eau claire mais au goût amer qui, extérieurement, ressemble au cristal pur mais dont le Goûteur divin ne peut accepter une seule goutte. Oui les rayons du soleil tombent de la même manière sur la poussière et sur le miroir mais leur réflexion diffère, tout comme l'étoile de la terre : non, la différence est infinie.

Dans une autre Tablette, Bahá'u'lláh a affirmé : Nous avons invité tous les hommes à se tourner vers Dieu et nous leur avons montré le droit chemin. Ils [les théologiens] se sont levés contre nous avec une telle cruauté qu'elle a miné la force de l'Islam et pourtant la plupart des gens sont insouciants ! Les enfants de celui qui est l'ami de Dieu [Abraham], a-t-il en outre écrit, et les héritiers de celui qui a parlé avec Dieu [Moïse], considérés comme les plus misérables des hommes, ont mis les voiles en pièces et déchiré les enveloppes, ils ont saisi le Vin cacheté des mains de la bonté de Celui qui subsiste par Lui-même, en ont bu à satiété, alors que les détestables théologiens shí'ihs sont restés jusqu'à présent hésitants et pervers. Et aussi : Les théologiens de Perse ont perpétré ce qu'aucun peuple parmi les peuples du monde n'a perpétré.

Il s'adresse alors au ministre du Sháh à Constantinople : Si cette Cause est de Dieu, aucun homme ne peut l'emporter sur elle ; et dans le cas contraire, les théologiens parmi vous, ceux qui suivent leurs désirs corrompus et ceux qui se sont rebellés contre Lui, suffiront certainement pour la maîtriser.

Dans une autre Tablette, il observe : De tous les peuples du monde, celui qui a subi la plus grande perte a été et est encore le peuple de Perse. Je jure par l'étoile du jour de la Parole qui brille sur le monde dans sa gloire au zénith ! Des chaires s'élèvent continuellement des lamentations dans ce pays. Au début, ces lamentations s'entendaient dans le pays de Tá [Téhéran] car des chaires, érigées pour célébrer le souvenir du Véritable - que sa gloire soit exaltée - sont à présent devenues en Perse des lieux d'où sont prononcés des blasphèmes contre Celui qui est le Désir des mondes.

Sa dénonciation caustique est : En ce jour, le parfum du vêtement de la révélation du Roi éternel flotte sur le monde ... et pourtant ils [les théologiens] se sont rassemblés et se sont établis eux-mêmes sur leur siège, ils ont fait des déclarations qui couvrirait de honte un animal, que dire alors de l'homme ! S'ils se rendaient compte d'un de leurs actes et percevaient le mal qui en a découlé, ils s'expédieraient eux-mêmes, de leurs propres mains, dans leur demeure ultime.

Bahá'u'lláh leur ordonne alors : O rassemblement de théologiens ! ... Détachez-vous de ce que vous possédez, taisez-vous et prêtez alors l'oreille à ce que dit la Langue de Grandeur et de Majesté. Comme elles furent nombreuses les servantes voilées à se tourner vers moi et à croire, et comme ils furent nombreux les hommes enturbannés à être privés de moi et à suivre les traces des générations passées !

Je jure par l'étoile du jour qui brille sur l'horizon de la parole ! affirme-t-il, une rognure d'ongle d'une de ces servantes croyantes a aujourd'hui plus de valeur aux yeux de Dieu que les théologiens de Perse qui, après treize cents années d'attente, ont commis ce que les Juifs n'avaient pas commis à l'époque de la révélation de celui qui est l'esprit [Jésus]. Il met en garde : Ils peuvent se réjouir des épreuves qui nous sont infligées, le jour viendra où ils se lamenteront et gémiront.

Dans le Lawh-i-Burhán, il s'adresse alors à un mujtahid persan connu, dont les mains étaient tachées du sang de martyrs bahá'ís : O insensé ! Ne te repose pas sur ta gloire et sur ton pouvoir. Tu es pareil à la dernière lueur de soleil sur le sommet de la montagne. Bientôt elle disparaîtra, comme décrété par Dieu, Celui qui possède tout, le très Haut. Ta gloire et celle de ceux qui te ressemblent vous a été enlevée et ceci est en vérité ce qui a été ordonné par Celui avec qui se trouve la Tablette Mère.... A cause de vous, l'apôtre [Muhammad] s'est lamenté, la Vierge [Fátimih] a crié, les pays se sont dégradés et l'obscurité est tombée sur toutes les régions. O rassemblement de théologiens ! A cause de vous, le peuple a été humilié, la bannière de l'Islam a été descendue et son trône puissant renversé. Chaque fois qu'un homme de discernement a cherché à s'accrocher à ce qui exalterait l'Islam, vous vous êtes écriés et il n'a pas pu dès lors réaliser son objectif alors que le pays continuait à tomber véritablement en ruines.

Bahá'u'lláh de nouveau prophétise : Dis : O rassemblement de théologiens persans ! En mon nom, vous avez guidé les hommes, et vous occupez les sièges d'honneur à cause de votre relation avec moi. Cependant, lorsque je me suis moi-même révélé, vous vous êtes détournés et vous avez commis ce qui a fait couler les larmes de ceux qui m'ont reconnu. Bientôt, tout ce que vous possédez périra, votre gloire se transformera en la plus misérable des humiliations et vous serez punis pour ce que vous avez fait, comme décrété par Dieu, l'Ordonnateur, le Très-Sage.

Il a écrit dans le Súriy-i-Mulúk, s'adressant à tous les chefs ecclésiastiques de l'Islam sunníte à Constantinople, la capitale de l'Empire et le siège du Califat : O vous théologiens de la ville ! Nous sommes venu à vous avec la vérité alors que vous en étiez inconscients. Il me semble que vous êtes morts, enveloppés dans les draps de votre propre personne. Vous ne cherchiez pas notre présence alors que cela eût été meilleur pour vous que toutes vos actions.... Sachez que si vos dirigeants, auxquels vous prêtez allégeance, dont vous vous glorifiez, que vous mentionnez jour et nuit et qui vous servent d'exemples, avaient vécu à cette époque, ils auraient fait cercle autour de moi et ne se seraient pas séparés de moi, que ce soit le soir ou le matin. Et pourtant vous n'avez pas tourné votre visage vers ma face, ne serait-ce qu'un instant, vous êtes devenus fiers et peu soucieux de cet Opprimé qui a été tant tourmenté par les hommes qui ont agi avec lui comm il leur plaisait. Vous ne vous êtes pas enquis de ma situation, vous ne vous êtes pas informés des choses qui m'arrivaient. Vous avez ainsi retenus loin de vous les vents de sainteté et les brises de grâce qui soufflent de cet endroit lumineux et clair. Il me semble que vous vous êtes attachés à des choses superficielles, que vous avez oublié le fond des choses et que ce que vous dites, vous ne le faites pas. Vous êtes amoureux des noms et vous vous y êtes abandonnés. C'est pourquoi vous mentionnez ceux de vos dirigeants. Et si quelqu'un comme eux ou supérieur venait à vous, vous le fuiriez. A travers leurs noms, vous vous êtes exaltés vous-mêmes, vous avez assuré votre situation, vous avez vécu et prospéré. Et si vos dirigeants réapparaissaient, vous ne renonceriez pas à votre pouvoir, vous ne vous dirigeriez pas dans leur direction et vous ne tourneriez pas votre visage vers eux. Nous vous avons trouvés, comme la plupart des hommes, en train de vénérer des noms qu'ils mentionnent tous les jours de leur vie et qui les occupent. Dès que les porteurs de ces noms apparaissent cependant, ils les renient et leur tournent les talons.... Sachez que Dieu n'acceptera pas en ce jour vos pensées ni votre souvenir de Lui, ni votre mouvement vers Lui, ni votre dévotion, ni votre vigilance, tant que vous n'aurez pas une autre opinion de ce serviteur, si seulement vous le perceviez.

La voix d''Abdu'l-Bahá, le centre de l'Alliance de Dieu, s'est également élevée, annonçant les grands malheurs qui allaient s'abattre peu après sa mort, sur les hiérarchies religieuses de l'Islam sunníte et shí'ih. Il a écrit : Cette gloire se transformera en l'humiliation la plus basse et ce faste et cette puissance deviendront la plus complète des soumissions. Leurs palaces deviendront des prisons et la course de leur étoile montante se terminera au plus profond de l'enfer. Les rires et les réjouissances disparaîtront et plus encore, la voix de leurs lamentations s'élèvera. Il a également écrit : Comme la neige, ils fondront sous le soleil de juillet.

La dissolution de l'institution qu'était le Califat, la complète sécularisation de l'état où était enchâssée la plus fameuse institution de l'Islam et l'effondrement virtuel de la hiérarchie shí'ih en Perse furent les conséquences visibles et immédiates du traitement infligé à la Cause de Dieu par le clergé des deux plus grandes communions du monde islamique.

22. Le destin déclinant de l'Islam shí'ih

Voyons tout d'abord les châtiments qui ont marqué le destin déclinant de l'Islam shí'ih. Les injustices résumées au début de ces pages, et dont l'ordre ecclésiastique shí'ih en Perse doit être considéré comme le premier responsable ; des injustices qui, selon les propres termes de Bahá'u'lláh ont fait se lamenter l'apôtre [Muhammad] et pleurer la vierge [Fátimih] et gémir toutes les choses créées et trembler les membres des saints ; des injustices qui ont fait cribler de balles la poitrine du Báb, qui ont fait se courber Bahá'u'lláh et blanchir ses cheveux, qui l'ont fait gémir de crainte, qui ont fait pleurer Muhammad sur lui, pour lesquelles Jésus s'est frappé la tête et le Báb a pleuré sur son sort - de telles injustices ne pouvaient en fait, et ne devaient pas rester impunies. Dieu, le plus violent des vengeurs attendait, se jurant de ne pas oublier aucune des injustices de l'homme. Le fouet de son châtiment, rapide, soudain et terrible, s'abattit finalement sur les responsables de ces injustices.

Une révolution, aux proportions fantastiques, aux répercussions très étendues, étonnante par l'absence de sang répandu et même de violence qui distingua sa progression, défia le pouvoir ecclésiastique qui, pendant des siècles, avait été l'essence de l'Islam dans ce pays, et renversa littéralement une hiérarchie où s'entremêlaient inextricablement les rouages de l'état et la vie du peuple. Une telle révolution ne marqua pas la séparation de l'état-église. Elle fut en fait comme l'éclatement de ce qu'on pourrait appeler une église-état - un état qui avait attendu avec confiance, jusqu'au moment-même de sa fin, l'événement heureux de l'Imám caché qui, non seulement prendrait les rênes de l'autorité des mains du Sháh, le magistrat en chef qui ne faisait que le représenter, mais qui assumerait également l'autorité sur la terre entière.

L'esprit que cet ordre clérical avait tenté d'écraser avec tant d'acharnement pendant tout un siècle , la Foi qu'il avait essayé d'extirper avec une brutalité si féroce, menaçaient à présent, à travers les forces qu'ils avaient engendré dans le monde, l'équilibre et minaient la force de ce même ordre dont les ramifications s'étaient étendues à chaque sphère, à chaque fonction et à chaque acte de la vie dans ce pays. Le mur de pierre de l'Islam, apparemment imprenable, tremblait à présent sur ses fondations et menaçait ruine devant les yeux-mêmes des disciples persécutés de la Foi de Bahá'u'lláh. Une hiérarchie cléricale qui avait si longtemps maintenu en esclavage la Foi de Dieu et qui avait semblé un instantl'avoir mortellement terrassée, se trouvait à présent être la proie d'une autorité civile supérieure dont la politique avouée était d'enrouler solidement et implacablement ses anneaux autour d'elle.

Le vaste système de cette hiérarchie, avec tous ses éléments et toutes ses servitudes - ses shaykhu'l-isláms (hauts prêtres), ses mujtahids (docteurs de la loi), ses mullás (prêtres), ses fuqahás (juristes), ses imáms (chefs de prières), ses mu'adhdhins (crieurs), ses vu'ázz (prédicateurs), ses qádís (juges), ses mutavallís (gardiens), ses madrasihs (lieux de séminaires), ses mudarrisíns (professeurs), ses tullábs (élèves), ses qurrá's (psalmodieurs), ses mu'abbiríns (devins), ses muhaddithíns (narrateurs), ses musakhkhiríns (dompteurs de l'esprit), ses dhákiríns (ceux qui commémorent), ses 'ummál-i-dhakát (distributeurs d'aumônes), ses muqaddasíns (saints), ses munzavís (reclus), ses súfís, ses derviches, et tout autre - fut paralysé et tout à fait discrédité. Ses mujtahids, ces brandons de discorde, qui avaient le pouvoir de vie et de mort et qui avaient reçu pendant des générations des honneurs de nature quasi royale, furent réduits à un nombre déplorablement bas. Les prélats enturbannés de l'église islamique qui, selon les mots de Bahá'u'lláh, se couvraient la tête de vert et de blanc et commettaient des actes qui faisaient gémir l'Esprit fidèle furent impitoyablement balayés à l'exception d'une poignée d'entre eux qui, pour se protéger de la fureur d'une population impie, sont maintenant obligés de se soumettre à l'humiliation de présenter, chaque fois que l'occasion le demande, la licence octroyée par les autorités civiles pour porter cet emblème en voie de disparition d'une autorité évanouie. Ceux qui restaient de cette classe enturbannée, que ce soit des siyyids, des mulláhs ou des hájís, durent non seulement échanger leur vénérable coiffe contre le kuláh-i-farangí (chapeau européen) qu'ils avaient récemment maudit eux-mêmes, mais aussi se défaire de leur robe tombante et revêtir les vêtements près du corps de style européen dont ils avaient eux-mêmes si violemment désapprouvé l'introduction dans leur pays une génération avant.

Les dômes bleus foncés et blancs - allusion d''Abdu'l-Bahá aux couvre-chefs ronds et massifs des prêtres de Perse - avaient été en fait retournés. Ceux qui les avaient coiffés, les ecclésiastiques arrogants, fanatiques, perfides et rétrogrades, dont, comme l'affirmait Bahá'u'lláh, l'autorité détenait les rênes du peuple, dont les paroles sont la fierté du monde, et dont les actes font la honte des nations, reconnaissant le pitoyable état de leur situation, se retirèrent dans leur maison, abattus et sans espoir, pour y traîner une existence misérable. Sombres et impuissants, ils regardent le déroulement d'un processus qui, ayant renversé leur politique et ruiné leur oeuvre, se dirige inexorablement vers son apogée.

Le faste et l'apparat de ces princes de l'église de l'Islam ont déjà disparu. Leurs cris fanatiques, leurs invocations braillardes, leurs manifestions vociférantes se sont tus. Leurs fatvás (jugements), prononcés avec tant d'effronterie et dénoncant parfois des rois, sont lettres mortes. La spectaculaire vision de prières publiques, auxquelles participaient des milliers de fidèles alignés en rangs, a disparu. Les chaires, d'où ils déchargeaient les tonnerres de leurs anathèmes aussi bien contre les puissants que contre les innocents, sont désertes et silencieuses. Leurs waqfs, ces inestimables et vastes dotations - propriété terrienne de l'Imám attendu - qui, à une époque, rien qu'à Isfahán, embrassaient toute la ville, leur ont été arrachés des mains et mis sous le contrôle d'une administration laïque. Leurs madrasihs (lieux de séminaires), avec leur enseignement médiéval, sont désertés et dilapidés. Les innombrables volumes de commentaires théologiques, de sur-commentaires, de glossaires et de notes, illisibles, inutiles, produit d'une ingéniosité et d'un labeur mal dirigés, et déclarés par l'un des penseurs islamiques les plus éclairés des temps modernes comme étant des travaux obscurcissant la vraie connaissance, engendrant des vers et bons pour le feu, sont à présent enterrés, recouverts de toiles d'araignées et oubliés. Leurs dissertations obscures, leurs controverses véhémentes, leurs discussions interminables sont dépassées et abandonnées. Leurs masjids (mosquées) et leurs imám-zádihs (tombeaux des saints) qui avaient le privilège d'accorder l'asile (droit du sanctuaire) à bon nombre de criminels et qui avaient dégénérés en un scandale monstrueux, dont les murs retentissaient des psalmodies d'un clergé hypocrite et débauché, dont les ornements rivalisaient avec les trésors des palais des rois, sont à présent soit abandonnés, soit tombés en ruines. Leurs takyihs, repaires de piétistes paresseux, passifs et contemplatifs, sont soit vendus, soit fermés. Leurs ta'zíyihs (pièces religieuses), jouées avec un zèle barbare et accentuées par des spasmes subits d'excitation religieuse débridée, sont interdites. Même leurs rawdih-khánís (lamentations) avec leurs hurlements prolongés et plaintifs qui s'élevaient de tant de maisons, ont été raccourcis et découragés. Les saints pèlerinages à Najaf et à Karbilá, les mausolées les plus sacrés du monde shí'ih, se raréfient et sont de plus en plus difficiles, empêchant par là-même bien des mullás avares d'abuser de cette pratique ancienne consistant à exiger le double pour faire ces succédanés de pèlerinages pour des personnes à l'esprit religieux. L'abandon du voile que les mullás ont défendu becs et ongles ; l'égalité des sexes que leur loi interdisait ; la création de tribunaux civils qui remplaçaient leurs cours ecclésiastiques ; l'abolition du síghih (concubinage) qui, lorsque pratiqué sur une courte période, est difficilement différentiable de la quasi-prostitution, et qui a fait de la turbulente et fanatique Mashhad, centre national de pèlerinage, une des villes les plus immorales d'Asie ; et enfin, les tentatives de discréditer la langue arabe, langue sacrée de l'Islam et du Coran, et de la séparer de Perse - tout cela a favorisé tour à tour l'accélération de ce processus impulsif qui a soumis à l'autorité civile la position et les intérêts du clergé musulman à un point qu'aucun mullá n'aurait pu imaginer.

L'áqá (mullá) portant autrefois un haut turban, une longue barbe et l'air solennel, lui qui s'était mêlé avec tant d'insolence à chaque domaine de l'activité humaine peut bien à présent, alors qu'il est assis, tête nue, rasé de près, enfermé chez lui et écoutant peut-être le son de la musique occidentale qui retentit dans le ciel de son pays natal, s'arrêter pour réfléchir un instant sur les splendeurs disparues de son défunt empire. Il peut bien méditer sur les ravages que la vague montante du nationalisme et du scepticisme a accomplis dans les traditions adamantines de son pays. Il peut bien se souvenir des jours heureux où, assis à dos d'âne et paradant dans les bázárs et les maydáns de sa ville natale, une foule ardente mais trompée se précipitait pour embrasser avec ferveur non seulement ses mains, mais aussi la queue de l'animal qu'il montait. Il peut bien se remémorer le zèle aveugle avec lequel ils acclamaient ses actes, et les prodiges et les miracles qu'ils prêtaient à leur accomplissement.

Il peut bien en fait regarder plus loin et se rappeler le règne de ces pieux monarques Safavi qui aimaient s'appeler eux-mêmes "les chiens du seuil des imáms immaculés", et comment l'un de ces rois fut amené à mettre pied à terre devant le mujtahid alors qu'il se promenait à cheval dans maydán-i-Sháh, place principale d'Isfahán, en signe de soumission royale au ministre favori de l'Imám caché, un ministre qui, à la différence du titre de Sháh, se faisait appeler "le serviteur du Seigneur de Sainteté (Imám 'Alí)."

Il peut se demander si ce n'était pas ce même Sháh, 'Abbás le Grand, qui avait été traité avec arrogance par un autre mujtahid de "fondateur d'un empire d'emprunt", ce qui impliquait que le royaume du "roi des rois" appartenait réellement à l'Imám attendu et n'était attribué au Sháh qu'en tant que mandataire temporaire ? N'était-ce pas ce même Sháh qui marcha pendant huit cents miles pour couvrir la distance d'Isfahán à Mashhad, la "gloire spéciale du monde shí'ih" afin d'offrir ses prières au tombeau de l'Imám Ridá, de la seule façon qui convienne au sháhansháh, et qui coupa les quelque mille bougies qui ornaient ses cours ? Le Sháh Tahmasp n'avait-il pas bondi sur les pied en recevant une épître écrite par un autre mujtahid, ne l'avait-il pas placée sur ses yeux, ne l'avait-il pas embrassée avec délices et, parce qu'il y avait été appelé "frère", n'avait-il pas ordonné qu'elle soit placée dans son linceul et enterrée avec lui ?

Ce même mullá ne peut-il méditer sur les torrents de sang qui, pendant les longues années où il jouissait de l'impunité de ses actes, ont coulé sur son ordre, sur les anathèmes flamboyants qu'il prononça, et sur les veuves et les orphelins, les déshérités, les déshonorés, les déchus et les sans abri qui, au Jour du Jugement, crieront vengeance d'une seule voix et appelleront la malédiction de Dieu sur lui ?

Cette bande infâme avait en fait mérité l'avilissement qu'elle a connu. Ignorant sans cesse la condamnation que le doigt de Bahá'u'lláh avait tracée sur le mur, elle poursuivit pendant près d'un siècle sa course fatale jusqu'à ce qu'à l'heure dite, le glas funeste de sa mort ne soit sonné par ces forces spirituelles et révolutionnaires qui, concordant avec les premières lueurs de l'aube de l'Ordre mondial de sa Foi, sont en train de renverser l'équilibre et de semer tant de confusion sur les vieilles institutions de l'humanité.

23. L'effondrement du Califat

Ces mêmes forces, agissant dans un domaine parallèle, ont réalisé une révolution encore plus remarquable et plus radicale qui a culminé avec l'effondrement et la chute du Califat musulman, l'institution la plus puissante de tout le monde islamique. Cet événement, d'une signification extraordinaire, a en plus été suivi d'une séparation officielle et définitive entre ce qui restait de la foi sunní en Turquie et l'état, ainsi que d'une complète sécularisation de la république qui est née sur les ruines de l'empire théocratique ottoman. Je vais à présent analyser cette chute catastrophique qui a stupéfié le monde islamique et le divorce avoué, sans réserve et officiel entre les pouvoirs spirituel et temporel qui caractérisa la révolution en Turquie par rapport à celle qui eut lieu en Perse.

L'Islam sunní a essuyé un coup plus dur que celui qui s'est abattu presque simultanément sur sa secte soeur en Perse et cela, non en raison de l'action d'une puissance étrangère envahissante, mais aux mains d'un dictateur professant ouvertement la foi de Muhammad. Cet acte de vengeance dirigé contre le grand adversaire de la Foi de Bahá'u'lláh nous remémore une catastrophe similaire déclenchée par l'action d'un empereur romain pendant la dernière partie du premier siècle de l'ère chrétienne - un désastre qui détruisit de fond en comble le Temple de Salomon, rasa le Saint des Saints, démolit la ville de David, déracina la hiérarchie juive à Jérusalem, massacra des milliers de Juifs - les persécuteurs de la religion de Jésus-Christ -, dispersa les survivants sur la surface de la terre et érigea une colonie païenne sur Zion.

Le Calife, le prétendu vicaire du prophète de l'Islam, exerçait une souveraineté spirituelle et était investi d'un caractère sacré que le Sháh de Perse ne contestait ni ne possédait. Il ne faut pas non plus oublier que la sphère de sa juridiction spirituelle s'étendait dans des pays bien au-delà des frontières de son propre empire et embrassait la grande majorité des musulmans de par le monde. Il était en outre, en tant que représentant du prophète sur terre, considéré comme le protecteur des villes saintes de La Mecque et de Médine, comme le défenseur et le propagateur de l'Islam et comme le commandant de ses disciples dans toute guerre sainte qu'ils seraient amenés à livrer.

Un personnage si puissant, si auguste, si sacré fut d'abord, en raison de l'abolition du Sultanat en Turquie, privé de cette autorité temporelle que les interprètes de l'école sunní ont considéré comme indispensable à cette haute fonction. Le glaive, emblème de la souveraineté temporelle, fut ainsi arraché des mains du commandant qui, pendant une brève période, fut autorisé à occuper une position si anormale et précaire. On annonça bientôt cependant au monde sunní qui n'avait pas du tout été consulté au préalable que le Califat lui-même s'était éteint et que le pays qui l'avait accepté comme étant l'apanage de son Sultanat pendant plus de quatre cents ans l'avait à présent définitivement désavoué. Les Turcs ont renoncé à leur suprématie, eux qui avaient été les chefs militants du monde musulman depuis le déclin arabe et qui avaient porté l'étendard de l'Islam jusqu'aux portes de Vienne, le siège du gouvernement de la première puissance européenne. L'ancien calife, dépouillé de son faste royal, privé des symboles de son vicariat et abandonné aussi bien par ses amis que par ses ennemis, dut s'enfuir de Constantinople, siège altier d'une souveraineté duale, vers la terre des infidèles, se résignant à mener la même vie d'exil à laquelle bon nombre de ses collègues souverains avaient été condamnés et l'étaient encore.

Et le monde sunní, malgré tous ses efforts, n'a pas réussi à désigner quelqu'un à sa place qui, bien que privé du glaive de commandant, continuerait à jouer le rôle de gardien du manteau et de l'étendard de l'apôtre de Dieu - les deux symboles sacrés du Califat. Des conférences eurent lieu, des discussions s'ensuivirent, un congrès du Califat fut rassemblé dans la capitale égyptienne, la cité des Fatimites, tout cela pour n'aboutir que dans l'aveu public et largement diffusé de son échec : "Ils s'accordent à ne pas s'accorder."

Etrange, incroyablement étrange doit paraître la position de cette branche très puissante de la foi islamique, sans chef apparent et visible pour se faire le porte-parole de ses sentiments et de ses convictions, avec son unité irrémédiablement brisée, son éclat terni, ses lois minées, ses institutions jetées dans une confusion sans espoir. Cette institution qui avait défié les droits inaliénables, divinement octroyés des imáms de la foi de Muhammad était partie en fumée, après treize siècles, une institution qui avait porté des si coups impitoyables à une foi dont le héraut était lui-même un descendant des imáms, les successeurs légaux de l'apôtre de Dieu.

A quoi d'autre cette remarquable prophétie contenue dans le Lawh-i-Burhán ferait-elle allusion si ce n'est à la chute de ce suzerain couronné des musulmans sunnís ? O concours de théologiens musulmans ! A cause de vous, le peuple a été humilié, la bannière de l'Islam descendue et son trône puissant renversé. Que dire de la prophétie tout à fait claire et étonnante qui se trouve dans le Qayyúm-i-Asmá ? Bientôt, en toute vérité, nous infligerons à ceux qui ont déclaré la guerre à Husayn [Imám Husayn] dans le pays de l'Euphrate les tourments les plus durs et la punition la plus terrible et la plus exemplaire. Quelle autre interprétation donner à cette tradition islamique ? Dans les derniers temps, un grand malheur s'abattra sur mon peuple, des mains de son dirigeant, un malheur si grand qu'aucun homme n'en a jamais entendu de plus grand.

Ceci n'était pas tout cependant. La disparition du Califat, tête spirituelle de plus de deux cent millions de musulmans, entraîna dans son sillage, dans le pays qui avait infligé un tel coup dur à l'Islam, l'annulation de la loi canonique sharí'ah, la sécularisation des institutions sunnís, la promulgation d'un code civil, la suppression des ordres religieux, l'abrogation des rituels et des traditions inculqués par la religion de Muhammad. Le shaykhu'l-islám et ses satellites, y compris les muftís, hujahs, shaykhs, súfís, hájís, mawlavís, derviches et autres, disparurent de façon plus déterminée, plus ouverte et drastique que les shí'ihs sous les coups du Sháh et de son gouvernement. Les mosquées de la capitale, gloire et fierté du monde islamique, furent désertées, et la plus belle et la plus réputée d'entre elles, l'incomparable Ste Sophie, "le second firmament", "le véhicule du chérubin", fut transformée en musée par les auteurs braillards d'un régime séculaire. La langue arabe, langue du prophète de Dieu, fut interdite dans le pays, son alphabet fut remplacé par les caractères latins et le Coran lui-même fut traduit en turc pour les quelques personnes qui désiraient encore le lire. La constitution de la nouvelle Turquie non seulement proclamait officiellement la séparation et la sécularisation de l'Islam, avec tous les décrets concomitant et athéistiques, aux yeux de certains, mais annonçait aussi diverses mesures visant à l'humilier et à l'affaiblir davantage. Même la ville de Constantinople, "le dôme de l'Islam", apostrophée en des termes si accusateurs par Bahá'u'lláh, qui, après la chute de Byzance, fut saluée par le grand Constantin comme étant la "nouvelle Rome" et promue au rang de métropole à la fois de l'Empire romain et de la chrétienté et ensuite vénérée comme étant le siège des Califes, fut reléguée au rang de ville provinciale et privée de tout son faste et de toute sa gloire, ses minarets fins et élancés dressés comme une sentinelle devant la tombe de tant de splendeur et de pouvoir évanouis.

Bahá'u'lláh a ainsi interpellé la cité impériale, en des termes qui rappellent les paroles prophétiques de Jésus-Christ à Jérusalem : O lieu situé sur les rives des deux mers ! Le trône de la tyrannie s'est en vérité établi sur toi et la flamme de la haine s'est allumée en ton sein de telle manière que le concours des cieux et ceux qui font cercle autour de Trône exalté ont pleuré et se sont lamentés. Nous voyons en toi les fous diriger les sages et l'obscurité se pavaner devant la lumière. Tu es en réalité remplie de fierté manifeste. Ta splendeur extérieure t'a-t-elle rendue orgueilleuse ? Par Celui qui est le Seigneur de l'humanité ! Elle périra bientôt et tes filles, tes veuves et toutes les familles qui vivent en toi se lamenteront. Ainsi t'informe l'Omniscient, le Très-Sage.

Tel fut le sort de l'Islam shí'ih et sunní dans les deux pays où ils avaient planté leur bannière et élevé leurs institutions très puissantes et renommées. Tel fut leur sort dans ces deux pays où, dans l'un, Bahá'u'lláh mourut en exil, et, dans l'autre, le Báb souffrit le martyr jusqu'à la mort. Tel fut le sort du soi-disant vicaire de Dieu et des ministres préférés de l'Imám encore attendu. Bahá'u'lláh affirme : Le peuple du Coran s'est levé contre nous, et nous a infligé un tel tourment que le Saint Esprit s'en est lamenté, que le tonnerre en a grondé et que les nuages ont pleuré sur nous.... Muhammad, l'apôtre de Dieu, dans le paradis le plus haut, a déploré leurs actes. Leurs propres traditions les condamnent : Mon peuple sera témoin qu'un jour, il ne restera plus de l'Islam qu'un nom, et du Coran, qu'une simple apparence. Les docteurs de cette époque seront les plus mauvais que le monde aura jamais connu. Le mal est venu d'eux et sur eux il retombera. Et encore : La plupart de ses ennemis seront les théologiens. Ses ordres, ils ne les suivront pas mais ils protesteront en disant : "Ceci est contraire à ce qui nous a été transmis par les imáms de la Foi." Et encore : A cette heure, sa malédiction descendra sur vous, votre blasphème vous affligera et votre religion restera un mot creux sur votre langue. Et lorsque ces signes apparaîtront parmi vous, anticipez le jour où le vent brûlant vous balayera, ou le jour où vous serez défigurés, ou le jour où les pierres pleuvront sur vous.

24. Un avertissement à toutes les nations

Cette horde de prêtres dégradés, que Bahá'u'lláh avait traités de docteurs du doute, de manifestations pitoyables du prince de l'obscurité, de loups et de pharaons, de centres focaux du feu de l'enfer, de bêtes voraces se délectant des charognes de l'âme des hommes et qui furent, comme le montrent leurs propres traditions, à la fois les sources et les victimes du mal, a rejoint les divers essaims de sháh-zádihs, d'émirs et de princes de dynasties déchues - preuve et avertissement à toutes les nations de ce qui doit, tôt ou tard, advenir de ces détenteurs d'une autorité terrestre, qu'elle soit royale ou ecclésiastique, qui oseraient défier ou persécuter les Canaux et les Incarnations désignés de l'autorité et du pouvoir divins.

Si nous lisons bien les signes des temps, l'Islam, à la fois ancêtre et persécuteur de la Foi de Bahá'u'lláh, ne fait que commencer à subir l'impact de cette Foi invincible et triomphante. Il suffit de nous rappeler les dix-neuf cents années de terrible misère et de dispersion qu'ils ont du endurer et qu'ils endurent encore pour avoir persécuté le Fils de Dieu pendant seulement trois années. Nous pouvons très bien nous demander, avec un mélange de crainte et de terreur, quelle sera la sévérité des tribulations de ceux qui, pendant plus de cinquante ans, ont à chaque instant tourmenté d'une nouvelle épreuve celui qui est le Père, et qui ont en outre fait boire à son héraut - lui-même manifestation de Dieu - la coupe du martyre, dans des circonstances si tragiques.

Dans les pages qui précèdent, j'ai cité certains passages adressés collectivement aux membres de l'ordre ecclésiastique, aussi bien islamique et que chrétien, j'ai ensuite rapporté une série de discours et de références spécifiques à l'intention des théologiens musulmans aussi bien shí'ihs que sunnís, après quoi je me suis attaché à décrire les malheurs qui se sont abattus sur ces hiérarchies de Muhammad, sur leurs chefs, leurs membres, leurs propriétés, leurs rituels et leurs institutions. Voyons maintenant les passages spécifiquement adressés aux membres de l'ordre ecclésiastique chrétien qui ont, pour la plupart, ignoré la Foi de Bahá'u'lláh, alors que quelques-uns d'entre eux, face au développement de son Ordre administratif et aux ramifications qu'il étendait dans les pays chrétiens, se sont levés pour en contrecarrer la progression, pour en diminuer l'influence et pour en éclipser le but.

25. Ses messages aux leaders chrétiens

Un coup d'oeil aux écrits de l'auteur de la révélation bahá'íe révélera le fait important et significatif suivant : celui qui a envoyé collectivement un message immortel à tous les rois de la terre, qui a révélé une tablette à chaque tête couronnée importante d'Europe et d'Asie, celui qui a lancé son appel aux chefs ecclésiastiques de l'Islam, aussi bien sunnís que shí'ihs, celui qui n'a pas exclu de son texte les juifs et les zoroastriens, a envoyé, en plus de ses exhortations et de ses avertissements nombreux et répétés à tout le monde chrétien, des messages particulers, certains d'ordre général, d'autres précis et hardis, aux chefs ainsi qu'aux membres des ordres ecclésiastiques chrétiens - son pape, ses rois, ses patriarches, ses archevêques, ses évêques, ses prêtres et ses moines. Nous avons déjà, quand nous parlions des messages de Bahá'u'lláh aux têtes couronnées du monde, considéré certaines caractéristiques de la Tablette au Pontife romain ainsi que des paroles écrites aux rois de la chrétienté. Posons notre attention à présent sur ces passages où l'aristocratie de l'église et ses serviteurs ordonnés sont particulièrement exhortés et admonestés par la plume de Bahá'u'lláh :

Dis : O concours de patriarches ! Celui qui vous était promis dans les Tablettes est venu. Craignez Dieu et ne suivez pas les imaginations creuses des superstitieux. Abandonnez ce que vous possédez et saisissez fermement la Tablette de Dieu par son pouvoir souverain. Cela vaut mieux pour vous que tout ce que vous possédez. De cela témoigne tout coeur compréhensif, tout homme d'intuition. Vous vous glorifiez de mon Nom et pourtant vous vous coupez de Moi, comme par un voile ? Ceci est en réalité bien étrange !

Dis : O rassemblement d'archevêques ! Celui qui est le Seigneur de tous les hommes est apparu. Dans la plaine du conseil, Il appelle l'humanité alors que vous êtes parmi les morts ! Grande est la bénédiction de celui qui est réveillé par la brise de Dieu et qui se lève parmi les morts dans ce Nom clair.

Dis : O rassemblement d'évêques ! Toutes les tribus de la terre tremblent et Celui qui le Père éternel lance son appel entre la terre et le ciel. Bénie l'oreille qui a entendu, l'oeil qui a vu, et le coeur qui s'est tourné vers Celui qui est le Point d'adoration de tous ceux qui sont dans les cieux et sur terre. (cf traduction - Tab. Chrétiens p. 12) O congrégation d'évêques ! Vous êtes les étoiles des cieux de ma connaissance. Ma miséricorde ne désire pas que vous retombiez sur terre. Cependant ma justice affirme : "Ceci est ce que le Fils [Jésus] a annoncé." Et rien de ce qui est sorti de sa bouche irréprochable, véridique et digne de confiance ne peut être altéré. En vérité, les carillons font retentir mon Nom et se lamentent sur Moi, mais mon esprit se réjouit d'une allégresse évidente. Le corps de l'Aimé se languit de la croix et sa tête est avide d'épines sur la voie du Tout-Miséricordieux. Le joug de l'oppresseur ne peut en aucune manière le détourner de son but. Et encore : Les étoiles du ciel de la connaissance sont tombées, elles qui produisent les preuves qu'elles possèdent afin de démontrer la vérité de ma Cause et qui mentionnent Dieu en mon nom. Et pourtant, lorsque je suis venu à eux dans ma majesté, ils se sont détournés de moi. Ils sont en vérité parmi les déchus. Voici ce que l'Esprit [Jésus] a prophétisé lorsqu'il vint avec la vérité, et les docteurs juifs le critiquèrent jusqu'à commettre ce qui fit se lamenter le Saint Esprit et pleurer les yeux de ceux qui jouissent d'un accès proche à Dieu.

(cf Tablette aux Chrétiens p. 11) Dis : O rassemblement de prêtres ! Quittez vos clochers et sortez donc de vos églises. Il vous appartient en ce jour de proclamer bien haut parmi les nations le très grand Nom. Préférez-vous être silencieux alors que chaque pierre et chaque arbre crient : "Le Seigneur est venu dans sa grande gloire !"... Celui qui appelle les hommes en mon nom émane en vérité de moi et il montrera ce qui est au-delà de la puissance de tout ce qui est sur terre.... Laissez la brise de Dieu vous réveiller. Elle a en vérité soufflé sur le monde. Heureux celui qui en a découvert le parfum et s'est retrouvé parmi ceux qui ont confiance.(fin passage déjà traduit) Et encore : O rassemblement de prêtres ! Le Jour du Jugement est apparu, le Jour où Celui qui était dans le ciel est venu. Il est en vérité Celui qui vous était promis dans les Livres de Dieu, le Saint, le Tout-Puissant, le Très-Loué. Combien de temps errerez-vous dans le désert de l'insouciance et de la superstition ? Tournez votre coeur en direction de votre Seigneur, le Clément, le Généreux.

Dis : O rassemblement de moines ! Ne vous enfermez pas dans des églises et dans des cloîtres. Approchez, je vous en prie, et occupez-vous de ce qui sera profitable à votre âme et à celle des hommes. Ainsi vous ordonne le Roi du Jour du Jugement dernier. Enfermez-vous dans la forteresse de mon amour. Ceci en vérité est une bonne séclusion, si seulement vous étiez parmi ceux qui le perçoivent. Celui qui s'enferme dans une maison est en fait un homme mort. Il appartient à l'homme de proclamer ce qui profitera à toutes les choses créées et celui qui ne porte pas de fruits est bon pour le feu. Ainsi vous conseille votre Seigneur et Il est en vérité le Tout-Puissant, le Très Généreux. Marriez-vous afin qu'après vous quelqu'un reprenne votre place. Nous vous avons interdit les actes perfides, mais pas ceux qui démontrent la fidélité. Vous êtes-vous accrochés aux étendards fixés par votre propre personne et avez-vous rejeté ceux de Dieu ? Craignez Dieu et ne soyez pas parmi les insensés. Mais pour l'homme, qui porrait Me mentionner sur ma terre, et comment mes attributs et mon nom se révèleraient-ils ? Méditez et ne soyez pas de ceux qui sont voilés et profondément endormis. Celui qui ne s'est pas marié [Jésus] n'a trouvé aucun lieu où vivre ou poser sa tête à cause de ce que les mains des traîtres ont accompli. Sa sainteté ne réside pas en ce que vous croyez ou imaginez, mais bien en ce que nous possédons. Demandez, afin de comprendre son rang, exalté au-delà de ce que peuvent imaginer tous ceux qui vivent sur terre. Bénis ceux qui le perçoivent. Et aussi : (déjà traduit p. 13) O rassemblement de moines ! Si vous choisissez de me suivre, je vous ferai héritiers de mon royaume ; et si vous agissez contre moi, je l'endurerai patiemment, dans ma résignation, car je suis en vérité l'Indulgent, le Tout-Miséricordieux..... Bethlehem est ranimée par la brise de Dieu. Nous entendons sa voix dire : "O très généreux Seigneur ! Où est établie ta grande gloire ? Les douces saveurs de ta présence m'ont ranimée après que, séparée de Toi, je me sois évanouie.Sois loué car Tu as dissipé les voiles et Tu es venu avec puissance dans une gloire évidente." Nous nous adressions à elle de derrière le tabernacle de majesté et de grandeur : "O Bethlehem ! Cette lumière s'est levée à l'est et s'est dirigée vers l'ouest, jusqu'à ce qu'elle t'atteigne dans le crépuscule de sa vie. Dis-moi donc, les fils reconnaissent-ils le Père et lui sont-ils reconnaissants, ou le renient-ils tout comme les hommes auparavant l'avaient renié [Jésus] ?" Ce à quoi elle répondit en criant : "Tu es en vérité l'Omniscient, le Mieux-Informé. (fin) Et encore : De même, songe à tous ces moines qui à cette époque se sont enfermés dans leurs églises, en mon nom, et qui, le moment venu, lorsque nous leur dévoilâmes notre beauté, ne purent me reconnaître, malgré qu'ils m'invoquaient matin et soir. Il s'adresse à nouveau à eux : Vous lisez l'Evangile et vous refusez pourtant de reconnaître le Seigneur très glorieux ? Ceci, en réalité, ne vous ressemble pas, O rassemblement d'hommes savants !... Le parfum de Tout-Miséricordieux s'est répandu sur toute la création. Heureux l'homme qui a abandonné ses désirs et saisi le conseil avec fermeté.

Ces étoiles déchues du firmament de la Chrétienté, ces épais nuages qui ont obscurci l'éclat de la vraie Foi de Dieu, ces princes de l'église qui n'ont pu reconnaître la souveraineté du Roi des rois, ces ministres du Fils fourvoyés, qui ont fui et ignoré le royaume promis que le Père éternel a fait descendre du ciel et établit à présent sur terre - tous connaissent en ce Jour du Jugement une crise, pas aussi critique en réalité que celle traversée par l'ordre ecclésiastique islamique, l'ennemi invétéré de la Foi, mais tout aussi étendue et importante. Le pouvoir a été ravi en réalité et l'est de plus en plus à ces ecclésiastiques qui parlent au nom de la Foi qu'ils professent mais sont tellement éloignés de son esprit.

Nous n'avons qu'à regarder autour de nous et analyser le destin des ordres ecclésiastiques chrétiens, pour apprécier la détérioration constante de leur influence, le déclin de leur pouvoir, les dommages causés à leur prestige, l'ironie de leur autorité, l'affaiblissement de leurs congrégations, le relâchement de leur discipline, la diminution de leur ascendance, la timidité de leurs dirigeants, la confusion qui règne dans leurs rangs, la confiscation progressive de leurs propriétés, la reddition de certaines de leurs plus puissantes forteresses et la disparition d'autres institutions anciennes et aimées. En fait, dès que les appels divins furent lancés, dès que l'invitation fut donnée, dès que la mise en garde résonna et que la condamnation fut prononcée, ce processus qui débuta, on peut dire, avec la chute de la souveraineté temporelle du Pontife romain, juste après que la Tablette au Pape ait été révélée, s'est développé avec une force croissante, menaçant la base même sur laquelle repose l'ordre tout entier. Soutenu par les forces libérées par le mouvement communiste, renforcé par les conséquences politiques de la dernière guerre, accéléré par le nationalisme excessif, aveugle, intolérant et militant qui bouleverse à présent les nations, et stimulé par la vague croissante de matérialisme, d'irréligion et de paganisme, ce processus n'a pas seulement tendance à renverser les institutions ecclésiastiques, mais semble également mener à la déchristianisation rapide des masses dans de nombreux pays chrétiens.

Je me contenterai d'énumérer certaines manifestations marquantes de cette force qui envahit de plus en plus le domaine et assaille les remparts les plus épais d'un des systèmes religieux les plus importants de l'humanité. La disparition virtuelle du pouvoir temporel du dirigeant le plus prééminent de la Chrétienté, juste après la création du royaume d'Italie ; la vague d'anticléricalisme qui déferla sur la France après la chute de l'empire napoléonien et qui culmina avec la séparation complète de l'Eglise catholique de l'état, avec la laïcisation de la troisième République, la sécularisation de l'éducation et la suppression et la dispersion des ordres religieux ; l'apparition rapide et soudaine de cette "irréligion religieuse" , de cet assaut téméraire, conscient et organisé lancé en Russie soviétique contre l'Eglise grecque orthodoxe qui précipita la séparation de la religion d'état, qui massacra un grand nombre de ses membres qui représentaient au départ plus de cent millions d'âmes, qui détruisit, ferma ou transforma en musées, en théâtres et en entrepôts des milliers et des milliers d'églises, de monastères, de synagogues et de mosquées, qui dépouilla l'église de ses six millions et demi d'acres de propriétés et chercha, avec la Ligue des Athées militants et la promulgation d'un "plan quinquennal d'irréligion", à dégager de ses fondations la vie religieuse des masses ; le démembrement de la monarchie austro-hongroise qui détruisit d'un seul coup la plus puissante unité qui prêtait allégeance à l'Eglise de Rome et soutenait son administration de ses propres ressources ; le divorce de l'Etat espagnol de cette même Eglise et le renversement de la monarchie, championne du Christianisme catholique ; la philosophie nationaliste, proche d'un nationalisme débridé et obsolète qui, après avoir détrôné l'Islam, a indirectement attaqué les premières lignes de l'Eglise chrétienne dans des pays non chrétiens et porte à présent de si terribles coups aux missions catholiques, anglicanes et presbytériennes de Perse, de Turquie et d'Extrême Orient ; le mouvement révolutionnaire qui entraîna dans son sillage la persécution de l'Eglise catholique à Mexico ; et enfin l'évangile du paganisme moderne, manifeste, agressif et impitoyable qui, dans les années précédant les troubles actuels et plus encore depuis leur apparition, s'est propagé sur le continent européen, envahissant les citadelles et semant la confusion dans le coeur des défenseurs de l'Eglise catholique, grecque orthodoxe et luthérienne en Autriche, en Pologne, dans les Etats baltes et scandinaves et, plus récemment, en Europe occidentale, foyer et centre de la plus puissante des hiérarchies de la chrétienté.

26. Des nations chrétiennes contre des nations chrétiennes

Quel triste spectacle d'impuissance et de rupture pour ceux qui perçoivent déjà la faillite des institutions qui prétendent parler au nom de la foi de Jésus-Christ et en être les gardiens que cette guerre fratricide où des nations chrétiennes se battent contre des nations chrétiennes - des anglicans contre des luthériens, des catholiques contre des Grecs orthodoxes, des catholiques contre des catholiques, et des protestants contre des protestants - pour défendre une civilisation dite chrétienne ! L'impuissance et le désespoir de la mer sainte face à cette guerre meurtrière où sont engagés les enfants du prince de la paix - sanctifiés et soutenus par les bénédictions et les harangues des prélats d'une église désespérément divisée - démontrent le degré d'asservissement où ont sombré les institutions jadis toutes-puissantes de la foi chrétienne et constituent un rappel frappant de l'état analogue de décadence dans lequel sont tombées les hiérarchies de sa religion soeur.

O comme la chrétienté a si tragiquement ignoré et s'est tant écartée de la grande mission que celui qui est le prince de la paix a demandé à tous les chrétiens de remplir dans ces lignes, qui se trouvent à la fin de sa Tablette au Pape Pie IX - passages qui établissent une fois pour toutes la distinction entre la mission de Bahá'u'lláh à cette époque et celle de Jésus-Christ : Dis : O rassemblement de chrétiens ! Nous nous sommes déjà, auparavant, révélé à vous et vous ne m'avez pas reconnu. Ceci est une autre occasion qui vous est offerte. Ceci est le jour de Dieu ; tournez-vous vers Lui.... L'Aimé n'aime pas que vous vous consumiez du feu de vos désirs. Si vous deviez être coupés de Lui comme par un voile, ce ne serait qu'en raison de votre propre entêtement et de votre ignorance. Vous me mentionnez et ne me connaissez pas. Vous m'appelez et vous ne prêtez pas attention à ma révélation.... O peuple de l'Evangile ! Ceux qui n'étaient pas dans le royaume y sont à présent entrés alors que nous vous voyons, en ce jour, demeurer sur son seuil. Déchirez les voiles par le pouvoir de votre Seigneur, le Tout-Puissant, le Très Gracieux et entrez alors en mon nom dans mon royaume. Ainsi vous ordonne Celui qui désire que vous ayez la vie éternelle.... Nous vous voyons dans l'obscurité O enfants du royaume. Ceci en réalité ne vous sied point. Vos actes vous rendent-ils craintifs, face à la lumière ? Dirigez-vous vers Lui.... En vérité il [Jésus] a dit : "Suivez-moi et je vous ferai pêcheurs d'hommes." En ce jour cependant nous disons : "Suivez-moi, et je vous ferai générateurs de vie pour l'humanité." Il a en outre écrit : Dis : Nous sommes venu en vérité pour votre bien et nous avons supporté les malheurs du monde pour votre salut. Fuyez-vous celui qui a sacrifié sa vie pour que vous soyez ranimés ? Craignez Dieu, O disciples de l'Esprit [Jésus] et ne marchez pas sur les traces de tous les théologiens qui se sont égarés.... Ouvrez les portes de votre coeur. En vérité, celui qui est l'Esprit [Jésus] se trouve derrière elles. Pourquoi rester éloignés de celui qui a pour but de vous rapprocher d'un Lieu resplendissant ? Dis : En vérité, nous vous avons ouvert les portes du royaume. Fermerez-vous les vôtres devant moi ? Ceci n'est en fait qu'une grave erreur.

Voici où en est arrivé le clergé chrétien - un clergé qui s'est interposé entre son troupeau et le Christ de retour dans la gloire du Père. Au fur et à mesure que la Foi de ce promis pénètre toujours plus dans le coeur de la Chrétienté, au fur et à mesure que ses recrues dans les garnisons assaillies par son esprit se multiplient et provoquent une action concertée et déterminée pour défendre les forteresses de l'orthodoxie chrétienne, au fur et à mesure que les forces du nationalisme, du paganisme, du sécularisme et du racisme convergent vers leur point culminant, ne devons-nous pas nous attendre à ce que le déclin du pouvoir, de l'autorité et du prestige de ces ecclésiastiques ne s'accentue, ne démontre davantage la vérité et ne dévoile encore plus les implications des déclarations de Bahá'u'lláh prédisant l'éclipse des luminaires de l'Eglise de Jésus-Christ.

Grand en fait fut le malheur qui a ravagé le destin de la hiérarchie shí'ih en Perse, et pitoyable fut le sort réservé à ses vestiges gémissant à présent sous le joug d'une autorité civile qu'elle avait pendant des siècles méprisée et dominée. Catastrophique en fait fut l'effondrement de l'institution la plus remarquable de l'Islam sunní et irrémédiable fut la chute de sa hiérarchie dans un pays qui avait soutenu la cause du prétendu vicaire du prophète de Dieu. Constant et implacable est le processus qui a entraîné une telle destruction, une telle honte, une telle division et une telle faiblesse parmi les défenseurs des forteresses du cléricalisme chrétien, et noirs en fait sont les nuages qui assombrissent l'horizon. A travers les actions des théologiens musulmans et chrétiens - idoles que Bahá'u'lláh a accusés de représenter la plupart de ses ennemis - qui n'ont pu, comme il leur avait ordonné, laisser leur plume et rejeter leurs chimères, et qui, s'ils avaient cru en lui, auraient provoqué la conversion des masses, comme il l'a lui-même affirmé, l'Islam et la Chrétienté sont entrés, peut-on dire sans exagération, dans la phase la plus critique de leur histoire.

Que personne cependant ne se méprenne sur mon but ni ne dénature cette vérité capitale qui est l'essence de la Foi de Bahá'u'lláh. L'origine divine de tous les prophètes de Dieu - y compris Jésus-Christ et l'Apôtre de Dieu, les deux plus grandes manifestations avant la révélation du Báb - est pleinement et fermement soutenue par tous les disciples de la religion bahá'íe. L'unité fondamentale de ces messagers de Dieu est clairement reconnue, la continuité de leurs révélations est affirmée, l'autorité que Dieu confère à leurs livres et ce qui en découle sont admis, l'unicité de leurs buts et de leurs desseins est proclamée, le caractère unique de leur influence est souligné, la réconciliation finale de leurs enseignements et de leurs disciples est enseignée et prédite. Selon le témoignage de Bahá'u'lláh, ils habitent tous dans le même tabernacle, s'élèvent dans le même ciel, sont assis sur le même trône, prononcent le même discours, et proclament la même Foi.

27. La continuité de la révélation

La Foi identifiée au nom de Bahá'u'lláh rejette toute intention de rabaisser n'importe quel prophète avant lui, de dénigrer un seul de leurs enseignements, de faire ombre, ne serait-ce que légèrement, à l'éclat de leurs révélations, de les évincer dans le coeur de leurs disciples, d'abroger les bases de leurs doctrines, d'écarter un seul de leurs livres ou de supprimer les aspirations légitimes de leurs adhérents. Refusant la revendication de chaque religion qui prétend être la révélation finale de Dieu à l'homme, rejetant le caractère définitif de sa propre révélation, Bahá'u'lláh inculque le principe de base de la relativité de la vérité religieuse, de la continuité de la révélation divine, de la progressivité de l'expérience religieuse. Son but est d'élargir les bases de toutes les religions révélées et de démêler les mystères de leurs écrits. Il insiste sur la reconnaissance absolue de l'unité de leur but, énonce de nouveau les vérités éternelles qu'elles contiennent, coordonne leurs fonctions, fait la distinction entre ce qui est essentiel et authentique dans leurs enseignements et ce qui y est accessoire et contrefait, sépare les vérités données par Dieu des superstitions soufflées par les prêtres, et, se basant sur cela, proclame la possibilité de les unifier, en prédit même le caractère inéluctable, et le couronnement de leurs espoirs les plus grands.

Quant à Muhammad, l'Apôtre de Dieu, qu'aucun de ses disciples lisant ces pages ne pense, ne serait-ce qu'un instant, que l'Islam, son prophète, son livre, ses successeurs désignés ou aucun de ses véritables enseignements aient été déshonorés ou devraient l'être, d'aucune manière ou à quelque niveau que ce soit. La lignée du Báb, descendant de l'Imám Husayn ; les diverses preuves flagrantes, dans le récit de Nabíl, de l'attitude du héraut de notre Foi à l'égard du fondateur, des imáms et du livre de l'Islam ; les brûlants hommages rendus par Bahá'u'lláh dans le Kitáb-i-Iqán à Muhammad et à ses successeurs légaux et plus particulièrement à l'incomparable et inégalable Imám Husayn ; les arguments produits énergiquement, courageusement et publiquement par 'Abdu'l-Bahá, dans les églises et les synagogues, pour démontrer la validité du message du prophète arabe ; et finalement, non des moindres, le témoignage écrit de la Reine de Roumanie qui, née dans le foi anglicane et malgré l'étroite alliance de son gouvernement avec l'église grecque orthodoxe, religion d'état de son pays d'adoption, a été amenée, en grande partie à cause de la lecture attentive des discours publics d''Abdu'l-Bahá, à reconnaître publiquement la fonction prophétique de Muhammad - tout cela démontre, en des termes sans équivoque, la véritable attitude de la Foi bahá'íe face à sa religion soeur.

Son hommage royal est le suivant : Dieu est tous, tout. Il est le pouvoir derrière tous les commencements.... Il est la voix en nous qui nous montre le bien et le mal. Mais le plus souvent, nous ignorons ou nous ne comprenons pas cette voix. C'est pourquoi Il a choisi son élu pour descendre parmi nous sur la terre afin de clarifier sa parole, sa véritable signification. D'où les prophètes ; d'où le Christ, Muhammad, Bahá'u'lláh, car l'homme a besoin de temps à autre d'une voix sur la terre pour amener Dieu à lui, pour aiguiser sa prise de conscience de l'existence du véritable Dieu. Ces voix qui nous furent envoyées devaient être faites de chair afin qu'avec nos oreilles terrestres, nous puissions les entendre et les comprendre.

On peut se demander avec pertinence quelle plus grande preuve les théologiens de Perse ou de Turquie pourraient-ils exiger pour démontrer que les disciples de Bahá'u'lláh reconnaissent le rang élevé qu'occupe le prophète Muhammad parmi toute l'armée des messagers de Dieu ? Quel plus grand service ces théologiens attendent-ils que nous rendions à la cause de l'Islam ? Quelle plus grande preuve de notre compétence peuvent-ils demander que celle d'allumer en des lieux si éloignés de leur portée l'étincelle d'une conversion ardente et sincère à la vérité énoncée par l'apôtre de Dieu et d'obtenir de la plume de la royauté cette confession publique et en fait historique de sa mission assignée par Dieu ?

Quant à la position du Christianisme, disons sans hésitation et sans équivoque que son origine divine est absolument reconnue, que la filiation et la divinité de Jésus-Christ sont résolument affirmées, que l'inspiration divine de l'Evangile est entièrement reconnue, que la réalité du mystère de la pureté de la Vierge Marie est révélée et que la primatie de Pierre, le prince des apôtres, est soutenue et défendue. Le fondateur de la foi chrétienne est désigné par Bahá'u'lláh comme étant l'esprit de Dieu, il est proclamé comme étant celui qui vient du souffle du Saint Esprit et il est même loué comme étant l'essence de l'Esprit. Sa mère est décrite comme cette face voilée et immortelle, de toute beauté, et le rang de son fils exalté comme étant un rang qui a été élevé au-dessus de ce que peuvent imaginer tous ceux qui vivent sur la terre, alors que Pierre est reconnu comme un homme de la bouche duquel Dieu a fait couler les mystères de la sagesse et de la parole. Sache, a en outre affirmé Bahá'u'lláh, que lorsque le Fils de l'homme a rendu son souffle à Dieu, toute la création a pleuré avec beaucoup de peine. Par son sacrifice cependant, toutes les choses créées furent pénétrées d'une nouvelle capacité. Ses preuves, telles qu'elles apparaissent chez tous les peuples de la terre, se manifestent à présent devant toi. La plus grande sagesse énoncée par les sages, l'enseignement le plus profond dévoilé par un esprit, les arts produits par les mains les plus habiles, l'influence du plus puissant des dirigeants ne sont que des manifestations du pouvoir vivifiant insufflé par son esprit transcendant, universel et resplendissant. Nous affirmons que lorsqu'il est venu dans le monde, il a couvert toutes les choses créées de la splendeur de sa gloire. Grâce à lui, le lépreux a été guéri de la lèpre de la perversité et de l'ignorance. Grâce à lui, l'impudique et le rebelle ont été soignés. Grâce à son pouvoir, né de Dieu Tout-Puissant, les yeux des aveugles se sont ouverts et l'âme des pécheurs a été sanctifiée.... Il est celui qui a purifié le monde. Béni l'homme qui, le visage rayonnant de lumière, s'est tourné vers lui.

En réalité, la condition sine qua non pour être admis dans le groupe bahá'í de Juifs, Zoroastriens, Hindouistes, Bouddhistes et disciples d'autres fois anciennes ainsi que d'agnostiques et même d'athées, c'est d'accepter avec sincérité et sans réserve l'origine divine de l'Islam et du Christianisme, les fonctions prophétiques de Muhammad et de Jésus-Christ, la légitimité de l'institution qu'est l'imamat (?) et la primatie de St Pierre, le prince des apôtres. Tels sont les principes de base, solides et incontournables qui constituent la pierre angulaire de la croyance bahá'íe, que la Foi de Bahá'u'lláh est fière de reconnaître, que ses enseignants proclament, que ses partisans défendent, que sa littérature propage, que ses écoles d'été enseignent, et que la masse de ses disciples affirment à la fois en paroles et en actes.

De même ne faudrait-il pas penser un seul instant que les disciples de Bahá'u'lláh cherchent à dégrader ou même à rabaisser le rang des chefs religieux mondiaux, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, ou de toute autre dénomination, pour autant que leur conduite soit conforme à ce qu'ils professent et qu'ils soient dignes du rang qu'ils occupent. Bahá'u'lláh a affirmé : Ces théologiens... qui portent en vérité les ornements de la connaissance et d'un caractère bon sont, en vérité, comme une tête pour le corps du monde, comme des yeux pour les nations. La direction des hommes a toujours été dépendante, et l'est encore, de ces âmes bénies. Et encore : Le théologien dont la conduite est intègre et le sage qui est juste sont comme l'esprit du corps du monde. Heureux ce théologien dont la tête s'orne de la couronne de la justice et dont le temple contient les ornements de l'équité. Et encore : Le théologien qui a saisi et bu le vin très sacré au nom de l'Ordonnateur souverain est un oeil pour le monde. Heureux ceux qui lui obéissent et qui s'en souviennent. Il a par ailleurs écrit : Grande est la bénédiction de ce théologien qui n'a pas permis que la connaissance forme un voile entre lui et Celui qui est l'Objet de toutes les connaissances, et qui, lorsque Celui qui subsiste par Lui-même est apparu, s'est tourné vers Lui le visage radieux. Il est en vérité compté parmi les érudits. Les habitants du paradis recherchent la grâce de son souffle et sa lampe jette son éclat sur tous ceux qui sont dans le ciel et sur la terre. Il est compté en vérité parmi les héritiers des prophètes. Celui qui le regarde a regardé en vérité le Véritable et celui qui s'est tourné vers lui s'est tourné en vérité vers Dieu, le Tout-Puissant, le Très-Sage. Respectez les théologiens qui sont parmi vous, exhorte-t-il, ceux dont les actes sont conformes à la connaissance qu'ils possèdent, qui observent les commandements de Dieu et décrètent ce que Dieu a décrété dans le Livre. Sachez qu'ils sont les lampes de la direction à suivre entre la terre et le ciel. Ceux qui n'ont pas de considération pour le rang et les mérites des théologiens qui sont parmi eux altèrent en vérité la grâce que Dieu leur a donnée.

Chers amis ! Dans les pages précédentes, j'ai tenté de représenter cette ordalie, qui afflige le monde et saisit à pleine poigne l'humanité, comme étant essentiellement un jugement de Dieu prononcé contre les peuples de la terre qui, pendant un siècle, ont refusé de reconnaître celui dont le venue avait été promise à toutes les religions et dans la Foi duquel toutes les nations peuvent, et finalement doivent, rechercher leur propre salut. J'ai cité certains passages des écrits de Bahá'u'lláh et du Báb qui montrent le caractère et préfigurent les circonstances de cette visitation divinement imposée. J'ai énuméré les pénibles épreuves qui se sont abattues sur la Foi, sur son héraut, sur son fondateur et sur son archétype, et j'ai parlé de la tragique incapacité de la plupart des hommes et de leurs chefs à protester contre ces tribulations et à reconnaître les revendications avancées par ceux qui les supportaient. J'ai en outre indiqué qu'une responsabilité directe, terrible, inéluctable reposait sur les souverains de la terre et sur les chefs religieux du monde qui, à l'époque du Báb et de Bahá'u'lláh, détenaient en leurs mains les rênes de l'autorité politique et religieuse absolue. Je me suis également attaché à montrer comment, à cause de l'opposition directe et active à la Foi de certains d'entre eux et de la négligence d'autres face à leur devoir évident d'analyser sa vérité et ses revendications, de défendre son innocence et de venger ses blessures, des rois et des ecclésiastiques ont été et sont encore soumis aux châtiments terribles suscités par leurs péchés d'omission et d'action. En raison de la responsabilité fondamentale qu'ils endossaient parce qu'ils jouissaient sur leurs sujets et disciples d'une autorité indiscutable, j'ai largement cité des messages, des exhortations et des mises en garde que les fondateurs de notre Foi leur avaient adressés et je me suis étendu sur les conséquences qui ont découlé de ces paroles capitales qui ont marqué l'époque.

Si nous voulons l'apprécier à sa juste valeur, il ne faudrait pas voir uniquement en cette grande calamité justicière dont les chefs suprêmes du monde, à la fois séculaires et religieux, doivent être considérés comme les premiers responsables, comme l'a affirmé Bahá'u'lláh, un châtiment infligé par Dieu à un monde qui, pendant cent ans, a continué à refuser d'embrasser la vérité du message rédempteur qui lui était proféré par le messager suprême de Dieu à cette époque. Elle doit être aussi considérée, dans une moindre mesure, comme un châtiment divin punissant la perversité de la race humaine en général qui s'est détachée de ces principes élémentaires qui doivent, en tous temps, gouverner la vie et le progrès de l'humanité et qui sont les seuls à les sauvegarder. Hélas, plutôt que de reconnaître et d'adorer l'Esprit de Dieu tel qu'incarné dans sa religion en ce jour, l'humanité a préféré, avec de plus en plus d'insistance, vénérer ces fausses idoles, ces contre-vérités et demi-mensonges qui obscurcissent ses religions, corrompent sa vie spirituelle, ébranlent ses institutions politiques, rongent son tissu social et brisent ses structures économiques.

Non seulement les peuples de la terre ont ignoré et certains d'entre eux même attaqué une Foi qui est en même temps l'essence, la promesse, le réconciliateur et l'unificateur de toutes les religions, mais ils se sont détachés de leur propre religion et ont placé sur leurs autels renversés d'autres dieux complètement étrangers non seulement à l'esprit mais aussi aux formes traditionnelles de leur ancienne foi.

Bahá'u'lláh se lamente : La face du monde a changé. Le chemin de Dieu et la religion de Dieu ont cessé d'avoir de la valeur aux yeux des hommes. La vitalité de la croyance des hommes en Dieu, a-t-il aussi écrit, se meurt dans chaque pays.... Les organes vitaux de la société humaine sont rongés par la corrosion de l'impiété. La religion, affirme-t-il, est en vérité le principal instrument pour établir l'ordre dans le monde et la tranquillité parmi ses peuples.... Plus le déclin de la religion est grand, plus l'obstination des impies est grave. Ceci ne peut mener finalement qu'au chaos et à la confusion. Et encore : La religion est une lumière radieuse et une forteresse imprenable pour la protection et le bien-être des peuples du monde. Tout comme le corps de l'homme, a-t-il d'autre part écrit, a besoin d'être couvert, le corps de l'humanité doit nécessairement être vêtu du manteau de la justice et de la sagesse. Sa robe est la révélation que Dieu leur a transmise.

28. Les trois faux Dieux

Cette force vitale se meurt, cette puissante agence a été méprisée, cette lumière radieuse obscurcie, cette forteresse imprenable abandonnée, cette robe de beauté délaissée. Dieu Lui-même a en fait été détrôné du coeur des hommes et un monde idolâtre acclame et vénère passionnément et à grands cris les faux dieux que ses propres chimères ont sottement créés et que ses mains malavisées ont exaltés avec tant de sacrilèges. Les principales idoles du temple profané de l'humanité ne sont autres que les triple dieux du nationalisme, du racisme et du communisme dont les autels sont à présent vénérés sous diverses formes et à des niveaux variés par les gouvernements et les peuples, qu'ils soient démocratiques ou totalitaires, en paix ou en guerre, de l'est ou de l'ouest, chrétiens ou islamiques. Leurs grands prêtres sont les hommes politiques et les prétendus sages mondialement expérimentés de l'époque ; leur sacrifice, la chair et le sang des multitudes massacrées ; leurs incantations, des doctrines désuètes et des formules insidieuses et irrévérencieuses ; leur encens, la fumée d'angoisse qui monte du coeur déchiré des déshérités, des mutilés et des sans-abris.

Les théories et les politiques si malsaines, si pernicieuses, qui déifient l'état et exaltent la nation au-dessus de l'humanité, qui cherchent à soumettre les races soeurs du monde à une seule race, qui prônent la discrimination entre les noirs et les blancs et qui tolèrent la domination d'une classe privilégiée sur toutes les autres - voici les doctrines noires, fausses et tordues pour lesquelles tout homme ou tout peuple qui y croit ou qui agit en leur nom devra tôt ou tard encourir la colère et la châtiment de Dieu.

'Abdu'l-Bahá met en garde : Des mouvements nouveaux et de portée mondiale feront tout pour faire avancer leurs projets. Le mouvement de la gauche prendra beaucoup d'importance. Son influence s'étendra.

Contrastant avec ces doctrines qui engendrent la guerre et ébranlent le monde, et irrévocablement opposées à elles, il y a les vérités conciliatrices, salvatrices et fécondes proclamées par Bahá'u'lláh, l'organisateur divin et le sauveur de toute la race humaine - des vérités qui doivent être considérées comme la force qui anime et la marque de sa révélation : Le monde n'est qu'un seul pays et l'humanité en est les citoyens. Qu'aucun homme ne se glorifie d'aimer son pays ; qu'il se glorifie plutôt d'aimer ses semblables. Et encore : Vous êtes les fruits d'un seul arbre, et les feuilles d'une seule branche. Appliquez votre esprit et votre volonté à l'éducation des peuples et des familles de la terre pour qu'un jour... tous les hommes deviennent les défenseurs d'un même ordre et les habitants d'une même cité.... Vous vivez dans un monde et vous avez été créés par l'opération d'une seule volonté. Prenez garde que les désirs de la chair et d'inclinaisons corrompues ne vous divisent. Soyez comme les doigts d'une seule main, les membres d'un seul corps. Et encore : Tous les jeunes arbres du monde proviennent d'un même arbre et toutes les gouttes d'un seul océan, et tous les êtres doivent leur existence à un seul Etre. Et plus loin : Celui-là en réalité est un homme qui se consacre aujourd'hui au service de toute la race humaine.

29. Les piliers affaiblis de la religion

Il faut non seulement tenir pour responsables l'irréligion et son monstrueux rejeton, le triple fléau qui oppresse l'âme de l'humanité en ce jour, des malheurs qui l'assaillent si tragiquement, mais aussi considérer que d'autres maux et vices qui sont pour la plupart les conséquences directes de l'affaiblissement des piliers de la religion constituent des facteurs qui ont contribué aux fautes multiples dont les individus et les nations se sont rendus coupables. Les signes de l'effondrement moral, faisant suite au détrônement de la religion et au couronnement de ces idoles usurpatrices, sont trop nombreux et évidents, même pour un observateur superficiel de l'état de la société actuelle, pour ne pas les remarquer. Le développement de l'anarchie, de l'ivresse, du jeu et du crime ; l'amour excessif du plaisir, des richesses et d'autres vanités terrestres ; le laxisme de la morale se révélant dans l'attitude irresponsable face au mariage, dans l'affaiblissement du contrôle parental, dans la vague montante de divorces, dans la détérioration du niveau de la littérature et de la presse, et dans la défense de théories qui sont la négation même de la pureté, de la moralité et de la chasteté - ces preuves de la décadence morale qui envahissent l'est et l'ouest, infiltrant chaque couche de la société et instillant leur poison chez les membres des deux sexes, chez les jeunes et les vieux, viennent noircir encore plus le rouleau sur lequel sont inscrites les multiples transgressions d'une humanité non repentante.

Il n'est pas étonnant que Bahá'u'lláh, le médecin divin, ait déclaré : En ce jour, les goûts des hommes ont changé et leur pouvoir de perception s'est altéré. Les vents contraires du monde et ses couleurs ont provoqué un refroidissement et privé les narines de l'homme des douces saveurs de la révélation.

Débordante et amère est en réalité la coupe de l'humanité qui n'a pu répondre aux appels de Dieu lancés par son messager suprême, qui a mis en veilleuse la lampe de sa foi en son Créateur, qui a transféré, dans une si grande mesure, aux dieux de sa propre invention l'allégeance qu'elle Lui devait, et s'est souillée des maux et des vices qu'un tel transfert ne pouvait qu'engendrer.

Chers amis ! C'est sous cette lumière que nous devons, nous, disciples de Bahá'u'lláh, considérer ce châtiment de Dieu qui, dans les dernières années du premier siècle de l'ère bahá'íe, s'abat sur tout le monde et qui a jeté dans une telle confusion les affaires de l'humanité. C'est à cause de cette double faute, ses actions et son manque d'actions, de ses délits aussi bien que de son incapacité pitoyable et notoire à accomplir ce qui était son devoir clair et indubitable envers Dieu, son messager et sa Foi, que cette pénible épreuve l'a saisie de sa poigne de fer, quelles qu'en soient les causes politiques et économiques immédiates.

Dieu cependant, comme cela a été souligné tout au début de ces pages, ne punit pas que les mauvaises actions de ses enfants. Il châtie parce qu'Il est juste, Il corrige parce qu'Il aime.Les ayant châtiés, Il ne peut, dans sa grande miséricorde, les laisser à leur propre sort. En fait, par l'action même de les châtier, Il les prépare à la mission pour laquelle Il les a créés. Il leur a assuré, par la bouche de Bahá'u'lláh : Ma calamité est ma providence, extérieurement, ce sont le feu et la vengeance, mais intérieurement, ce sont la lumière et la miséricorde.

Les flammes que sa justice divine ont allumées lavent une humanité non convertie et font fondre ses éléments discordants et contraires comme aucun autre agent ne pourrait le faire. Ce n'est pas seulement un feu vengeur et destructeur, mais aussi un processus disciplinaire et créatif dont le but est de sauver, en l'unifiant, la planète toute entière. Mystérieusement, lentement et irrésistiblement, Dieu accomplit son dessein même si la vue qui s'offre à nos yeux aujourd'hui est le spectacle d'un monde désespérément pris dans ses propres filets, tout à fait insouciant de la voix qui, pendant un siècle, l'a appelé à Dieu et lamentablement soumis aux voix des sirènes qui tentent de l'attirer vers les abîmes sans fin.

30. Le dessein de Dieu

Le dessein de Dieu n'est autre que d'inaugurer, par des voies que Lui seul peut susciter et dont Lui seul peut comprendre toute la signification, le Grand Age, l'Age d'Or d'une humanité longtemps divisée et éprouvée. Sa situation actuelle, et même son avenir proche, sont sombres, désespérément sombres. Mais son avenir lointain est lumineux, glorieusement lumineux - si lumineux qu'aucun oeil ne peut le visualiser.

En analysant la destinée immédiate de l'humanité, Bahá'u'lláh écrit : Hélas, les vents du désespoir soufflent de toutes parts et les querelles qui divisent et font souffrir la race humaine se multiplient de jour en jour. On peut voir à présent les signes de bouleversements et de chaos imminents car l'ordre actuel apparaît dans toute son imperfection lamentable. A un autre propos, il a déclaré : Sa situation sera si critique qu'il ne serait ni convenable, ni vraisemblable d'en parler maintenant. D'autre part, contemplant l'avenir de l'humanité, il a prophétisé avec emphase, lors son mémorable interview accordé à l'orientaliste persan Edward G. Brown : Ces querelles stériles, ces guerres ruineuses, cesseront et la très Grande Paix arrivera.... Ces querelles, ces carnages et cette discorde doivent cesser et tous les hommes seront comme une seule tribu, comme une seule famille. Il prédit : Bientôt, l'ordre actuel sera relevé et un nouvel ordre apparaîtra à sa place. Il a également écrit : Après un moment, tous les gouvernements de la terre changeront. L'oppression enveloppera le monde. Et après une convulsion universelle, le soleil de la justice se lèvera sur l'horizon du royaume invisible. Il a en plus déclaré : Toute la terre est comme si elle était enceinte maintenant. Le jour approche où elle produira ses meilleurs fruits, où sur elle jailliront les arbres les plus hauts, les fleurs les plus enchanteresses, les grâces les plus célestes. De même 'Abdu'l-Bahá a écrit : Toutes les nations et toutes les tribus... deviendront une nation. L'antagonisme religieux et sectaire, l'hostilité entre les races et les peuples, les différences entre les nations, seront éliminés. Tous les hommes adhéreront à une seule religion, auront une Foi commune, se fondront en une seule race et deviendront un seul peuple. Tous vivront dans une même patrie qui sera la planète elle-même.

Ce que nous voyons aujourd'hui, pendant cette crise la plus grave de toute l'histoire de la civilisation, qui nous rappelle ces époques où des religions ont péri et d'autres sont nées, c'est l'âge de l'adolescence dans la lente et douloureuse évolution de l'humanité, qui prépare l'âge de la maturité dont la promesse se trouve dans les enseignements et dans les prophéties de Bahá'u'lláh. Le tumulte de cet âge de transition est caractéristique de l'impétuosité et des instincts irrationnels de la jeunesse, de ses folies, de sa prodigalité, de sa fierté, de son assurance, de sa révolte et de son mépris de la discipline.

31. Le grand âge à venir

Les temps de sa tendre enfance et de son enfance sont révolus et ne reviendront jamais alors que le Grand Age, l'achèvement de tous les âges, qui sera le signal de la maturité de toute la race humaine doit encore arriver. Les convulsions de cette période transitoire et très agitée dans les annales de l'humanité constituent les conditions préalables et annoncent l'approche inévitable de cet Age des âges, le temps de la fin, où la folie et le tumulte du conflit qui a, depuis l'aube de l'histoire, assombri les annales de l'humanité, finiront par se transformer en sagesse et tranquillité d'une paix que rien ne vient troubler, universelle et durable où la discorde et la séparation des enfants des hommes seront remplacées par la réconciliation mondiale et l'unification complète des divers éléments qui constituent la société humaine.

Ceci sera en réalité la juste apogée de ce processus d'intégration qui, commençant par la famille, la plus petite unité sur l'échelle de l'organisation humaine, doit, après avoir successivement fait naître la tribu, la cité-état et la nation, continuer à agir jusqu'à ce qu'il culmine avec l'unification du monde entier, objet final et gloire suprême de l'évolution humaine sur cette planète. C'est vers cette étape que tend inexorablement l'humanité, volontairement ou pas. C'est pour cette étape que cette vaste, cette impétueuse épreuve que l'humanité traverse prépare mystérieusement le terrain. C'est à cette étape que sont indissolublement liés le sort et le dessein de la Foi de Bahá'u'lláh. Ce sont les énergies créatrices que sa révélation a libérées en l'an soixante, renforcées par la suite par les effusions successives de pouvoir céleste accordées à l'humanité entière en l'an neuf et en l'an quatre-vingts qui ont inculqué à l'humanité la capacité d'atteindre cette étape ultime de son évolution organique et collective. C'est à l'Age d'or de sa dispensation que l'achèvement de ce processus sera à jamais associé. C'est la structure de son nouvel ordre mondial, remuant à présent dans les entrailles des institutions administratives qu'il a lui-même créées, qui servira à la fois de modèle et de noyau à cette communauté de bien-être mondial qui est la destinée certaine et inévitable des peuples et des nations de la terre.

Tout comme l'évolution organique de l'humanité a été lente et graduelle et a successivement impliqué l'unification de la famille, de la tribu, de la cité-état et de la nation, la lumière diffusée par la révélation de Dieu, à différents stades de l'évolution de la religion, et réfléchie dans les diverses dispensations du passé, fut lente et progressive. En réalité, la mesure de la révélation divine, à chaque époque, a été adaptée et proportionnelle au degré de progrès social atteint à cette époque par une humanité qui ne cesse d'évoluer.

Bahá'u'lláh explique : Nous avons décrété que la Parole de Dieu et toutes les possibilités qui en découlent doivent être livrées aux hommes de façon tout à fait conforme aux conditions qui ont été préordonnées par Celui qui est l'Omniscient, le Très-Sage.... Si la Parole pouvait soudainement libérer toutes les énergies latentes en elle, aucun homme ne pourrait soutenir le poids d'une révélation aussi puissante. 'Abdu'l-Bahá, élucidant cette vérité, a affirmé : toutes les choses créées ont leur degré ou leur niveau de maturité. La période de maturité dans la vie d'un arbre, c'est l'époque où il porte des fruits.... L'animal connaît un stade de pleine croissance et de plénitude, et dans le royaume humain, l'homme atteint sa maturité lorsque la lumière de son intelligence arrive à sa puissance et à son développement les plus grands.... De même, il existe des périodes et des étapes dans la vie collective de l'humanité. Elle est passée à une époque par le stade de l'enfance, à une autre époque par celui de la jeunesse et entre à présent dans sa phase de maturité prévue depuis longtemps et dont les preuves sont partout apparentes.... Ce qui répondait aux besoins humains au début de l'histoire de la race humaine ne peut plus ni rencontrer, ni satisfaire les demandes d'aujourd'hui, période de nouveauté et de consommation. L'humanité a émergé de son stade antérieur, limité et peu formé. L'homme doit à présent acquérir de nouvelles vertus et de nouveaux pouvoirs, de nouvelles normes morales, de nouvelles capacités. Des dons nouveaux, des grâces parfaites, l'attendent et descendent déjà sur lui. Les dons et les grâces accordés pendant la période de la jeunesse, bien qu'opportuns et suffisants pendant l'adolescence de l'humanité, sont à présent impuissants face aux exigences de sa maturité. Il a en outre écrit : Dans chaque dispensation, la lumière de la direction divine s'est concentrée sur un thème central.... Dans cette merveilleuse révélation, ce siècle glorieux, le fondemenat de la Foi de Dieu, et la caractéristique particulière de sa loi, est la prise de conscience de l'unicité de l'humanité.

32. Religion et évolution sociale

La révélation associée à la Foi de Jésus-Christ concentrait en premier lieu son attention sur la rédemption de l'individu et la formation de sa conduite, et soulignait, comme thème central, la nécessité d'inculquer des normes élevées de moralité et de discipline à l'homme en tant qu'unité fondamentale dans la société humaine. Nous ne trouvons nulle part dans l'Evangile une référence à l'unité des nations ni à l'unification de l'humanité en général. Lorsque Jésus parlait à ceux qui l'entouraient, il s'adressait à eux principalement en tant qu'individus plutôt qu'en tant que parties composantes d'une entité universelle indivisible. Toute la surface de la terre n'était pas encore explorée à cette époque et par conséquent, l'organisation de tous ses peuples et de toutes ses nations en une seule unité ne pouvait être envisagée, encore moins proclamée ou établie. Quelle autre interprétation donner à ces paroles que Bahá'u'lláh destinait particulièrement aux disciples de l'Evangile et où la différence fondamentale entre la mission de Jésus-Christ, relative essentiellement à l'individu, et son propre message, plus particulièrement adressé à l'humanité entière, a été établie avec précision : En vérité, il [Jésus] dit : "Suivez-moi et je vous ferai pêcheurs d'hommes" En ce jour cependant nous disons : "Suivez-moi et je vous ferai générateurs de vie pour l'humanité."

La Foi de l'Islam, lien suivant dans la chaîne de la révélation divine, introduisait, comme Bahá'u'lláh lui-même l'affirme, le concept de la nation comme étant une unité et une étape vitale dans l'organisation de la société humaine et la personnifiait dans son enseignement. C'est en fait ce que signifie cette déclaration brève et cependant très significative et éclairante de Bahá'u'lláh : Jadis [la dispensation islamique], il a été révélé : "L'amour de son pays est un élément de la Foi de Dieu". Ce principe fut établi et souligné par l'apôtre de Dieu car l'évolution de la société humaine le nécessitait à cette époque. De même aucune étape au-dessus et au-delà de celle-là n'aurait pu être envisagée sans l'obtention préalable des conditions mondiales préparatoires à l'établissement d'une forme supérieure d'organisation. On peut dès lors dire que le concept de nationalité, l'accès à l'état de nation, sont des caractéristiques spécifiques à la dispensation de Muhammad au cours de laquelle les nations et les races du monde, particulièrement en Europe et en Amérique, furent unifiées et atteignirent leur indépendance politique.

'Abdu'l-Bahá lui-même explique cette vérité dans l'une de ses Tablettes : Dans les cycles passés, bien qu'il y ait harmonie, l'unité de l'humanité entière ne pouvait se réaliser en raison de l'absence de moyens. Les continents restaient largement divisés et même parmi les peuples d'un seul et même continent, l'association et l'échange de pensées étaient quasiment impossibles. Dès lors, les échanges, la compréhension et l'unité parmi tous les peuples et toutes les tribus de la terre étaient inaccessibles. Aujourd'hui cependant les moyens de communication se sont multipliés et les cinq continents de la terre se sont virtuellement fondus en un seul.... De même, tous les membres de la famille humaine, que ce soient les peuples ou les gouvernements, les villes ou les villages, sont devenus de plus en plus interdépendants. L'auto-suffisance n'est plus possible pour aucun d'entre eux car des liens politiques unissent tous les peuples et les nations, et les liens commerciaux et industriels, agricoles et scolaires, se renforcent chaque jour. Dès lors l'unité de toute l'humanité peut à présent se réaliser. En vérité ceci n'est rien d'autre qu'un des prodiges de cette époque merveilleuse, de ce siècle de gloire. Les temps passés en ont été privés car ce siècle - le siècle de la lumière - a reçu une gloire, un pouvoir et une illumination uniques et sans précédent. D'où l'apparition miraculeuse chaque jour d'une nouvelle merveille. Finalement, on verra avec quelle intensité ses bougies brilleront dans l'assemblage de l'homme.

Il explique plus loin : Regardez comme sa lumière se lève à présent sur l'horizon obscurci du monde. La première bougie est l'unité dans le royaume politique dont on peut voir maintenant les premières lueurs. La deuxième bougie est l'unité de pensée dans les affairees mondiales qui se réalisera. La troisième bougie est l'unité dans la liberté qui arrivera sans aucun doute. La quatrième bougie est l'unité dans la religion qui constitue la pierre angulaire de la fondation elle-même et qui, par le pouvoir de Dieu, sera révélée dans toute sa splendeur. La cinquième bougie est l'unité des nations - une unité qui s'établira solidement en ce siècle, entraînant tous les peuples du monde à se considérer comme des citoyens d'une même patrie. La sixième bougie est l'unité des races, qui fait de tous ceux qui vivent sur la terre des peuples et des tribus d'une seule race. La septième bougie est l'unité de la langue c'est-à-dire le choix d'une langue universelle dans laquelle tous les peuples seront instruits et parleront. Chacun de ces événements se produira inévitablement car le pouvoir du royaume de Dieu assistera et aidera leur réalisation.

Dans son "Certains répondent aux questions", 'Abdu'l-Bahá a affirmé : (déjà traduit p.231 de l'Ere Nouvelle)Au jour de l'apparition de cette branche incomparable [Bahá'u'lláh], l'un des grands événements marquants sera la levée de l'étendard de Dieu par toutes les nations ; c'est-à-dire que toutes les nations et les tribus viendront sous l'ombre de ce drapeau divin qui n'est autre que cette branche majestueuse, et qu'elles deviendront une nation unique. L'antagonisme des croyances et des religions, l'hostilité des races et des peuples, et les divisions dues au patriotisme disparaîtront parmi les hommes. Ils seront réunis en une seule religion, une Foi, une race et deviendront un seul peuple habitant un même pays natal : le globe terrestre.(fin passage existant)

Ceci est l'étape vers laquelle approche le monde aujourd'hui, l'étape de l'unité mondiale, qui sera fermement établie en ce siècle, comme 'Abdu'l-Bahá nous l'affirme. Bahá'u'lláh lui-même dit : La Langue de grandeur a proclamé ... le jour de sa manifestation : "Il n'appartient pas à celui qui aime son pays de s'en enorgueillir, mais bien à celui qui aime le monde." Il ajoute, A travers la puissance libérée par ces paroles exaltées, il a donné une nouvelle impulsion et fixé une nouvelle direction aux oiseaux du coeur des hommes, et il a effacé toute trace de restriction et de limitation du Livre sacré de Dieu.

33. La loyauté plus large, globale

Il convient cependant d'émettre une mise en garde à cet égard. L'amour de son pays, inculqué et souligné par l'enseignement de l'Islam en tant qu'éléments de la Foi de Dieu, n'a été dans cette déclaration, dans cet appel claironné par Bahá'u'lláh, ni condamné, ni dénigré. On ne doit pas, et en fait on ne peut pas, l'analyser comme un désaveu, ni la considérer comme une censure élevée contre un patriotisme sain et intelligent, et de même elle ne recherche pas à miner la soumission et la loyauté de chaque individu à son pays et ne se trouve pas en conflit avec les aspirations légitimes, les droits et les devoirs de n'importe quel état ou de n'importe quelle nation. Tout ce qu'elle signifie et affirme, c'est que le patriotisme ne suffit pas vu les changements fondamentaux qui se produisent dans la vie économique de la société et l'interdépendance des nations, et vu la contraction du monde grâce à la révolution de ses moyens de transport et de communication - conditions qui n'existaient pas et ne pouvaient exister ni à l'époque de Jésus-Christ, ni à celle de Muhammad. Cela nécessite une loyauté plus large qui n'est pas et ne doit pas être en réalité en conflit avec des loyautés plus étroites. Elle implique un amour qui, vu sa portée, doit inclure et non exclure l'amour de son pays. Elle jette, par cette loyauté qu'elle inspire et cet amour qu'elle insuffle, les seules fondations sur lesquelles le concept de citoyenneté mondiale pourra se développer et la structure de l'unification du monde reposer. Elle insiste cependant sur la subordination des considérations nationales et des intérêts particuliers aux revendications impératives et souveraines de l'humanité en général puisque dans un monde de nations et de peuples interdépendants, le bien d'une partie se réalise mieux à travers le bien de toute l'entité.

Le monde se dirige en vérité vers sa destinée. L'interdépendance des peuples et des nations de la terre, quoi que puissent dire ou faire les chefs des forces divisionnistes du monde, est déjà un fait accompli. Son unité dans la sphère économique est maintenant comprise et reconnue. Le bien-être des parties signifie le bien-être de la totalité et l'épuisement d'une partie entraîne l'épuisement du tout. La révélation de Bahá'u'lláh a, en ses propres termes, donné une nouvelle impulsion et fixé une nouvelle direction à ce vaste processus maintenant à l'oeuvre dans le monde. Les feux allumés par ce grand châtiment sont les conséquences de l'incapacité de l'homme à le reconnaître. Ils hâtent en outre son achèvement. L'adversité prolongée, mondiale, pénible, alliée au chaos et à la destruction universelle, ne peut qu'ébranler les nations, réveiller la conscience du monde, dégriser les masses, précipiter un changement radical dans la conception même de la société et finalement faire fondre les membres disloqués et ensanglantés de l'humanité en un seul corps organiquement uni et indivisible.

34. La Communauté mondiale

J'ai déjà parlé dans mes précédentes communications du caractère général, des implications et des caractéristiques de cette Communauté mondiale qui doit émerger tôt ou tard du carnage, de l'agonie et du tumulte de cette grande convulsion mondiale. Il me suffit de dire que cet achèvement sera, par sa nature même, un processus progressif et doit, comme Bahá'u'lláh lui-même l'a prévu, mener tout d'abord à l'établissement de la moindre Paix que les nations de la terre instaureront elles-mêmes, inconscientes pour l'instant de sa révélation et appliquant sans le savoir les principes généraux qu'il a énoncés. Cette étape importante et historique, qui nécessite la reconstruction de l'humanité, suite à la reconnaissance universelle de son unicité et de sa globalité, entraînera dans son sillage la spiritualisation des masses après la reconnaissance du caractère et des revendications de la Foi de Bahá'u'lláh - condition essentielle à cette fusion finale de toutes les races, de toutes les confessions, de toutes les classes et nations qui sera le signe de l'apparition de son nouvel ordre mondial.

Alors la maturité de toute l'espèce humaine sera proclamée et célébrée par tous les peuples et toutes les nations de la terre. Alors la bannière de la très grande Paix sera hissée. Alors la souveraineté mondiale de Bahá'u'lláh - celui qui a établi le royaume du Père annoncé par le Fils et attendu par les prophètes de Dieu avant lui et après lui - sera reconnue, acclamée et solidement établie. Alors naîtra, fleurira et se perpétuera une civilisation mondiale, une civilisation remplie de tant de vie que le monde n'a jamais vu cela et ne peut même pas la concevoir. Alors l'Alliance éternelle sera complètement réalisée. Alors la promesse sertie dans tous les Livres de Dieu s'accomplira, toutes les prophéties annoncées par les prophètes de jadis se réaliseront ainsi que les visions des voyants et des poètes. Alors la planète, galvanisée par la croyance universelle de ses habitants en un seul Dieu, et par leur allégeance à une seule révélation commune, sera le miroir, dans les limites imposées, des gloires éclatantes de la souveraineté de Bahá'u'lláh brillant dans la plénitude de sa splendeur dans le paradis d'Abhá, deviendra le tabouret de son trône céleste et sera acclamée comme un paradis terrestre capable de réaliser cette indicible destinée qui lui était réservé, depuis des temps immémoriaux, grâve à l'amour et à la sagesse de son Créateur.

Ce n'est pas à nous, simples mortels que nous sommes, à une époque si critique de la longue et tumultueuse histoire de l'humanité, d'arriver à comprendre avec précision et de façon satisfaisante les pas qui amèneront une humanité ensanglantée, pitoyablement ignorante de son Dieu, et insoucieuse de Bahá'u'lláh, de son calvaire à sa résurrection finale. Ce n'est pas à nous, témoins vivants de la puissance de sa Foi qui domine tout, de douter un instant, quelle que soit l'ampleur de la misère noire qui endeuille le monde, de la capacité de Bahá'u'lláh à faire, avec le marteau de sa volonté, par le feu de l'épreuve, sur l'enclume de cette époque douloureuse et sous la forme particulière que son esprit avait imaginé, de ces fragments éparpillés et mutuellement destructeurs dans lesquels un monde perverti est tombé, une seule unité, solide et indivisible, capable de réaliser son dessein pour les enfants des hommes.

Il nous appartient plutôt, quelle que soit la confusion de la scène, quelle que soit la tristesse de l'horizon actuel, quelle que soit la limite de nos ressources, d'oeuvrer sereinement, avec confiance, et sans relâche, afin d'apporter notre part de soutien, de quelle que façon que les circonstances nous le permettent, à la mise en oeuvre des forces qui, ordonnées et dirigées par Bahá'u'lláh, mènent l'humanité hors de cette vallée de la misère et de la honte vers les plus hauts sommets du pouvoir et de la gloire.

Shoghi

A Dieu adoré et aux servantes du Miséricordieux à l'ouest.

Haïfa, Palestine
Le 28 mars 1941
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