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Shoghi Effendi : Dieu passe pres de nous - Partie 3 - Chapitre 16
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Source : www.bahai-biblio.org
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DIEU PASSE PRES DE NOUS
Shoghi Effendi
Source : www.bahai-biblio.org
3ième Période: Ministère d'Abdu'l-Bahá, 1892-1921

CHAPITRE XVI: Avènement et développement de la foi en Occident

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Quoique la rébellion de Mirzá Muhammad-'Ali ait provoqué bien des événements tristes et désolants, et en dépit de ses conséquences néfastes qui continuèrent pendant plusieurs années à obscurcir la lumière du covenant, à mettre en danger la vie de son Centre attitré, à brouiller les idées et à retarder le cours des activités de ses défenseurs, en Orient comme en Occident, tout cet épisode néanmoins, considéré sous son angle véritable, se révéla comme n'étant ni plus ni moins que l'une de ces crises périodiques qui, depuis la naissance de la foi de Bahá'u'lláh, et pendant tout un siècle, ont contribué à éliminer ces éléments nuisibles, à fortifier ses fondations, à démontrer sa résistance et à libérer une nouvelle portion de ses pouvoirs latents.

Maintenant que les clauses d'un covenant divinement institué étaient proclamées sans contestation possible, maintenant que le but du covenant était clairement compris et que ses principes fondamentaux étaient établis d'une manière immuable dans le cœur de l'écrasante majorité des adhérents de la foi, maintenant, enfin, que les premiers assauts lancés par ses destructeurs présumés avaient été repoussés avec succès, la cause pour laquelle ce covenant avait été prescrit pouvait aller de l'avant dans la voie tracée pour elle par le doigt de son auteur. Des exploits éclatants et des victoires inoubliables avaient déjà marqué la naissance de cette cause et accompagné son apparition dans plusieurs pays du continent asiatique, particulièrement dans le pays natal de son fondateur. La mission de son chef récemment désigné, le serviteur de sa gloire, le propagateur de sa lumière allait, ainsi qu'il l'imaginait lui-même, enrichir et étendre les limites du patrimoine incorruptible remis entre ses mains, en répandant la lumière de la foi de son père sur l'Occident, en exposant ses préceptes fondamentaux et ses principes les plus importants, en étayant solidement les activités déjà commencées en vue de servir ses intérêts, et finalement en faisant naître, dans la suite de son évolution, l'âge de formation de cette foi, grâce aux stipulations de son propre testament.

Un an après l'ascension de Bahá'u'lláh, dans un verset qu'il révéla et qui provoqua les railleries des briseurs du covenant, Abdu'l-Bahá avait déjà laissé prévoir un événement heureux que la postérité reconnaîtrait comme l'un des plus grands triomphes de son ministère, événement qui, à la fin, attirerait une bénédiction inappréciable sur le monde occidental, et qui devait bientôt chasser le chagrin et les craintes de ses compagnons d'exil, à 'Akká. La grande république de l'Ouest fut, la première, choisie entre toutes les nations d'Occident, pour recevoir la bénédiction inestimable de Dieu, et devenir l'agent principal chargé de la transmettre à tant d'autres nations-soeurs, à travers les cinq continents du globe.

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L'importance d'un bond en avant aussi énorme dans l'évolution de la foi de Bahá'u'lláh - l'établissement de sa cause sur le continent nord américain -, au moment où Abdu'l-Bahá venait tout juste de s'engager dans sa mission et se trouvait encore dans les affres de la crise la plus grave qu'il ait jamais eu à affronter, ne peut, en aucune façon, être surestimée. Déjà, pendant l'année qui vit naître la foi à Shiráz, le Báb, après avoir informé, dans un passage mémorable, les peuples d'Orient et d'Occident, s'était adressé, dans le Qayyumu'l-Asmá', directement aux "peuples d'Occident", et leur avait ordonné expressément de "quitter" leurs "villes" pour aider Dieu et "devenir comme des frères" dans sa "religion une et indivisible." "En Orient", avait écrit Bahá'u'lláh, anticipant cette extension, "la lumière de sa révélation a jailli; en Occident, les signes de son règne ont paru." "S'ils essaient", avait-il prédit encore, "de cacher sa lumière sur le continent, elle rejaillirait sûrement au cœur même de l'océan et, élevant la voix, proclamerait: "je suis la source de vie du monde!" "Si cette cause avait été révélée dans l'Ouest," a-t-il déclaré peu avant son ascension, d'après le récit de Nabíl, "si nos versets avaient été envoyés d'Occident en Perse et dans d'autres pays d'Orient, cela aurait évidemment montré que les peuples d'Occident avaient embrassé notre cause. Le peuple de Perse n'a pourtant pas su l'apprécier." " Depuis le commencement des temps jusqu'à nos jours", déclare 'Abdu'l-Bahá, "la lumière de la révélation divine est apparue en Orient, et elle a resplendi en Occident. La lumière ainsi versée a cependant atteint, dans l'Ouest, un éclat extraordinaire. Considère la foi proclamée par jésus. Bien qu'elle soit d'abord apparue en Orient, la pleine mesure de ses possibilités ne s'est toutefois manifestée que lorsque sa lumière eut bai né l'Occident. Le jour approche ", a-t-il affirmé, " où vous verrez, d'après la splendeur de la foi de Bahá'u'lláh, à quel point l'Occident aura remplacé l'Orient, irradiant la lumière de la direction divine." Et de nouveau: " L'Occident a reçu la clarté de l'Orient, mais sous certains rapports, la lumière réfléchie s'est montrée plus intense en Occident." Et encore: "En vérité, l'Orient a été illuminé par la lumière du royaume. Bientôt cette même lumière jettera un éclat encore plus grand sur l'Occident."

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D'une manière plus particulière, l'auteur de la révélation bahá'i lui même a porté son choix sur les gouvernants du continent américain, leur conférant l'honneur sans pareil de s'adresser à eux collectivement, dans le Kitáb-i-Aqdas, son livre le plus sacré, les exhortant de manière significative à "embellir le temple de l'autorité avec les parures de la justice et de la crainte de Dieu, et à orner le dôme de ce temple avec la couronne du souvenir" de leur Seigneur, leur ordonnant d'apporter réparation aux êtres brisés, avec les mains de la justice", et d' "écraser l'oppresseur" avec le "sceptre des commandements" de leur " Seigneur, le Maître, le très-Sage Le continent américain a écrit Abdu'l-Bahá, " est, aux yeux du seul vrai Dieu, la terre où les splendeurs de sa lumière seront révélées, où les mystères de sa foi seront dévoilés, où habiteront les justes et où s'assembleront les hommes libres." "Le continent américain", a-t-il annoncé par ailleurs, "donne des signes et des manifestations de progrès marqué. Son avenir est encore plus prometteur, car son influence et son illumination spirituelle ont une grande portée. Il guidera spirituellement toutes les nations."

"Le Peuple américain", a révélé Abdu'l-Bahá, désignant plus clairement encore la grande république d'Occident, nation dirigeante du continent américain, comme l'objet de sa faveur spéciale, "est certes digne d'être le premier à construire le tabernacle de la paix suprême et à proclamer l'unité de l'humanité." Et encore: " Cette nation américaine est pourvue du nécessaire et du pouvoir pour accomplir ce qui illustrera les pages de l'histoire, pour devenir un objet d'envie pour le monde et recevoir les bénédictions de l'Orient et de l'Occident, devant le triomphe de son peuple." De nouveau: "Puisse cette démocratie américaine être la première nation à établir les fondements d'un accord international. Puisse-t-elle être la première nation à proclamer l'unité de l'humanité. Puisse-t-elle être la première à déployer l'étendard de la paix suprême." "Puissent les habitants de ce pays", a-t-il écrit encore, "s'élever au-dessus de leur acquis matériel présent jusqu'à de tels sommets que, de ce centre, une illumination céleste ruisselle vers tous les peuples du monde."

"0 vous les apôtres de Bahá'u'lláh" dit Abdu'l-Bahá, s'adressant aux croyants de l'Amérique du Nord, " considérez à quel point est élevée et exaltée la position que vous êtes destinés à atteindre ... L'ampleur de vos succès futurs n'est pas encore révélée, et sa signification reste encore incomprise." Et de nouveau: " Votre mission est indiciblement glorieuse. Si le succès couronne votre entreprise, l'Amérique se développera certainement en un centre d'où émaneront les ondes de puissance spirituelle, et le trône du royaume de Dieu sera solidement installé, dans la plénitude de sa majesté et de sa gloire." Et pour finir, cette affirmation exaltante: " Dès que ce message divin sera porté par les croyants américains hors des rivages de l'Amérique, et propagé à travers les continents d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Australasie, et jusque dans les îles du Pacifique, cette communauté se trouvera établie en toute sécurité sur le trône d'un empire éternel ... Alors, la terre entière résonnera des louanges de sa majesté et de sa grandeur."

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11 n'est pas étonnant qu'une communauté appartenant à une nation aussi généreusement bénie, nation occupant une position aussi éminente, sur un continent si richement doté, ait été capable d'ajouter aux annales de la foi de Bahá'u'lláh maintes pages riches de ses victoires, au cours de ses cinquante années d'existence. Il s'agit de cette communauté qui, depuis sa naissance, due aux énergies créatrices libérées par la proclamation du covenant de Bahá'u'lláh, fut, ne l'oublions pas, entourée de soins par l'intarissable sollicitude d'Abdu'l-Bahá, et préparée par lui à s'acquitter de sa mission, unique en son genre. A cet effet, Abdu'l-Bahá révéla d'innombrables tablettes, donna des instructions à ceux qui rentraient,' envoya des messagers spéciaux, et plus tard, entreprit des voyages personnels à travers l'Amérique du Nord, voyages pendant lesquels il mit l'accent sur l'institution du covenant, et enfin donna son mandat sous la forme de ses tablettes du Plan* divin. Il s'agit de cette communauté qui, depuis sa première enfance jusqu'à ce jour, s'est employée sans relâche et a réussi, par ses propres efforts, sans aide, à planter l'étendard de Bahá'u'lláh dans la grande majorité des soixante pays qui, en Orient et en Occident, peuvent aujourd'hui prétendre à l'honneur d'être admis dans le sein de sa foi. A cette communauté revient la prérogative d'avoir élaboré le plan, et d'avoir été la première à ériger le cadre des institutions administratives qui annoncent l'avènement de l'ordre mondial de Bahá'u'lláh. Grâce aux efforts de ses membres, le temple-mère de l'Occident, héraut de cet ordre, une des plus nobles institutions prescrites dans le Kitáb-i-Aqdas, l'édifice le plus majestueux érigé dans le monde bahá'i, a été construit, au cœur même de l'Amérique du Nord. Les travaux assidus de ses pionniers, de ses professeurs et de ses administrateurs ont permis de répandre la littérature de la foi de façon prodigieuse, de soutenir sans crainte ses buts et ses objectifs, et d'établir solidement ses institutions naissantes. En raison des efforts infatigables et absolument personnels des plus distingués parmi ses professeurs itinérants, l'adhésion spontanée de la royauté à la foi de Bahá'u'lláh a été acquise, et elle fut nettement proclamée dans plusieurs témoignages transmis à la postérité par la plume de la royale convertie elle-même. Et finalement, aux membres de cette communauté, descendants spirituels des promoteurs de l'aube de l'âge héroïque de la dispensation bahá'i, doit être attribué l'éternel honneur de s'être levés en maintes occasions, avec un empressement, une détermination et un zèle merveilleux, pour soutenir la cause des opprimés, soulager les nécessiteux, et pour défendre les intérêts des entreprises et des institutions fondées par leurs frères dans des pays tels que la Perse, la Russie, l'Egypte, l'Iráq et l'Allemagne, pays où les adhérents à la foi ont eu à soutenir, à des degrés divers, les rigueurs d'une persécution raciale et religieuse.

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Il est vraiment étrange que, dans une nation investie, entre toutes ses sœurs d'Occident, d'une fonction sans égale, la première référence publique à l'auteur d'une foi si glorieuse soit sortie de la bouche d'un des membres de cet ordre ecclésiastique avec lequel la foi a dû lutter si longtemps, et par lequel elle a souvent souffert. Plus étrange encore est le fait que celui qui l'établit le premier dans la ville de Chicago, cinquante ans après que le Báb eut déclaré sa mission à Shiráz, ait abandonné lui-même, quelques années plus tard, l'étendard que, tout seul, il avait planté dans cette ville.

C'est dans un mémoire - écrit par le révérend Henri H. Jessup, docteur en théologie, directeur de la mission presbytérienne opérant en Syrie du Nord, et lu par le révérend Georges A. Ford, de Syrie, au Parlement Mondial des Religions réuni à Chicago, à l'occasion de l'exposition colombienne qui commémorait le quatre centième anniversaire de la découverte de l'Amérique - que, le 23 septembre 1893, un peu plus d'un an après l'ascension de Bahá'u'lláh, fut signalée la mort récente, à 'Akká, d'un " célèbre sage persan ", " le saint Bábi " auquel, deux ans avant son ascension, "un savant de Cambridge" avait rendu visite. Ce sage avait exprimé "des sentiments si nobles, si conformes à ceux du Christ", que l'auteur de ce document désirait, "comme conclusion", en faire part à son auditoire. Moins d'un an plus tard, en février 18 94, un docteur syrien, nommé Ibràhim Khayru'lláh - converti à la foi pendant son séjour au Caire par Hàji '.Abdu'l-Karim-i-Tihrán! -, qui avait reçu une tablette de Bahá'u'lláh, qui était entré en relations avec Abdu'l-Bahá et était arrivé à New York en décembre 1892, fixa sa résidence à Chicago, commençant à enseigner activement et systématiquement la cause qu'il avait acceptée. Au cours de deux années, il avait fait part de ses impressions à 'Abdu'l-Bahá, et rendu compte du succès remarquable qui avait couronné ses efforts. En 1895, une occasion favorable lui fut offerte à Kenosha où il continua de se rendre une fois par semaine, dans le cadre de ses activités enseignantes. L'année suivante, le bruit courait que les croyants, dans ces deux villes, se dénombraient par centaines. En 1897, il publia son livre, intitulé le " Bábu'd-Din ", et se rendit dans les villes de Kansas, New York, Ithaque et Philadelphie où il réussit à attirer à la foi un nombre considérable d'adhérents. Le vaillant Thornton Chase, surnommé Sabit (l'Inébranlable) par 'Abdu'l-Bahá qui le considéra comme "le premier croyant américain", qui fut converti à la foi en 1897, l'immortelle Louisa A. Moore, éducatrice - mère de l'Occident, surnommée Livà (la Bannière) par Abdu'l-Bahá, le Dr Edward Getsinger avec lequel elle se maria plus tard, Howard McNutt, Arthur P. Dodge, Isabella D. Brittingham, Lillian F. Kappes, Paul K. Dealy, Chester 1. Thatcher et Helen S. Goodall, dont les noms resteront liés à jamais aux premiers tressaillements de la foi de Bahá'u'lláh en Amérique du Nord, se détachent comme les plus remarquables parmi ceux qui, en ces années de début, s'éveillèrent à l'appel du jour nouveau, et consacrèrent leurs vies au service du covenant nouvellement proclamé.

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En 1898, Mme Phoebe Hearst, la philanthrope bien connue (femme du sénateur George F. Hearst), que Mme Getsinger, lors d'un passage en Californie, avait attirée à la foi, annonça son intention de rendre visite à Abdu'l-Bahá, en Terre sainte. Elle invita plusieurs croyants, et entre autres, le docteur et Mme Getsinger, le Dr Khayru'lláh et sa femme à se joindre à elle, et elle prit les dispositions nécessaires en vue de leur pèlerinage historique à Akká. A Paris, plusieurs résidents américains, parmi lesquels se trouvaient May Ellis Bolles, amenée à la foi par Mme Getsinger, Mlle Pearson et Ann Apperson, toutes deux nièces de Mme Hearst, ainsi que Mme Thornburgh et sa fille, se joignirent au groupe auquel s'ajoutèrent encore, plus tard, en Egypte, les filles du Dr Khayru'lláh et leur grand-mère, qu'il avait récemment converties.

L'arrivée de quinze pèlerins en trois groupes successifs dont le premier, comprenant le docteur et Mme Getsinger, atteignit la ville pénitentiaire d'Akká le 10 décembre 1898; le contact personnel qui s'établit entre le Centre du covenant de Bahá'u'lláh et les hérauts de sa révélation qui venaient de se lever en Occident, les circonstances émouvantes qui entourèrent leur visite au tombeau de Bahá'u'lláh, et le grand honneur qui leur échut d'être conduits par Abdu'l-Bahá lui-même au cœur de ce sanctuaire, l'esprit que, par les préceptes et l'exemple, leur inculqua si puissamment, malgré la brièveté de leur séjour, un hôte aimant et rempli de bonté, et le zèle passionné et les résolutions inflexibles suscités en leur cœur par ses exhortations inspiratrices, ses explications lumineuses et les preuves multiples de son amour divin, tous ces faits indiquent le commencement d'une époque nouvelle dans le développement de la foi en Occident, époque dont la portée fut amplement démontrée par les actes que certains de ces mêmes pèlerins et de leurs condisciples accomplirent par la suite.

"De cette première rencontre", écrivit l'une de ces pèlerines, notant ses impressions, "je ne puis me remémorer ni joie ni peine, ni rien que je puisse exprimer. J'ai été transportée brusquement à une trop grande hauteur; mon âme est entrée en contact avec l'Esprit divin, et cette force si pure, si sainte, si puissante, m'a terrassée ... Nous ne pouvions détacher nos yeux de son glorieux visage. Nous entendions tout ce qu'il disait. Sur son invitation, nous bûmes le thé avec lui. Mais l'existence semblait en suspens. Et lorsqu'il se leva et nous quitta soudainement, nous revînmes à la vie avec un tressaillement, mais plus jamais, oh non, jamais, Dieu merci, au même genre de vie sur cette terre." "Dans la puissance et la majesté de sa présence", déclare cette même personne, évoquant la dernière entrevue accordée au groupe dont elle faisait partie, "notre anxiété se transforma en foi absolue, notre faiblesse en force, notre chagrin en espoir, et nous oubliâmes notre moi, dans notre amour pour lui.

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Comme nous étions tous assis devant lui, dans l'attente de ses paroles, quelques croyants pleurèrent avec désolation. Il les invita à sécher leurs larmes, mais pendant un moment, ils n'y parvinrent pas. Alors, de nouveau, il leur demanda de ne point pleurer, par amour pour lui, ne voulant pas nous parler ni nous enseigner tant que toutes larmes ne seraient pas bannies..."

- Ces trois jours", témoigna Mme Hearst elle-même, dans une de ses lettres, "furent les jours les plus mémorables de ma vie ... je n'essaierai pas de décrire le Maître; je dirai seulement que je crois de tout mon cœur qu'il est le Maître, et que ma plus grande bénédiction en ce monde est d'avoir eu le privilège de me trouver en sa présence et de voir son visage sanctifié ... Sans aucun doute, 'Abbás Effendi est le messie de ce jour et de cette génération, et nous n'avons pas besoin d'en chercher un autre." "je dois dire", écrivit-elle encore dans une autre lettre, qu' "il est l'être le plus merveilleux que j'ai jamais rencontré ou espéré rencontrer en ce monde ... L'atmosphère spirituelle qui l'entoure, et qui influence très puissamment tous ceux qui ont le bonheur d'être près de lui, est indescriptible ... je crois en lui de tout mon cœur et de toute mon âme, et j'espère que tous ceux qui se disent croyants lui reconnaîtront toute la grandeur, toute la gloire et toutes les louanges, car sûrement il est le fils de Dieu, et l'esprit du Père demeure en lui."

Même le maître d'hôtel de Mme Hearst, un noir nommé Robert Turner, le premier membre de sa race à accepter la cause de Bahá'u'lláh en Occident, s'était senti transporté sous l'influence d'Abdu'l-Bahá, au cours de ce pèlerinage historique. Telle fut la ténacité de sa foi que, même l'éloignement ultérieur de sa maîtresse bien-aimée, à l'égard de la cause qu'elle avait spontanément embrassée, ne réussit pas à diminuer son ardeur ni à amoindrir l'intensité des émotions que la tendresse aimante d'Abdu'l-Bahá à son égard avait fait naître en son cœur.

Le retour de ces pèlerins enivrés de l'amour de Dieu, les uns en France, les autres aux Etats-Unis, fut le signal d'un déchaînement d'activité systématique et soutenue qui, en prenant de l'importance et en étendant ses ramifications à travers l'Europe occidentale ainsi que dans les Etats et provinces de l'Amérique du Nord, atteignit une telle envergure qu'Abdu'l-Bahá lui-même décida d'entreprendre personnellement une mission en Occident dès qu'il serait libéré de sa détention prolongée à 'Akká. Nullement détournée de son chemin par la crise dévastatrice que l'ambition du Dr Khayru'lláh avait déclenchée à son retour de Terre sainte (en décembre 1899), imperturbable devant l'agitation qu'il avait provoquée en travaillant de concert avec l'Archibriseur du covenant et ses messagers, dédaignant les attaques que lui-même et ses compagnons de dissidence lançaient, autant que celles des ecclésiastiques chrétiens de plus en plus jaloux de la puissance grandissante et de l'influence croissante de la foi, soutenue par les messages verbaux et les instructions spéciales d'un Maître vigilant, qu'un flot continu de pèlerins lui transmettaient, fortifiée par les effusions que la plume de ce Maître déversait dans d'innombrables tablettes, instruite par les messagers et professeurs successifs envoyés sur son ordre pour la guider, l'édifier et la fortifier, la communauté des croyants américains se leva pour prendre l'initiative d'une série d'entreprises qui, bénies et stimulées dix ans plus tard par Abdu'l-Bahá en personne, ne devaient être qu'un prélude aux services sans parallèles que ses membres étaient destinés à rendre pendant l'âge de formation de la dispensation de son père.

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A peine rentrée à Paris, May Bolles, qui faisait partie des pèlerins mentionnés ci-dessus, réussit à établir dans cette ville, conformément aux instructions pressantes d'Abdu'l-Bahá, le premier centre bahá'i du continent européen. Peu après son retour, ce centre fut renforcé par la conversion du lucide Thomas Breakwell, le premier croyant anglais - immortalisé par l'apologie ardente qu'Abdu'l-Bahá révéla dans ses mémoires -, par Hippolyte Dreyfus, le premier des Français à accepter la foi et qui, par ses écrits, ses traductions, ses voyages et autres travaux de pionnier, parvint, à mesure que les années passaient, à affermir l'oeuvre commencée dans son pays, enfin par Laura Barney dont le service impérissable a été de recueillir et de transmettre à la postérité, sous la forme d'un livre intitulé "Les Leçons de Saint-Jean-d'Acre ", les explications inestimables d'Abdu'l-Bahá sur une grande variété de sujets, explications qu'elle reçut au cours d'un pèlerinage prolongé, en Terre sainte. Trois ans plus tard, en 1902, May Bolles, alors mariée à un Canadien, partit pour Montréal où elle réussit à établir les fondations de la cause dans le dominion.

A Londres, les forces créatrices libérées par cet inoubliable pèlerinage permirent à Mme Thornburgh-Cropper de s'engager dans des activités qui, stimulées et élargies par les efforts des premiers croyants anglais, et particulièrement ceux d'Ethel J. Rosenberg, convertie en 1899, permirent d'édifier, dans les années suivantes, la structure des institutions administratives dans les Iles britanniques. Dans l'Amérique du Nord, la défection et les publications accusatrices du Dr Khayru'lláh (encouragé comme il l'était par Mirzá Muhammad-'Ali et par son fils Shu'à'u'lláh qu'il avait envoyé en Amérique) soumirent à une épreuve maximum la fidélité de la communauté qui venait de se constituer. Mais des messagers, envoyés par Abdu'l-Bahá, se succédèrent (tels Hàji 'Abdu'l-Karim-i-Tihráni, Hàji Mirzá Hasan-i-Khuràsàni, Mirzá Asadu'lláh et Mirzá Abu'l-Fadl)' et réussirent à dissiper rapidement les doutes, à approfondir la compréhension des croyants, à maintenir la cohésion dans la communauté et à former le noyau de ces institutions administratives qui, vingt ans plus tard, devaient être inaugurées formellement, d'après les clauses explicites du testament et des dernières volontés d'Abdu'l-Bahá.

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En 1900, un conseil d'administration désigné successivement sous le nom de "Maison de justice" et de "Maison de Spiritualité", le premier d'une série d'assemblées qui, avant la fin du premier siècle bahá'i, allaient couvrir l'Amérique du Nord d'une côte à l'autre, fut établi dans la ville de Chicago. En 1902, une société d'édition bahá'i, destinée à propager la littérature d'une communauté qui s'agrandissait peu à peu, se forma dans cette même ville. Un bulletin bahá'i, ayant pour but de propager les enseignements de la foi, fut créé à New York. Les "Nouvelles Bahá'i", autre périodique, parurent ensuite à Chicago et se transformèrent bientôt en un magazine intitulé "l'Etoile d'Occident". La traduction de quelques-uns des écrits les plus importants de Bahá'u'lláh tels que les Paroles Cachées, le Kitáb-i-Iqan, les tablettes aux rois et les Sept Vallées, ainsi que des tablettes d'Abdu'l-Bahá et de plusieurs traités et opuscules écrits par Mirzá Abu'l-Fadl et d'autres, fut entreprise activement. Une correspondance considérable commença avec divers centres d'Orient, dont l'étendue et l'importance s'accrurent régulièrement. Des notices historiques sur la foi, des livres et des brochures écrits pour sa défense, des articles pour la presse, des comptes rendus de voyages et de pèlerinages, des apologies et des poèmes furent, de même, publiés et largement répandus.

En même temps, des voyageurs et des professeurs, surmontant victorieusement les tempêtes d'expériences et d'épreuves qui avaient menacé d'engloutir leur cause bien-aimée, se levèrent d'un commun accord pour renforcer et multiplier les citadelles de la foi déjà établies. Des centres furent ouverts dans les villes de Washington, Boston, San Francisco, Los Angeles, Cleveland, Baltimore, Minneapolis, Buffalo, Rochester, Pittsburg, Seattle, St Paul et dans d'autres localités. D'audacieux pionniers, désireux de répandre l'Evangile nouveau au-delà des limites de leur pays natal, entreprirent des voyages, à titre de visiteurs ou d'immigrants, et se chargèrent de transmettre sa lumière au cœur de l'Europe, en Extrême-orient et jusqu'aux îles du Pacifique. Mason Remey se rendit en Russie et en Perse et fit plus tard, avec Howard Struven et pour la première fois dans l'histoire bahá'ie, le tour du globe, visitant les Iles Hawaï, le japon, la Chine, l'Inde et la Birmanie. Hooper Harris et Harlan Ober voyagèrent pendant au moins sept mois aux Indes et en Birmanie, passant à Bombay, Poona, Lahore, Calcutta, Rangoon et Mandalay. Alma Knobloch, suivant les traces du Dr K. E. Fisher, hissa l'étendard de la foi en Allemagne et porta son flambeau en Autriche.

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Le Dr Susan I. Moody, Sydney Sprague, Lilian F. Kappes, le Dr Sarah Clock ainsi qu'Elisabeth Stevart s'installèrent à Tihrán afin de servir les divers intérêts de la foi, conjointement avec les bahá'is de cette ville. Sarah Farmer qui, en 1894, à Green Acre, dans l'Etat du Maine, avait déjà pris l'initiative d'organiser des réunions de conférences d'été, et avait établi un centre pour favoriser le développement de l'unité et de l'amitié entre les races et les religions mit, après son pèlerinage à 'Akká, en 1900, les ressources offertes par ce centre de conférences à la disposition des fidèles de la foi qu'elle avait elle-même récemment embrassée.

Et enfin, dernier fait mais non des moindres, inspirés par l'exemple de leurs condisciples d'Ishqàbàd qui avaient déjà commencé la construction du premier Mashriqu'l-Adhkár du monde bahá'i, et embrasés du désir de montrer, d'une manière appropriée et tangible, la qualité de leur foi et de leur dévotion, les bahá'is de Chicago ayant, dans une pétition, demandé à Abdu'l-Bahá l'autorisation de construire une maison d'adoration, et obtenu promptement son approbation enthousiaste dans une tablette révélée en juin igo3, se levèrent, malgré leur petit nombre et leurs ressources limitées, pour commencer une entreprise qui doit* être considérée comme la plus grande contribution particulière que les bahá'is d'Amérique, et même d'Occident, aient encore jamais apportée à la cause de Bahá'u'lláh. L'encouragement ultérieur que leur donna Abdu'l-Bahá et les contributions réunies par diverses autres assemblées décidèrent les membres de cette assemblée' à inviter les représentants de leurs coreligionnaires des différentes parties du pays à se rencontrer à Chicago, pour la mise en route de l'entreprise grandiose qu'ils avaient conçue. Le 26 novembre 1907, l'assemblée des représentants, convoquée dans ce but, désigna un comité de neuf membres, chargé de choisir l'emplacement d'un site convenable pour le temple envisagé. Le 9 avril 1908, la somme de deux mille dollars fut consacrée à l'achat de deux parcelles de terrain à bâtir, situées près des rives du lac Michigan. En mars 1909, une convention représentant les divers centres bahá'i fut convoquée, selon les instructions reçues d'Abdu'l-Bahá. Les trente-neuf délégués, représentant trente-six villes, qui s'étaient réunis à Chicago le jour même où les restes du Báb furent déposés par Abdu'l-Bahá dans le mausolée spécialement érigé sur le mont Carmel pour les recevoir, lesdits délégués créèrent un organisme national permanent, connu sous le nom de "Société du temple bahá'i". Cet organisme fut enregistré comme association religieuse, remplissant ses fonctions sous la juridiction de l'Etat d'Illinois, investie du droit de propriété sur le temple, et chargée de prendre des mesures en vue de sa construction. Au cours de cette même convention, on établit une constitution, le Conseil exécutif du temple bahá'i de l'unité fut élu, et il fut autorisé par les délégués à en terminer avec l'achat du terrain recommandé par la convention précédente. Les contributions destinées à cette entreprise historique, provenant des Indes, de Perse, de Turquie, Syrie, Palestine, Russie, Egypte, Allemagne, France, Angleterre, Canada, Mexique, des Iles Hawaï et même de l'Ile Maurice, et d'au moins soixante villes d'Amérique, s'élevèrent, en 1910, deux ans avant l'arrivée d'Abdu'l-Bahá en Amérique, à non moins de vingt mille dollars, témoignage remarquable de la solidarité des fidèles de Bahá'u'lláh en Orient et en Occident, ainsi que des efforts pleins d'abnégation de la part des croyants américains qui, à mesure que les travaux avançaient, contribuèrent, d'une manière prépondérante, à fournir la somme de plus d'un million et demi de dollars nécessaire à l'érection du temple et de son ornementation extérieure.


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